Agriculture biodynamique

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Rudolf Steiner, occultiste fondateur de l'anthroposophie, le dogme central de l'agriculture biodynamique.

L’agriculture biodynamique, aussi appelée communément biodynamie, est un système de production agricole magique issu du courant ésotérique de l'anthroposophie. Ses bases dogmatiques ont été posées par Rudolf Steiner dans une série de conférences données aux agriculteurs en 1924[1],[2] et développées ensuite par des agriculteurs anthroposophes[3]. L'agriculture biodynamique de Steiner ne donne aucun mécanisme explicatif, et son fondateur refuse la méthode expérimentale, en appelant uniquement à la foi de ceux qui voudront bien le croire[4].

L'emploi de préparations reposant sur des principes ésotériques[5], dont la prise en considération de l'influence supposée des rythmes lunaires et planétaires[6] différencie principalement l'agriculture biodynamique de l'agriculture biologique.

Ce système de production n'est pas plus efficace que l'agriculture biologique, dont il respecte les principes de base[7]. Les deux approches se distinguent par les dimensions pseudo-scientifiques de l'agriculture biodynamique[7], et l'efficacité revendiquée de la biodynamie relève de la pensée magique[8].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Cours aux agriculteurs[modifier | modifier le code]

L'agriculture biodynamique trouve son origine dans une série de huit conférences, connues sous le nom de Cours aux Agriculteurs[1], données par l'occultiste et anthroposophe Rudolf Steiner du 7 au 16 juin 1924 sur le domaine du comte Karl von Keyserlingk à Koberwitz, près de Breslau en Silésie (dans la Pologne actuelle), devant 111 participants proches de Steiner, dont un tiers étaient liés à l'agriculture[2].

Ce Cours aux Agriculteurs est une réponse de Rudolf Steiner aux préoccupations d'un groupe d'agriculteurs se posant des questions sur l'évolution des pratique agricoles au début du XXe siècle, notamment avec l'arrivée des engrais chimiques et les prémisses de l'agriculture industrielle. Ernst Stegemann constatait des signes de dégénérescence sur les semences. Le comte Karl von Keyserlingk amena une réflexion sur les questions sociales impliquant l'agriculture et l'alimentation. Enfin, de jeunes agriculteurs comme Erhard Bartsch (de) cherchaient de nouvelles voies pour s'engager activement dans leur métier[9],[10]. Le Cours aux Agriculteurs a lieu également peu de temps après la crise du phylloxera qui décima le vignoble français. Ce thème est notamment abordé dans la 6e conférence du Cours, le 14 juin 1924[1].

Le Cours aux agriculteurs, rédigé à partir de notes prises en sténographie, n'est pas un manuel d'agriculture rédigé et complet. A ce titre, Steiner prévient que « le contenu de ces publications était destiné à la communication orale, non à l'impression (...) il faudra seulement s'accommoder du fait que dans ces sténogrammes, que je n'ai pas revus, il se trouve des erreurs »[10],[11].

Dans son Cours aux agriculteurs de 1924, Rudolf Steiner n'utilise pas le mot « biodynamie » et ne le fera pas jusqu'à sa mort en 1925. Le recueil de conférences porte initialement le titre de Fertilisation biologique. Vers 1930, il devient Agriculture biologique et dynamique, du grec dynamis (la force), car l'agriculteur doit comprendre et travailler avec les « forces » dont l'expression équilibrée permettrait, selon l'anthroposophie, la croissance saine des végétaux et des animaux. L'expression devint rapidement « agriculture biodynamique »[10]. Durant les premières années, le contenu du Cours aux agriculteurs ne circulera que dans les cercles anthroposophiques sous formes de copies privées et numérotées, avec la mention « pour usage personnel seulement ». Ce n'est qu'en 1963 que les conférences sont publiées pour la première fois[11].

