Faucigny (province)

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Le Faucigny est une petite région naturelle française et l'une des six provinces historiques de la Savoie, située au centre du département de la Haute-Savoie.

La région prend son nom du château de Faucigny possédé par les sires de Faucigny. Elle est d'abord une partie du pagus Genevensis, avant de devenir vers la fin du XIe siècle ou le siècle suivant une seigneurie indépendante, puis une baronnie (mentionnée en 1256), avant d'être intégrée à l'ensemble savoyard et enfin une province administrative (de 1723 à 1860) du duché de Savoie. Elle correspond approximativement dés lors à l'actuel arrondissement de Bonneville, qui se trouve en grande partie dans la vallée de l'Arve et les vallées de ses deux principaux affluents, le Giffre et le Bon-Nant. Ses habitants sont les Faucignerands et les Faucignerandes.

Géographie[modifier | modifier le code]

L'espace géographique du Faucigny correspond aux bassins de l'Arve et du Giffre jusqu'au abord de la cité de Genève. Aujourd'hui, il peut se définir par l'arrondissement de Bonneville auquel on associe les communes des cantons d'Annemasse-Nord et d'Annemasse-Sud, ainsi que le canton de Reignier-Ésery[1].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le nom du territoire est issu du transfert du nom d'un ancien château — le château de Faucigny — situé sur la commune de Faucigny[1]. Son nom est attesté dés le XIe siècle avec notamment les formes Focignacum en 1012, Fulciniacum en 1059, Fulcignacum en 1119, Fulcinie en 1208, Faucignacum en 1292, Falcignacum, Faucignacum et Falciniacum aux XIIe et XIIIe siècles ou encore Cura de Fucignier vers 1344[2].

Il s'agit d'une formation toponymique gallo-romane en -(i)-acum[2],[3],[4], suffixe d'origine gauloise indiquant le lieu ou la propriété et qui a régulièrement abouti à la terminaison -y dans cette partie de la Savoie. Ce traitement phonétique correspond à celui du nord de la France. Le premier élément est vraisemblablement un nom de personne, peut-être s'agit-il du nom de personne latin Falcinius[2] ou Fulcinius[5], voire du nom de personne germanique Falcoenus[4], bien que cette dernière hypothèse formulée par Ernest Nègre ne semble pas basée sur l'étude d'une forme ancienne connue, puisqu'il n'en cite aucune. Elle est en effet difficilement compatible avec ces formes anciennes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire et Protohistoire[modifier | modifier le code]

Si les premières traces du peuplement de la région remontent au Moustérien (âge de Néanderthal), il a fallu, selon toute vraisemblance, attendre le retrait des glaciers et les temps néolithiques avant que les vallées de l'Arve et du Giffre connaissent un peuplement permanent. À l'âge du bronze, comme en témoigne de nombreux vestiges archéologiques, la région du futur Faucigny était déjà très peuplée. Des objets de bronze ont été retrouvés jusque dans des villages de haute altitude, où on s'adonnait déjà avec savoir-faire à la métallurgie[6].

Les VIIe et VIe siècles av. J.-C., les vallées ont reçu de nouveaux arrivants de culture celtique ou celto-ligure. Les historiens envisagent cette époque avec beaucoup de prudence : nos aînés étaient persuadés que les vallées alpines avaient connu un peuplement gaulois très dense. Aujourd'hui on tente de reconsidérer cette pénétration gauloise. Selon l'historiographie traditionnelle, la basse vallée de l'Arve était jadis sous le contrôle des gaulois Allobroges et la haute vallée sous l'influence des gaulois Ceutrons, maîtres de la Tarentaise[7],[8]. Il faut en tout cas regarder comme un mythe l'existence de l'antique peuplade des Fauces mentionnée sur base des inscriptions de la colonne de Bonneville.

