Tour de France 1903

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Tour de France 1903
Tour de France 1904 map-fr.svg
Généralités
Édition 1re
Date 1er juillet - 19 juillet 1903
Étapes 6
Distance 2 428 km
Pays visité(s) Drapeau de la France France
Lieu de départ Montgeron
Lieu d’arrivée Paris
Partants 60
Arrivants 21
Résultats
Vainqueur Drapeau : France Maurice Garin
25,607 km/h de moyenne
Chronologie
Tour de France 1904 Suivant
Maurice Garin

La 1re édition du Tour de France s'est déroulée du 1er au 19 juillet 1903. Cette course cycliste est organisée par le journal L'Auto, l'ancêtre du quotidien L'Équipe. La course disputée sur six étapes est remportée par Maurice Garin.

La course est inventée pour stimuler la circulation du journal L'Auto, après s'être séparé avec un autre journal. Au départ, le nombre de participants n'est pas suffisant, la course est donc reportée de quelques semaines et les primes sont augmentées. Les cyclistes ne sont pas obligés de concourir les six étapes, sauf pour être classé au classement général.
Le favori d'avant-course, Maurice Garin, remporte la première étape et conserve la tête du classement général de bout en bout. Il s'impose également lors des deux dernières étapes, et remporte finalement cette première édition avec une marge de près de trois heures sur le deuxième. La vente du journal L'Auto augmente pendant et après la course, de sorte que la course est réorganisée en 1904.

Sommaire

Origine[modifier]

À la fin du XIXe siècle, en France, il n'existe qu'un quotidien sportif, Le Vélo. Son rédacteur en chef, Pierre Giffard, intervenant dans ses colonnes pour soutenir Dreyfus, déplaît aux industriels du cycle et de l'automobile (pour la plupart antidreyfusards). Or, ceux-ci financent son journal par la publicité. En 1900, par leur représentant, le comte de Dion, ils choisissent Henri Desgrange pour créer un journal concurrent, L'Auto-Vélo. Alors que Le Vélo est publié sur papier vert, Desgrange fait éditer son quotidien sur papier jaune (quelques années plus tard, c'est cette couleur qui donnera naissance au maillot jaune). Or le titre choisi porte le terme Vélo. Le directeur du Vélo, Paul Rousseau, intente un procès. Le 16 janvier 1903, de Dion le perd et se trouve contraint de renommer L'Auto-Vélo en L'Auto. Comme le cyclisme est alors important en termes économiques et sportifs, cette perte d'appellation pourrait affecter les ventes du journal. Desgrange doit trouver une riposte. Il s'avère que son collaborateur, le journaliste Géo Lefèvre lui a proposé d'organiser une course cycliste susceptible d'augmenter son lectorat : le Tour de la France.

Le 19 janvier 1903, L’Auto annonce la création de « la plus grande épreuve cycliste jamais organisée » : le Tour de France. Il s'agit d'une course de cinq semaines, qui se dispute du 1er juin au 5 juillet avec un droit d'entrée de 20 francs. Ces conditions sont trop dures pour la plupart des cyclistes de l'époque : une semaine avant le départ de la course, seulement 15 concurrents sont inscrits. Desgrange reprogramme alors la course du 1er au 19 juillet, augmente les gains qui atteignent désormais 20 000 francs, réduit le droit d'entrée à 10 francs et promet cinq francs par jour pour les 50 premiers coureurs du classement. Après ces modifications, 60 coureurs prennent finalement le départ de la course. 21 sont sponsorisés par des usines de bicyclettes, les 39 autres étant indépendants.
Géo Lefèvre devient le directeur, le juge et le chronométreur et Henri Desgrange le directeur-général, même s'il n'a pas suivi la course.

Règlement et avant-course[modifier]

Le Tour de France 1903 est disputé sur six étapes. Par rapport aux courses par étapes actuelles, les étapes sont beaucoup plus longues ; la plus longue se déroule sur 471 kilomètres. Les cyclistes ont le droit à entre 1 et 3 jours de repos entre chaque étape. Les parcours des étapes sont plats, aucune montagne n'est franchie. Les cyclistes ne sont pas regroupés en équipes, tous les participants coururent individuellement. Chaque participant paie une participation de dix francs, soit environ 87,50 euros en 2003.

