Évêché de Genève

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Le diocèse ou évêché de Genève est un ancien diocèse dont la métropole se trouve à Genève. Créé probablement vers le IVe siècle, son premier évêque connu est un certain Isaac au début du siècle suivant. La circonscription disparaît à la suite de son partage entre le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg et celui d'Annecy, en 1821-22.

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

Le territoire du diocèse de Genève s'étire entre le lac Léman et celui du Bourget, des versants méridionaux des Monts Jura aux massifs alpins[1], comprenant le comté de Genève, le comté Equestre et une partie du Bugey[2]. Les recherches modernes estiment que celui-ci recouvre une superficie de 6 800 km2[1],[3],[2]. L'étendue du diocèse n'est réellement connue qu'à partir d'un document comptable incomplet de 1275[4],[5]. L'historien suisse Louis Binz estime que l'ensemble, « de longueur et de largeur à peu près égales, atteignait environ 110 km dans ses plus grandes dimensions, du nord au sud, comme d'est en ouest »[1].

Organisation ecclésiastique[modifier | modifier le code]

L'évêché de Genève est suffragant (c'est-à-dire dépendant d'un archevêque) de l'archidiocèse de Vienne, avec ceux de Grenoble, Valence, Die, Viviers et Maurienne[4],[3]. Le pouvoir spirituel — et parfois temporel — de l'évêque s'étend sur le comté de Genève ou Genevois et le Faucigny ou vallée de l'Arve, territoires auxquels il faut ajouter les possessions sur la rive droite du Rhône « en Bugey, Valromey, pays de Gex et de Vaud, jusqu'à [la rivière de] l'Aubonne »[4],[6]. Les historiens ne s'accordent guère sur les paroisses situées sur les rives droites du Léman et du Rhône, situées dans le comté équestre[1]. Ainsi l'ancienne civitas de Nyon, qui a pu être à la tête d'un évêché disparu avant le Xe siècle, se serait « fondue dans le diocèse de Genève à une époque qui varie selon les érudits »[1],[7]. De même, la haute-vallée de l'Arve ainsi que le val d'Arly ont pu appartenir, avant le XIe siècle, au diocèse de Tarentaise[1],[8].

Le pouvoir temporel des évêques est sans cesse contesté par les comtes de Genève. Il se limite à la ville de Genève, jusqu'au XVIe siècle, et à certaines possessions, dont quelques châteaux, dans la campagne environnante[6].

Le diocèse est découpé en « neuf circonscriptions dont huit décanats ruraux »[3] : Allinges, Annecy, Annemasse, Aubonne (decanatus Ultra Rhodani, appelé aussi décanat d'Outre-Rhône[ReG 1] ou de la rive droite du Rhône, voire du Pays de Gex[9]), Ceyzérieu, Rumilly, Sallanches et Vuillonnex[10],[6].

Les paroisses[modifier | modifier le code]

Les pouillés de 1275, bien qu'incomplets, permettent de connaître les 387 paroisses payant le décime à l'évêché[4],[5]. La taille de celles-ci varient selon leur situation: en plaine elles sont généralement de superficie réduite, contrairement à celles situées en montagne[11]. Au siècle suivant, une liste de 1344 mentionne 448 paroisses[5]. Enfin, vers 1450, elles sont au nombre de 453[12].

Histoire[modifier | modifier le code]

Périodes romaine et mérovingienne[modifier | modifier le code]

Bien qu'il n'existe pas de sources écrites remontant à la création de l'évêché, les historiens s'accordent sur une fondation de la seconde moitié du IVe siècle[13], vers 379[3]. Les fouilles archéologiques ont permis de découvrir les traces d'une ancienne « cathédrale double avec un baptistère » remontant au « troisième quart du IVe siècle »[4],[14]. La présence d'une communauté chrétienne dans la ville remonte très probablement à la fin du IIe siècle, voire au début du siècle suivant[13], correspondant à l'élévation de Genève du stade de vicus à celui de civitas[4].

Le premier évêque attesté est un certain Isaac, vers l'an 400[4].

Période médiévale[modifier | modifier le code]

L'évêque de Genève possède le droit de faire battre monnaie[6]. Les premières frappes sont attestées vers 1020-1030[6].

