Tour de France 1903

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Tour de France 1903
{{#if:
Tour de France 1903
Carte de la course
Généralités
Édition 1re
Date 1er juillet -
Étapes 6
Distance 2 428 km
Pays visité(s) Drapeau de la France France
Lieu de départ Montgeron/Villeneuve-Saint-Georges
Lieu d’arrivée Paris
Partants 60
Arrivants 21
Résultats
Vainqueur Drapeau : France Maurice Garin
25,607 km/h de moyenne
Chronologie
Tour de France 1904 Suivant
Maurice Garin

La 1re édition du Tour de France s'est déroulée du 1er au . Cette course cycliste est organisée par le journal L'Auto, l'ancêtre du quotidien L'Équipe. La course disputée sur six étapes est remportée par Maurice Garin.

La course est inventée pour stimuler la circulation du journal L'Auto, après s'être séparé avec un autre journal. Au départ, le nombre de participants n'est pas suffisant, la course est donc reportée de quelques semaines et les primes sont augmentées. Les cyclistes ne sont pas obligés de concourir les six étapes, sauf pour être classé au classement général.

Le favori d'avant-course, Maurice Garin, remporte la première étape et conserve la tête du classement général de bout en bout. Il s'impose également lors des deux dernières étapes, et remporte finalement cette première édition avec une marge de près de trois heures sur le deuxième. La vente du journal L'Auto augmente pendant et après la course, de sorte que la course est réorganisée en 1904.

Naissance du Tour de France[modifier | modifier le code]

« Du geste large et puissant que Zola dans La Terre donne à son laboureur, L'Auto, journal d'idées et d'action, va lancer à travers le France, aujourd'hui, les inconscients et rudes semeurs d'énergie que sont nos grands routiers professionnels. »

— Henri Desgrange, édito du journal L'Auto du 1er juillet 1903[1]

À la fin du XIXe siècle, le quotidien Le Vélo qui tire à 300 000 exemplaires détient le monopole de la presse spécialisée dans le sport. Son rédacteur en chef, Pierre Giffard, associe son journal à ses engagements personnels et prend position dans les colonnes de son quotidien en faveur du capitaine Dreyfus, ce qui déplaît aux industriels du cycle et de l'automobile, pour la plupart antidreyfusards et qui financent son journal par la publicité. L'un d'entre eux, le comte Jules-Albert de Dion, fondateur de la marque De Dion-Bouton, se fâche avec Giffard car ce dernier refuse de publier ses publicités automobiles dans Le Vélo. Il prend alors ses distances avec Giffard et décide de créer son propre journal, L'Auto-Vélo[2].

Il en confie la direction à Henri Desgrange, ancien coureur cycliste, premier recordman de l'heure[3] et spécialiste de la presse sportive en tant que directeur d'un quotidien alors disparu, Paris-Vélo[4]. Alors que Le Vélo est publié sur papier vert, Henri Desgrange fait éditer son quotidien sur papier jaune et affirme son programme, le soutien de l'industrie automobile et cycliste, conformément au souhait du comte de Dion et des principaux industriels qui appuient le projet, comme Édouard Michelin, Adolphe Clément-Bayard ou le baron Étienne van Zuylen van Nyevelt, président de l'Automobile Club de France[5]. Lancé le 16 octobre 1900 à l'occasion de l'Exposition universelle et des Jeux olympiques de Paris, le quotidien est condamné le 2 janvier 1903 pour usurpation de titre lors d'un procès intenté par les directeurs du quotidien Le Vélo. Ne pouvant plus comporter le mot vélo, le journal est alors rebaptisé L'Auto[6],[7].

Craignant de perdre les lecteurs passionnés de cyclisme avec cette nouvelle appellation, Henri Desgrange sollicite ses collaborateurs afin d'élaborer une course qui dépasserait en renommée celles organisées par Le Vélo, tout en favorisant les ventes de L'Auto[3]. Lors d'une conférence de rédaction, puis d'un déjeuner à la brasserie Le Zimmer, le journaliste Géo Lefèvre propose alors à son patron d'organiser une course cycliste qui ferait le Tour de la France[8],[3]. D'abord sceptique, Henri Desgrange approuve finalement le projet. Le 19 janvier 1903, L'Auto annonce dans sa une la création du Tour de France, « la plus grande épreuve cycliste jamais organisée », qui se dispute du 1er juin au 5 juillet avec un droit d'entrée de 20 francs[8]. Le Tour de France apparaît donc dès sa création comme un moyen de relancer les ventes du quotidien tout en soutenant l'industrie du cycle, qui bénéficie à travers la course d'une vitrine pour ses différents produits[9].