Après le Cours aux agriculteurs : 1924-1940[modifier | modifier le code]

Avant la fin du Cours aux agriculteurs, un Cercle d´expérimentation des agriculteurs anthroposophiques est créé sous la présidence du Comte Keyserlingk, qui en confie dès 1926 la responsabilité à Erhard Bartsch (de). Ce dernier dirige le mouvement jusqu'à son interdiction et dissolution par les nazis en 1941. En 1933, le Cercle d´expérimentation change de nom pour Fédération du Reich pour la production biodynamique (Reichsverband für biologisch-dynamische Wirtschaftsweise). Bartsch est aussi le gérant de l'association (syndicat agricole) Demeter, créée en 1927, éditeur des Cahiers d´information du Cercle et du mensuel Demeter[11],[12]. En 1931 l'association compte 250 membre en Allemagne, 109 en Suisse, 104 dans les autres pays européens et 24 hors Europe, sur quatre continents. Les plus anciennes fermes en biodynamie sont le Wurzerhof en Autriche et le domaine de Marienhöhe en Allemagne[13],[14].

Parallèlement, après la mort de Rudolf Steiner en 1925, Ehrenfried Pfeiffer commence à travailler au sein d'un laboratoire de recherche de la Section des Sciences Naturelles au Goethéanum à Dornach (Suisse). Il dirige également la ferme expérimentale en biodynamie de Loverendale à Domburg aux Pays-Bas. Cette ferme avait pour objectif de réaliser des essais en biodynamie. En effet, le travail d'expérimentation et de mise en pratique de la biodynamie était une entreprise internationale coordonnée par Pfeiffer et la Section des Sciences Naturelles au Goethéanum[15]. Le résultat des travaux de Pfeiffer est publié en 1938 dans son ouvrage le plus influent intitulé La Fécondité de la Terre[16], paru simultanément en cinq langues (anglais, allemand, français, italien et hollandais). C'est le premier livre qui présente l'agriculture biodynamique à un large public, alors que le Cours aux Agriculteurs est encore gardé secret par les anthroposophes[13],[17],[18]. En 1939, quelques mois avant le début de la Seconde Guerre Mondiale, Pfeiffer organise le premier congrès d'agriculture biodynamique, connu sous le nom de « Betteshanger Summer School and Conference » (Université d'été de Betteshanger) dans le Kent. La conférence de Betteshanger (en) est considérée comme le « chaînon manquant » entre l'agriculture biodynamique et l'agriculture biologique puisque l'année suivante (1940), elle accueille Lord Northbourne qui a ensuite inventé et utilisé le terme d'« agriculture biologique » à partir du concept biodynamique de « ferme en tant qu'organisme »[19]. En 1940, Lord Northbourne publie l'ouvrage Look to the Land, qui suscite de nombreuses discussions sur l'agriculture biologique[20]. Dans ce sens, Rudolf Steiner est considéré comme l'un des fondateurs de l'agriculture biologique, qui prend ses racines dans la biodynamie du début du XXe siècle[18].

Développement géographique après 1940[modifier | modifier le code]

Durant la période précédant la Deuxième Guerre Mondiale, la biodynamie se développe essentiellement dans les états de l'est de l'Allemagne. On compte moins de 100 fermes à la fin des années 1920, et les estimations vont de 200 à 2000 pour les années 1930[21]. Après la guerre, la biodynamie reprend son essor, d’abord dans les pays germaniques, puis aux États-Unis avec la venue de Pfeiffer, ainsi qu'aux Pays-Bas et dans de nombreux autres pays.

En 1946, Ehrenfried Pfeiffer, qui a émigré aux États-Unis pendant la guerre, fonde un institut de recherche à Threefold Farm, Spring Valley, New-York, et met au point un procédé novateur de compostage des déchets urbains et industriels. Pfeiffer est le pionnier de l'agriculture biodynamique aux Etat-Unis[22]. En Australie, c'est l'allemand Alex Podolinsky, qui émigre en 1947 et développe la méthode biodynamique sur de très grandes surfaces. L'Australie est devenu aujourd'hui le principal utilisateur de la méthode avec plus d'un million d'hectares en culture biodynamique[réf. nécessaire].

A partir de 1960 en Europe, l'allemande Maria Thun contribue au développement de la biodynamie avec une approche centrée sur l'utilisation des rythmes lunaires et planétaires. Sur la bases de ses propres recherches, elle édite les premiers « Calendrier des Semis » qui servent encore aujourd'hui de référence pour l'utilisation de ces rythmes en agriculture. Ces calendriers se basent sur d'autres rythmes que ceux mis en avant par Rudolf Steiner dans le Cours aux Agriculteurs, notamment le rythme sidéral de la Lune[23].

