Van Morrison

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Van Morrison

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Van Morrison en 2007

Informations générales
Surnom Van the Man
The Belfast Cowboy
Nom George Ivan Morrison
Naissance (68 ans)
Belfast, Drapeau de l’Irlande du Nord Irlande du Nord, Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre musical Rock 'n' roll, blue-eyed soul, rhythm and blues, folk, blues, musique celtique, jazz, musique country
Instruments Chant, guitare, harmonica, saxophone alto, saxophone tenor, claviers, ukulélé
Années actives depuis 1958
Labels Decca Records, Bang Records, Warner Bros. Records, Exile/Polydor, Lost Highway Records, EMI
Site officiel VanMorrison.co.uk

George Ivan Morrison, dit Van Morrison ou encore Van the Man, né à Belfast le 31 août 1945, est un auteur et compositeur nord-irlandais.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

George Ivan Morrison naît le 31 août 1945 dans une petite maison de la partie est de Belfast, à la lisière de la campagne. Il est l’unique enfant d’un jeune couple issu de la classe ouvrière : sa mère Violet travaille dans un moulin, et son père George est un électricien qui exerce dans les chantiers navals avoisinants. Ce dernier est un homme plutôt timide et introverti, mais aussi un passionné de musique détenteur d’une collection de disques assez improbable pour le lieu et l’époque. Par opposition, Violet est une personnalité exubérante, chanteuse et danseuse occasionnelle toujours prête à user de ses talents pour animer les fêtes. Dans ce cadre favorable au développement de son oreille, le jeune Van (comme tout le monde le surnomme) découvre quelques grands noms de la musique américaine parmi lesquels Muddy Waters, Hank Williams, Woodie Guthrie, Charlie Parker, Mahalia Jackson et surtout Leadbelly, son préféré qui le décide à chanter et sera pour un temps un modèle absolu, son « gourou » comme il le qualifiera lui-même. Ce savoir précocement acquis le distingue d’à peu près tous ses contemporains musiciens, qui n’ont souvent découvert leurs principales influences qu’une fois étudiants. Van Morrison écoute également les musiciens de son quartier qui jouent beaucoup dans les rues, et font inconsciemment naître son intérêt pour la musique celtique traditionnelle.

La famille Morrison est protestante, mais peu pratiquante. Van sera d’ailleurs envoyé au collège laïc d’Orangefield, et observera toujours les problèmes qui déchirent son pays avec distance et incompréhension : « Je n’avais pas même conscience de ces affrontements religieux avant d’être un jour apostrophé et frappé par une bande de jeunes que je n’avais jamais vus auparavant. Ils sortaient avec l'intention d’agresser les catholiques ou les protestants, je ne sais plus. Ils ont arrêté de taper lorsqu’on leur a dit qu’on n'était pas ce qu’ils croyaient. Tout cela me semblait irréel. » Violet a pourtant manifesté sa ferveur religieuse en se rendant pendant une courte période à des réunions des Témoins de Jéhovah, parfois accompagnée de son fils. Cette ouverture d’esprit et cette tolérance à l’égard des religions annonceront la quête spirituelle que le chanteur poursuivra au cours de son œuvre.

En 1956, une reprise skiffle à succès de Leadbelly par l’écossais Lonnie Donegan incite Van Morrison et beaucoup d’autres, les Beatles en tête, à fonder à onze ans un premier groupe de skiffle avec quelques amis de son quartier, les Sputniks. Il y tient les rôles de guitariste et de chanteur, armé de la guitare d’occasion que lui a offerte son père. Le groupe d’écoliers se produit majoritairement au cours de mariages ou autres fêtes religieuses, de concours de jeunes talents ou bien dans des foyers de jeunes. À partir de cette époque Van étudie avec assiduité la musique, apprend quelques rudiments de piano et développe une impressionnante technique à l’harmonica. Avec le rock ’n’ roll s’abat une seconde vague de modèles qui l’influenceront considérablement, en particulier Bill Haley, Jerry Lee Lewis, Gene Vincent, Little Richard, Chuck Berry, Bo Diddley et Buddy Holly. Il assiste aussi avec enthousiasme à l’avènement des premières stars britanniques du genre, comme Tommy Steele ou Cliff Richard avec lequel il chantera en duo en 1989 sur Whenever God Shines His Light On Me, et commence à écrire un peu de prose ainsi que quelques fragments de couplets pour des chansons encore inexistantes.

