Lotus pedunculatus

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Lotier des marais

Le Lotier des marais ou lotier des fanges (Lotus pedunculatus Cav.) est une espèce de plantes herbacées vivaces de la famille des Fabaceae.

Dénominations[modifier | modifier le code]

Nom scientifique[modifier | modifier le code]

Nom accepté : Lotus pedunculatus Cav. (1793).

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

Cette plante est également appelée lotier des marais, lotier des fanges, lotier pédonculé, lotier velu. En anglais, big trefoil ou greater bird’s-foot-treefoil. En allemand, Sumpf-Hornklee.

Etymologie[modifier | modifier le code]

Le nom de genre Lotus tire son origine du mot grec « lôtos », utilisé pour désigner plusieurs fabacées d’intérêt fourrager. Le terme « pedunculatus », quant à lui, décrit les pédoncules de grande taille des fleurs de cette plante.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Port général[modifier | modifier le code]

Planche botanique

Lotus pedunculatus est une plante herbacée vivace dont la taille varie entre 30 et 80 cm. Son port est dressé mais sa souche est rampante et stolonifère[1].

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

La plante peut être glabrescente ou velue. Ses tiges sont dressées ou ascendantes et creuses.

Les feuilles sont composées, formées de 3 folioles obovales en coin[1]. Leur longueur se situe entre 15 et 20 mm. Les folioles des feuilles supérieures sont moins de 3 fois plus longues que larges[2]. Deux stipules ovales de même taille et apparence que les feuilles sont présents.

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

Ombelle portant 6-12 fleurs papillonacées jaunes.
Lotier des marais : fleurs et gousses.

Les fleurs sont de type papilionacé et jaunes. Elles sont regroupées en ombelles comportant entre 6 et 12 fleurs de 10-18 mm[2].

Les pédoncules sont épais et leur longueur vaut 3 à 4 celle de la feuille.

Le calice est en cloche, ses dents sont étalées dans le bouton, lancéolées-linéaires, de même longueur que le tube. Les ailes sont obovales, dont le bord inférieur est quasiment droit et celui-ci recouvre la carène. Cette dernière est peu courbée, en un angle fortement obtus

Les fruits sont des gousses linéaires à cylindriques de 15-30 mm et rectilignes[2].

Espèces voisines[modifier | modifier le code]

Lotus corniculatus ressemble fort à L. pedunculatus. La tige (pleine chez L. corniculatus) et le nombre de fleurs par inflorescence (maximum 6 fleurs par ombelle chez L. corniculatus) sont 2 critères principaux permettant de les distinguer. 

Clé dichotomique[3] :

  • Plante dépourvue de stolons, à tige pleine ou très peu creuse. Ombelle à 3-6 fleurs. Dents du calice courbées vers l'intérieur avant la floraison : L. corniculatus
  • Plante à stolons, à tige largement creuse. Ombelle à 5-12 fleurs. Dents du calice étalées avant la floraison : L. pedunculatus

Taxonomie et classification[modifier | modifier le code]

Synonymes[modifier | modifier le code]

  • Lotus uliginosus Schkuhr, 1796
  • Lotus corniculatus proles decumbens (Poir.) Rouy
  • Lotus tenuis subsp. decumbens (Poir.) Nyman
    semences
  • Lotus uliginosus subsp. decumbens (Poir.) Arcang.
  • Lotus corniculatus proles pedunculatus (Cav.) Rouy.
  • Lotus corniculatus subsp. uliginosus (Schkuhr) Briq.
  • Lotus corniculatus var. villosus Cariot & St-Lag.
  • Lotus granadensis Zertova
  • Lotus major Sm.
  • Lotus nummularius Rchb.
  • Lotus pilosus Beeke
  • Lotus pilosus Lowe
  • Lotus uliginosus var. villosus Lamotte
  • Lotus villosus Thuill.
  • Mullaghera uliginosa (Schkur) Bubani[1]

Ecologie[modifier | modifier le code]

Régions d'origine et de naturalisation[modifier | modifier le code]

L. pedunculatus est indigène dans presque toute l’Europe, sauf les extrêmes nord et sud[2]. Cette plante est également présente en Asie occidentale et Afrique septentrionale[1]. Elle fut introduite en Amérique du Nord et du Sud comme plante fourragère.