Dans les années 1970-80 : le développement de l’agriculture biodynamique s’accélère surtout dans les pays germaniques et nordiques, ainsi qu’en Inde, Australie et Nouvelle-Zélande.

En France, le mouvement se développe sous l'impulsion de Claude Monziès, Xavier Florin, François Bouchet, Nicolas Joly, Pierre Masson ou encore Jacques Mell. L'Association française de culture biodynamique est créée en 1958, le Syndicat d'agriculture biodynamique en 1973 et le Mouvement de Culture Biodynamique en 1975. Toujours en France, l'association Demeter et la marque homonyme, qui certifient les produits issus de l'agriculture biodynamique, voient le jour en 1979. Dans le domaine de la viticulture biodynamique, un second label — Biodyvin — voit le jour en France en 1998, issu d'une association viticole, le Syndicat international des vignerons en culture biodynamique[23].

Pierre Rabhi s'est inspiré de la biodynamie au début de son activité agricole dans les années 1960[24].

Spécificités du système de production agricole biodynamique[modifier | modifier le code]

La biodynamie se distingue notamment de l'agriculture biologique parce qu'elle n'englobe pas seulement des techniques agricoles, mais aussi des rituels de nature mystique : « Le paysan qui accepte de se plier au cahier des charges de Demeter, la marque de certification des produits agricoles cultivés en biodynamie, ne se borne pas à produire des fruits ou des légumes biologiques — cette sorte de druidisme lui impose de manipuler des cornes remplies de bouse et des vessies de cerf et de respecter un calendrier cosmique. Comme pour des viandes halal ou kasher, les vins et carottes biodynamiques signalent qu’ils respectent une codification rituelle »[25].

Concepts de « forces cosmiques » et de « forces terrestres »[modifier | modifier le code]

Bien qu'elle partage certaines méthodes avec l'agriculture biologique, la biodynamie s'en éloigne drastiquement par sa dimension résolument occulte. La plus profonde divergence entre l'agriculture biologique et la biodynamie réside dans l'idée de « dynamiser » les sols et autres matières grâce à des « forces cosmiques ».

Steiner introduit ces termes de « forces cosmiques » et de « forces terrestres » — qui n'ont, telles qu'il les conçoit, pas de rapport avec le phénomène de la force gravitationnelle — alors que ceux-ci ne sont pas employés par les scientifiques spécialisés dans l'étude de l'astronomie et ne font référence à aucun phénomène scientifique connu. Il considère que ces « forces » émises par la Terre et le cosmos sont à l'origine de divers phénomènes comme le développement et de la croissance des cultures agricoles, la formation de l'humus, la présence de parasites et des mauvaises herbes, etc.[26]

Suivant ce concept, Steiner affirme que la chaux et l'azote sont des vecteurs des « forces terrestres » et que la silice, le soufre, le phosphore et les éléments traces métalliques sont des vecteurs des « forces cosmiques ». Afin d'influencer les phénomènes biologiques observés dans les cultures, il enseigne comment ces « forces » peuvent être capturées, stoppées ou retardées. Ce contrôle des « forces cosmiques » repose sur l'utilisation de préparations et sur le travail du sol en fonction des constellations ou des mouvements des planètes, selon des considérations se rapprochant de l'astrologie[26].

Préparations, incinérations et autres procédés[modifier | modifier le code]

Le compostage en tas avec l'apport de préparations spécifiques est une pratique indispensable pour les biodynamistes.

En biodynamie l'usage de « préparations » spécifiques est de mise, la notion de ferme identifiée à un organisme vivant ayant une individualité, et une relation personnelle et intime de l'agriculteur avec la nature. Ces notions n'ont pas été retenues et développée par l'agriculture biologique moderne scientifique[27], mais proviennent essentiellement de courants de pensée mystiques et de pseudo-sciences à la mode dans l'Allemagne romantique, notamment de l'homéopathie pour l'idée de « dynamisation », même si elle y possède un sens bien différent.

