Chemin de croix

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Chemin de croix à Calvi en Corse.
Panneau du chemin de croix d’Albrecht Altdorfer, vers 1509-1516

Dans la tradition catholique, le chemin de croix (via crucis) est un acte dévotionnel privé ou communautaire. Tout en commémorant la Passion du Christ en évoquant 14 moments particuliers de celle-ci (certains issus de la tradition et non rapportés dans les écrits bibliques), le fidèle souhaite recevoir la grâce de communier intensément aux souffrances du Christ, Sauveur des hommes.

Introduction[modifier | modifier le code]

Ces cérémonies sont fréquentes pendant le carême, et surtout le Vendredi saint.

La cérémonie comporte parfois une procession, interrompue par des prédications, des méditations et des prières, effectuée en s'arrêtant devant quatorze tableaux, crucifix ou autres symboles disposés soit autour de l'église ou d'un lieu attenant (généralement une voie reproduisant la montée au calvaire), soit dans l'église.

Par extension, le chemin de croix désigne l'ensemble des symboles matériels (tableaux, statues, plaques, crucifix, etc.) marquant les différentes « stations » de la cérémonie.

Éléments historiques[modifier | modifier le code]

Le chemin de croix a son origine dans la liturgie du vendredi saint des chrétiens de Jérusalem.

Les Franciscains sont présents en Terre sainte depuis 1220 et fondent en 1342 la Custodie de Terre sainte. Entre ces deux dates, suivant eux-mêmes le rite traditionnel en usage dans l'Église orthodoxe locale, ils le transposent progressivement dans leurs églises en Italie.

C'est seulement sous le pape Clément XII, en 1731, que la permission fut donnée de créer des chemins de croix dans d'autres églises que celles des Franciscains. Saint Léonard de Port-Maurice en fut un ardent propagateur. Benoît XIV, en 1741, dut en limiter l'extension à un seul chemin de croix par paroisse.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Station VII de la série en aquarelle Via Crucis de Johann Friedrich Overbeck

Pendant des siècles, Jésus fut représenté portant sa croix tout entière sur l'épaule, aidé de Simon de Cyrène, sur la route du Calvaire. Au XXe siècle, s'est répandue l'idée qu'il devait ne porter, comme tous les condamnés, que la partie supérieure de la Croix, de Jérusalem au Golgotha, le patibulum, attaché aux deux bras et portée sur les deux épaules, l'autre partie de la croix étant fichée en terre au lieu du supplice.

D'un point de vue artistique, beaucoup d'intérêt a été montré au cours des siècles pour l'analyse, la conservation et la restauration des images iconographiques associées à cette pratique : les quatorze stations ont été représentées dans les églises et en d'autres lieux de culte, parfois même à l'extérieur, par des peintures, des pièces en terre-cuite, des bas-relief ou par de réelles sculptures. Artistiquement, elles sont considérées comme faisant partie de la production thématique inspirée par la crucifixion.

L'on note, par exemple, le célèbre chemin de croix peint par Giandomenico Tiepolo entre 1747 et 1749 pour l'église Saint-Paul à Venise ou encore le chemin de croix exécuté en 1713 par Giovanni Antonio Capello pour l'église Saint-Joseph de Brescia, conservé intégralement.

Au XXe siècle, les peintres Eugène Thiery, Paul Charavel, Abel Pineau, Philippe Cara Costea, Eduardo Pisano, Simona Ertan, Jean Labellie, Bernard Damiano, Blaise Patrix, René-Marie Castaing, Miguel Devèze ont travaillé pour des Chemins de croix.

Les quatorze stations[modifier | modifier le code]

Forme traditionnelle[modifier | modifier le code]

Notre-Dame-des-Champs, Avranches
  1. Jésus est condamné à être crucifié
  2. Jésus est chargé de sa croix
  3. Jésus tombe pour la première fois sous le poids de la croix
  4. Jésus rencontre sa mère
  5. Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix
  6. Sainte Véronique essuie le visage de Jésus
  7. Jésus tombe pour la deuxième fois
  8. Jésus rencontre les femmes de Jérusalem qui pleurent
  9. Jésus tombe pour la troisième fois
  10. Jésus est dépouillé de ses vêtements
  11. Jésus est cloué sur la croix
  12. Jésus meurt sur la croix.
  13. Jésus est détaché de la croix et son corps est remis à sa mère
  14. Le corps de Jésus est mis au tombeau

Le nombre de stations a longtemps été variable, il est fixé à 14 depuis le XVIIe siècle[1],[2].

Forme suivant les Écritures instauré en 1991[modifier | modifier le code]

La piété populaire a donc développé 14 stations tiré des Evangiles ou de la tradition orale. En 1991, lors de son chemin de croix, Jean-Paul II, soucieux de plus de vérité et de base solide a supprimé les stations sans référence bibliques (5 au total : les 3 chutes, la rencontre avec Marie et avec Véronique) pour les remplacer par d'autres. Elles s'inspirent uniquement d'événements relatés dans les Évangiles[3]. On y trouve aussi 14 stations.