L'organisateur du Tour, le quotidien sportif L'Auto offre 20 000 francs de primes : 3 000 pour le vainqueur du classement général final, 2 000 pour le deuxième, 1 200 pour le troisième, 800, 500, 250, 200, 100, et 50 aux suivants. Le vainqueur de l'étape Paris-Lyon reçoit 1 500 francs ; 700 francs, seulement, pour le vainqueur de l'étape Toulouse-Bordeaux. Chaque coureur encore en course reçoit tous les jours un défrayement de 5 francs.

À la différence d'aujourd'hui, un coureur qui abandonne lors d'une étape, est autorisé à prendre le départ de l'étape suivante, bien qu'il ne soit plus classé au classement général. Cela profite à Hippolyte Aucouturier, qui abandonne au cours de la première étape, mais remporte les deuxième et troisième étapes. Même chose pour le Suisse Charles Laeser, qui s'impose lors de la quatrième étape sans avoir terminé la troisième.

À certains endroits de la course, Desgrange avait placé les hommes, pour s'assurer que les cyclistes parcourent toute la route du Tour.

Le maillot jaune porté par le leader du classement général n'est pas encore introduit, mais le premier du classement est identifié par un brassard vert. Le dernier coureur reçoit une lanterne rouge.

Les favoris d'avant-course pour la victoire se nomment Maurice Garin et Hippolyte Aucouturier.

Déroulement de la course[modifier]

Le Café « Le réveil matin », le jour du départ de la première étape

L'épreuve n'est suivie du départ à l'arrivée que par un seul journal, La Revue Sportive. Géo Lefèvre, journaliste de L'Auto, se contente en effet de couvrir les départs et les arrivées en effectuant le trajet des étapes en train. Il rate même l'arrivée de Garin à Lyon. Des 79 coureurs engagés, 60 seulement s'alignent au départ, 21 seulement passeront la ligne d'arrivée. Le peloton est majoritairement français avec 50 coureurs ; 3 Belges, 4 Suisses, 2 Allemands et l'Italien de Paris Rodolfo Muller, complètent la liste des engagés.

Le départ de la première étape est donné le 1er juillet à Montgeron, banlieue sud de Paris, devant le Café « Le réveil matin » à 15h16. En effet, Louis Lépine, Préfet de Police de la Seine, avait interdit les courses sur le territoire parisien. Lors de cette première étape entre Paris (Montgeron) et Lyon, Maurice Garin s'impose en 17 heures, 45 minutes et 44 secondes devant son compatriote Émile Pagie, à 24 secondes. Situé entre Roanne et Lyon, le col du Pin-Bouchain est le premier col franchi par la Grande boucle. La deuxième étape se déroule le 5 juillet entre Lyon et Marseille. Le premier col à plus de 1 000 m d'altitude de l'histoire du Tour, le col de la République au sud de Saint-Étienne, est franchi par Hippolyte Aucouturier en premier qui remporte l'étape, mais Maurice Garin garde la tête au classement général. Aucouturier n'est plus en course pour le classement général depuis son abandon lors de la première étape, il est toutefois autorisé, comme tous les autres éliminés, à prendre part aux étapes. Le 8 juillet, le Français Hippolyte Aucouturier remporte sa deuxième étape sur le Tour entre Marseille et Toulouse. Maurice Garin conserve la tête au classement général. Quatre jours plus tard, entre Toulouse et Bordeaux, le Suisse Charles Laeser remporte cette quatrième étape. Le Genevois n'est plus en course pour le classement général. C'est la première victoire d'étape pour un coureur non-français. Maurice Garin conserve la tête au classement général. Il remporte la cinquième étape (Bordeaux - Nantes) le 13 juillet et consolide sa position en tête au classement général. La sixième et dernière étape, entre Nantes et Paris (Parc des Princes) se déroule le 18 juillet. Maurice Garin remporte sa 3e étape sur le Tour et gagne l'épreuve en comptant près de 3 heures d'avance sur le deuxième du classement, Lucien Pothier. L'étape parisienne est toutefois fort disputée et se joue au sprint. Maurice Garin devance d'une seconde Fernand Augereau et le Belge Julien « Samson » Lootens. Le chronométrage (ligne d'arrivée réelle) s'effectue à Ville-d'Avray, mais le parcours conduit ensuite le peloton au Parc des Princes pour un tour d'honneur et la remise des prix. Les cinq premiers du classement général final courent sur des bicyclettes « La Française ». On estime à 100 000 le nombre de spectateurs présents le long du parcours en province et plus de 20 000 spectateurs à Paris pour l'arrivée finale.

