Tour de France 1919

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Tour de France 1919
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Tour de France 1919
Carte de la course
Généralités
Édition 13e
Date 29 juin - 27 juillet 1919
Étapes 15
Distance 5 660 km
Pays visité(s) Drapeau de la France France
Drapeau de la Suisse Suisse
Lieu de départ Paris
Lieu d’arrivée Paris
Partants 67
Arrivants 10
Résultats
Vainqueur Drapeau : Belgique Firmin Lambot
24,056 km/h de moyenne
Chronologie
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La 13e édition du Tour de France s'est déroulée du 29 juin au 27 juillet 1919 sur 15 étapes pour 5 560 km. Elle est remportée par le Belge Firmin Lambot. Le départ du Tour a lieu à Paris et l'arrivée se juge au Parc des Princes. Le parcours boucle le « chemin de ronde » en faisant étape à Metz et Strasbourg.

Ce Tour de France, le premier après la Première Guerre mondiale, a été marqué par de nombreux abandons, dus notamment au mauvais état des routes et au manque de matériel. Seuls onze coureurs ont terminé la course. Le Tour 1919 voit la création du maillot jaune. Ce maillot distinctif est créé pendant la course. C'est au départ de Grenoble (11e étape), le 19 juillet 1919, qu'Eugène Christophe est revêtu du premier maillot jaune. Il le perd lors de l'avant-dernière étape, durant laquelle il doit réparer sa fourche.

Contexte[modifier | modifier le code]

À peine plus d'un semestre après la signature de l'armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale, certains coureurs sont encore retenus dans leur garnisons. Trois anciens vainqueurs ne sont plus là : François Faber engagé dans la légion étrangère, tué à Carency en 1915 ; Octave Lapize tombé lui en combat aérien ; Lucien Petit-Breton mort au front, dans un accident d'automobile. Le matériel manque et reste rationné, « les industries du cycle et de l'automobile, reconverties en industries de guerre pour la fabrication d'armes ne sont pas encore retournées à leurs productions d'origine ». Les routes sont endommagées ou mal entretenues. Les hôtels sont encore réquisitionnés. Malgré ces difficultés, Henri Desgrange tient à ce que le Tour de France reprenne dès cette année 1919 : « Même s'il doit se terminer avec un seul coureur devant ma porte, le Tour se fera »[1],[2].

Parcours[modifier | modifier le code]

Le Tour commence à Paris et s'y termine après quinze étapes faisant le tour de la France. Pour la troisième fois, le sens de rotation est inversé : on part vers l'ouest pour revenir vers Paris par l'est. Ainsi, comme avant-guerre, la course fait étape au Havre, à Cherbourg, à Brest, puis aux Sables-d'Olonne et non plus à La Rochelle. Les Pyrénées sont traversés en faisant étape à Bayonne, Luchon et Perpignan. Le Tour passe ensuite par Marseille, Nice, Grenoble, Genève, Strasbourg, Metz et Dunkerque. Le Tour s'achève à Paris, au Parc des Princes.

Le parcours variera peu durant l'entre-deux-guerres. En faisant étape à Metz et Strasbourg, il finit d'épouser les frontières de la France et de former le « chemin de ronde » commencé avant-guerre. Henri Desgrange écrit ainsi dans L'Auto le 28 juin[3],[4] :

« Strasbourg ! Metz ! Et ce n'est pas un rêve ! Nous allons là-bas, chez nous. Nous verrons de Belfort à Haguenau, toute la ligne bleue des Vosges qu'avant la guerre nous contemplions à notre droite. Nous allons longer le Rhin.
Je ne puis m'empêcher de songer à notre premier Tour de France, celui de 1903, avec son ridicule petit itinéraire : Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Paris. Du haut des Pyrénées, du haut des Alpes, du haut du Jura, des villes comme Lyon, comme Toulouse, comme Rennes, comme Nancy nous apparaissent aujourd'hui ainsi que des points obscurs dans le fond d'une cuvette. Avec Strasbourg et Metz, nos ambitions sont repues ; le Tour de France est complet.
Il nous fallait, après le patois normand, le dialecte breton, les cigales chantantes des idiomes méridionaux, les rudesses du flamand, il nous fallait la joie du parler alsacien : il nous manquait l'entrée triomphale à Strasbourg où vont nous accueillir les vols harmonieux des cigognes et les ailes de la coiffe de nos jolies filles d'Alsace ! »