Époque romaine[modifier | modifier le code]

En 121 avant notre ère, les vallées de l'Arve et du Giffre sont passées sous la domination romaine, et l'on aurait tort de penser que les lieux sont restés retirés, sans traces de civilisation gallo-romaine. Cette date est marquée par la victoire romaine sur le peuple des Allobroges par le consul Quintus Fabius Maximus Allobrogicus. Au débouché des vallées, la ville importante de Genava (Genève) prenait son essor, et les vallées ont vu se développer des premiers vici. En ces temps antiques, une voie romaine reliait Genava à Augusta Pretoria (Aoste) en remontant la vallée de l'Arve et en franchissant le col du Bonhomme. Pierre Broise et François Bertrandy ont révélé qu'aux temps gallo-romains, l'Arve était naviguée par des bateaux à faible tirants d'eau jusqu'à hauteur de Thyez. Là se trouvait un vicus assez remarquable pourvu d'un embarcadère sur l'Arve. Ses vestiges, longtemps visibles, ont souvent été confondus avec les ruines d'un pont médiéval[9].

La civilisation gallo-romaine se traduit également en Faucigny à travers des vestiges de temples et une quinzaine d'inscriptions[10]. La province est cependant marquée par des tensions puis un conflit entre Allobroges et Ceutrons à propos des limites entre leurs territoires respectifs[10]. Le conflit prend une telle proportion que Rome fait intervenir Cneus Pinarius Cornelius Clemens, légat de la Germanie supérieure. Ce dernier est à l'origine de la borne frontière, mise en place au col de la Forclaz-du-Prarion[10],[11],[12].

Alors que l'Avant-pays savoyard subit au IIIe siècle les incursions des Alamans, le Faucigny semble épargné[13]. Toutefois, l'historien Pierre Broise considère que l'absence de richesses cachées sur le territoire permettrait d'expliquer l'absence de réelle invasion[13].

Au siècle suivant, alors que le Faucigny dépendait de la province Viennoise ou Viennaise, la partie allobroge (basse vallée) passe sous le contrôle de la cité de Genève tandis que la partie ceutrone (haute vallée) est attachée au Valais[13].

À partir du IVe et Ve siècles, la région a reçu de nouveaux arrivants. Une population très bigarrée, rassemblant des éléments d'origine ethnique très différentes, connue sous le nom de Burgonde. Pendant quelques décennies, les vallées de l'Arve et du Giffre ont vécu sous leur domination directe, à travers le royaume de Sapaudia, basé sur Genève, puis la région est passée sous domination mérovingienne. Sous le règne du roi Gontran, la région est devenue frontière directe avec le royaume Lombard. Les diplômes mérovingiens et carolingiens ne font aucune allusion à ce secteur alpin[14].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Les sires de Faucigny[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maison de Faucigny.

Les origines des sires de Faucigny sont assez mal connues, et pour des générations d’érudits et de chroniqueurs, elles ont été un vaste champ d’hypothèses plus ou moins fondées. Il faut dire que le contexte politique dans lequel s’inscrit l’ascension des Faucigny est aujourd’hui sujet à de nombreux questionnements.

Les sires de Faucigny font partie de ces innombrables familles qui, à partir de l’An Mil, ont participé à l’émiettement de l’autorité impériale en affirmant un pouvoir territorial héréditaire, et en œuvrant à la création d’un État autonome. Les témoignages écrits sont hélas trop peu nombreux et trop disparates pour déterminer avec précision le profil des premiers sires de Faucigny. Plusieurs hypothèses sont évoquées : héritiers d’anciens administrateurs sous l’autorité des souverains Rodolphiens, potentats locaux affirmés par la force du poing et de l’épée, héritiers de nobles militaires des derniers temps carolingiens ou encore des vassaux des comtes de Genève.

Les plus lointains ancêtres des Faucigny apparaissent dans les sources écrites au début du XIe siècle, avec un certain Aimerard (ou Emmerard), donateur d’une terre à l’abbaye de Saint-Maurice-d’Agaune en 1002. L’historiographie traditionnelle a souvent dépeint ce personnage comme un authentique seigneur médiéval, fondateur de dynastie, déjà bien ancré dans son territoire. Sous la plume de nombreux érudits des temps anciens, il est souvent devenu Aimerard « de Faucigny » ou encore Aimerard Ier. C’est beaucoup prêter à un personnage qui, à y regarder de près, était encore un anonyme en ce temps[Note 1],[18]. Après sa disparition, située aux alentours de 1030, son fils Louis (†1060) reprit en mains les affaires familiales et étendit son pouvoir sur les vallées de l’Arve et du Giffre. Sa seigneurie devait prendre forme autour d’une bourgade rurale, Faucigny, où un petit château dominait le cours de l’Arve.