Retombées[modifier]

Les ventes de L'Auto ont augmenté considérablement en raison de cet événement. Une édition spéciale de 130 000 exemplaires a été publiée après la fin de la course. Le tirage normal est passé de 25 000 à 65 000 à la suite de cet évènement. Les cyclistes sont devenus des héros nationaux. Maurice Garin reviendra en 1904 où il tentera vainement de défendre son titre.

Résultats[modifier]

Les étapes[modifier]

La fin du premier Tour. Maurice Garin le premier vainqueur (à droite) pose en compagnie de Léon Georget (à gauche).
Étape Date Villes étapes km Vainqueur d'étape Temps Leader du classement général
1re étape 1er juillet MontgeronLyon 467 Drapeau : France Maurice Garin 17 h 45 min 13 sec Drapeau : France Maurice Garin
2e étape 5 juillet LyonMarseille 374 Drapeau : France Hippolyte Aucouturier 14 h 28 min 53 sec Drapeau : France Maurice Garin
3e étape 8 juillet MarseilleToulouse 423 Drapeau : France Hippolyte Aucouturier 17 h 55 min 04 sec Drapeau : France Maurice Garin
4e étape 12 juillet ToulouseBordeaux 268 Drapeau : Suisse Charles Laeser 8 h 46 min 00 sec Drapeau : France Maurice Garin
5e étape 13 juillet BordeauxNantes 425 Drapeau : France Maurice Garin 16 h 26 min 31 sec Drapeau : France Maurice Garin
6e étape 18 juillet NantesParis 471 Drapeau : France Maurice Garin 18 h 09 min 00 sec Drapeau : France Maurice Garin

Classement général[modifier]

Maurice Garin remporte cette course en 94 heures 33 minutes et 14 secondes, Lucien Pothier termine deuxième à 2 heures 49 minutes et 21 secondes. Garin détient le record du plus grand écart entre le premier et le deuxième.

Avant la course, 79 cyclistes sont inscrits, mais seulement 60 débutent la course. Au final, 21 cyclistes prennent part à l'ensemble des étapes et figurent au classement général final.

Le vainqueur Maurice Garin reçoit 6 075 Francs pour cette victoire.

A black and white photograph of a man holding his bicycle and a little boy with a little bicycle, being looked upon by two other men.
Maurice Garin, le vainqueur du Tour de France 1903.

La « lanterne rouge » est Arsène Millocheau[N 1], qui termine à 64 heures, 57 minutes et 8 secondes du premier.

Classement final
Rang Coureur Sponsor Temps
1 Drapeau : France Maurice Garin La Française 94 h 33 min 14 s
2 Drapeau : France Lucien Pothier La Française + h 49 min 21 s
3 Drapeau : France Fernand Augereau La Française + h 29 min 24 s
4 Drapeau : Italie Rodolfo Muller La Française + h 39 min 30 s
5 Drapeau : France Jean-Baptiste Fischer La Française + h 58 min 44 s
6 Drapeau : Belgique Marcel Kerff + h 52 min 24 s
7 Drapeau : Belgique Julien Lootens Brennabor + h 31 min 8 s
8 Drapeau : France Pasquier La Française + 10 h 24 min 4 s
9 Drapeau : France François Beaugendre + 10 h 52 min 14 s
10 Drapeau : Belgique Aloïs Catteau La Française + 12 h 44 min 57 s

Liste des coureurs[modifier]

Voici ci-dessous la liste des coureurs inscrits et effectivement partis pour concourir l’ensemble de la course. Le règlement rend possible l’inscription à une étape isolée, vingt-cinq autres coureurs ont ainsi participé à une étape sans courir la ou les étapes précédentes.

