Ensilage

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Silo simple terminé. Après compaction, le fourrage a été recouvert d'un film plastique puis chargé uniformément avec du sable afin de chasser l'air. un treillis plastique a enfin été posé pour prévenir les dégâts d'oiseaux ou de petits animaux. Les pneus sur les côtés assurent l'étanchéité en bordure. L'aire de déchargement est bétonnée pour la propreté.

L'ensilage est une méthode de conservation du fourrage par voie humide passant par la fermentation lactique anaérobie. En fonction des différentes techniques utilisées, on obtient un fourrage acide dont le pourcentage d'humidité varie de 50 % à 85 % environ. En règle générale, plus le taux de matière sèche est élevé, plus l'anaérobiose nécessaire au démarrage de la fermentation lactique est difficile à mettre en œuvre. Il a permis l'industrialisation de l'agriculture et l'élevage dense, hors sol. Il est devenu au XXe siècle un élément essentiel des systèmes de polyculture-élevage.

Place de l'ensilage dans la conservation des fourrages[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs voies de stockage et de conservation des fourrages :

  • la voie sèche, dont le résultat est le foin. La conservation est rendue possible par la dessiccation, soit uniquement sous l'action du soleil (séchage naturel), soit complétée par de l'air chaud produit par des brûleurs (séchage en grange) conduisant à un pourcentage d'humidité du fourrage autour de 15 % qui assure sa stabilité.
  • Les voies intermédiaires telles que le haylage ou l'enrubannage en balles rondes [1] qui s'est fortement développé récemment pour les plantes prairiales.
  • la voie humide, dénommée « ensilage », qui s'applique tant aux graminées fourragères qu'au maïs et éventuellement à des sous-produits agro-alimentaires comme la pulpe de betterave, les drêches de brasserie, etc. Elle est cependant difficile à réussir avec certains fourrages comme la luzerne, pauvre en sucres solubles et riche en azote (cf. mauvaises odeurs).

Technique[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Compactage d'un ensilage en Australie (silo-taupinière)
Remplissage et compactage d'un ensilage de blé plante entière en silo-couloir. Revivim, Israël, 2007

Autour de 50 % de matière sèche, on obtient du « haylage » dont la conservation implique des silos-tours limitant le contact avec l'air. C'est l'épaisseur de l'ensemble qui assure l'anaérobiose (privé d'air ou d'oxygène). Cette technique mise au point aux États-Unis nécessite des investissements importants (silo, soufflerie, mécanisme de désilage) et reste assez peu fréquente en Europe.

Une autre technique largement développée aujourd'hui est l'enrubannage de balles rondes. Réalisé par des enrubanneuses, il consiste à enrouler un film plastique autour de chaque botte ronde et à obtenir ainsi l'anaérobiose.

Une troisième méthode est d'introduire le fourrage dans un tube de plastique (silo-boudin).

Ensilage en silo-boudin. Chippewa County, Wisconsin, États-unis, 2009


En dessous de 40 % de matière sèche, on peut parler réellement d'ensilage. La technique la plus largement utilisée est celle du silo couloir (silo-bunker ou bunker au Canada). Le fourrage est tout d'abord haché en particules dont la longueur avoisine le centimètre, est stocké à plat, en couches successives, sur une aire bétonnée entre deux murs, puis compacté à l'aide de tracteurs afin d'expulser le maximum d'air interstitiel et enfin mis en anaérobiose définitive par recouvrement à l'aide d'une bâche de polyéthylène lestée.

La même technique peut être utilisée lorsqu'on ne dispose pas de murs limitant le silo, on obtient alors un silo-taupinière ou silo-meule au Canada (fréquent pour la pulpe de betterave). Cette méthode reste la plus économique et se prête à toutes les évolutions[2].

Le taux de matière sèche varie assez largement dans les ensilages mais il est possible de définir des valeurs optimales à essayer d'atteindre pour obtenir un fourrage de meilleure qualité.

Dans tous les cas, la production de fourrage de qualité est conditionnée par la teneur en sucres solubles qui seront transformés en acide lactique et propionique par les bactéries lactiques naturellement présentes sur le fourrage, par la qualité du tassement, par la rapidité du chantier et de la mise en anaérobiose et, en conséquence, de l'acidification.

Un autre facteur de qualité est la longueur de hachage du fourrage.

Tours Harvestore à atmosphère appauvrie en oxygène (silos-tours). Britton, Michigan, États-unis, 2012

Les fourrages conservés par cette voie sont généralement destinés à l'alimentation des ruminants.

L'ensilage de grains de blé ou de maïs humides est fréquent dans les élevages de porcs. La récolte est alors réalisée avec une moissoneuse-batteuse et le grain mis en silo-tour sans séchage.