Tout porte à croire que Louis exerça un pouvoir bien réel sur la région sur le plan politique, économique et juridique. On ignore si l'on peut pour autant le présenter comme un authentique seigneur féodal, seul maître en ces domaines, et dégagé des mouvements politiques du Saint-Empire. Par son épouse Thetberge, Louis était lié à la famille des Rheinfelden (Rheinfelden (Baden)), son beau-père Rodolphe n’était autre que l’administrateur de la Souabe et de la Bourgogne Juranne. Ainsi vers le milieu du XIe siècle, les premiers seigneurs du Faucigny affirmaient leur autorité en restant intimement liés aux grands dignitaires et impliqués dans les affaires politiques de l’Empire. Cette implication leur permettrait de bénéficier de liens d'amitié durables avec les grandes familles du Nord : les Kibourg et les Zähringen, héritiers des Rheinfelden.

L'affirmation d'un pouvoir territorial[modifier | modifier le code]

Par leurs savantes alliances et leur tempérament réaliste, les sires de Faucigny sont parvenus à établir un pouvoir solide sur une vaste région englobant les vallées de l'Arve et du Giffre, Megève, Flumet et Beaufort-sur-Doron. Les premiers dynastes auraient rêvé d'un destin plus prestigieux. De leur maison mère, faisant face au Salève, les sires de Faucigny devaient avoir des vues sur Genève. Les comtes de Genevois, qui leur faisaient face, partageaient la même aspiration : s'emparer de la ville, remporter le pouvoir politique sur toute la Savoie du Nord et bénéficier de l'extraordinaire potentiel économique de la ville.

Quand on observe la carte de la région à la fin du XIe siècle[19], on est frappé par le choix offensif des sires de Faucigny : s'installer sur un escarpement rocheux, voisin de Genève, mais cerné de rivaux de toutes parts. Si l'on excepte les vignes de la Côte d'Hyot et le petit prieuré clunisien de Contamine, la quasi-totalité des environs appartenait au Genevois. Assurément, la basse vallée de l'Arve était un lieu de disputes plus que d'agrément, et le château de Faucigny était un édifice éminemment militaire.

Le pouvoir politique des évêques s'affirmant très nettement sur la cité Genevoise, les sires de Faucigny se consacrèrent à l'expansion de leur territoire dans l'amont des vallées : bientôt ils furent maîtres de toute la rive droite de l'Arve, entre Bonneville et la Menoge, de toute la moyenne vallée de l'Arve jusqu'au défilé de Servoz, et de toute la vallée du Giffre.

Une des grandes questions que l'on se pose est de savoir par quel moyen les sires du Faucigny ont pris l'ascendant sur les forteresses environnantes et sur leurs maîtres. Les forteresses qui s'élevaient jadis aux cols de Saxel (Rochefort) et de Châtillon (le Couard) n'avaient rien de petites résidences vassales. Rochefort et Châtillon étaient des places fortes bien défendues, probablement très anciennes[20]. On peut s'interroger sur les relations qu'entretenaient les dynastes de Chatillon et de Boege avec les sires du Faucigny. Ils pouvaient être leurs vassaux, des nobliaux de courte envergure, ou bien même des héritiers d'une très ancienne noblesse montagnarde ?

Autre réflexion sur le titre seigneurial de Lucinges, porté par une branche cadette de la famille : invention du XIIe siècle ou reprise d'une dignité antérieure ? Conquête militaire, intimidation ou fines alliances matrimoniales ? Il y aurait là de quoi alimenter de longues discussions historiques.

Les sires du Faucigny sont en tout cas parvenus à asseoir leur domination sur une vaste région et, semble-t-il, dans un espace de temps relativement restreint. Présents en basse vallée de l'Arve et en Vallée Verte, maîtres du col de Saxel, les Faucigny n'en étaient pas moins influents en Chablais, où ils possédaient deux châteaux, celui d'Allinges-Vieux et celui d'Hermance, en position de port sur le Léman. Dans l'acte de donation de la vallée d'Aulps aux frères cisterciens de Molesmes[21], le nom des Faucigny figure aux côtés de ceux des plus hauts dignitaires de la région : les comtes de Savoie et les sires de Rovorée. Il est du reste intéressant de constater qu'à cette époque (1094), les Faucigny ne semblaient pas encore posséder la vallée du Giffre, ni y porter bien grand intérêt.