Présentation[modifier | modifier le code]

Règlement et organisation[modifier | modifier le code]

Les frais occasionnés par la compétition provoque l'hésitation des coureurs professionnels : alors que seulement quinze coureurs sont engagés à une semaine du départ, Henri Desgrange décide de reporter la course. Celle-ci est désormais programmée du 1er au 19 juillet[10]. Plusieurs mesures sont prises afin d'attirer les concurrents : le droit d'entrée est réduit à dix francs, cinq francs sont promis aux cinquante premiers coureurs du classement de chaque étape, ce qui correspond à la rémunération journalière moyenne d'un ouvrier[11], tandis que le montant des gains atteint désormais 20 000 francs dont 3 000 pour le vainqueur du classement général final[12]. Après ces modifications, soixante coureurs sont finalement inscrits pour l'épreuve[10]. Henri Desgrange annonce également que le Tour de France sera une course sans entraîneurs, une pratique pourtant répandue dans la plupart des courses de l'époque et qui consistait à ce qu'un ou plusieurs hommes se mettent au service d'un autre coureur pour lui ouvrir la route, imposer un rythme ou encore l'alimenter. Cette pratique faussait d'autant plus les résultats que l'on retrouvait dans une course des leaders aidés par des dizaines d'entraîneurs, ces derniers utilisant parfois même des engins motorisés, tandis que d'autres coureurs luttaient seuls. La direction du Tour de France interdit donc la présence de ces locomotives humaines et emploie de nombreux contrôleurs bénévoles placés tout au long du parcours afin de veiller à ce que les cyclistes n'aient jamais recours à la tricherie, sous peine d'exclusion sur-le-champ[13]. Les coureurs reçoivent un brassard jaune et une bande de drap rouge à fixer dans le cadre de leur vélo et sur lesquels figure leur numéro d'engagement, afin de permettre aux contrôleurs de les reconnaître plus facilement, notamment la nuit[14].

La couverture médiatique de l'épreuve est assurée par la présence de trois quotidiens sportifs nationaux : outre L'Auto, en sa qualité d'organisateur, Le Vélo, en la personne d'Alphonse Baugé et Le Monde sportif, en celle de Frantz Reichel, rapportent eux aussi les faits de course[15]. D'autre part, la voiture de La Revue sportive est la seule à suivre ce premier Tour de France dans son intégralité[16]. De nombreux journalistes sont présents le jour du départ, comme le rédacteur en chef de l'hebdomadaire sportif La Vie au grand air, mais également des représentants de la presse quotidienne d'informations, comme Le Figaro, L'Écho de Paris, La Presse, Le Matin ou Le Journal, ainsi que des représentants de la presse régionale, comme ceux de L'Ouest-Éclair ou de La Gironde, et un représentant de l'agence Havas[15].

Directeur de la course, Henri Desgrange est présent le jour du départ de l'épreuve mais reste ensuite à Paris pour s'occuper de la rédaction du journal L'Auto. C'est Géo Lefèvre qui est dépêché pour suivre la course et qui cumule les fonctions de commissaire, de juge à l'arrivée et d'envoyé spécial pour le quotidien. Alphonse Steinès et Georges Abran, chargés du protocole, suivent eux aussi la compétition, ce dernier étant par ailleurs chargé de donné le départ de chaque étape[17],[15].

À la différence d'aujourd'hui, un coureur qui abandonne lors d'une étape, est autorisé à prendre le départ de l'étape suivante, bien qu'il ne soit plus classé au classement général. Cela profite à Hippolyte Aucouturier, qui abandonne au cours de la première étape, mais remporte les deuxième et troisième étapes. Même chose pour le Suisse Charles Laeser, qui s'impose lors de la quatrième étape sans avoir terminé la troisième.