Régions où l'espèce devient envahissante[modifier | modifier le code]

Elle est considérée comme envahissante en Nouvelle-Zélande où la première observation remonte à 1867.

Habitat[modifier | modifier le code]

Elle se développe dans des milieux humides : marais, pâturages inondés, fossés, sentiers forestiers, bords des étangs[2].

Son exposition à la lumière ainsi qu’à l’humidité atmosphérique doit être importante. Le développement est optimal dans un sol plutôt acide, assez humide, argileux, riche en matière organique[1]. C’est cependant une plante peu exigeante en nutriments. Elle s’adapte bien aux sols pauvres en phosphore, ce qui la rend très appréciée pour l’Upland de Nouvelle-Zélande (terres à une altitude supérieure à 300 m avec une courte saison de pluie et des sols généralement acides).

Cycle de vie[modifier | modifier le code]

Il s’agit d’une plante vivace, qui fleurit entre juin et août[2].

Symbiotes[modifier | modifier le code]

Comme la plupart des plantes de la famille des Fabacées, elle établit une symbiose avec des bactéries du genre Rhizobium logées dans des nodosités sur ses racines. De plus, les plantes du genre Lotus sont capables de symbiose avec Mesorhizobium (Rhizobium à croissance rapide) et Bradyrhizobium (Rhizobium à croissance lente).

Elle communique avec les bactéries Rhizobium à travers des flavonoïdes. Dans les racines de L. pedunculatus, on retrouve les composés suivants : catéchine, naringénine, rhamnétine, isorhoifoline, hespéridine, kaempférol, quercétine aglycone, quercétine glycoside et acide protocatéchique[4].

Protection[modifier | modifier le code]

Pas de mesure de protection particulière en France, Belgique et Suisse.

Propriétés[modifier | modifier le code]

C’est une plante riche en tanins condensés (46-106 g/kg de poids sec[5]), qui permettent une meilleure absorption des acides aminés essentiels et une meilleure rétention de l’azote[6].

Il a également été montré dans des expériences réalisées sur moutons, que les tanins contenus dans la plante améliorent l'assimilation intestinale de certaines protéines en minimisant leur dégradation dans le rumen [5] qu'elle peut être source de méthionine et cystéine, les tanins condensés facilitant leur assimilation[7] et qu'elle augmente la digestibilité des fibres[5].

Les tanins ont aussi un effet antimétéorisant[8].

En outre, elle possède un important effet anti-inflammatoire[9]. En diminuant l’activité de la myéloperoxidase et l’adénosine-déaminase, les leucocytes activés et leur migration sont inhibés. Il y a également inhibition des oxydes d’azote, du TNF-alpha et du IL-1beta.

Elle a également des propriétés antihelminthiques.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Agriculture[modifier | modifier le code]

Plante prairiale et couvre-sol[modifier | modifier le code]

Elle est utilisée comme plante fourragère de la même façon que lotier corniculé. Elle entre dans la composition des mélanges de semences pour :

  • prairie permanente à flores complexes[10] comme seconde légumineuse en terrains humides[8] voire régulièrement inondés (fonds d'étangs des Dombes[11]).
  • Couvert permanent en terrains humides[12].