L'usage de produits auxiliaires ou « préparations » occultes fait principalement la spécificité de l'agriculture biodynamique. Ces préparations ont été dictées par Rudolf Steiner sur la seule base de ses « intuitions », et continuent d'être pratiquées dans la biodynamie actuelle sans preuve tangible de leur efficacité.

Il y a six préparations à ajouter au compost[N 1] et deux préparations à pulvériser sur les cultures, et ce en dosage « homéopathique ». Quatre d'entre elles sont censées « dynamiser » le compost lors de son élaboration. L'une des deux autres est à pulvériser directement sur les sols et la dernière directement sur les plantes pendant la croissance. Ces préparations doivent être chargées de sentiments et de « forces cosmiques », selon Steiner.

Dans sa cinquième conférence, Steiner décrit la préparation du compost et précise :

« ce qui importe ici, ce n'est pas seulement de lui incorporer les substances dont nous croyons qu'il les lui faut pour les introduire dans les plantes, ce qui importe, c'est de lui apporter des forces vivantes[Qs 1]. »

Remplissage de cornes de vaches avec de la bouse du même animal. Cette préparation rituelle sert à la « Préparation 500 », où la bouse sera « dynamisée ».

Lorsque Steiner présente les bases de ce système de production il dicte huit préparations qui forment le noyau de l'agriculture biodynamique. Ces préparations sont faites de quartz, de fumier de bovin, de six plantes et d'organes animaux. On y trouve deux préparations à pulvériser dans les champs (bouse de corne et silice de corne) et six préparations à composter (préparation d’achillée millefeuille, préparation de camomille, préparation d’ortie, préparation d’écorce de chêne rouvre, préparation de pissenlit et préparation de valériane)[26].

Les préparations anthroposophiques sont pour la plupart obtenues au travers d'un processus de fermentation[réf. nécessaire] dans des organes animaux : vessie, mésentère, intestin et crâne d'animal domestique. Deux grammes de chacune de ces six préparations suffisent pour des volumes allant jusqu'à 10 m3 de matière à composter[28], soit environ 1 mg pour 10 kg (dilution à 0,000 000 1 %). Il s'agit donc d'une dose homéopathique.

Ces préparations ont fait l'objet de controverses quant à leur sérieux scientifique, par exemple au vu de cette citation de Steiner :

« La vessie du cerf est connectée aux forces du cosmos. Mieux, c'est presque l'image du cosmos. Ainsi, nous donnons au mille-feuille le pouvoir presque essentiel d'augmenter les forces qu'il possède déjà, pour combiner le soufre avec les autres substances[29],[30]. »

Elles sont cependant autorisées dans le règlement (CE) n° 834/2007 du Conseil de l'Union européenne[N 2] qui définit les objectifs, principes et règles applicables à la production biologique.

Il existe aussi des préparations à base d'animaux incinérés, toujours utilisée sous la forme de dilutions homéopathiques.

Listes de préparations[modifier | modifier le code]

Préparation des cornes de vache emplies de bouse, dite préparation 500
Compost à base de prêle (Equisetum arvense) prétendu développer la création de bactéries et d'une microflore bénéfiques, dite préparation 508
  • Préparation 500 - La bouse de vache est enterrée dans des cornes de vache dans le sol pendant l'hiver. La corne est alors déterrée, son contenu (appelé « bouse de corne » ou « 500 ») est ensuite « dynamisé » dans l'eau pendant 1 heure et pulvérisé sur le sol en fin de journée[31].
  • Préparation 501 - du quartz broyé est enterré dans des cornes de vache dans le sol pendant l'été. La corne est alors déterrée, son contenu (appelé « silice de corne » ou « 501 » est ensuite dynamisé dans l'eau et pulvérisé sur les vignes au lever du jour[31].
  • Préparation d'achillée millefeuille Achillea millefolium (502) qui jouerait un rôle particulier dans la mobilité du soufre et de la potasse[31].
  • Préparation de camomille sauvage Matricaria recutita (503), qui serait liée au métabolisme du calcium et régulariserait les processus de l'azote[31].
  • Préparation de grande ortie Urtica dioïca (504). En rapport avec l'azote et le fer, elle renforcerait l'influence des deux premières préparations en donnant au compost et au sol une « sensibilité » et favoriserait une bonne humification[31].
  • Préparation d'écorce de chêne pédonculé Quercus robur (505). Pour les biodynamistes cette préparation aurait un rapport avec le calcium et régulariserait les maladies des plantes dues à des phénomènes de prolifération, d'exubérance[31].
  • Préparation de pissenlit Taraxacum section Ruderalia (506). Jouerait notamment un rôle au niveau de l'acide silicique. Après avoir été exposée au soleil d'été, la préparation est enterré pendant l'hiver, puis déterré le printemps suivant. Le contenu du mésentère est prélevé puis inséré dans le compost (le mésentère utilisé est recyclé)[31].
  • Préparation de valériane officinale Valeriana officinalis (507). Cette préparation aiderait à la mobilité du phosphore dans les sols[31].
  • Préparation de prêle des champs (Equisetum arvense) (508) utilisé soit comme un thé frais ou comme engrais liquide fermenté, elle est appliquée soit à la vigne (dans ce cas généralement comme une infusion) ou au sol (dans ce cas généralement comme engrais liquide)[31].