Parcours[modifier | modifier le code]

Le Tour de France 1903 est disputé sur six étapes. Par rapport aux courses par étapes actuelles, les étapes sont beaucoup plus longues ; la plus longue se déroule sur 471 kilomètres. Les cyclistes ont le droit à entre un et trois jours de repos entre les étapes. Les parcours des étapes sont plats, aucune montagne n'est franchie. Les cyclistes ne sont pas regroupés en équipes, tous les participants coururent individuellement. Chaque participant paie une participation de dix francs, soit environ 87,50 euros en 2003.

Coureurs engagés[modifier | modifier le code]

Quatre-vingt coureurs sont initialement inscrits pour ce premier Tour de France, mais seulement soixante d'entre eux prennent effectivement le départ. Parmi ces engagés, on retrouve 49 Français, 4 Suisses, 4 Belges, 2 Allemands et 1 Italien[18]. Par ailleurs, le règlement autorise l'inscription de coureurs pour une seule étape. Ainsi, cinq coureurs sont inscrit pour la deuxième étape entre Lyon et Marseille, De plus, le règlement rendant possible l'inscription à une étape isolée, 31 coureurs participent à une étape isolée sans participer aux autres étapes[19].

Maurice Garin et Hippolyte Aucouturier sont les deux principaux favoris de l'épreuve. D'origine italienne, Maurice Garin est considéré comme le meilleur cycliste de l'époque et possède déjà un grand palmarès : il compte notamment deux victoires sur Paris-Roubaix (en 1897 et 1898) et s'est imposé sur des courses renommées comme Paris-Brest-Paris, Bordeaux-Paris, Paris-Cabourg, Paris-Le Mans, ou encore des épreuves sur piste, comme les 24 heures de Paris, disputés en 1895 sur le vélodrome des Arts libéraux et pendant lesquelles il parcourt 701 km[20]. De son côté, Hippolyte Aucouturier, surnommé l'« hercule de Commentry », est le coureur en forme de cette année 1903, durant laquelle il remporte à la fois Paris-Roubaix et Bordeaux-Paris[21].

Parmi les autres principaux concurrents, on retrouve l'Allemand Josef Fischer, vainqueur de la première édition de Paris-Roubaix en 1896 et de plusieurs courses à travers l'Europe comme Vienne-Berlin, une épreuve de 582 km, en 1893[22]. L'Italien Rodolfo Muller possède lui aussi une solide expérience cycliste. Il a également été chargé par Henri Desgrange de reconnaître le parcours du Tour de France pendant le mois de mai précédent le départ afin de vérifier l'état des routes et d'identifier les principaux pièges du parcours[23]. Les Français Jean Fischer, vainqueur de Paris-Tours en 1901[24], et Édouard Wattelier, qui remporte Toulouse-Luchon la même année puis Bordeaux-Paris en 1902, comptent eux aussi parmi les coureurs d'expérience[25]. À l'inverse, de nombreux coureurs engagés sont amateurs, et certains n'ont d'ailleurs jamais participé à la moindre épreuve cycliste, à l'image de Jean Dargassies[26].

Déroulement de la course[modifier | modifier le code]

1re étape : Paris-Lyon[modifier | modifier le code]

Le Café « Le réveil matin », le jour du départ de la première étape

Les coureurs se réunissent le mercredi 1er juillet à Montgeron, dans la banlieue sud de Paris, devant le café « Le Réveil-matin », où les organisateurs ont installé le point de contrôle dans une ambiance de fête foraine[16]. La course s'élance de ce lieu et non de la capitale car Louis Lépine, préfet de police de la Seine, avait interdit les courses sur le territoire parisien[27]. Les participants défilent un à un dans la grande salle de l'établissement pour signer la feuille d'engagement et recevoir leur brassard numéroté. Le départ effectif de la première étape est donné à 15 h 16, de la fourche faisant face au Réveil-Matin et qui se situe sur la commune voisine de Villeneuve-Saint-Georges[28].

Les organisateurs ont placé trois contrôles fixes tout au long des 467 km du parcours, le premier à Nevers au km 227, le deuxième à Moulins au km 281 et le troisième à Roanne au km 381, ainsi que deux contrôles volants, l'un à Fontainebleau, l'autre à Montargis, après respectivement 53 et 102 km d'efforts[29]. Dès les premiers kilomètres, Gustave Pasquier lance la première attaque de ce Tour de France, ce qui a pour effet d'étirer considérablement le peloton et de lâcher plusieurs coureurs[30]. Le premier abandon est celui d'Édouard Wattelier, l'un des principaux engagés sur ce Tour, qui s'arrête au contrôle de Montargis après avoir roulé pendant 18 km avec un pneu crevé. Sans pneu de rechange, il prend aussitôt le train et regagne Paris[31].