En raison de nombreux conflits entre le comte de Genève et l'évêque, un accord est signé en 1124 entre Aymon Ier et l'évêque Humbert de Grammont. Avec le traité de Seyssel, le comte reconnaît l'indépendance du pouvoir temporel de l'évêque sur la cité de Genève et son rôle de vassal dans cette ville[6],[ReG 2]. Toutefois, les tensions se poursuivent et un nouvel accord doit être signé entre leurs successeurs en 1156, 1162[Note 1],[16] et 1184[17],[16].

En 1154, l'évêque Arducius ou Ardutius de Faucigny reçoit de l'empereur Frédéric Barberousse[6] le titre de prince, en raison de son engagement contre son parent, le comte de Genève, Amédée Ier.

Période moderne[modifier | modifier le code]

Entre 1519 et 1524, la ville de Genève est troublée par des dissensions[18]. Le duc de Savoie Charles III intervient en entrant dans la ville en 1524 et fait convoquer l'année suivante le « conseil des hallebardes ». Ce dernier confirme les pouvoirs de l'évêque et du duc sur la ville[18]. Deux ans plus tard, une partie de la population signe une combourgeoisie avec Berne et Fribourg[19].

À partir du XVIe siècle, Genève étant devenue la « Rome » calviniste, les évêques de Genève déplacent en 1569 le siège épiscopal dans la ville d'Annecy[4], donnant naissance à l'évêché de Genève-Annecy.

Ainsi, saint François de Sales, le plus célèbre évêque de Genève (de 1602 à 1622), ne put jamais prendre possession de son siège. Consacré évêque à Thorens il résida jusqu'à sa mort à Annecy.

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Le diocèse est occupée par les troupes révolutionnaires françaises dès 1792 pour le duché de Savoie, puis en 1798 pour Genève. La partie savoyarde intègre le nouveau diocèse du Mont-Blanc, au sein du nouveau département du Mont-Blanc[4]. L'évêque Joseph-Marie Paget fuit jusqu'à Turin[4].

Le , le diocèse de Genève-Annecy est supprimé en tant que tel. Annecy alors perd le siège épiscopal au profit de Chambéry qui se voit annexer le titre de Genève le 29 novembre[4]. On parle désormais du diocèse de Chambéry et Genève, qui réunit les anciens diocèses de Genève, Tarentaise, Maurienne et Chambéry, ainsi qu'une partie de celui de Belley.

À partir de 1821, le titre d'évêque de Genève, à la demande du gouvernement genevois, est détaché de celui de Chambéry et transféré à l'évêque de Lausanne, résidant à Fribourg[4]. Le diocèse d'Annecy est créé par bulle pontificale le [20]. Mgr de Thiollaz en est le premier évêque.

Évêques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des évêques de Genève.

Le premier évêque mentionné est un certain Isaac, vers l'an 400[4]. Son successeur, Salonius, attesté vers 441 et 460, est canonisé, de même que Domitien (Domitianus), Maxime (Maximus) ou encore François de Sales[21].

L'évêque Pierre de La Baume est le dernier prince-évêque de la ville, il la quitte en 1527, puis définitivement en 1533[4],[22],[23]. Il faut attendre 1569, pour que l'évêque Ange Justiniani installe le siège du diocèse à Annecy[4]. Ses successeurs sont toujours nommés princes-évêques de Genève, mais en résidence à Annecy.

Possessions des évêques de Genève[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive des possessions tenues en nom propre ou en fief des évêques de Genève :

Tentatives de recréation du diocèse[modifier | modifier le code]

La question de la recréation du diocèse a fait l'objet de diverses discussions et tentatives.

Le Vatican tente par deux fois de mettre en place un évêque auxiliaire à Genève[24]. Les Suisses Gaspard Mermillod, en 1864, et Amédée Grab, en 1987, sont désignés, mais les deux projets échouent[24]. Gaspard Mermillod sera même expulsé à la suite d'une décision du Conseil fédéral[24].

En 2015, l'évêque, Charles Morerod, face à la taille de la circonscription, propose une réforme avec la recréation du diocèse de Genève[24]. 842 ecclésiastiques du diocèse sont interrogés[24]. La question « Faut-il créer un diocèse de Genève ? » reçoit 44 % de réponses favorables[24].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Par un diplôme de 1162, l'empereur Frédéric Barberousse établit définitivement l'indépendance de l'évêque désormais reconnu comme prince immédiat de l'Empire[15].