Travail avec les rythmes lunaires, planétaires et zodiacaux[modifier | modifier le code]

Influence prétendue des constellations zodiacales sur l'organe correspondant de la plante

L'influence de la Lune sur la croissance des plantes est une croyance qui n'a jamais été validée par la science[32], mais elle est très présente en biodynamie, re-théorisée et « anthroposophiée » par Steiner.

Pour compléter les recommandations du maître, les disciples de Steiner ont préconisé le recours à des agendas cosmiques et autres calendriers ésotériques faisant intervenir l'astrologie[30]. Dans ces almanachs la lune dirige les travaux viticoles. Quand une lune montante favorise la montée de la sève, c'est le printemps lunaire, période où il faut greffer et vendanger. En lune descendante, automne lunaire, c'est le moment de la taille[33]. Il existe différents calendriers régissant les pratiques biodynamiques, mais le plus connu reste celui de Maria Thun (1922-2012)[34]. Publié chaque année, il se base sur les quatre éléments, théorie qu'elle emprunte à certaines croyances de l'Antiquité. Elle pensait que « ces éléments sont reliés aux organes des plantes », ce qui lui permettait de « découper l'année en dates favorables à ces différents organes en fonction de la position de la lune tout en y ajoutant une connexion avec les douze constellations zodiacales ». C'est sur ces bases qu'elle faisait apparaître des périodes plus favorables que d'autres en fonction d'« oppositions » ou de « nœuds planétaires »[35]. De plus, pour faciliter la mise en œuvre pratique de l'autosuffisance écologique, son calendrier contient un Calendrier des Semis donnant des indications sur les périodes qu'elle considérait comme étant les plus favorables[36].

Dans la pratique biodynamique, selon les disciples de Steiner[Qui ?], le rythme est une permanente adaptation aux conditions de l'environnement alors que les cadences et les fréquences sont étrangères à la sphère du vivant. En dépit de cette divergence, les rythmes lunaires, planétaires et zodiacaux sont pris en compte, avec une importance variable selon les écoles, pour le travail du sol, les plantations, les récoltes ou l'emploi des préparations biodynamiques[37],[38],[39].

Ainsi, le site internet de la marque de certification de produits issus de la biodynamie Demeter affirme : « La lune et les planètes influencent la croissance des plantes comme les phases de la lune influencent les marées. Ces rythmes sont à respecter autant que possible »[40]. Le mythe de l'influence de la lune sur la croissance des plantes a été réfuté par la science, et la comparaison avec l'influence de la lune sur les marées est infondée, cette dernière s'expliquant par les forces de gravitation. Noëlle Dorion, docteur en physiologie végétale, réfute cette influence sur les plantes dans une publication de synthèse édité par la Société Nationale d'Horticulture de France : « qu’il y ait des jours pour les légumes à feuilles, d’autres pour des légumes à racines, d’autres encore pour ceux qui poussent vers le haut ou vers le bas, est une croyance qui relève de la crédulité aux prévisions des horoscopes »[41] et conclut « si ces effets lunaires existent, ils sont non seulement faibles et inutilisables mais pour le moment, inexpliqués »[41].