Alors que les coureurs approchent de Cosne-Cours-sur-Loire, après six heures de course, la plupart d'entre eux décident de s'arrêter dans une auberge pour se ravitailler, à l'exception de Maurice Garin, Émile Pagie et Léon Georget[31]. Ce dernier laisse pourtant filer ses compagnons d'échappée, victime d'une crevaison avant Nevers. Les deux hommes de tête atteignent Nevers à 22 h 56, puis Moulins à h 13, après une chute sans gravité de Maurice Garin. Léon Georget, troisième de la course, accuse déjà un retard de huit minutes sur les deux leaders à Moulins[32]. Hippolyte Aucouturier, le rival de Maurice Garin pour la victoire finale, joue de malchance. Victime d'un problème de selle à la sortie Cosne-Cours-sur-Loire, il arrive à Moulins avec plus d'une heure de retard sur la tête de course, se plaignant de problèmes d'estomac. Géo Lefèvre le réconforte et le convainc de repartir, mais il abandonne finalement à Lapalisse, une cinquantaine de kilomètres plus loin[33].

Après avoir dépassé Roanne à h 15 du matin, Maurice Garin et Émile Pagie franchissent le premier col du Tour de France, le col du Pin-Bouchain, qui culmine à 759 m d'altitude après une montée de dix kilomètres[34], puis se dirigent vers Lyon. Émile Pagie chute à 200 mètres de la ligne d'arrivée, laissant la victoire à Maurice Garin, qui remporte l'étape en 17 h 45 min 13 s. Émile Pagie se classe 2e à 55 secondes du vainqueur, tandis que Léon Georget prend la 3e place à 34 min 59 s. Fernand Augereau et Jean Fischer, 4e et 5e, accusent un retard de plus d'une heure[35].

2e étape : Lyon-Marseille[modifier | modifier le code]

Hippolyte Aucouturier, qui avait abandonné dans la première étape, remporte la seconde.

La deuxième étape se déroule le dimanche 5 juillet sur un parcours de 374 km entre Lyon et Marseille. Accusé d'avoir triché en se faisant tracté au cours de la première étape, sans que ceci ait pu être prouvé, Jean Fischer s'échappe dès les premiers kilomètres de l'étape. Il arrive au premier contrôle fixe de Saint-Étienne, après 58 km de course, avec 7 minutes d'avance sur un groupe mené par le Belge Marcel Kerff et dans lequel on retrouve Hippolyte Aucouturier, qui n'est plus en course pour le classement général après son abandon lors de la première étape, mais peut tout de même prendre part aux autres étapes. Victime d'une chute à l'entrée de Saint-Étienne, après une crevaison à Rive-de-Gier, Maurice Garin accuse un retard de 9 minutes. Les coureurs abordent ensuite le col de la République, à 1 161 m d'altitude, dans lequel Jean Fischer perd peu à peu son avance, puis est rejoint au sommet du col[36]. Hippolyte Aucouturier imprime un train soutenu dans le descente pour creuser plus encore les écarts.

Six coureurs arrivent groupés au deuxième contrôle fixe, prévu à Valence : Hippolyte Aucouturier, Édouard Wattelier, Victor Dupré, Henri Gauban, Léon Georget et Marcel Kerff. Le retard de Maurice Garin se porte alors à 12 minutes[37]. Aucouturier et Georget profitent d'une légère montée à Donzère pour s'isoler en tête et passent le contrôle d'Avignon avec 25 minutes d'avance sur Maurice Garin[38]. La fin de l'étape se dispute sous une chaleur accablante. L'arrivée est jugée à Saint-Antoine, à 13 kilomètres du centre de Marseille, afin d'éviter les dangers constitués par les rails et les pavés qui abondent en centre-ville[39]. Les deux échappés se dispute la victoire mais c'est finalement Hippolyte Aucouturier qui franchit la ligne d'arrivée en premier. Eugène Brange, qui avait terminé à la dernière place à Lyon, se classe troisième, à 26 min 6 s du vainqueur, tout juste devant Maurice Garin, Rodolfo Muller et Lucien Pothier. Maurice Garin conserve la première place du classement général, avec min 52 s d'avance sur Léon Georget[40].