Le XIIe siècle fut le temps d'une importante phase de consolidation à tous points de vue : politique, militaire et économique. Pour accroître leur puissance à la guerre, les sires du Faucigny confièrent leur troupe armée au commandement d'un sénéchal établi au château de la Crête. Ce même édifice, bénéficiant d'une position relativement centrale, devait également accueillir une cour de justice[22].

Contrairement à leurs illustres voisins, les comtes de Savoie, les Faucigny ne pouvaient prétendre à une position de portiers des Alpes, les montagnes des vallées de l'Arve et du Giffre n'étant frontalières qu'avec le Valais. Aucun col stratégique permettant le passage des marchandises venues d'Italie ne se trouvait sur le territoire. Les cols frontaliers, au parcours des plus rébarbatifs, n'étaient ouverts qu'à des dessertes locales, transhumances, menus échanges alimentaires, etc. Les seigneurs locaux firent donc preuve de réalisme politique.

Ils cherchèrent à s'implanter dans des régions éloignées de leur « berceau » familial. Ils allèrent se possessionner en Pays de Gex (châtellenie de Versoix) et sur les rivages Nord du Léman (vallée de l'Aubonne). La famille, de plus en plus influente, jouait du trône et de l'autel en continuant à rêver au prestige des grandes villes. Genève était toute proche et le rêve genevois bien vivace.

Le trône et l'autel[modifier | modifier le code]

La carte du Faucigny.

Parmi les historiens, on s’accorde à reconnaître l’habileté avec laquelle, sur plusieurs générations, les sires de Faucigny ont élevé leurs cadets aux plus hautes dignités ecclésiastiques. En effet, la famille a compté parmi ses cadets un nombre important de prélats :

Cette omniprésence dans les hautes sphères du pouvoir religieux témoigne de l’influence et des étroites relations que les Faucigny entretenaient avec les souverains du plus haut rang. Pendant cette période de trois quarts de siècle commencée au Concile de Sutri (1046), et prenant fin au Concile de Latran (1124), la nomination des évêques se faisait sous le contrôle des empereurs, qui entendaient faire relayer leur autorité par les prélats.

Pour les sires de Faucigny, placer les cadets de famille sur les sièges épiscopaux relevait d'un jeu politique subtil et fort pratiqué en Europe durant cette époque. Placer un parent sur un siège d'évêque permettait d'acquérir du pouvoir, mais aussi de se réclamer de l'empereur et gagner en ascendant sur leurs rivaux, les comtes de Genève. La reconnaissance impériale et l’élévation d'Ardutius à la dignité de Prince de Genève (1135) permit de repousser les comtes hors de la ville. La ville avait finalement acquis son indépendance ; elle était perdue pour tous les dynastes environnants. Pour les Faucigny, c'était la fin d'un rêve.

Aux XIIe et XIIIe siècles, les sires du Faucigny ont fait également de généreuses donations aux monastères. Guy de Faucigny avait fondé en 1083 le prieuré de Contamine-sur-Arve. Aymon Ier de Faucigny devait concéder la vallée de Sixt aux chanoines de Saint-Augustin où son frère Ponce de Faucigny établit un monastère. En 1151, la vallée du Béol était offerte à Jean d'Espagne, qui y installait le Reposoir[23].

En 1147, le sire Aymon de Faucigny et son frère Rodolphe l'Allemand prirent le chemin de la Terre Sainte à l'occasion de la deuxième croisade. Le chroniqueur Odon de Deuil nous a légué un témoignage de cette aventure, qui a porté les seigneurs de Faucigny jusqu'à Jérusalem[24]. Pierre le Vénérable, abbé du Cluny, décrit alors la dynastie comme une famille de grande noblesse.