En 1960, le jeune Van n’a pas de groupe attitré et en change constamment, mais se fait plus particulièrement remarquer en tant que guitariste de Deanie Sands and The Javelins. Il abandonne l’école en juillet de cette même année sans aucune qualification, à l’âge de quinze ans. C’est l’époque des petits boulots pour le futur chanteur, qui exerce dans de nombreux domaines et monte même avec un partenaire de son âge une entreprise de laveurs de carreaux, une expérience qu’il évoquera bien plus tard avec humour dans sa chanson Cleaning Windows. La formation The Javelins (à présent sans Deanie Sands), dans laquelle il joue de plus en plus régulièrement, subit alors de multiples métamorphoses : les adjonctions d’un pianiste puis d’une section de cuivres sous l’impulsion de Van qui passe au saxophone ténor. « Un soir il nous est apparu avec un étrange étui à instrument. C’était un saxophone que son père lui avait acheté. Nous lui avons demandé s’il savait en jouer et il a répondu : "Une note !" Et cette note était un fa. À ce moment nous apprenions un thème de Peter Gunn, alors nous l’avons transposé en tonalité de fa, et il nous a rejoint au sax en klaxonnant son unique note. Soudainement nous avions un gros son ! Il a poursuivi l’étude de cet instrument - il ne chantait pas encore beaucoup, on était déjà plusieurs à le faire - et nous avons ainsi évolué pour devenir un showband. » Le concept spécifiquement irlandais de showband désigne un groupe d’au moins huit musiciens, dont une bonne part de cuivres, qui anime en uniforme les samedis traditionnellement festifs de la population rurale environnante. Cela ne correspond évidemment pas à ce que souhaiterait jouer Van, mais le contexte ne lui laisse pour l’instant pas d’alternative. En conséquence de ces importantes modifications, les Javelins se rebaptisent The Monarchs.

Van Morrison développe pour l’occasion un jeu de scène exubérant qui lui vaut une belle réputation et constitue l’une des principales attractions du showband : il n’hésite pas à déchirer chemise et pantalon pour se rouler sur la scène. « Il était habituellement très calme, mais dès qu’il entendait de la musique, il s’animait », expliquera un témoin. Une rencontre avec un chanteur écossais déterminera les Monarchs les plus motivés à embarquer pour l’Écosse et à y faire une première tournée, à la suite de laquelle ils se dirigeront vers Londres sur le conseil du chanteur Don Thomas. Van n’est alors qu’un adolescent de seize ans, mais fait partie du voyage. Après une période difficile durant laquelle ils mènent une vie de bohème, les jeunes musiciens décrochent une audition qui leur donne le droit de se rendre dans le sud de l’Allemagne, et de jouer pour un public composé majoritairement de G.I. enchantés d’entendre les quelques chansons de Ray Charles ou de James Brown que l’on veut bien accorder à Van, qui est seul capable de rivaliser avec les Américains lorsqu'il est question de leur musique. Ce voyage initiatique comprendra même l’enregistrement d’un 45 tours avec chansons imposées, sous le nom de Georgie And The Monarchs (dans lequel Van ne fait que jouer du saxophone) organisé à la demande d’un éminent membre du secteur allemand d’une grande maison de disques, qui paraîtra au cours de l’été 1963 et sera un petit succès en Allemagne. « La chanson était vraiment mauvaise, mais nous l’avons dotée d’un instrumental détonant », estimera Van quelques années plus tard. Les titres de ces morceaux sont Boozoo Hully Gully (face A) et Twingy Baby (face B).

De retour à Belfast à la fin de l’année 1963, Van Morrison intègre un nouveau showband dont le guitariste est Herbie Armstrong, un collègue irlandais avec lequel il retravaillera au cours de sa carrière solo. Ils effectuent ainsi une tournée en Angleterre au printemps 1964, dont Van profite en observant avec émerveillement les changements radicaux qu’a permis l’explosion des Beatles ; les jeunes groupes anglais qui reprennent des vieux standards de blues, comme les Rolling Stones et les Animals, l’intéressent plus particulièrement et lui donnent le sentiment d’un retour à la musique de son enfance. Sous leur influence, il compose des chansons, puis rentre à Belfast avec l’idée fixe de fonder sa propre formation à leur image dans un pays resté en retrait par rapport à cette nouvelle effervescence britannique. Pour marquer le coup, il se laisse pousser les cheveux, et saute sur l’occasion lorsqu’il apprend qu’un club de rhythm and blues veut lancer un groupe. Ne pouvant réunir les musiciens qu’il souhaite, Van se rabat sur The Gamblers, une formation fondée en 1962 qu’il intègre en tant que simple saxophoniste, mais son influence ne cessera d‘augmenter au cours des années suivantes. Le groupe se rebaptisera rapidement Them pour éviter la confusion avec un homonyme.

Them[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Them.

Les années que Van Morrison passe avec Them sont très formatrices pour le chanteur. Une première conséquence est qu’il s’installe durablement à Londres où ont lieu les séances d’enregistrements avec le groupe. Là, il fait jouer et graver ses premières compositions, parmi lesquelles le très célèbre Gloria qui sera repris par de nombreux musiciens, dont Patti Smith sur l'album Horses. Quelques années avant la parution du Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles qui développera radicalement les techniques d‘enregistrement, Morrison prend également l’habitude d’expérimenter en studio et annonce la carrière d‘artiste autoproduit qu’il embrassera plus tard par souci d‘indépendance. D’autre part, il inaugure ses légendaires mauvais rapports avec l’industrie du disque et les médias (voir l’article Them pour plus de détails).