Variétés cultivées[modifier | modifier le code]

Cultivar[13] Origine, caractéristiques[13]
Barsilvi Nouvelle-Zélande. Tétraploïde similaire à Maku.
Beaver États-Unis. Diploïde avec feuilles glabres ou douces, adaptée aux hivers humides et étés froids de la côte des états de l'Oregon et de Washington. Développée par Oregon Agric.Exp.Stn.
Columbia États-Unis. Diploïde, feuilles et tige pubescentes, adaptée au hivers humides et étés froids de la côte des états de l'Oregon et de Washington. Développée par Oregon Agric.Exp.Stn.
Grasslands Maku[14] Nouvelle-Zélande. Tétraploïde; pérenne, rhizomateuse persistante végétativement; ensémencée sur sols infertiles et acides des régions côtières de l’Australie orientale.
Grasslands Sunrise Nouvelle-zélande. Diploïde avec une croissance en automne améliorée, mieux adaptée à des pâturages semi-intensifs. 
Kaiser États-Unis. Diploïde adaptée comme légumineuse sur pâturages mixtes des sols fragipan des vallées du fleuve Ohio. Développée à Purdue.
Marshfield États-Unis. Diploïde, survie aux inondations fréquentes pendant l’hiver.
Sharnae (Algarve) Australie. Diploïde, morphologiquement similaire à Maku mais moins poilue, plus robuste et plus ample.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e « Lotus pedunculatus Cav. », sur tela-botanica.org (consulté le 18 mars 2017)
  2. a b c d e et f David Streeter, Christina Hart-Davis, Audrey Hardcastle, Felicity Cole, Lizzie Harper (trad. de l'anglais), Guide Delachaux des fleurs de France et d'Europe, Paris, Delachaux et Niestlé, , 704 p. (ISBN 978-2-603-01764-7), p. 278
  3. Bastin B., De Sloover J.R., Evrard C., Moens P., Flore de la Belgique, Louvain-la-Neuve, Erasme, , 359 p. (ISBN 978-2-87127-918-1), p.138
  4. (en) Steele H.L., Werner D. et Cooper J.E., « Flavonoids in seed and root exudates of Lotus pedunculatus and their biotransformation by Mesorhizobium loti », Physiologia Plantarum, vol. 107,‎ , p. 251-258
  5. a b et c (en) Barry T.N. et Manley T.R., « The role of condensed tannins in the nutritional value of Lotus pedunculatus for sheep », Br. J. Nutr., vol. 51,‎ , p. 493
  6. (en) Mcnabb W.C., « The effect of condensed tannins in Lotus pedunculatus on the solubilization and degradation of ribulose-1,5-bisphosphate carboxylase (EC 4.1.1.39; Rubisco) protein in the rumen and the sites of Rubisco digestion », British Journal of Nutrition, vol. 76, no 4,‎ , p. 535-549 (lire en ligne)
  7. (en) McNabb W.C., « The effect of condensed tannins in Lotus pedunculutus on the digestion and metabolism of methionine, cystine and inorganic sulphur in sheep », British Journal of Nutrition, vol. 70,‎ (lire en ligne)
  8. a et b « Choix des espèces et variétés fourragères », sur gnis (consulté le 7 juin 2019)
  9. (en) Frode T., Pereira D., Koelzer J., Dalmarco J. et Pizzolatti M., « Evaluation of the antiinflammatory efficacy of Lotus pedunculatus », International Journal of Green Pharmacy, vol. 3,‎ , p. 105
  10. « Lotier des marais », sur MAEC —Systèmes herbagers et pastoraux (SHP), , p. 17
  11. Philippe Marchenay, « Le lotier des marais en Dombes », sur Persée (consulté le 23 mai 2018)
  12. « Le lotier, une légumineuse peu agressive, utilisable comme couvert permanent », sur arvalis, (consulté le 7 juin 2019)
  13. a et b (en) Grant W.F., « List of Lotus corniculatus (Birdsfoot trefoil), L. uliginosus/ L. pedunculatus (Big trefoil), L. glaber (Narrowleaf trefoil) and L. subbiflorus cultivars. Part 1. Cultivars with known or tentative country of origin », Lotus Newsl, vol. 34,‎ , p. 12-26
  14. (en) Sheath, G.W., « Production and regrowth characteristics of Lotus pedunculatus Cav. cv. ‘Grasslands Mak’ », New Zealand Journal of Agricultural Research, vol. 23,‎ , p. 201-209

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]