Apogée des Faucigny[modifier | modifier le code]

Face à la dynamique genevoise et savoyarde, les sires du Faucigny se sont très vite trouvés encerclés et, contrairement à beaucoup de dynastes de leur époque, ils ont dû abandonner rapidement leurs rêves d'expansion territoriale par la politique matrimoniale. On ne manque pas d'être surpris par les choix de la famille en ce qui concerne les alliances et les mariages : outre les prestigieuses alliances avec la maison de Rheinfelden et le mariage de Aimon Ier avec Clémence de Briançon, les dynastes de Faucigny ont quelquefois arrangé leurs alliances avec des maisons normandes (Constance de Beauvoir, ép. Rodolphe Ier), poitevines (Flotte de Royans, ép. Aimon II) ou gasconnes (Gaston de Béarn, ep. Béatrix, 1273).

Si les seigneurs de Faucigny n'avaient pratiquement plus aucune perspective d'expansion directe depuis les vallées de l'Arve et du Giffre, ils étaient maîtres d'une seigneurie de plus en plus compacte, de mieux en mieux organisée, qui s'étendait de Versoix jusqu'à Beaufort. L'apogée du Faucigny médiéval se situe sans doute au temps de l'alliance, temporaire, avec la Savoie : Aimon II régnant, son dynamique gendre Pierre II de Savoie baroudait à travers l'Europe et contribuait, pour une large part, à moderniser les domaines, tant sur le plan administratif que militaire.

Le Faucigny serait organisée autour de dix châtellenies à la fin du XIIIe siècle et dont l'ordre de préséance serait, selon l'ancien inventaire des titres du Faucigny (1431), cité notamment par le chanoine Jean-Louis Grillet, le suivant : Cluses et Châtillon, Toisinges (Bonneville), Bonne, Sallanches, Faucigny, Le Châtelet du Crédoz, Samoëns, Montjoie et Flumet[25]. Ils semblent que les autres châtellenies, possédées par les sires de Faucigny, n'envoyaient pas de représentants à l'assemblée des États[25]. L'organisation de la baronnie (1256), puis devient un bailliage en 1265, qui reprend le modèle des châtellenies, dit aussi mandement (mandamentum)[26], mis en place avec la venue de Pierre de Savoie. La nouvelle organisation reprend les dix châtellenies de Bonne, Toisinges (Bonneville), Châtelet du Crédoz, Châtillon, Faucigny, Flumet, Sallanches, auxquels sont ajoutées celles d'Hermance, Monthoux, et Pont-sur-Arve[27]. Auparavant, la châtellenie de Pont-sur-Arve (château de Boringe) dépendait, selon l'archéologue suisse, Louis Blondel, de celle du Crédoz[28]. Le siège du bailliage de Faucigny se trouve à Bonne[29] avant d'être transféré à Châtillon, puis Cluses[26].

En ce XIIIe siècle, les Faucigny étaient devenus des acteurs incontournables de la scène savoyarde. Ils étaient également possessionnés en pays de Vaud et en pays de Fribourg, où ils détenaient des péages et recueillaient l'hommage des comtes de Gruyères. Les historiens ont remarqué, souvent avec étonnement, que les Faucigny détenaient de véritables fortunes qui leur permettaient de tenir tête aux princes rivaux, le plus souvent désargentés.

Le Faucigny delphinal : une enclave en terre savoyarde[modifier | modifier le code]

À la disparition d'Aimon II et de Pierre de Savoie (1252, 1263), le Faucigny est devenu un objet de convoitises et de tensions. À deux reprises, des femmes ont hérité du pouvoir régalien : Agnès (1252-1268) puis Béatrix (1268-1304) ont régné avec le titre de « Dame de Faucigny ». Hélas leurs affaires successorales se sont mal passées : la maison de Savoie a commencé à revendiquer une partie de la terre de Faucigny, et la dynastie a été confrontée à la disparition prématurée de son héritier, Jean Ier de Viennois le 24 septembre 1282. Béatrix, sa mère, resta aux affaires jusqu'en 1304. Ensuite, pendant presque un demi-siècle, le destin du Faucigny s'est plus ou moins confondu avec celui du Dauphiné, à cette exception notoire qu'il constituait une enclave en terre savoyarde.