3e étape : Marseille-Toulouse[modifier | modifier le code]

Lors du repos à Marseille, les jours précédents le départ de la 3e étape, donné le mercredi 8 juillet, Henri Desgrange annonce une modification du règlement, qui vise à lutter contre les tricheurs. Le peloton sera désormais scindé en deux : les coureurs qui disputent toutes les étapes et qui luttent pour le classement général partiront ensemble, et une plus tard, un deuxième groupe, constitué des coureurs qui ne sont plus en course pour le classement général mais qui se contentent de lutter pour la victoire d'étape, s'élancera à son tour. Ce changement irrite notamment Hippolyte Aucouturier, contraint de s'élancer dans le deuxième groupe et qui considère que ce nouveau règlement constitue un handicap pour lui puisqu'il se retrouvera accompagné de coureurs de second plan qui ne rouleront pas aussi rapidement que les coureurs du premier peloton[41].

La troisième étape de ce Tour de France se déroule dans des conditions météorologiques difficiles pour les coureurs, en raison d'un fort mistral. Le premier peloton s'élance de Saint-Antoine, terme de la deuxième étape, à 22 h 30. Seuls cinq coureurs, dont Hippolyte Aucouturier, forment le second groupe, parti une heure plus tard. Dès la sortie de Pennes-Mirabeau, une dizaine de kilomètres après le départ, de nombreux coureurs sont lâchés dans la descente dite de l'« Assassin »[42]. Un groupe de vingt-cinq coureurs arrive à Salon-de-Provence pour le premier contrôle fixe, dont Maurice Garin, le leader du classement général[43]. Lorsque le second groupe atteint lui aussi Salon-de-Provence, il a déjà repris dix minutes au groupe de Maurice Garin. Trois coureurs se sont isolés au sein de ce groupe, dont Hippolyte Aucouturier, Émile Pagie et Marcel Vallée-Picaud, dit Valpic, mais ces deux derniers sont contraints à l'abandon à Arles, lors du deuxième contrôle fixe[44].

Dans la plaine de la Crau, quatre hommes mènent la course, Maurice Garin, Jean Dargassies, le Suisse Charles Laeser et René Salais. Peu après la sortie d'Arles, les quatre concurrents se trompent de route, ce qui leur vaut d'être dépassés par leurs poursuivants, dont Léon Georget, le second du classement général. Malgré un retard de 15 minutes accumulé dans cette erreur de parcours, Maurice Garin et ses compagnons d'infortune rejoignent la tête de course avant le troisième contrôle fixe, situé à Nîmes. Seul à l'arrière, Aucouturier a repris 23 minutes au premier groupe, ce qui lui permet d'être bien placé pour la victoire d'étape[45].

Alors que ce dernier poursuit sa remontée entre Montpellier et Carcassonne, doublant tour à tour les concurrents partis avant lui, le groupe de tête se réduit de nouveau à quatre hommes. Lucien Pothier, Eugène Brange et le Belge Julien Lootens se retrouvent autour de Maurice Garin. Plusieurs favoris sont irrémédiablement distancés : Léon Georget, souffrant de diarrhée, Marcel Kerff, qui ne bénéficie d'aucun soin lors des contrôles, et Fernand Augereau, victime de crevaisons à répétition[46]. À Toulouse, Brange franchit la ligne d'arrivée en tête devant Lootens, Garin et Pothier, mais c'est bien Hippolyte Aucouturier qui remporte la victoire d'étape, après 423 km de course[47]. Seul dans l'effort, il a doublé presque tous les concurrents du premier peloton et parcourt l'étape en 32 minutes de moins que le groupe Maurice Garin. Ce dernier conforte toutefois son avance au classement général, avec près de h d'avance sur Léon Georget[48].

4e étape : Toulouse-Bordeaux[modifier | modifier le code]

Quatre jours plus tard, entre Toulouse et Bordeaux, le Suisse Charles Laeser remporte cette quatrième étape. Le Genevois n'est plus en course pour le classement général. C'est la première victoire d'étape pour un coureur non-français. Maurice Garin conserve la tête au classement général.

