Faîne

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Faines dans leurs cupules

La faîne est le fruit du hêtre. La faînée ou fainée est la récolte des faînes, elle désigne aussi le semis naturel du hêtre en sylviculture. La « grande fainée » correspond à une année d’abondante récolte liée à de fortes températures estivales[1].

Définition botanique[modifier | modifier le code]

Du point de vue botanique, les faînes sont des akènes de la catégorie des nucules : leur paroi, le péricarpe, est dure et ne s'ouvre pas pour libérer les graines. Elles ont la forme de tétraèdres et elles ressemblent à de minuscules châtaignes triangulaires. Chaque faîne contient en général une seule graine, sans albumen, dont les cotylédons pliés en accordéon servent de tissu de réserve nourricière pour la future plantule. Ses téguments externes participent à sa dormance profonde[2].

Elles sont enfermées par deux, parfois trois ou quatre, dans une cupule ligneuse hérissée d'épines recourbées molles, issue de la condensation de l'involucre floral, parfois appelée autrefois « brou ». Celle-ci s'ouvre par quatre fentes (parfois 3) pour former autant de valves.

En forêt de plaine, la faînée de Fagus sylvatica produit en moyenne 500 faînes pleines et 250 faînes vides par mètre carré[3].

Consommation[modifier | modifier le code]

Les faînes sont des fruits secs riches en lipides (elles contiennent 40 % de matières grasses constituées de 75 % d'acides non saturés[4]) et glucides. Elles sont comestibles, mais les tanins les rendent légèrement astringentes pour l'homme, voire légèrement toxiques si elles sont consommées en grande quantité, en raison de la présence d'une substance nommée « fagine ». Celle-ci, absorbée en excès, peut effectivement provoquer des troubles intestinaux, crampes ou diarrhées, ou des nausées. Il se trouve cependant que la fagine est en fait de la choline[5], une molécule indispensable au bon fonctionnement du système nerveux, dont la carence est gravement néfaste, et qui sert à prévenir ou à soigner certaines affections neurologiques comme les maladies de Tourette ou d'Alzheimer[6].

Consommation réglementée : Dans le passé, la récolte des faînes (et des glands, récolte étendue par la jurisprudence aux noisettes et autres produits des bois) a souvent été réglementée, comme le montrent les adjudications de faines et/ou glands conservées dans les archives nationales et départementales des Eaux et Forêts ou cités dans la littérature.

Consommation animale[modifier | modifier le code]

Les faînes constituent un apport de nourriture pour les animaux des forêts : macrofaune (sangliers, chevreuils, cerfs...) ou microfaune (oiseaux : mésange nonnette, pinsons, pics par exemple ; rongeurs : muscardin, loir, écureuil, mulot, campagnol, blaireau…) peu avant l'hiver au moment de la glandée[7],[8]. Ces animaux participent à leur dissémination (zoochorie).

Les faînes servaient autrefois, comme les glands, à nourrir les porcs que l'on menait à cet effet en forêt.
À cet égard, en France, un « droit de faînée » s'est souvent calqué sur le droit de glandée[9]. Une ordonnance prise en 1669 par Colbert interdit d'enlever (sauf autorisation du roi ou des « Maîtres des Eaux et Forêts ») certaines productions des forêts, dont « d'herbages, de glauds ou de faines »[10].

Durant la Révolution, on interdit le pâturage des porcs dans les bois contenant des hêtres (ils nuisent à la régénération en mangeant toutes les faines) mais on autorise la collecte par les hommes des faines et glands et autres fruits sauvages (ce qui pourra donner lieu à des surexploitations de ressources) dans les bois nationaux [11].

Consommation humaine[modifier | modifier le code]

Faînes grillées

La faîne faisait partie de l'alimentation en Grèce antique. Les faînes crues contiennent une grande quantité d'acide oxalique et de la triméthylamine. Ce dernier composé est toxique si on le mange en grande quantité, mais le grillage des faînes en réduit la teneur.

En période de disette, elles étaient consommées à la campagne comme aliment d'appoint. On pouvait les faire bouillir comme des châtaignes ou les broyer pour en faire un beurre aux propriétés vermifuges ou parasiticides. Les graines, après avoir été mises à macérer dans l'eau pour en évacuer les tanins, pouvaient être également moulues en farine. Aujourd'hui, on utilise plutôt des faînes grillées comme amuse-gueule apéritifs ou garnitures de salades.

Elles étaient également pressées pour obtenir une huile comestible, a priori exempte de fagine[12] et ne rancissant pas facilement. Cette huile pouvait être aussi utilisée pour l'éclairage[7].

Galerie[modifier | modifier le code]


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Bonnet-Masimbert, M. et Muller, C. (1975): La conservation des faines est possible. Revue Forestière Française Vol. 27, pp. 129–138
  • (fr) Mineau, R. (1973), Un nouveau matériel de ramassage de graines à terre: L'aspirateur à faines. Bull. Tech., Office National des Forêts, France, No 5 (21–23).
  • (en) Muller, C. and Bonnet-masimbert, M. (1982), Long-term storage of beechnuts: results of large scale trials. In Proc. IUFRO International Symposium on Forest Tree Seed Storage, Petawawa, 23–27 September 1980 (Ed. Wang, B.S.P. and Pitel, J.A.). Canadian Forestry Service.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) I. Drobyshev et coll, « Masting behaviour and dendrochronology of European beech (Fagus sylvatica L.) in southern Sweden », Forest Ecology and Management, vol. 259, no 11,‎ , p. 2160-2170
  2. M. Bonnet-Masimbert, La conservation des faînes est possible, Revue Forestière Française, vol 27, pp. 129-138, 1975
  3. M. Buffet, « La regénération de hêtre en plaine », ONF Bulletin Technique, no 13,‎ , p. 29-47
  4. (en) R. B. N. Prasad et coll, « Composition of lipids of beech (Fagus sylvatica L.) seed oil », Zeitschrift für Naturforschung [Section C, Biosciences], vol. 44,‎ , p. 735-738
  5. Nextbio : Fagine
  6. Herbs 2000 : Choline
  7. a et b Éducation Environnement, Région wallonne, 2009, L'année du hêtre (Fagus sylvatica)
  8. J.M.Engler et coll, Influence des oiseaux et des rongeurs sur la regénération naturelle du hêtre, Revue Forestière Française n°1, 1979
  9. « Du parcours des porcs dans les forêts soumises au régime forestier », Annales forestières,‎ , p. 177 (lire en ligne)
  10. Art 12 du titre XXXII de l'ordonnance de 1669 de Colbert
  11. (12 fructidor, an II (29 aout 1794) Voir [Bulletin des lois de l'Empire français, Volume 1], numérisé par Google (p 381 de la version numérisée)
  12. Eutraco : huile de faîne