Maïs et sorghos à grain plantes entières[modifier | modifier le code]

Ensilage de maïs. Angleterre , 2007

En ce qui concerne le maïs, les conditions optimum de récolte se situent entre 30 et 35 % de matière sèche. C'est une valeur obtenue naturellement par le mûrissement de la plante entière. À ce stade, la teneur en sucres solubles, l'équilibre entre grain et tige, la facilité de tassement et de mise en anaérobiose sont les plus favorables. Un hâchage trop fin (dimension moyenne inférieure au centimètre), ne permettent pas une bonne rumination des animaux dont l'ensilage est la nourriture principale et conduit à un trouble métabolique appelé acidose.

L'ensilage de sorgho à grain se réalise de la même façon que celui de maïs.

Plantes prairiales[modifier | modifier le code]

Récolte d'herbe préfanée au moyen d'une remorque autochargeuse-hâcheuse pour l'ensilage

En ce qui concerne les graminées fourragères et les mélanges de graminées et de légumineuses, si des valeurs similaires sont souhaitables, elles ne sont que rarement possible car la teneur en matière sèche des graminées au moment de la récolte n'est que de 12 à 15 %. Par préfanage au champ on peut faire remonter cette teneur à 20 ou 25 % ; cet objectif est parfois risqué car il nécessite un minimum de trois belles journées de suite (pas toujours évident fin avril début mai). En cas d'impossibilité, il est possible d'ensiler directement des graminées mais une teneur en matière sèche inférieure à 20 % conduit à des pertes par écoulement de jus, sources d'odeurs, après la confection du silo.

L'ensilage de graminées fourragères au printemps autorise des chantiers à grands débits comparativement au foin. S'il permet de produire plus intensivement des fourrages plus riches que les foins, il est assez délicat à réaliser et plus coûteux[3]. La richesse en protéines et en sucres solubles des graminées diminue très rapidement au printemps. Différer la récolte à cause de conditions météorologiques défavorables conduit à une baisse de qualité fourragère certaine[1].

En région de plaine et climat pas trop humide, on opte souvent pour une première coupe en ensilage et une seconde en foin.

Céréales immatures et méteils plantes entières[modifier | modifier le code]

Ces ensilages concernent surtout les régions où les rendements en maïs sont faibles (montagne ...) et certaines formes d'agriculture durable.

Les céréales utilisées sont principalement le triticale, le seigle et l'avoine. Le blé est possible mais, en Europe, il est mieux valorisé en grains secs et ne concerne donc que des opérations d'ajustement en cas de pénurie. Les méteils sont des associations céréales-légumineuses où la légumineuse est généralement un pois fourrager ou une vesce. La céréale sert de tuteur. Le taux de matière séche à la récolte doit être inférieur à 32 % pour que le compactage en silo soit possible. Ces ensilages sont aussi réalisables en balles enrubannées[4].

Deux silos en cours d'utilisation : à gauche, un silo-couloir avec du maïs; à droite, un silo-taupinière avec de l'herbe. Campine, Belgique, 2010

Les sorghos fourragers s'ensilent de la même façon.

Drêches de brasserie[modifier | modifier le code]

Voir aussi Drêche#Drêches fermentées

Règles à respecter pour une bonne conservation des drêches de brasserie : être encore plus rigoureux que pour les autres ensilages !

  • Remplir le silo en une seule fois.
  • Prévoir un écoulement pour les jus.
  • Ne pas utiliser des silos trop larges et hauts.
  • Travailler rapidement et sans interruption.
  • Recouvrir les drêches de manière hermétique (film plastique).
  • Tasser uniformément mais sans excès de manière à éliminer les poches d’air entre le tas et la bâche.
  • Laisser les drêches fermenter durant 3 semaines. Elles s’acidifient naturellement (ph<4.5), dans le cas d’une utilisation prolongée (6 mois), utiliser un agent conservateur d’ensilage.
  • Dessiler tous les jours très proprement sans décompacter le silo[5].

Feuilles de manioc[modifier | modifier le code]

L'ensilage des feuilles de manioc permet en milieu tropical de fournir aux bovins et caprins une source de protéines complémentaire au maïs. L'ensilage permet la conservation du fourrage et une réduction significative, de l'ordre de 75 %, de la concentration en cyanure d'hydrogène naturellement présent dans cette plante. L'ensilage ne semble néanmoins pas avoir d'influence sur les concentrations en cyanohydrine[6].

Additifs autorisés[modifier | modifier le code]

Ce sont des conservateurs visant à augmenter la rapidité d'acidification, la stabilité et la durée de conservation de l'ensilage. Ils sont de trois types :

  • biologiques (bactéries lactiques sélectionnées accompagnées ou non de sources de sucre soluble) augmentant la fermentation lactique. Ce sont par exemple des souches sélectionnées de Lactobacillus plantarum, ou des inoculats incluant des souches de Lactobacillus buchneri, Enterococcus faecium et de Pediococcus ;
  • acide formique et différents sels acides provoquant une acidification artificielle du fourrage ;
  • bactériostatiques (chlorure de sodium et autres) limitant le développement de bactéries et les reprises de fermentation alcoolique lors de la consommation du fourrage.