5e étape : Bordeaux-Nantes[modifier | modifier le code]

Maurice Garin remporte la cinquième étape (Bordeaux - Nantes) le 13 juillet et consolide sa position en tête au classement général.

6e étape : Nantes-Paris[modifier | modifier le code]

La sixième et dernière étape, entre Nantes et Paris (Parc des Princes) se déroule le 18 juillet. Maurice Garin remporte sa 3e étape sur le Tour et gagne l'épreuve en comptant près de trois heures d'avance sur le deuxième du classement, Lucien Pothier. L'étape parisienne est toutefois fort disputée et se joue au sprint. Maurice Garin devance d'une seconde Fernand Augereau et le Belge Julien Lootens. Le chronométrage (ligne d'arrivée réelle) s'effectue à Ville-d'Avray, mais le parcours conduit ensuite le peloton au Parc des Princes pour un tour d'honneur et la remise des prix. Les cinq premiers du classement général final courent sur des bicyclettes « La Française ». On estime à 100 000 le nombre de spectateurs présents le long du parcours en province et plus de 20 000 spectateurs à Paris pour l'arrivée finale.

Résultats[modifier | modifier le code]

Les étapes[modifier | modifier le code]

La fin du premier Tour. Maurice Garin le premier vainqueur (à droite) pose en compagnie de Léon Georget (à gauche).
Étape Date Villes étapes km Vainqueur d'étape Temps Leader du classement général
1re étape mer. 1er juillet Montgeron/Villeneuve-Saint-GeorgesLyon 467 Drapeau : France Maurice Garin 17 h 45 min 13 s Drapeau : France Maurice Garin
2e étape dim. 5 juillet LyonMarseille 374 Drapeau : France Hippolyte Aucouturier 14 h 28 min 53 s Drapeau : France Maurice Garin
3e étape mer. 8 juillet MarseilleToulouse 423 Drapeau : France Hippolyte Aucouturier 17 h 55 min 04 s Drapeau : France Maurice Garin
4e étape dim. 12 juillet ToulouseBordeaux 268 Drapeau : Suisse Charles Laeser 8 h 46 min 00 s Drapeau : France Maurice Garin
5e étape lun. 13 juillet BordeauxNantes 425 Drapeau : France Maurice Garin 16 h 26 min 31 s Drapeau : France Maurice Garin
6e étape sam. 18 juillet NantesParis 471 Drapeau : France Maurice Garin 18 h 09 min 00 s Drapeau : France Maurice Garin

Classement général[modifier | modifier le code]

Maurice Garin remporte cette course en 94 heures 33 minutes et 14 secondes, Lucien Pothier termine deuxième à 2 heures 49 minutes et 21 secondes. Garin détient le record du plus grand écart entre le premier et le deuxième. Finalement, 21 cyclistes prennent part à l'ensemble des étapes et figurent au classement général final. Le vainqueur Maurice Garin reçoit 6 075 Francs pour cette victoire.

A black and white photograph of a man holding his bicycle and a little boy with a little bicycle, being looked upon by two other men.
Maurice Garin, le vainqueur du Tour de France 1903.

La « lanterne rouge » est Arsène Millocheau, qui termine à 64 heures, 57 minutes et 8 secondes du premier.

Classement final
Rang Coureur Temps
1 Drapeau : France Maurice Garin 94 h 33 min 14 s
2 Drapeau : France Lucien Pothier + h 49 min 21 s
3 Drapeau : France Fernand Augereau + h 29 min 24 s
4 Drapeau : Italie Rodolfo Muller + h 39 min 30 s
5 Drapeau : France Jean-Baptiste Fischer + h 58 min 44 s
6 Drapeau : Belgique Marcel Kerff + h 52 min 24 s
7 Drapeau : Belgique Julien Lootens + h 31 min 8 s
8 Drapeau : France Gustave Pasquier + 10 h 24 min 4 s
9 Drapeau : France François Beaugendre + 10 h 52 min 14 s
10 Drapeau : Belgique Aloïs Catteau + 12 h 44 min 57 s
11 Drapeau : France Jean Dargassies + 13 h 49 min 10 s
12 Drapeau : France Ferdinand Payan + 19 h 9 min 2 s
13 Drapeau : France Julien Girbe + 23 h 16 min 52 s
14 Drapeau : France Isidore Lechartier + 24 h 5 min 13 s
15 Drapeau : Empire allemand Josef Fischer + 25 h 14 min 26 s
16 Drapeau : France Alexandre Foureaux + 31 h 30 min 52 s
17 Drapeau : France René Salais + 32 h 34 min 43 s
18 Drapeau : France Émile Moulin + 49 h 43 min 14 s
19 Drapeau : France Georges Borot + 51 h 37 min 38 s
20 Drapeau : France Pierre Desvages + 62 h 53 min 54 s
21 Drapeau : France Arsène Millocheau + 64 h 57 min 8 s