  1. Jésus au jardin de Gethsémani
  2. Jésus trahi par Judas et arrêté
  3. Jésus condamné par le Sanhédrin
  4. Jésus renié par Pierre
  5. Jésus jugé par Pilate
  6. Jésus est couronné d'épines
  7. Jésus prend sa croix
  8. Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix
  9. Jésus rencontre les femmes de Jérusalem
  10. Jésus est cloué sur la croix
  11. Jésus promet son royaume au bon larron
  12. Jésus confie sa mère à Jean
  13. Jésus meurt sur la croix
  14. Jésus est mis au tombeau

Une quinzième station[modifier | modifier le code]

En 1958, à l'occasion du centenaire des apparitions de la Vierge Marie à Lourdes, un chemin de croix a été construit et une quinzième station ajoutée : "Avec Marie dans l'espérance de la résurrection". Cette initiative s'est propagée : c'est le cas du Chemin de croix moderne de la cathédrale d'Évry ou de celui de Caggiano. Le chemin de croix des jardins de l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, à Montréal, comporte aussi une quinzième station : celle de la résurrection.

Érection d'un chemin de croix[modifier | modifier le code]

Un chemin de croix consiste en quatorze stations marquées d'une croix souvent en bois, et habituellement accompagnées d'images ou de sculptures illustrant la station. Si, au début de cette dévotion, la faculté d'ériger et de bénir ces stations était réservée aux cardinaux, évêques, et supérieurs de l'ordre des frères mineurs[4], cette faculté a été ensuite étendue. Par le motu proprio pastorale munus[5], Paul VI à accordé aux évêques la faculté d'autoriser les prêtres à le faire, excepté dans les paroisses sur le territoire desquelles de trouve un couvent franciscain.

Chemin de croix et indulgence[modifier | modifier le code]

Une indulgence plénière est accordée[6] au fidèle qui effectue avec foi cet exercice du chemin de croix. Pour ce faire, outre les conditions habituelles, il faut que le fidèle se déplace entre les quatorze stations légitimement érigées, et devant chaque, médite sur la Passion et la mort du Christ. Il n'y a pas de requêtes particulières quant à la durée de la méditation, ni la nécessité d'utiliser des prières spécifiques, mais l'usage commun est la lecture d'un passage correspondant de la Bible, et de quelques prières adaptées. Ceux qui sont empêchés par des motifs légitimes peuvent gagner l'indulgence en méditant un certain temps sur la Passion et la mort du Christ.

Lorsque l'on parcourt le chemin de croix[modifier | modifier le code]

La procession des mystères de Trapani

Le chemin de croix représente, pour le fidèle, un moment de prière, de réflexion et un chemin de pénitence.

La célébration du chemin de croix est très commune lors des vendredi du carême, spécialement le vendredi saint. Fréquemment les célébrations à caractère communautaire sont accompagnées de divers chants et prières, très courant comme accompagnement musical est la séquence du Stabat Mater Dolorosa. Alors, le chemin de croix entre à faire partie de l'ensemble des représentations populaires.

Une représentation populaire importante, au Piémont, en Italie, est le chemin de croix de Antignano, un village de la province de Asti, où 140 personnes endossent des vêtements de l'époque pour évoquer à nouveau les dernières heures de la vie de Jésus. Représentation non seulement théâtrale, mais aussi liturgique qui est mise en scène seulement et exclusivement le vendredi saint. Un autre chemin de croix spectaculaire d'origine espagnole se déroule à Trapani depuis le XVIIe siècle durant le vendredi saint : la procession des mystères de Trapani.

Jean-Paul II et le chemin de croix[modifier | modifier le code]

Comme tous les papes, Jean-Paul II conduisait publiquement un chemin de croix à Rome, au Colisée, chaque année, le soir du vendredi saint. Durant de nombreuses années il a porté personnellement la croix de Station en Station, puis, en raison des problèmes survenus après l'attentat subi et de son âge avancé, il présidait la célébration depuis une estrade sur le mont Palatin, pendant que d'autres portaient la croix.

Chaque année, une personne ou un groupe de personnes était invité à écrire les textes des méditations pour les Stations. Certains des participants, lors des dernières années du pontificat de Jean-Paul II, n'étaient pas catholiques. Certaines années (par exemple en 1991) les Stations méditées ne suivaient pas toujours l'ordre traditionnel. Le pape lui-même a écrit les textes à l’occasion du jubilé de l'an 2000. Il utilisa alors les Stations traditionnelles et parcourait le chemin de croix chaque vendredi.

Compositions musicales[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire des Stations du Chemin de croix.
  2. Pâques, les 14 étapes du chemin de croix
  3. Texte du Vatican
  4. Paolo Girolamo Casanuova Léonard de Port-Maurice, Précis historique et pratique du chemin de la croix..., Valinthout, (lire en ligne)
  5. « Pastorale munus - Lettera Apostolica in forma di Motu proprio sulle facoltà e i privilegi concessi ai vescovi (30 novembre 1963) | Paolo VI », sur w2.vatican.va (consulté le 5 mars 2016)
  6. « Enchiridion des indulgences, Normes et concessions », sur www.clerus.org (consulté le 5 mars 2016)


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]