La protection des cultures[modifier | modifier le code]

Dynamiseur pour préparations biodynamiques (création et rupture du vortex)

Aux fins de protection des cultures, la agriculture biodynamique exclut presque l'utilisation de pesticides de synthèse : seules sont autorisées les préparations d'origines minérale ou végétale (par exemple le soufre et le cuivre pour la lutte contre l'oïdium et le mildiou). Sur cette base, la lutte contre les maladies cryptogamiques se pratique fréquemment, avec un dosage en matière active faible et l'utilisation de tisanes préventives. Pour lutter contre le mildiou, le cuivre est utilisé sous forme d’hydroxyde de cuivre ou de bouillie bordelaise. Contre l'oïdium, le soufre est utilisé sous forme de soufre fleur en poudrage ou mouillable en pulvérisation[35].

La lutte contre les insectes et les animaux parasites est prise en compte par les partisans de la biodynamie. Elle commence par « l'incinération du parasite concerné un jour favorable au calendrier cosmique ». Ces cendres sont ensuite diluées plusieurs fois dans l'eau pour obtenir une solution homéopathique. Cette préparation se fait « sur la base de 1/10 suivie d'une dynamisation de trois minutes, le tout répété sept fois afin d'obtenir finalement une dilution appelée D8. La pulvérisation de D8 se fera de préférence un jour favorable au calendrier cosmique[35]. ».

Démonstration d'une dynamisation manuelle des préparations biodynamiques

Certain partisans de la biodynamie prétendent que l'efficacité de cette dilution biodynamique repose sur la mémoire de l'eau, concept inventé à la fin du XVIIIe siècle par Jacques Benveniste, dont les travaux n'ont aucun fondement scientifique fiable[42].

Critiques de la biodynamie[modifier | modifier le code]

Critique de pratiques agricoles relevant de l'anthroposophie[modifier | modifier le code]

Rudolf Steiner n'avait strictement aucune formation agricole ni même de réel contact avec le monde paysan[4], et n'a jamais cherché à argumenter ses affirmations sur le sujet, ni surtout à vérifier l'efficacité pratique de ses recommandations (il est mort l'année suivant la publication de son unique ouvrage sur le sujet).

En tant qu'elle découle des théories de Rudolf Steiner, la biodynamie peut être vue comme un avatar agronomique de l'anthroposophie. Plusieurs critiques, comme le philosophe Michel Onfray, pointent ainsi le fait que la démarche anthroposophique est fondée sur la seule « intuition » de son fondateur : s'opposant à la rationalité scientifique, celui-ci s'évite systématiquement dans ses œuvres d'avoir à prouver ses affirmations, qui se résument donc à des certitudes auxquelles on n'adhère que par la foi. Du fait qu'une grande partie des affirmations vérifiables de Steiner ont depuis été balayées par les progrès de la biologie (qu'il s'agisse des propriétés des produits utilisés ou de l'influence des constellations), l'ensemble de son système de pensée s'en trouve très fragilisé[4].

Onfray voit ainsi dans l'anthroposophie une dérive ésotérique du vitalisme, courant philosophique dont il se réclame lui-même[4]. Il critique notamment l'agriculture biodynamique dans son livre Cosmos : une ontologie matérialiste, arguant que l'utilisation des crânes d'animaux pour la culture vinicole au titre de supposées influences dans le goût du vin obtenu n'avait aucun effet sensible et ne constituait qu'une superstition sans fondement gustatif[43][réf. à confirmer]. Il ajoute que cette supercherie en apparence anodine est préoccupante quand elle sert de cheval de Troie à des idéologies steineriennes plus graves :

« Qu'un vin soit imbuvable, rien de bien grave. Que des agriculteurs vendent sur le marché des produits ayant goûté de l'extrait d'achillée en vessie de cerf ou de l'écorce de chêne dans le crâne de son chat domestique, rien de dramatique non plus. Mais que des médicaments et des soins soient prodigués à des malades ou des enseignements à de jeunes enfants selon les principes astrologiques, occultistes, ésotériques de l'anthroposophie, voilà qui est plus grave[4]. »