Pays Nom du coureur
Drapeau de la France France Fernand Augereau
Drapeau de la France France Hippolyte Aucouturier
Drapeau de la France France Philippe de Balade
Drapeau de la France France Louis Barbrel
Drapeau de la France France Lucien Barroy
Empire allemand Empire allemand Ludwig Barthelmann
Drapeau de la France France François Beaugendre
Drapeau de la France France Jean Bédène
Drapeau de la France France Georges Borot
Drapeau de la France France Eugène Brange
Drapeau de la Belgique Belgique Aloïs Catteau
Drapeau de la France France Claude Chapperon
Drapeau de la France France Henri Charrier
Drapeau de la France France Jean Dargassies
Drapeau de la France France Auguste Daumain
Drapeau de la France France Pierre Desvages
Drapeau de la France France Victor Dupré
Drapeau de la France France Léon Durandeau
Drapeau de la France France H. Ellinamour
Drapeau de la France France Jean-Baptiste Fischer
Empire allemand Empire allemand Josef Fischer
Drapeau de la France France L. Fougère
Drapeau de la France France Alexandre Foureaux
Drapeau de la France France Maurice Garin
Drapeau de la France France Henri Gauban
Drapeau de la France France Eugène Geay
Drapeau de la France France Léon Georget
Drapeau de la France France Julien Girbe
Drapeau de la France France Gustave Guillarme
Drapeau de la France France Léon Habets
Pays Nom du coureur
Drapeau de la Suisse Suisse Anton Jaeck
Drapeau de la Belgique Belgique Marcel Kerff
Drapeau de la Suisse Suisse Charles Laeser
Drapeau de la France France A. Lassartigue
Drapeau de la France France Isidore Le Chartier
Drapeau de la France France Victor Lefèvre
Drapeau de la Suisse Suisse Marcel Lequatre
Drapeau de la Belgique Belgique Julien Lootens
Drapeau de la Suisse Suisse Paul Mercier
Drapeau de la France France Arsène Millocheau
Drapeau de la France France François Monachon
Drapeau de la France France Émile Moulin
Drapeau de la France France Benjamin Mounier
Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume d'Italie Rodolfo Muller
Drapeau de la France France Émile Pagie
Drapeau de la France France Pasquier
Drapeau de la France France Ferdinand Payan
Drapeau de la France France Armand Périn
Drapeau de la France France Léon Pernette
Drapeau de la France France Ernest Pivin
Drapeau de la France France Lucien Pothier
Drapeau de la France France François Poussel
Drapeau de la France France Quétier
Drapeau de la France France Léon Riche
Drapeau de la France France René Salais
Drapeau de la Belgique Belgique Jules Sales
Drapeau de la France France Émile Torisani
Drapeau de la France France Paul Trippier
Drapeau de la France France Édouard Wattelier
Drapeau de la France France Jean-Baptiste Zimmermann

Notes[modifier]

  1. Arsène Millocheau est né le 21 janvier 1867 à Champseru et mort à Paris le 4 mai 1948. En 1896, il s'est classé douzième de la course Bordeaux-Paris et dix-huitième de la première édition du Paris-Roubaix (P. Sergent, G. Crasset, H. Dauchy, Encyclopédie mondiale du cyclisme, de Eecloonaar, tome 2, p. 1268). En 1897, il a obtenu la cinquième place de Bordeaux-Paris ( Cyclisme - Bordeaux - Paris - 1897, sur les-sports.info. Consulté le 14 juin 2013). En 1921, à l'âge de 54 ans, il participe à la course Paris-Brest-Paris, longue de 1 200 km ( Millocheau pour l'honneur, La Grand Boucle. Consulté le 21 juillet 2010)

Références[modifier]

Bibliographie[modifier]

  • Coll., Tour de France, 100 ans, Paris, L'Équipe, 2003, tome 1, p. 22-33.
  • Jean-Paul Vespini, Le Premier Tour de France : 1903, Paris, Jacob-Duvernet, mai 2013, 278 p. (ISBN 978-2847244663)  Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Liens externes[modifier]

Sur les autres projets Wikimedia :