Risques environnementaux et sanitaires[modifier | modifier le code]

L'ensilage de fourrages est une méthode de conservation biologique souvent comparée à la fabrication de la choucroute, néanmoins les mesures d'hygiène ne sont pas les mêmes.

Plusieurs risques liés à l'ingestion par les animaux d'ensilage contaminé sont à limiter :

  • Risque de botulisme : il est lié à la présence éventuelle de cadavres animaux dans les balles de végétaux ou dans le silo.
  • Risque d'intoxication par des toxines fongiques ou bactériennes : c'est un risque qui concerne les animaux qui consomment des produits d'un ensilage mal fait (exemple : formation de mycotoxines en particulier d'aflatoxines).
  • Risque d'apport de Listeria en cas d'ensilage mal acidifié qui permet le développement de la bactérie (notamment dans les élevages laitiers, surtout si on y produit des fromages au lait cru). Il existe également des risques de méningite pour les jeunes bovins allaitants nourris à l'ensilage de maïs et soumis à un stress important (conditions d'élevage, changement brutal d'alimentation, réallotement…).
  • Risque de production d'éthanol toxique pour les ruminants, généralement à la suite d'une fermentation alcoolique permise par une mauvaise étanchéité du silo ou de la feuille de plastique.
  • Risque de présence excessive de bactéries butyriques, à la suite de l'incorporation de terre dans le fourrage lors de la récolte. Sans danger pour les animaux et pour l'homme, elles sont préjudiciables à la transformation fromagère, et sont responsables de mauvais goûts dans les fromages à pâte molle et de gonflement et d'éclatement pour les fromages à pâte pressée cuite comme l'emmental. Ces bactéries peuvent se multiplier et former des spores résistantes dans les ensilages souillés ; on observe aussi ce phénomène dans les foins récoltés avec des résidus de terre, et qui ont moisi.
  • Risque de pollution : le liquide produit par l'ensilage de végétaux trop humides est acide, corrosif, odorant et polluant (puissant eutrophisant).
  • Risque de saturnisme : les lixiviats d'ensilage, très acides et corrosifs, peuvent faciliter la migration et la biodisponibilité de polluants métalliques, dont le plomb accumulé dans le sol, des métaux provenant du silo, ou le plomb toxique de grenaille de plomb de chasse ou de ball-trap facilement et communément piégé dans le maïs fourrager en raison de la forme des feuilles (en entonnoir) du maïs[7].

À signaler qu'il existe aussi un risque d'exposition des travailleurs de la filière alimentation du bétail à des poussières de céréales ou d'ensilage contaminées[8],[9]

Impacts sur le goût du lait ou de la viande[modifier | modifier le code]

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Ils sont discutés, mais il semble que l'ensilage affecte au moins le goût du lait, moins riche et moins varié que lorsque les animaux mangent du foin ou bien entendu de l'herbe en pâture.

Dans certaines régions, et en fonction de la composition de l'ensilage, et notamment la teneur en maïs, le lait peut prendre en hiver, période où les vaches sont le plus nourries au silo, une odeur nécessitant une filtration. L'ensilage est également utilisé par les éleveurs pour assurer le passage progressif de l'alimentation sèche (fourrage) au pâturage en plein champ en minimisant les déséquilibres pour le cheptel.

Certains élevages, notamment en agriculture biologique, n'en utilisent pas.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) L. Bretigniere & J. Godfernaux, L'ensilage des fourrages verts, Paris, La maison rustique, 1940.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Récolte et conservation de l'herbe AFPF
  2. « Le retour des silo-meules », sur lait.org, (consulté le 30 septembre 2018)
  3. Delphine Scohy, « Ensilage, foin ou enrubannage: lecoût n'est pas le même », sur Web-agri, (consulté le 30 juillet 2018)
  4. Emmanuel Gsell, « Fiche technique : céréales immatures et méteils », Agriculture et territoires, Chambres d'agriculture d'Auvergne,‎ (lire en ligne)
  5. « dreche de brasserie ensilage », (consulté le 21 août 2016)
  6. Fermentation and nutritive value of silage and hay made from the aerial part of cassava
  7. D. A. Rice, M. F. McLoughlin, W. J. Blanchflower et T. R. Thompson, Chronic lead poisoning in steers eating silage contaminated with lead shot–Diagnostic criteria ; Earth and Environmental Science Bulletin of Environmental Contamination and Toxicology Volume 39, Number 4, 622-629, DOI: 10.1007/BF01698454 (Résumé)
  8. Mycotoxines en milieu de travail. Document INRS
  9. Fiche d'aide au repérage de cancérogène. Agroalimentaire. Fabrication d'aliments pour animaux. Document INRS.