Dans son ouvrage Bacchus et moi, l'écrivain américain Jay McInerney cite Stuart Smith, qui tient le blog Biodynamics is a Hoax (« La biodynamie est un canular »), qui a écrit que « la biodynamie est une imposture et mérite le même niveau de respect que celui que nous accordons à la sorcellerie », ou encore, à propos de Rudolf Steiner[44] : « Rudolf Steiner était complètement cinglé. C'était un charlatan doué d'une formidable imagination, une sorte de Timothy Leary défoncé au LSD avec le talent de P.T. Barnum pour le show-business. »

Caractère pseudo-scientifique[modifier | modifier le code]

Dans un éditorial datant de 2002, Peter Treue, chercheur en sciences agricoles à l'université de Kiel, en Allemagne, définit la biodynamie comme une pseudo-science. Il montre qu'à ce titre, la biodynamie relève de la magie et de l'alchimie[45].

Un grand nombre d'affirmations de l'agriculture biodynamique est clairement en contradiction avec l'état actuel des connaissances scientifiques.

Inefficacité[modifier | modifier le code]

Plusieurs études scientifiques, publiées notamment dans des revues de rang A, attestent que les résultats obtenus via les méthodes d'agriculture biodynamique ne peuvent se distinguer de ceux obtenus par l'agriculture biologique : Reganold J.P et al, 1993[N 3] ; Kœning U.J, 1999[N 4] ; Mäder et al, 2002[N 5].

Il est à noter que les biodynamistes certifiés doivent appliquer le cahier des charges de l'agriculture biologique en vigueur sur son territoire, ce qui biaise certaines études. Lorsque la biodynamie est employée seule, elle occasionne davantage d'inconvénients que de bénéfices : les préparations biodynamiques, sans efficacité notable, représentent un coût de production et d'utilisation[47].

Applications[modifier | modifier le code]

La biodynamie s'adresse à tous les domaines de l'activité agricole tels que la production de semences, l'élevage, l'apiculture, la viticulture biodynamique ou le jardinage, et a été mise en pratique notamment sur des domaines viticoles[48],[30], pour la production du thé en Inde ou encore du coton[49]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À l'origine, la description de l'activité de ces préparations par Rudolf Steiner ne concernait pas directement le processus de compostage lui-même, mais essentiellement leur effet sur les sols et sur le comportement des plantes.
  2. Titre III règles de Production Chapitre 2 Production agricole Article 12 Règles applicables à la production végétale Conseil de l'Union européenne, « Règlement (CE) N°834/2007 », sur eur-lex.europa.eu (consulté le 21 février 2015).
  3. Reganold J.P et al, 1993 « Soil quality and financial performance of biodynamic and conventional farms in New Zealand » Science, vol. 260[46]
  4. Kœning U.J, 1999 « Die biologisch-dynamischen Präparate in Forschung und Praxis » Ökologie & Landbau, 111[46]
  5. Mäder et al, 2002 « Soil Fertility and Biodiversity in Organic Farming », Science, vol. 260[46]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Rudolf Steiner, Le cours aux agriculteurs, Paris, Éditions Novalis, , 251 p. (ISBN 9782910112691)
  2. a et b John Paull (2011) Attending the First Organic Agriculture Course: Rudolf Steiner’s Agriculture Course at Koberwitz, 1924, European Journal of Social Sciences, 21(1):64-70.
  3. (en) Vogt, G., « The origins of organic farming », dans Organic farming: an international history, Lockeretz, W., , p. 19. « Steiner did not present a complete organic farming concept; he only proposed some guidelines. Based on his outline, biodynamic agriculture was developed by a group of anthroposophic farmers. »
  4. a b c d et e Michel Onfray, Cosmos : Une ontologie matérialiste, Flammarion, , 573 p. (ISBN 978-2-0812-9036-5), chap. 4 (« Théorie du fumier spiritue »)
  5. « Les forces cosmiques de la biodynamie », sur Agriculture & Environnement, par Gil Rivière-Wekstein.
  6. Voir sur pseudo-sciences.org.
  7. a et b Le mythe de l'agriculture biodynamique, sur charlatans.info
  8. (en) D. Smith, « On Fertile Ground? Objections to Biodynamics », The World of Fine Wine, no 12,‎ , p. 108–113 (lire en ligne).
  9. (en) Ueli Hurter, Agriculture for the Future, Biodynamic Agriculture today, Dornach (CH), Verlag am Goetheanum, , « On the history of the biodynamic impulse », p. 11-12
  10. a b et c Antoine Lepetit de la Bigne, La Biodynamie en 35 questions, Paris, Sang de la Terre, , 142 p.
  11. a b et c (en) Vogt, G., « The origins of organic farming », dans Organic farming: an international history, Lockeretz, W., .
  12. (en) Ueli Hurter, Agriculture for the Future, Biodynamic Agriculture today, Dornach (CH), Verlag am Goetheanum, , « On the history of the biodynamic impulse », p. 11-12
  13. a et b (en) Dan McKanan, Eco-alchemy : anthroposophy and the history and future of environmentalism, University of California Press, , 289 p. (ISBN 9780520964389 et 0520964381, OCLC 995001177, lire en ligne), « Roots - Biodynamic and the Origins of Organic Agriculture »
  14. (de) Herbert Koepf and Bodo von Plato, Die biologisch-dynamische Wirtschaftsweise im 20 Jahrhundert, Dornach, Ver­lag am Goe­thea­num, (ISBN 978-3723511220)
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  49. La biodynamie dans le monde