Références[modifier | modifier le code]

Régeste genevois[modifier | modifier le code]

Actes publiés dans le Régeste genevois (1866), que l'on peut consulter en ligne dans le Répertoire chronologique des sources sur le site digi-archives.org de la Fondation des Archives historiques de l'Abbaye de Saint-Maurice (Suisse) :

  1. RG, Introduction, p. IX (Lire en ligne).
  2. Acte de l'année 1124 (REG 0/0/1/267).

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Binz 1973, p. 5 « Limites et régions du diocèse » (Lire en ligne).
  2. a et b François Demotz, La Bourgogne, dernier des royaumes carolingiens (855-1056). Roi, pouvoirs et élites autour du Léman, Lausanne, Société d’histoire de la Suisse romande, , 764 p. (ISBN 978-2-94006-606-3), p. 168.
  3. a b c et d Frédéric Raynaud avec la collaboration de Danielle Foy, Bruna Maccari-Poisson, Claude Olive, Louis de Roguin, Le Château et la seigneurie du Vuache, Lyon, Service régional de l'archéologie, , 147 p. (ISBN 978-2-90619-010-8, lire en ligne), p. 9-18, « Au Moyen Âge ».
  4. a b c d e f g h i j k l m n et o Catherine Santschi, « Genève (diocèse, évêché) » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  5. a b et c Binz 1973, p. 233 (Lire en ligne).
  6. a b c d e f et g Diocèse 1985, p. 34-35 « Genève et son diocèse » (Lire en ligne).
  7. Duparc 1955, p. 363-365, « Pagus Equestri et Territoires transrhodaniens » (Lire en ligne).
  8. André Perret, « Recherches sur les limites de la Saboia carolingienne », dans Publications du Centre européen d'études burgondo-médianes, t. 9, 1967, p. 31-51, passage p. 45.
  9. Frédéric Charles Jean Gingins de la Sarraz (1790-1863), « Histoire de la cité et du canton des Équestres: suivie de divers autres opuscules », Mémoires et Documents, Société d'histoire de la Suisse romande, tome XX, G. Bridel, 1865, 501 pages, p. 79 (Lire en ligne).
  10. Guy Gavard (préf. Paul Guichonnet), Histoire d'Annemasse et des communes voisines : les relations avec Genève de l'époque romaine à l'an 2000, La Fontaine de Siloé, coll. « Les Savoisiennes », , 439 p. (ISBN 978-2-8420-6342-9, présentation en ligne), p. 53.
  11. Binz 1973, p. 6 « Limites et régions du diocèse » (Lire en ligne).
  12. Binz 1973, p. 10 « Limites et régions du diocèse » (Lire en ligne).
  13. a et b Diocèse 1985, p. 9 (Lire en ligne).
  14. Charles Bonnet, Les fouilles de la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Le centre urbain, de la protohistoire jusqu'au début de la christianisation, Genève, Société d'histoire et d'archéologie de Genève, , 258 p., p. XX
  15. Louis Binz, Brève histoire de Genève, Genève, Chancellerie d'État, 1981, 2000, 83 pages, p. 8.
  16. a et b Diocèse 1985, p. 33 (33).
  17. Ardutius de Faucigny : Ansgar Wildermann, « Faucigny, Arducius de » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du . - Notices de l'« Épiscopat de Arducius de Faucigny » dans le Régeste genevois (1866), que l'on peut consulter en ligne dans le Répertoire chronologique des sources sur le site digi-archives.org de la Fondation des Archives historiques de l'Abbaye de Saint-Maurice (Suisse).
  18. a et b Histoire de Genève 2014, p. 32-33 (Lire en ligne ).
  19. François Bonivard, Chroniques de Genève (1505-1526), t. 1 - Seconde partie, Genève, D. Dunant, , 548 p. (lire en ligne), p. 437-444.
  20. Diocèse 1985, p. 5 (Lire en ligne).
  21. Gian Franco Schubiger, Saints, martyrs et bienheureux en Suisse, Éditions Saint-Augustin, , 217 p. (ISBN 978-2-88011-158-8, lire en ligne), p. 53-54.
  22. Histoire de Genève 2014, p. 39.
  23. Claire Martinet, « La Baume, Pierre de » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du .
  24. a b c d e et f Mehr Themen, « L'idée de recréer un diocèse à Genève fait un flop », Tribune de Genève,‎ (lire en ligne).