Participation et règlement[modifier | modifier le code]

69 coureurs disputent ce Tour de France. Ils sont répartis en deux catégories A (44 coureurs) et B (25 coureurs)[5],[6],[note 1]. Les équipes Peugeot et Alcyon se sont fondues pour créer le Consortium La Sportive, qui équipe près la moitié des participants[7]. Le règlement de course précise cependant que la course doit rester individuelle. Pour la première fois, les organisateurs assurent le ravitaillement[6]. 50 000 francs de primes sont distribués durant la course, dont 5 000 au vainqueur[8].

Déroulement de la course[modifier | modifier le code]

Le 29 juin 1919, soit le lendemain de la signature du Traité de Versailles, soixante coureurs prennent le départ de ce Tour de France au pont d'Argenteuil, après un défilé depuis la place de la Concorde, à Paris[6].

Les premiers jours de courses sont marqués par de nombreux abandons, à cause notamment des routes en mauvais état et du manque de matériel : seuls 41 coureurs finissent la première étape, 27 la deuxième. C'est un « peloton » de 17 coureurs qui arrive à Bayonne avant d'entamer les Pyrénées[9]. Le vainqueur du Tour en 1913 et 1914, le Belge Philippe Thys, abandonne dès le premier jour. Il est en désaccord avec le Consortium La Sportive, qui l'engage, et a pris le départ de la course « contraint et forcé, mais bien décidé à rentrer en Belgique le plus tôt possible »[10].

Le Belge Jean Rossius remporte la première étape au Havre, avec plus d'une minute d'avance sur Henri Pélissier. Le frère de ce dernier, Francis, arrive avec près de quatre heures de retard : victime d'une chute durant le défilé, il s'est présenté au départ réel deux heures après les autres coureurs. Rossius est disqualifié et pénalisé de 30 minutes pour avoir donné un bidon d'eau à Philippe Thys[6],[note 2].

Lors des deux étapes suivantes, les frères Pélissier devancent leurs adversaires de plus de trois minutes. Henri est premier à Cherbourg et au classement général, Francis s'impose à Brest. Leur domination déplaît au sein du Consortium La Sportive, dont est membre Henri Pélissier. En dépit du caractère individuel de la course, un accord est proposé aux Pélissier, qui refusent. Lors de la quatrième étape entre Brest et Les Sables-d'Olonne, le peloton profite d'un arrêt d'Henri Pélissier qui doit « resserrer son jeu de direction » pour prendre le large. À la poursuite de ses rivaux, Henri Pélissier rattrape plusieurs coureurs lâchés, dont son frère Francis, puis son ami Honoré Barthélémy. Alors qu'ils se relaient à deux pour rejoindre les premiers, ils sont rappelés au règlement par et menacés d'un déclassement par Henri Desgrange. Mécontent, Henri Desgrange s'arrête à cinq kilomètres de l'arrivée, puis reprend la route et termine l'étape à la dixième place. Jean Alavoine s'impose et Eugène Christophe, troisième, prend la première place du classement général, devant Henri Pélissier. Ce dernier et son frère ne sont cependant pas au départ de la cinquième étape[11]. Jean Alavoine gagne à nouveau à Bayonne, et Eugène Christophe aborde les Pyrénées avec plus d'un quart d'heure d'avance sur Émile Masson et près de 50 minutes sur Firmin Lambot.

Honoré Barthélémy remporte l'étape entre Bayonne et Luchon après être passé en tête aux cols du Tourmalet, d'Aspin et de Peyresourde. Il a toutefois perdu trop de temps les premiers jours pour espérer gagner le Tour. Alavoine s'impose à Perpignan en devançant Christophe et Lambot, qui occupent désormais les deux premières places du classement général[12].

Eugène Christophe, ici en 1913, premier coureur à porter le maillot jaune

Après une nouvelle victoire d'Alavoine à Marseille, les treize coureurs encore en lice arrivent dans les Alpes. Honoré Barthélémy y fait preuve de sa supériorité en montagne en gagnant les trois étapes, à Nice, Grenoble et Genève. Ces étapes ne changent pas l'ordre en tête du classement général. Au départ de la onzième étape à Grenoble, le 18 juillet, Eugène Christophe devient le premier coureur à revêtir le maillot jaune. L'idée de faire porter un maillot jaune au leader du classement général est attribuée par certains à des journalistes[13], par d'autres à Alphonse Baugé, depuis peu collaborateur de l'organisation du Tour, qui aurait suggéré à Henri Desgrange de faire porter au leader du classement général un maillot distinctif, de couleur jaune comme le maillot qu'il portait lorsqu'il était coureur, ou celui qu'il faisait porter à ses ravitailleurs dans les équipes Alcyon et Peugeot qu'il dirigeait avant-guerre. Le choix de la couleur jaune pourrait également être le fait de Desgrange, optant ainsi pour la couleur des pages du journal L'Auto qui organise la course[14],[note 3]. À la sortie des Alpes, Christophe a 23 minutes d'avance sur Lambot et semble avoir course gagnée[12].

L'Italien Luigi Lucotti gagne à Strasbourg et à Metz. Lors de l'étape Metz-Dunkerque, Eugène Christophe est à nouveau malchanceux : comme lors du Tour de France 1913, sa fourche casse et il doit la réparer seul dans une usine de cycles près de Valenciennes. Firmin Lambot en profite pour attaquer. Il gagne l'étape avec plus de six minutes d'avance sur Léon Scieur. Eugène Christophe est dixième avec deux heures et demie de retard et perd le Tour de France. Il perd encore plus d'une demi heure lors la dernière étape, dont il prend la dernière place[12]. Cette étape est remportée au Parc des Princes par Jean Alavoine, cinq fois victorieux durant ce Tour.

Le Belge Firmin Lambot remporte donc ce Tour de France, à une vitesse moyenne 24,056 km/h[8], devant Jean Alavoine et Eugène Christophe, après « une course toute de prudence » durant laquelle il a, selon l'expression de Jean Alavoine, « ramassé les morts », les abandons et incidents lui faisant progressivement gagner des places au classement général[12]. Il gagne une deuxième fois le Tour en 1922, à 36 ans, ce qui fait de lui le vainqueur du Tour le plus âgé. Malgré sa défaite, le « Vieux Gaulois » Eugène Christophe est fêté « à l'égal d'un dieu » selon Desgrange[15].

Seuls onze coureurs arrivent à Paris. Dix coureurs figurent cependant au classement général final car Paul Duboc est disqualifié 15 jours après pour avoir été aidé par un automobiliste .Il avait cassé son axe de pédalier. Le Calaisien Jules Nempon est dernier au classement général. Depuis l'arrivée à Marseille, il est le seul coureur de catégorie B en course et a bénéficié d'un « traitement de faveur » de la part de la direction de course qui tenait à ce qu'il termine le Tour[12].

Résultats[modifier | modifier le code]

Les étapes[modifier | modifier le code]

Jean Alavoine, vainqueur de 5 des 15 étapes
Étape Date Villes étapes Distance Vainqueur d'étape Leader du classement général
1re étape 29 juin ParisLe Havre 388 Drapeau : Belgique Jean Rossius Drapeau : France Henri Pélissier[note 4]
2e étape 1er juillet Le HavreCherbourg 364 Drapeau : France Henri Pélissier Drapeau : France Henri Pélissier
3e étape 3 juillet CherbourgBrest 405 Drapeau : France Francis Pélissier Drapeau : France Henri Pélissier
4e étape 5 juillet BrestLes Sables-d'Olonne 412 Drapeau : France Jean Alavoine Drapeau : France Eugène Christophe
5e étape 7 juillet Les Sables-d'OlonneBayonne 482 Drapeau : France Jean Alavoine Drapeau : France Eugène Christophe
6e étape 9 juillet BayonneLuchon 326 Drapeau : France Honoré Barthélémy Drapeau : France Eugène Christophe
7e étape 11 juillet LuchonPerpignan 323 Drapeau : France Jean Alavoine Drapeau : France Eugène Christophe
8e étape 13 juillet PerpignanMarseille 370 Drapeau : France Jean Alavoine Drapeau : France Eugène Christophe
9e étape 15 juillet MarseilleNice 338 Drapeau : France Honoré Barthélémy Drapeau : France Eugène Christophe
10e étape 17 juillet NiceGrenoble 333 Drapeau : France Honoré Barthélémy Drapeau : France Eugène Christophe
11e étape 19 juillet GrenobleGenève 325 Drapeau : France Honoré Barthélémy Drapeau : France Eugène Christophe
12e étape 21 juillet GenèveStrasbourg 371 Drapeau : Italie Luigi Lucotti Drapeau : France Eugène Christophe
13e étape 23 juillet StrasbourgMetz 315 Drapeau : Italie Luigi Lucotti Drapeau : France Eugène Christophe
14e étape 25 juillet MetzDunkerque 468 Drapeau : Belgique Firmin Lambot Drapeau : Belgique Firmin Lambot
15e étape 27 juillet DunkerqueParis 340 Drapeau : France Jean Alavoine Drapeau : Belgique Firmin Lambot

Classement général[modifier | modifier le code]

Firmin Lambot, le vainqueur du Tour de France 1919.
Classement général final
Rang Coureur Catégorie Temps
1 Drapeau : Belgique Firmin Lambot Jersey yellow.svg A 231 h 7 min 15 s
2 Drapeau : France Jean Alavoine A + h 42 min 54 s
3 Drapeau : France Eugène Christophe A + h 26 min 31 s
4 Drapeau : Belgique Léon Scieur A + h 52 min 15 s
5 Drapeau : France Honoré Barthélémy A + h 14 min 22 s
6 Drapeau : Belgique Jacques Coomans (nl) A + 15 h 21 min 34 s
7 Drapeau : Italie Luigi Lucotti A + 16 h 1 min 12 s
8 Drapeau : Belgique Joseph Van Daele A + 18 h 23 min 2 s
9 Drapeau : Belgique Alfred Steux A + 20 h 29 min 1 s
10 Drapeau : France Jules Nempon B + 21 h 44 min 12 s

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le site officiel du Tour de France dénombre 67 participants. Ne figurent pas dans cette liste Marcel Misserey, qui d'après memoire-du-cyclisme.net a disputé la première étape mais est hors course car il n'a pas signé la feuille de départ, et Georges Devilly.
  2. La presse de l'époque, comme Le Petit Parisien (« H.Pélissier vainqueur de la première étape », Le Petit Parisien,‎ 1er juillet 1919, p. 3 (ISSN 0999-2707, lire en ligne)), attribue la victoire à Henri Pélissier après cette disqualification. Jean Rossius apparaît cependant comme le vainqueur d'étape et Henri Pélissier premier au classement général dans les sources actuelles.
  3. D'autres sources font toutefois remonter la création du maillot jaune à 1913 ou 1914. Ainsi le vainqueur de ces deux éditions, le Belge Philippe Thys, affirme que Desgrange lui a fait porter un maillot jaune lors du Tour 1913. Le journaliste Roger Frankeur prête à Henri Desgrange ces paroles adressées à Thys en 1914 : « Vous le porterez l'an prochain, mon maillot jaune ! » (de Mondenard 2010, p. 89-93)
  4. Le vainqueur de la première étape, Rossius a reçu une pénalité de 30 minutes pour aide illicite à Philippe Thys. Henri Pélissier, deuxième de l'étape, est donc le leader du classement à l'issue de l'étape.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Viollet 2007, p. 79-80
  2. Bœuf et Léonard 2003, p. 82
  3. Lagrue 2004, p. 51
  4. Bœuf et Léonard 2003, p. 83-84
  5. « Tour de France 1919 », sur memoire-du-cyclisme.net (consulté le 14 septembre 2012)
  6. a, b, c et d Chany 2004, p. 176
  7. « Firmin Lambot », sur memoire-du-cyclisme.net (consulté le 14 septembre 2012)
  8. a et b « L'historique du Tour - année 1919 », sur letour.fr (consulté le 14 septembre 2012)
  9. Lagrue 2004, p. 52
  10. Chany 2004, p. 177
  11. Chany 2004, p. 177-178
  12. a, b, c, d et e Chany 2004, p. 178
  13. Chany 1988, p. 250
  14. Viollet 2007, p. 80
  15. Bœuf et Léonard 2003, p. 83

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]