Les dauphins auraient organisé le territoire en une quinzaine de châtellenies (Allinges-Vieux, La Bâtie-Cholay ou Roillebot, Beaufort, Bonne, Toisinges (Bonneville), Châtelet du Crédoz, Châtillon, Flumet, Faucigny, Hermance, Monthoux, Montjoie, Saint-Michel-du-Lac, Sallanches et Samoëns)[30].

Dès lors, la seigneurie, couramment désignée sous le titre de « baronnie » (1256), est devenue un véritable guêpier, voué en permanence aux chevauchées, intimidations et autres coups de main. Cédée au roi de France en 1348, la terre de Faucigny est devenue une enclave française en terre de Savoie. Il fallut attendre le traité de Paris, en 1355, pour qu'un échange de territorial ait lieu et que le Faucigny, en échange de terres dans le Viennois et du pays de la Valbonne, soit intégré aux États de Savoie.

Nouveaux maîtres du Faucigny[modifier | modifier le code]

Lors de la fin de la Maison du Faucigny, ce sont les comtes d'Albon, puis les Dauphins de Viennois qui prennent le titre de baron du Faucigny :

Au cours de la première partie du XIVe siècle, la baronnie du Faucigny est organisée autour de 17 châtellenies : Allinges-Vieux, Bâtie-Rouelbeau, Beaufort, Bonne, Bonneville, Boringes ou Pont-sur-Arve, Châtelet-du-Crédoz, Châtillon-sur-Cluses, Faucigny, Flumet, Hermance, Lullin, Monthoux, Montjoie, Saint-Michel-du-Lac, Sallanches et Samöens (ou Montagnier)[31].

Le titre est offert en apanage à :

Le titre est offert en apanage à la branche cadette de la Maison de Savoie, les Nemours :

En 1683, retour de l'apanage à la Maison de Savoie.

Les horlogers du début du XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Après 1710, une quinzaine de villages du Faucigny fournissaient des « mouvements en blanc » aux horlogers de Genève, qu'il ne restait plus qu'à assembler[32]. Dès 1701, il fut interdit de former des apprentis dans la seigneurie de Genève, interdiction contournée dans les régions alentour.

Les horlogers genevois de souche abandonnent alors le travail des mouvements bruts ou ébauches pour se réserver le finissage. Par une série de règlements protectionnistes, ils empêchent l'implantation proche de concurrents capables de fabriquer la montre complète. Leur objectif était de cantonner cette industrie naissante dans un travail de sous-traitance pour la « Fabrique de Genève », mais les artisans du Faucigny organisèrent leurs propres comptoirs et contribuèrent ainsi, dans le cadre de l'établissage, à l'histoire de l'horlogerie[32].

Organisation administrative (1723-1792)[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, Victor-Amédée II de Savoie met en place une nouvelle organisation administrative créant ainsi une intendance générale, reprenant l'ancien duché de Savoie, et cinq intendances de province. Ainsi la province du Faucigny est composée de bailliages réunissants 73 paroisses, en 1723[33]. Avec l'édit du , la province connaît quelques modifications avec la création d'une nouvelle paroisse, l'acquisition de cinq paroisses détachées du Genevois[34].

Occupation française (1792-1816)[modifier | modifier le code]

Lors de l'annexion du duché de Savoie par la Convention nationale en 1792, le Faucigny intègre le nouveau département du Mont-Blanc et est réorganisé en district de Cluses, composé de 10 cantons et 61 communes[35]. En 1798, l'ensemble du territoire est attaché au nouveau département du Léman[36] et disparait dans l'arrondissement communal de Bonneville, composé de 9 cantons et 74 communes[37].

Organisation administrative (1816-1860)[modifier | modifier le code]

Département de la Haute-Savoie[modifier | modifier le code]

Lors de l'Annexion de la Savoie à la France en 1860, le duché de Savoie est divisé en deux départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. La province du Faucigny est intégrée dans le second. Il correspond à l'arrondissements de Bonneville, la partie septentrionale ayant été intégrée à l'arrondissement de Saint-Julien-en-Genevois[38].

Économie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Vallée de l'Arve.
  • Forte urbanisation
  • Agriculture
  • Vallée du décolletage
  • Tourisme (randonnées, sports d'hiver, escalade...)