Retombées[modifier | modifier le code]

Les ventes de L'Auto ont augmenté considérablement grâce à cette nouvelle épreuve. La première édition du Tour a permis de doubler les ventes du quotidien, qui passent de 30 000 à 65 000 ventes par jour à la suite de cet évènement[49]. Au lendemain de la 1re étape, une édition spéciale est tirée à 93 000 exemplaires[50]. Une édition spéciale de 130 000 exemplaires a été publiée après la fin de la course. Les cyclistes sont devenus des héros nationaux. Maurice Garin reviendra en 1904 où il tentera vainement de défendre son titre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eclimont 2013, p. 11.
  2. Wille 2003, p. 23.
  3. a, b et c Eclimont 2013, p. 10.
  4. Wille 2003, p. 24.
  5. Wille 2003, p. 25.
  6. Benoît Grevisse, « Les miroirs du Tour de France : Diégétique et médiatique narratives pour une identité sportive », Réseaux, vol. 11, no 57,‎ , p. 11 (ISSN 1777-5809, lire en ligne).
  7. Wille 2003, p. 26.
  8. a et b « L’Auto lance le Tour de France », sur blog.lequipe.fr, L'Équipe (consulté le 23 avril 2015).
  9. Vespini 2013, p. 260.
  10. a et b (en) Bill McGann et Carol McGann, The Story of the Tour De France, vol. 1, Dog Ear Publishing,‎ , 304 p. (ISBN 9781598581805), p. 8.
  11. Wille 2003, p. 32.
  12. « L'historique du Tour, année 1903 », sur letour.fr (consulté le 24 avril 2015).
  13. Vespini 2013, p. 29-32.
  14. Vespini 2013, p. 50.
  15. a, b et c Vespini 2013, p. 49.
  16. a et b Vespini 2013, p. 40.
  17. Wille 2003, p. 35.
  18. Vespini 2013, p. 264-266.
  19. Vespini 2013, p. 267-268.
  20. Vespini 2013, p. 19.
  21. Vespini 2013, p. 23.
  22. Vespini 2013, p. 41.
  23. Vespini 2013, p. 46.
  24. Vespini 2013, p. 38.
  25. Vespini 2013, p. 43.
  26. Vespini 2013, p. 45.
  27. Geoffrey Wheatcroft, Le Tour: A History of the Tour de France, Simon and Schuster,‎ 2013 (ISBN 978-1847390868), p. 360.
  28. Vespini 2013, p. 51.
  29. Vespini 2013, p. 53-54.
  30. Vespini 2013, p. 56.
  31. a et b Vespini 2013, p. 57.
  32. Vespini 2013, p. 63-64.
  33. Vespini 2013, p. 65.
  34. Vespini 2013, p. 69.
  35. Vespini 2013, p. 268.
  36. Vespini 2013, p. 93-97.
  37. Vespini 2013, p. 105.
  38. Vespini 2013, p. 108.
  39. Vespini 2013, p. 110.
  40. Vespini 2013, p. 269.
  41. Vespini 2013, p. 118.
  42. Vespini 2013, p. 128.
  43. Vespini 2013, p. 130.
  44. Vespini 2013, p. 129-130.
  45. Vespini 2013, p. 135.
  46. Vespini 2013, p. 140.
  47. Vespini 2013, p. 143.
  48. Vespini 2013, p. 270.
  49. Wille 2003, p. 33.
  50. Vespini 2013, p. 81.

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « 1903 Tour de France » (voir la liste des auteurs).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :