Crau

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Plaine de la Crau
Image illustrative de l'article Crau
Paysage de la Crau

Pays France
Région française Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département français Bouches-du-Rhône
Ville(s) principale(s) Arles, Salon-de-Provence, Miramas, Saint-Martin-de-Crau, Istres
Coordonnées 43° 34′ 15″ N 4° 51′ 16″ E / 43.5708, 4.85441 ()43° 34′ 15″ Nord 4° 51′ 16″ Est / 43.5708, 4.85441 ()  
Superficie approximative 600 km2
Géologie Paléo-delta durancien
Production(s) Foin de Crau
Région(s) naturelle(s)
voisine(s)
Camargue, Massif des Alpilles

Géolocalisation sur la carte : Bouches-du-Rhône

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Plaine de la Crau

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Plaine de la Crau

La Crau ou plaine de la Crau (en provençal : Crau selon les normes classique et mistralienne) est un paléo-delta de la Durance, proche de la Camargue, dans le département des Bouches-du-Rhône. La Crau était historiquement une pelouse pastorale aride, formant une végétation unique, nommée coussoul (ou coussous)[1], aujourd'hui fragmentée et réduite, constituant la Crau sèche, dernier habitat de type steppique d'Europe occidentale. La partie nord de la Crau, qui fut irriguée à partir du XVIe siècle par le canal de Craponne et mise en culture, forme la Crau humide, qui donne un foin réputé, premier fourrage à avoir obtenu une AOC, le foin de Crau[2]. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, de nombreuses cultures intensives (vergers et maraîchage) ont été implantées, réduisant encore la surface de coussoul.

La valeur écologique et patrimoniale du coussoul a été prise en compte à partir des années 1970, et plusieurs outils de protection ont été mis en place. L'habitat est aujourd'hui intégré au réseau Natura 2000 et la Réserve naturelle nationale des Coussouls de Crau a été créée en 2001. Mais cette protection partielle n'empêche pas la poursuite de l'aménagement de la Crau par divers projets incompatibles avec sa biodiversité et son paysage uniques.

Situation[modifier | modifier le code]

Limites approximatives de la Crau.

La Crau est située dans le département des Bouches-du-Rhône. Voisine de la Camargue, elle forme un triangle d'environ 600 km2[3] entre Arles, Salon-de-Provence et le golfe de Fos. La Crau est délimitée à l'ouest par le delta du Rhône, au nord par le massif des Alpilles, au sud-est et au sud par l'étang de Berre et la mer Méditerranée. On distingue aujourd'hui deux zones bien distinctes, la Crau sèche, au sud, et la Crau humide, au nord, qui s'étend notamment sur les communes de Saint-Martin-de-Crau, Eyguières, Istres, Mouriès, et Arles.

Panorama dans la Crau sèche.

Formation[modifier | modifier le code]

La légende[modifier | modifier le code]

Les auteurs antiques ont été frappés par le caractère particulier de ce "champ des Cailloux", infinité de pierres polies comme des galets, de forme et de taille semblables. Strabon rapporte à son sujet plusieurs théories : selon Aristote, ces pierres auraient été vomies à la surface du sol par quelque tremblement de terre, selon Posidonius, il s'agissait d'un ancien lac dont l'eau se serait solidifiée puis disloquée. Enfin, Eschyle, jugeant le phénomème inexplicable, forgea une légende où Hercule, à cours de flèches dans un combat contre des Ligyens, reçut l'aide de Jupiter qui provoqua une grêle de cailloux arrondis qui servirent de projectiles[4].

Géologie[modifier | modifier le code]

Les galets alluviaux sont bien visibles dans la Crau.

La plaine de la Crau a été formée au Quaternaire par apports d'alluvions qui se sont déposés dans un ancien delta de la Durance, lorsque celle-ci était un fleuve se jetant dans la Méditerranée, passant alors au sud des massifs des Alpilles et du Luberon. Entre la fin du tertiaire et le début du quaternaire, il y a donc environ 2 millions d'années, la mer pénétrait profondément à l'intérieur de cette zone et couvrait la région de la Crau de sédiments constitués d'argile grise qui forment le substratum imperméable des étangs d'Entressen et des Aulnes. Lorsque la mer régressa jusqu'à - 30 m au-dessous de son niveau actuel, la Durance forma un vaste cône de déjection de cailloutis.

La Durance ayant emprunté successivement plusieurs passages au niveau des communes d'Eyguières et de Lamanon, il s'ensuit plusieurs phases dans les dépôts alluvionnaires, d'où la distinction traditionnelle entre « vieille Crau » (ou Crau d'Arles) et « jeune Crau » (ou Crau du Luquier et Crau de Miramas).

La vieille Crau[modifier | modifier le code]

La Durance passait alors par le seuil de Saint-Pierre de Vence et le vallon des Glauges, entre le mont Menu et le massif des Opies. Pendant toute la période du Villafranchien, étage charnière entre le Tertiaire et le Quaternaire allant de - 2 millions à - 800 000 années, des galets constitués de calcaires du Jurassique et du Crétacé subalpin se déposent. La taille de ces galets est inférieure à 10/15 cm de diamètre. Les déformations tectoniques et les dépôts d'alluvions entraînent un glissement de la Durance vers le sud-est. Au cours de la deuxième glaciation du Mindel (- 450 000 ans) la Durance abandonne le seuil de Saint-Pierre de Vence pour emprunter celui d'Eyguières, à l'est du mont Menu (vallon emptunté par la RD 569). L'épaisseur des alluvions de cette vieille Crau est variable : 10 m entre Mouriès et Aureille, et 40 m à Raphèle.

La jeune Crau[modifier | modifier le code]

Au cours de la glaciation du Riss (- 240 à - 180 000 ans) la Durance abandonne le seuil d'Eyguières pour passer par Lamanon, entre la colline du Défens et celle de Roquerousse située à l'ouest de la chaîne des Costes. Deux formations géologiques sont distinguées:

  • La Crau du Luquier, au nord-ouest, est composée par des galets formés de roches calcaires mais aussi de roches endogènes : granites, quartzites et variolites ; ces dernières roches proviennent du Queyras. La taille des galets varie de 20 à 30 cm, ce qui laisse supposer un régime torrentiel de la Durance. L'épaisseur de ces alluvions est faible : 10 m environ.
  • La Crau de Miramas, au sud-est, où les galets siliceux et endogènes sont dominants. L'épaisseur des alluvions est assez importante : 20 à 30 m. La formation de la Crau de Miramas s'est effectuée au cours de la phase interglaciaire Riss-Würm et au début du Würm I (- 120 à - 60 000 ans).

Assèchement[modifier | modifier le code]

Au plus fort de la glaciation du Würm (-18 000 ans), un petit affluent du Rhône réussit par une érosion régressive, facilitée par des mouvements tectoniques, à ouvrir le pertuis d'Orgon et à capter la Durance qui se déverse alors dans le Rhône, au sud d'Avignon. Cette « capture » de la Durance est également facilitée par les dépôts de ses propres alluvions qui se sont déposées à l'entrée du seuil de Lamanon et qui entravent son écoulement. Le delta s'assèche alors. Il faut signaler que ce phénomène a été contemporain de l'homme moderne dont la présence à Marseille a été démontrée notamment par les décorations de la grotte Cosquer.

Les galets de la Durance sont accumulés sur une importante épaisseur. Cette accumulation a formé avec le calcaire des eaux de ruissellement un ciment qui donne le poudingue (nommé localement taparas en provençal), qui est une roche imperméable et résistante. Sous cette couverture, la plaine possède une nappe phréatique importante et en faible profondeur alimentée par les eaux d'irrigation pour le foin de Crau[5].

Économie[modifier | modifier le code]

Élevage[modifier | modifier le code]

La Crau est pâturée au moins depuis les temps antiques, comme l'attestent les récentes découvertes archéologiques et notamment de nombreuses bergeries romaines[6].

Marie-Christine Merle-Comby cite le cas des troupeaux de brebis de l'Hôtel-Dieu du Puy-en-Velay qui, au XVIe siècle, descendaient hiverner dans la plaine de la Crau[7]. Cette transhumance inverse s’effectuait de novembre à mai, partait de La Planèze du Devès (Saint-Jean-Lachalm) et allait jusqu’au Coussou del Comte dans la Crau. Les étapes principales étaient : Le Bouchet-Saint-Nicolas, La Sauvetat, Pradelles, Peyrebeille, Col de la Chavade, Col du Bez, Loubaresse, Petit-Paris, Peyre, Planzolles, Lablachère, Barjac, Bagnols-sur-Cèze, Avignon, Pont de Bonpas, Saint-Rémy-de-Provence[8].

L'élevage ovin est encore une activité importante de la région, avec un système de transhumance vers les Alpes. La race ovine locale est le Mérinos d'Arles, élevée pour la laine et les agneaux. De nombreuses bergeries ont été construites au XIXe siècle. Toutes les bergeries ont un nom, reporté sur les cartes géographiques ou d'appellation plus locale, tels que Peau de Meau, l'Opéra, la grosse du levant, la grosse du milieu, la grosse du couchant, la brune d'Arles, la brune d'Istres, le grand carton, le petit carton, Couliès, Collongue.

Passage le long des remparts d'Avignon des troupeaux venus de la Crau en transhumance vers le Vivarais

Une partie des grands troupeaux de moutons de la Crau a pratiqué pendant longtemps l'estive dans les monts du Vivarais[9].

Louis Pize, dans son ouvrage Le Vivarais, paru en 1935, indique qu'elle se pratiquait encore dans la première partie du XXe siècle : « Le Bès est un lieu de passage des transhumants, les seuls voyageurs qui continuent à se déplacer au rythme d'autrefois. A la belle saison, quelques-uns remontent encore de la Camargue ou de la Crau vers les pâturages de Bauzon, du Mézenc, pour y passer l'été, avec les ânes porteurs de bagages, les chiens, le bayle, maître berger, et ses aides qui vivront pendant des semaines, jour et nuit, entre l'herbe et le ciel, sans autre abri qu'une cabane pour l'orage[9]. ».

Article détaillé : Bosson macéré.

Culture[modifier | modifier le code]

La Crau humide a été irriguée par les eaux de la Durance pour créer des prairies par apports de limons, et fournit notamment le fameux foin de Crau, le premier labellisé AOC. Les balles de foin AOC sont entourées d'une lanière rouge et blanche qui en distingue le label. Ce foin subit trois coupes successives, la première s'effectuant aux alentours du 1er mai. La dernière pousse, la 4e (parfois la 5e pour les années excellentes) est pâturée au retour d'estive. Le foin de Crau est d'excellente qualité grâce notamment à une flore très variée ; on trouve les plantes suivantes :

Profitant de la réserve d'eau simple d'accès que constitue la nappe phréatique, des cultures intensives maraîchères (céréales, melons...) et des vergers se sont implantés dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Patrimoine culturel[modifier | modifier le code]

Fondations de la bergerie romaine du Petit-Abondoux, en forme de pointe.

Des traces attestent de la présence humaine dès le néolithique. De nombreuses traces d'occupations romaines ont été découvertes dans les années 1990, dont des bergeries, des puits et des fours[6]. Les bergeries étaient de grands bâtiments, orientés face au vent dominant (Nord-Ouest), en forme de pointe pour la plupart, et mesurant de 40 à 65 m de long et de 8 à 10 m de large. Des traces du Moyen Âge ont également été trouvées. Des ruines de bergeries du XVIIIe siècle sont encore présentes, souvent à proximités des bergeries romaines, les galets ayant été réutilisés d'une époque à l'autre. De nombreuses bergeries du XIXe siècle sont présentes et encore utilisées aujourd'hui, proches de même des ruines. Sur les murs de ces bergeries, des grafitis plus ou moins travaillés témoignent du passage des bergers.

Tas de galets construits pendant la Deuxième Guerre Mondiale pour l'armée allemande, craignant un débarquement aérien allié dans la Plaine de la Crau.

Pour le visiteur, la présence d'amoncellement de cailloux sous forme de cônes régulièrement disposés, peut paraître étrange. Ils ont été mis en place au cours de la Seconde Guerre mondiale par les Allemands, qui occupaient la Provence à cette époque. L'objectif était d'empêcher l'atterrissage de planeurs ou d'avions derrière les lignes en cas de débarquement des Alliés. Comme de nombreux ouvrages défensifs de l'époque, leur construction a été assurée par l'Organisation Todt.

Milieu naturel[modifier | modifier le code]

Climat[modifier | modifier le code]

Le climat de la Crau est typiquement méditerranéen avec une pluviosité moyenne annuelle de l'ordre de 400 à 600 mm dont la moitié est concentrée en automne, une très faible pluviosité en été, un ensoleillement important (proche des 3 000 heures annuelles) et des températures estivales élevées : 24 à 25 °C en moyenne au cours des mois de juillet et d'août.

Températures[modifier | modifier le code]

Les températures moyennes au cours de l'année sont de l'ordre de 15 à 16 °C, les mois de juillet et d'août étant les plus chauds avec des températures moyennes de 24/25 °C et des températures maximales moyennes de 30/31 °C. Dans les coussouls les galets accumulent la chaleur pendant le jour la restituent la nuit : les chaleurs moyennes sont ainsi plus élevée que dans les autres parties de la Crau[10].

Pluviométrie[modifier | modifier le code]

La Crau reçoit en moyenne 550 mm d'eau de pluie par an mais avec des variations importantes d'une année sur l'autre, les précipitations moyennes pouvant aller de 350 à 800 mm. Les précipitations d'automne sont les plus importantes mais ont souvent un caractère orageux comme dans l'ensemble du climat méditerranéen[11].

Les vents[modifier | modifier le code]

Au centre de la Crau, station du Grand Carton, le vent souffle 70 jours par an à plus de 20 km/h. Les épisodes très venteux, plus de 30 km/h se manifestent surtout en hiver et au printemps. Le vent dominant est le mistral froid et sec qui accentue fortement l'aridité du milieu pour les plantes ; il a par ailleurs un rôle bénéfique pour le foin de Crau en contribuant à un séchage rapide de l'herbe une fois coupée[11].

Flore[modifier | modifier le code]

La flore de la Crau a dû s'adapter à des conditions écologiques très variées et souvent extrêmes d'où sa très grande diversité. On peut distinguer plusieurs zones assez homogènes :

  1. la garrigue à chêne vert sur les bordures au nord de la Crau (Mouriès), sur les costières du plan du bourg (sud-ouest) et au sud-est (Miramas) ;
  2. les milieux humides en bordure des étangs d'Entressen et des Aulnes ;
  3. la steppe caillouteuse appelée "coussouls".

Par ailleurs sur l'ensemble de la Crau on trouve dix espèces végétales classées dans l'inventaire des plantes protégées au niveau national par l'arrêté modifié du 20 novembre 1982.

La garrigue[modifier | modifier le code]

Grâce à leurs feuilles dures et coriaces qui réduisent l'évaporation, les plantes à feuilles persistantes peuvent survivre à la sécheresse de l'été. On rencontre les plantes suivantes : le romarin (Rosmarinus officianalis), le thym (Thymus vulgaris), la sarriette (Satureja montana), la lavande, l'ajonc de Provence ou Argeiras (Ulex parviflorus), le ciste de Montpellier (Cistus monspeliensis), le chêne kermès appelé ainsi car il est l'hôte de la cochenille Kermes vermilio autrefois récoltée pour la production de la couleur écarlate, le chêne vert (Quercus ilex) etc.

Les milieux humides[modifier | modifier le code]

En bordure des étangs des Aulnes et d'Entressen, là où la nappe phréatique affleure, s'est développée une ripisylve restreinte composée des espèces suivantes : peupliers blancs (populus alba), frênes à feuilles aiguês (fraxinus oxyphylla ou angustifolia), l'aulne glutineux (alnus glutinosa), le chêne rouvre (quecus petraea ou robur), la clématite des haies (clematis vitalba), le lierre grimpant (hedera helix), la bryone dioïque (bryonia dioica) et la vigne (vitis vinifera].

Le coussouls[modifier | modifier le code]

Le coussoul est une végétation unique, résultat des conditions pédologiques et climatiques particulière du milieu, et en équilibre avec un pâturage multiséculaire. La présence dans le sous-sol d'un poudingue qui isole le terrain superficiel de la nappe phréatique, empêchant ainsi les racines des plantes d'y trouver l'humidité nécessaire, et l'importance du Mistral contribuent en effet à une sècheresse contraignante dont la végétation à du s'adapter.

Peu de plantes rares sont présentes dans le coussoul, mais c'est l'association de plantes qui est unique est patrimoniale. Les espèces dominantes du coussoul sont le Brachypode rameux (Brachypodium retusum), le thym (Thymus vulgaris), la lavande (Lavandula latifolia) surtout dans le nord-est de la zone, les stipes et l'asphodèle d'Ayard (Asphodelus ayardii). En phytosociologie, c'est l'asphodèle qui donne son nom à l'association : Asphodeletum fistulosi (on a d'abord cru que l'asphodèle présente en Crau était Asphodelus fistulosus). Cette association fut décrite en 1950 par René Molinier et Gabriel Tallon, et décrite comme "une des associations les plus riches de Provence"[1].

La végétation herbacée qui est pâturée chaque année au printemps par les troupeaux de moutons est constituée pour 50 % par des thérophytes (plantes annuelles), qui subsistent aux périodes défavorables (froid ou sécheresse) sous forme de graines, et pour 30 % par des hémicryptophytes, plantes vivaces à organes de survie au niveau du sol[12]. La production annuelle du Coussouls prélevée par le pâturage des moutons est de l'ordre d'une tonne de matières sèches par hectare[13]. Malgré son apparente homogénéité, la végétation du coussouls varie beaucoup en fonction de la pression de pâturage. En ce qui concerne la qualité de ce pâturage, le berger fait la différence entre le « fin  » constitué des espèces fourragères de bonne qualité à base de graminées et de plantes à rosettes, à dominance d'annuelles à cycles courts d'une part, et le « grossier » constitué essentiellement du Brachypode rameux d'autre part[12].

Les principales plantes consommées par les ovins sont les suivantes : l'andryale à feuilles entières (Andryala integrifolia), l'égilope ovale (Aegilops ovata), l'avoine barbue (Avena barbata), le brome rougeâtre (Bromus rubens), le dactyle (Dactylis hispanica), l'andropogon (Dichantium ischaemum), l'euphorbe petit-cyprès (Euphorbia cyparissias), la picridie vulgaire (Picridium vulgare) et la vulpie (Vulpia).

Aux abords des bergeries, une végétation nitrophile est présente grâce à l'enrichissement du sol par les déjections des moutons. On trouve dans les endroits les plus riches en azote les orties (Urtica pilulifera), le chardon-Marie (Silybum marianum), la marrube (Marrubium vulgare), la jusquiame noire (Hyoscyamus niger), le chénopode des murs (Chenopodium murale) et la grande mauve (Marubium vulgare). Dans les zones un peu plus éloignées des bergeries se trouvent le chardon aux ânes (Onopordum illyricum), le chardon béni (Carthamus lanatus), la carline laineuse (Carlina lanata), des trèfles et le pâturin bulbeux (Poa bulbosa)[14].

Les plantes protégées[modifier | modifier le code]

Asplenium sagittatum, plante protégée au niveau national, dans un puits de la Crau.

Dans la Crau, trente et une espèces végétales d'intérêt patrimonial ou protégées au niveau national ou régional sont connues, dont dix relèvent d'une protection nationale. Parmi cette dernière catégorie on trouve les plantes suivantes :

  • La scolopendre sagittée (Scolopendrium sagittatum ou Phyllitis sagittata), fougère vivace également appelée « Herbe à la mule », croissant dans les puits creusés[15].
  • Gratiole officinale (Gratiola officinalis) plante vivace glabre haute de 15 à 50 cm[16]. Elle est signalée près des roselières à l'étang des Aulnes, à la Grosse du sud et au marais du Coucou[17].
  • La Linaire grecque (Kickxia commutata), petite plante vivace à tige couchée avec des fleurs isolées à l'aisselle des feuilles portées par un long pédicelle[18].
  • La Nivéole d'été (Leucojum aestivum), plante bulbeuse des endroits humides[19], elle est présente au bord de l'étang des Aulnes et des coustières (marais du coucou)[17].
  • La Salicaire à trois bractrées (Lythrum tribracteatum), plante annuelle à port dressé avec des fleurs pourpres à calice tubuleux étroit[20]. On la trouve autour de l'étang des Aulnes[17].
  • L'Orchis à fleurs lâches (Orchis laxiflora) se trouve dans les prairies humides[17].
  • L'Herbe de Saint-Roch (Pulicaria vulgaris).
  • La Renoncule à feuilles d'ophioglosse (Ranunculus ophioglossifolius), présente dans la Grosse du sud.

Faune[modifier | modifier le code]

La faune de la Crau sèche est unique en France. De nombreuses espèces, notamment d'oiseaux, sont typiques des steppes de la péninsule ibérique ou de l'Afrique du Nord.

Les arthropodes[modifier | modifier le code]

La tarentule (Lycosa narbonensis) se trouve en Crau. Elle passe la journée sous les cailloux et chasse pendant la nuit des insectes qu'elle paralyse avec son venin. La présence ici de cette araignée n'est pas étonnante car selon le célèbre entomologiste Jean-Henri Fabre, les terrains caillouteux à végétation de thym grillée par le soleil sont sa demeure favorite[21].

La Scolopendre méditerranéenne (Scolopendra cingulata) est abondante en Crau.

La Crau est très riche en insectes dont on estime le nombre à 64 000 individus par  ha.

Le criquet marocain (Dociostaurus maroccanus) était fréquent dans la Crau et la Camargue et pouvait former des nuées immenses comme en Afrique. Des invasions redoutables eurent lieu en Camargue en 1873 et 1891[22] et en Crau en 1920-1921[23]. Depuis cette dernière date où un syndicat de défense avait été créé pour lutter contre la prolifération de ce ravageur[24], aucune invasion n'est à déplorer bien que des populations de criquets se développent.

Le criquet rhodanien (Prionotropis rhodanica) est une espèce particulière avec des ailes très courtes qui ne lui permettent pas de voler. Cette espèce endémique, c'est-à-dire qui ne vit qu'en Crau, est en forte diminution[25].

Parmi les coléoptères, on trouve également une espèce endémique, le Bupreste de Crau (Acmaeoderella cyanipennis). Quelques espèces au nombre de sept à huit vivent dans les excréments de moutons[26]. On peut citer une espèce rare particulièrement liée à cet habitat : l'Aphodius quadriguttatus, sous famille des aphodiinae de la famille des srarabæinæ, de petite taille (4 à 5mm.) noir brillant avec deux taches rousses sur chaque élytre[27].

Les reptiles[modifier | modifier le code]

La Crau est la région française où le lézard ocellé (Timon lepidus) est le plus fréquent ; d'une longueur de 65 cm, c'est la plus grande espèce de lézard vivant en Europe.

La couleuvre de Montpellier (Malpolon monspessulanus) est la seule espèce de serpent qui peut se trouver au centre de la Crau[28].

Les oiseaux[modifier | modifier le code]

La Crau, constituant un biotope unique, abrite un grand nombre d'espèces rares au niveau national. L'avifaune est un des groupes les plus exceptionnels et les plus menacés du patrimoine naturel de la Crau qui constitue en particulier la seule localité française de nidification de deux espèces d'oiseaux : le Ganga cata et le Faucon crécerellette. De plus trois autres espèces dont l'aire de répartition s'étend hors de Crau concentrent dans cette plaine près de 50 % des effectifs français : l'outarde canepetière, l'œdicnème criard et l'alouette calandre. Enfin les effectifs d'autres espèces sont particulièrement élevés : alouette calandrelle, chouette chevêche, rollier d'Europe et pie-grièche. Par ailleurs et malheureusement d'autres espèces ont disparu : la grande outarde et la pie-grièche à poitrine rose.

  • Le Ganga cata

Cet oiseau qui était encore présent au XIXe siècle dans les départements des Pyrénées orientales et de l'Hérault ne se trouve plus en France qu'en Crau. Les autres populations les plus proches se trouvent dans la vallée de l'Èbre en Espagne. Les effectifs de Crau ont régressé passant de 230/290 couples en 1975/1980 à 165/175 couples en 1989[29]. Cette régression est consécutive à celle des surfaces des coussouls qui constituent l'habitat de cet oiseau ; cette réduction pourrait être également due à d'autres facteurs encore peu connus comme la consanguinité.

  • Le Faucon crécerellette

Ce petit rapace d'une trentaine de centimètres ressemble au Faucon crécerelle mais il est plus vivement coloré. Il se nourrit essentiellement d'insectes (criquets, coléoptères) qu'il capture au vol, mais aussi de petits lézards. Cette espèce était autrefois répandue sur le littoral méditerranéen du département de l'Aude jusqu'aux Bouches-du-Rhône. Il a failli disparaître en France dans les années 1980 car sa population était réduite à quelques couples rassemblés dans la plaine de la Crau. Les causes de cette régression sont encore mal connues mais il est probable que l'usage intensif des insecticides ait réduit considérablement ses ressources alimentaires[30]. Des nichoirs ont été installés sur le toit de certaines bergeries. La population est aujourd'hui remontée à quelques centaines de couples.

  • L'Outarde canepetière

Cet oiseau occupait autrefois une grande partie de la France dans de vastes zones agricoles. L'abandon des jachères, l'utilisation d'herbicides et la régression des cultures de luzerne ont entrainé une chute des effectifs français qui sont passés de 6 500 mâles environ en 1980 à 1 100 en 1996[29]. L'estimation du nombre de mâles pour la Crau est d'environ 470. La densité sur l'ensemble des coussouls reste stable avec 3,3 couples pour 100 ha ; la population hivernante en Crau est de 1 500 individus, l'essentiel de l'effectif hivernant se trouvant concentré dans le secteur nord-est[31].

  • L'Œdicnème criard

Également appelé courlis de terre, c'est un des oiseaux les plus fréquents de la steppe. Il élève souvent deux nichées par an en Crau. Sa population est estimée à 300 couples ; elle paraît stable et peut-être même en légère augmentation.

  • L'alouette calandre

C'est la plus grande alouette d'Europe. Elle avait au XIXe siècle une répartition uniforme des Pyrénées orientales au Var. À l'heure actuelle il ne reste que des colonies éparses dans la Crau et les départements voisins[29]. La survie de ces populations isolées est problématique. Les causes de cette régression sont liées à la disparition de certains parcours ovins mais aussi peut-être à la compétition avec l'alouette des champs (Alauda arvensis}[32].

Protection[modifier | modifier le code]

Le Conservatoire d'Espaces Naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur, association de protection, protège :

  • Peau de Meau, 167 ha, commune de Saint-Martin-de-Crau, sous convention avec le WWF depuis 1991. Acquisition soutenue par de nombreux donateurs.
  • Figuières, 87,5 ha, commune de Saint-Martin-de-Crau, acquis en 1991 avec l'aide d'Actions Vertes.
  • Neigreron Collongues, 276 ha commune d'Arles, convention de gestion en 1994 avec le Conservatoire de l'Espace Littoral et des Rivages Lacustres (CELRL).
  • Lucquier Calissanne : 205 ha, communes d'Istres et de Saint-Martin-de-Crau, acquis avec l'aide des Actions Vertes en avril 1999 et juillet 2000.
  • Grosse du Sud, 120 ha, commune d'Arles, convention de gestion avec le Conservatoire de l'Espace Littoral et des Rivages Lacustres (CELRL) depuis octobre 2002.
  • Coucou marais, 52 ha, commune d'Istres, convention de gestion avec le Conservatoire du Littoral depuis octobre 2002.
  • Cabane Rouge, le Coucou, Croix de Crau, la Jasse, la Poitevine, Retour des Aires : 1 820 ha sous convention avec le programme Action Communautaire pour l'Environnement (ACE) mis en place pour soutenir le pastoralisme et le monde agricole, garants de la pérennité du patrimoine naturel de Crau.

Pollution[modifier | modifier le code]

Plastique qui vole au gré du vent.

Au bord de la Crau sèche se trouve la décharge en plein air d'Entressen qui est la décharge de la ville de Marseille (cependant située dans la commune de Saint-Martin-de-Crau) depuis les années 1910. On peut observer de nombreux déchets, tels des sacs plastiques qui s'envolent et s'accrochent aux arbres les jours de mistral bien que la décharge de déchets soit interdite quand le vent souffle à plus de 35 km/h. Depuis 2010, elle n'est cependant plus en activité.

Le 7 août 2009, 4 000 m³ de pétrole s'échappent d'un pipeline et se répandent dans la réserve naturelle[33].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b René Molinier et Gabriel Tallon, La végétation de la Crau (Basse-Provence),‎ 1950, 111 p.
  2. http://www.foindecrau.com/aoc.htm
  3. Axel Wolff, Réserve naturelle des Coussouls de Crau : Plan de gestion : 2010-2014, Section A : diagnostic et enjeux,‎ 2004, 215 p. (lire en ligne), p. 5
  4. Strabon, Géographie, livre IV, 7
  5. (fr)« Plaine de la Crau », sur Taillefer.ouvaton.org,‎ 2007
  6. a et b Badan O. et al., Les bergeries romaines de la Crau d'Arles. Les origines de la transhumance en Provence, 1995
  7. Marie-Christine Merle-Comby, Quand les troupeaux de l'Hôtel-Dieu descendaient en Provence, Cahiers de la Haute-Loire, 1983, pp. 113-136.
  8. Hugues Berton, Étude sur les pierres à venin. Origine et provenance des séries dites de pierres à venin en Velay-Vivarais en ligne
  9. a et b Le Vivarais sur le site archive.org
  10. Axel Wolff, Réserve naturelle des Coussouls de Crau : Plan de gestion : 2010-2014,‎ 2004, 215 p. (lire en ligne), p. 36
  11. a et b Axel Wolff, Réserve naturelle des Coussouls de Crau : Plan de gestion : 2010-2014,‎ 2004, 215 p. (lire en ligne), p. 37
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  13. Patrick Fabre, Hommes de la Crau : des coussouls aux alpages, Saumur, Cheminements,‎ 1997, 3610 p. (ISBN 2-909757-13-7)
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  16. Philippe Danton et Michel Baffray, Inventaire des plantes protégées en France, Paris, Nathan,‎ 1995, 294 p. (ISBN 2-09-278486-2), p. 135
  17. a, b, c et d Axel Wolff, Réserve naturelle des Coussouls de Crau : Plan de gestion : 2010-2014, Section A : diagnostic et enjeux,‎ 2004, 215 p. (lire en ligne), p. 68
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  19. Philippe Danton et Michel Baffray, Inventaire des plantes protégées en France, Paris, Nathan,‎ 1995, 294 p. (ISBN 2-09-278486-2), p. 156
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  21. Jean-Henri Fabre, Souvenirs entomologiques : études sur les insectes et les mœurs des insectes, t. II, Paris, Librairie Delagrave,‎ 1924, 370 p., p. 197
  22. Paul Masson (sous la direction de), Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille, 17 volumes parus de 1913 à 1937, tome VII p. 348
  23. Gilles Cheylan, Andreas Megerle et Jürgen Resch, La Crau : Steppe vivante, Radolfzell, Jürgen Resch,‎ 1990, 115 p. (ISBN 3-9801641-1-X), p. 49-50
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  28. Gilles Cheylan, Andreas Megerle et Jürgen Resch, La Crau : Steppe vivante, Radolfzell, Jürgen Resch,‎ 1990, 115 p. (ISBN 3-9801641-1-X), p. 56
  29. a, b et c Gilles Cheylan « Évolution du milieu naturel et du peuplement ornithologique de la plaine de la Crau » dans Patrimoine naturel et pratiques pastorales en Crau,‎ 1998, 130 p., p. 11
  30. Agnès Vivat, « Alimentation et utilisation de l'habitat de deux oiseaux insectivores : la pie-grièche méridionale et le Faucon crécerellette » dans Patrimoine naturel et pratiques pastorales en Crau,‎ 1998, 130 p., p. 24
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  32. Gilles Cheylan, Andreas Megerle et Jürgen Resch, La Crau : Steppe vivante, Radolfzell, Jürgen Resch,‎ 1990, 115 p. (ISBN 3-9801641-1-X), p. 65
  33. Article du journal "Métro"

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilles Cheylan, Andreas Megerle et Jürgen Resch, La Crau : Steppe vivante, Radolfzell, Jürgen Resch,‎ 1990, 115 p. (ISBN 3-9801641-1-X).
  • Patrick Fabre (préf. Louis Escoffier), Hommes de la Crau : des coussouls aux alpages, Cheminements,‎ 1997, 310 p. (ISBN 2-909757-13-7).
  • Patrick Fabre (dir.), Guillaume Lebaudy (dir.), Aimé Orange, Louis Reveleau, Éric Teyssier, Fanny Sauguet, Axel Wolff, Roger Minard et al. (préf. René Tramier), Le Mérinos d'Arles : Passion de bergers, Marseille, Images En Manœuvres,‎ 2010 (ISBN 978-2-8499-5169-9).
  • Patrick Fabre (dir.), Gilbert Molénat (dir.), Jean Boutin, Othello Badan, Jean-Pierre Brun, Édouardo Laguna Sanz, Guido D'Antonio, Saïd Mihi, Louis Olivier et al. (trad. Sandra Lucchino et Béatrice Spazzapan, préf. Jean-Noël Guérini), Transhumance : Relique du passé ou pratique d'avenir ? État des lieux d'un savoir-faire euro-méditerranéen en devenir, Cheminements, 339 p. (ISBN 2-914474-75-X)
  • Axel Wolff, Réserve naturelle des Coussouls de Crau : Plan de gestion : 2010-2014,‎ 2004, 215 p. (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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