Ouvrages cités[modifier | modifier le code]

  • Pierre Masson, Agenda biodynamique lunaire et planétaire 2014 :
  • Pierre Masson, Guide pratique pour l'agriculture biodynamique :
  • Antoine Lepetit, La Biodynamie en 35 questions :
  1. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Cours136

Sources[modifier | modifier le code]

  • Harald Kabisch, Guide pratique de la méthode biodynamique en agriculture, Paris, Triades, 1981, 4e éd., (ISBN 978-2-85248-060-5).
  • Maria Thun, Calendrier des semis, Mouvement de culture biodynamique.
  • Pierre Masson, Guide pratique pour l'agriculture biodynamique, Baume-les-Dames, Éditions BioDynamie Services, , 224 p. (ISBN 978-2-9538289-2-4)
  • Claire Lamine et Stéphane Bellon (sous la coordination de), Transitions vers l'agriculture biologique. Pratiques et accompagnements pour des systèmes innovants, Dijon, Educagri, Versailles, Quae, (ISBN 978-2-84444-756-2)
  • Pierre Masson, Agenda biodynamique lunaire et planétaire 2014, Éditions BioDynamie Services, (ISBN 978-2-9538289-2-4)
  • Alex Podolinsky, Conférence 2011, Éditions BioDynamie Services, (ISBN 978-2-9538289-5-5)
  • Antoine Lepetit - De la Bigne, La Biodynamie en 35 questions, Saint-Romain, Éditions La Pierre Ronde, , 156 p. (ISBN 978-2-9541465-0-8)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Harald Kabisch, Guide pratique de la méthode biodynamique en agriculture, Éditions Triades
  • Herbert Koepf, Qu'est-ce que la culture biodynamique?, Éditions Triades
  • Herbert Koepf, Les Pulvérisations biodynamiques, Le Courrier du Livre
  • Koepf & Schaumann & Hacclus, Agriculture biodynamique, Introduction aux acquis scientifiques de sa méthode, Éditions Anthroposophiques Romandes, 1996
  • Dr Ehrenfried Pfeiffer, Guide pratique de la méthode biodynamique en arboriculture, Le Courrier du Livre
  • Pfeiffer & Koepf, Biodynamie et compostage, Le Courrier du Livre
  • Franz Lippert, Utilisation des plantes aromatiques & médicinales en agriculture, Guy Trédaniel éditeur
  • Nicolas Joly, Le Vin du ciel à la terre, la viticulture en biodynamie, Éd. Sang de la Terre
  • E. Pfeiffer, Le Petit Guide du jardinage biodynamique, Éd. Triades
  • F. Sattler, La Ferme biodynamique, Éditions Ulmer
  • Rudolf Steiner, Agriculture, Fondements spirituels de la méthode biodynamique, Éditions anthroposophiques romandes
  • Maria Thun, Calendrier des semis 2007, Éd. Mouvement de culture biodynamique
  • Maria Thun, Indications résultant de la recherche sur les constellations, Éditions Aussaattage
  • Hilary Wright, Le Jardin biodynamique. Principes et techniques, Paris, Octopus Publishing Group Ltd, 1994, 144 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]