Héraldique[modifier | modifier le code]

Blason Faucigny.svg

Les armes actuelles du Faucigny se blasonnent ainsi :

Palé d'or et de gueules de six pièces.

Celles-ci correspondent aux armes des sieurs du Faucigny, maître de la vallée au Moyen Âge[39].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Pour les ouvrages généraux, consulter la bibliographie sur la région, voir les articles Savoie et Histoire de Savoie.

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Ouvrages spécialisés[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Pierre Broise, « Antiquités gallo-romaine en Faucigny », Bulletin, no XVIII,‎ , p. 225-300.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • « Bienvenue en Faucigny », sur le site de l’Association des Guides du Patrimoine des Pays de Savoie (AGPPS)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ferdinand de Faucigny-Lucinges explique, de façon très affirmative, que les Sires de Faucigny sont les héritiers des souverains de Kent, contemporains des Mérovingiens[15]. Marie Rannaud développe l'hypothèse que Aimerard serait le fils d'un dignitaire ecclésiastique du diocèse d'Arles[16]. Jean-Louis Grillet avance que Aimerard aurait prêté hommage à l'empereur Conrad II le Salique pour sa seigneurie[17].

Références[modifier | modifier le code]

Régeste genevois[modifier | modifier le code]

Environ 80 mentions dans le Régeste genevois (1866), que l'on peut consulter en ligne dans le Répertoire chronologique des sources sur le site digi-archives.org de la Fondation des Archives historiques de l'Abbaye de Saint-Maurice (Suisse) :

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Histoire des communes savoyardes 1980, p. 9.
  2. a b et c D'après Henry Suter, « Faucigny », Noms de lieux de Suisse romande, Savoie et environs, sur henrysuter.ch, Henry Suter, 2000-2009 (consulté le 27 mai 2016).
  3. Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieu en France, Paris, Librairie Guénégaud, (ISBN 2-85023-076-6), p. 283a
  4. a et b Ernest Nègre, Toponymie générale de la France : étymologie de 35 000 noms de lieux, vol. 2 : Formations non-romanes ; formations dialectales, Genève, Librairie Droz, coll. « Publications romanes et françaises » (no 194), , 676 p. (ISBN 978-2-600-00133-5, lire en ligne)., p. 763 (Lire en ligne).
  5. Albert Dauzat et Charles Rostaing, op. cit.
  6. Jean Prieur, Aimé Bocquet, Michelle Colardelle, Jean-Pierre Leguay, Jean Loup, Jean Fontanelle, Histoire de Savoie - La Savoie des origines à l'an mil - Histoire et archéologie, Rennes, Ouest France Université, , 442 p. (ISBN 2-85882-495-9, lire en ligne), xxx.
  7. Henri Ménabréa, Histoire de la Savoie, Bernard Grasset, (réimpr. 1960, 1976, 2009), p. 10.
  8. Jean-Paul Bergeri, Histoire de Moûtiers. Capitale de la Tarentaise, La Fontaine de Siloé, coll. « Les Savoisiennes », , 503 p. (ISBN 978-2-84206-3-412), p. 163.
  9. Rémy B. et Bertrandy F., Inscriptions latines de Haute-Savoie, Université de Savoie, 1995 (Bibliothèque des Études Savoisiennes ; Tome 3).
  10. a b et c Pierre Broise, « Antiquités gallo-romaine en Faucigny », Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Genève, no XVIII,‎ , p. 230.
  11. « Inscription romaine du col de la Forclas », notice no PA00118436, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  12. Laurent Lamoine, Le pouvoir local en Gaule romaine, Presses universitaires Blaise Pascal, coll. « Histoires croisées », , 468 p. (lire en ligne), p. 213.
  13. a b et c Pierre Broise, « Antiquités gallo-romaine en Faucigny », Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Genève, no XVIII,‎ , p. 231.
  14. Du royaume burgonde au royaume de Bourgogne : les terres savoyardes de 443 à 1032
  15. Ferdinand de Faucigny-Lucinges, Origines Savoisiennes. La Maison de Faucigny, Genève, 1914
  16. Marie Rannaud, Le Bienheureux Ponce de Faucigny, Fondateur de l'abbaye de Sixt. Sa Vie. Son Culte, Genève, 1905
  17. Jean-Louis Grillet, Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du Mont-Blanc et du Léman, contenant l'histoire ancienne et moderne de la Savoie, vol. 3, t. 2, Chambéry, J.F. Puthod, , p. 258 (tome. II). (lire en ligne)
  18. Développements historiques dans Nicolas Carrier, Matthieu de La Corbière, Entre Genève et Mont-Blanc au XIVe siècle : enquête et contre-enquête dans le Faucigny delphinal de 1339, Librairie Droz, , 401 p. (ISBN 978-2-8844-2019-8, lire en ligne), p. XVII-XVIII.
  19. Jean-Yves Mariotte et André Perret (directeurs), Atlas historique français. Le territoire de la France et de quelques pays voisins, Paris, Savoie, 1979 .
  20. Louis Blondel, Châteaux de l’ancien diocèse de Genève, Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, série in-4, VII, Genève, 1956
  21. Ce célèbre document a été publié par L. Menabrea, L'abbaye d'Aulps d'après des documents inédits. Mémoire pour servir à l'histoire des monastères in : Mémoires et Documents de la société royale académique de Savoie, T. II, série II, Chambéry, 1853.
  22. Jean Luquet, Dictionnaire du duché de Savoie : M.DCCCXL (1840), publié dans Mémoires et documents de la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie, t. 1, 2, La Fontaine de Siloé, coll. « L'Histoire en Savoie » (réimpr. 2005) (1re éd. 1840), 265 p. (ISSN 0046-7510), p. 156. - Archives départementales de la Savoie -Fonds Claudius Bouvier - 8F 67.
  23. L'histoire de Châtillon-sur-Cluses est tiré de Si Châtillon m'était conté..., écrit par Juliette Châtel.
  24. BERRY Virginia G., Odo of Deuil, De profectione Ludovici VII in orientem. The Journey of Louis VII to the East, New York, 1948
  25. a et b Jean-Louis Grillet, Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du Mont-Blanc et du Léman, contenant l'histoire ancienne et moderne de la Savoie, vol. 3, t. 2, Chambéry, J.F. Puthod, , p. 264. (Volume 2, lire en ligne)
  26. a et b Gavard 2006, p. 65-66 (lire en ligne).
  27. Carrier, de La Corbière, 2005, p. XVIII-XX, « La baronnie de Faucigny ».
  28. Louis Blondel, Châteaux de l'ancien diocèse de Genève, vol. 7, Société d'histoire et d'archéologie de Genève (réimpr. 1978) (1re éd. 1956), 486 p., p. 327.
  29. Carrier, de La Corbière, 2005, p. XIX (lire en ligne).
  30. Matthieu de la Corbière, L'invention et la défense des frontières dans le diocèse de Genève : Étude des principautés et de l'habitat fortifié (XIIe - XIVe siècle), Annecy, Académie salésienne, , 646 p. (ISBN 978-2-90110-218-2), p. 195.
  31. Carrier, de La Corbière, 2005, p. XX (lire en ligne).
  32. a et b L'économie genevoise de la Réforme à la fin de l'Ancien Régime, XVIe-XVIIIe siècles, par Anne-Marie Piuz et Liliane Mottu-Weber, (1992), page 494.
  33. Jules-Joseph Vernier 1896, p.57-58.
  34. Jules-Joseph Vernier 1896, p.62.
  35. Jules-Joseph Vernier 1896, p.103-104.
  36. Jules-Joseph Vernier 1896, p.109.
  37. Jules-Joseph Vernier 1896, p.117.
  38. Géographie générale : contenant la géographie physique, politique, administrative historique, agricole, industrielle et commerciale de chaque pays : avec des notions sur le climat, les productions naturelles, l'ethnographie, les langues, les religions, les voies de communication, les frontières et l'état politique, financier et militaire, Libr. J. Lecoffre, 1875, 1025 pages, pp.281-282 (lire en ligne).
  39. Comte Amédée de Foras, continué par le comte F.-C. de Mareschal, Armorial et nobiliaire de l'ancien duché de Savoie, vol. 2, Grenoble, Allier Frères, 1863-1910 (lire en ligne), p. 317-354, « Faucigny (de) ».