Enfin, quelques rencontres marquantes ont jalonné le parcours de l’Irlandais au sein de Them : en particulier celles du producteur Bert Berns, des claviéristes Peter Gardens et Phil Coulter qui interviendront dans des albums ultérieurs, et de sa future femme Janet Planet dont il est déjà amoureux lorsqu‘il abandonne le groupe en 1966. Cette dernière est une jeune actrice californienne que Van a vraisemblablement rencontrée au cours d’un concert de la tournée américaine de Them. Toutefois, Morrison a depuis nettement relativisé l’importance de ce groupe dans le développement de sa carrière : « Si je n’avais pas fait partie de Them, j’aurais juste intégré un autre groupe… ce n’était pas très important pour moi. »

La période Bang[modifier | modifier le code]

Lorsque Van Morrison quitte Them en juillet 1966, il n’est que l’ex-chanteur d’un groupe ayant eu son heure de gloire, comme beaucoup de ses jeunes contemporains. Dans la majorité des cas, ces derniers se sont finalement reconvertis dans un domaine absolument étranger à la musique, ou bien en sont devenus des industriels après avoir été engagés par une quelconque maison de disques. Morrison, qui souhaite ardemment continuer à chanter et à composer, est donc dans une situation plus délicate qu’il n’y paraît, d’autant plus que les concerts de Them à Belfast lui ont valu une réputation passablement mauvaise. Sur le conseil de Phil Coulter, Van se procure un magnétophone avec lequel il peut enregistrer tout seul des maquettes de chansons dans un esprit très différent de celui qui animait la musique de Them, s'accompagnant seulement d'une guitare acoustique. Il entame ainsi la recherche d’une musique essentiellement personnelle qui aboutira deux années plus tard, lors de la conception de son chef-d’œuvre précoce Astral Weeks. Pour l’heure, Morrison n’a obtenu qu’une invitation de son ami le guitariste Herbie Armstrong à rejoindre son groupe The Wheels, ainsi qu’une vague proposition de lancement d’une carrière solo chez Philips dont la rédaction du contrat traîne en longueur. L’offre d’Armstrong ne le satisfait pas véritablement non plus, puisqu’il ne veut pas renouveler une expérience semblable à celle de Them et entend dès à présent jouer ce qui lui plaît. Alors qu’il a de plus en plus de difficultés à se faire engager pour assurer des concerts, le chanteur reçoit un coup de téléphone providentiel de l’américain Bert Berns (voir Them) pour lui proposer de produire quatre 45 tours, soit huit chansons, à la seule condition qu’il se déplace pour effectuer les enregistrements dans un studio de New York.

La situation de Berns a par ailleurs considérablement évolué depuis l’époque où Van l’avait rencontré au sein de Them : il a en effet obtenu l’autorisation de la maison de disques Atlantic Records, dans laquelle il travaillait, de fonder son propre label Bang Records en grande partie financé par son ancienne entreprise. Van se résout à accepter la proposition, d’abord par nécessité et dans l’intention de retrouver Janet Planet, mais également parce que Berns est jusqu'alors le seul homme qu’il ait connu dans le milieu de la musique sur lequel il pense pouvoir compter. Il achète donc sa place d’avion avec la conviction qu‘il évitera autant de compromis que possible. Dès son arrivée, il confie ses cassettes à Berns qui semble séduit, mais déchante rapidement lorsqu’il rencontre les musiciens qui sont payés pour l’accompagner : il ne compte pas moins de trois guitaristes dans la formation ! En deux jours, les 28 et 29 mars 1967, sont enregistrés les huit titres avec un style bien éloigné du dépouillement qu’avait rêvé Morrison pour ses chansons. Le premier 45 tours issu de ces séances paraît en juillet 1967, et s’intitule Brown Eyed Girl ; il s’impose petit à petit comme un succès aux États-Unis et entre dans le top 20, constituant à ce jour l’un des plus grands tubes de Van Morrison dans ce pays.

Morrison, qui était retourné à Belfast peu après la session, est rappelé par Berns pour assurer la promotion du 45 tours. Il occupe alors avec la jeune mère Janet Planet et son fils Peter une chambre d’hôtel à New York, et subit passivement les diverses apparitions promotionnelles qui lui sont imposées. Peu après la sortie du deuxième 45 tours Ro Ro Rosey paraît en septembre 1967 le premier album de Van Morrison Blowin' Your Mind ! qui rassemble tous les titres de la première session, sans l'accord de Van et même sans qu’il en ait été averti. Malgré ou en raison de la sortie peu opportune de ce disque, le chanteur accepte une nouvelle fois de faire confiance à Bert Berns qui lui propose une seconde séance d’enregistrement pour le mois de novembre 1967, en lui promettant cette fois une totale liberté artistique. C’est pourtant dans des circonstances très proches de celles de la première session que sont enregistrées huit nouvelles chansons. Parmi celles-ci, on trouve notamment les premières moutures de Madame George et Beside You que Morrison reprendra plus tard sur Astral Weeks. En décembre 1967 survient la mort brutale de Berns terrassé par une crise cardiaque.

Les débuts prometteurs[modifier | modifier le code]

L’état d’esprit qui habite Van Morrison à cette période cruciale de sa carrière est clairement restitué par cet extrait d’une interview datant de cette époque : « Quelquefois je me dis que je ne suis qu’un artiste confidentiel. Je ne sais pas faire de compromis, vous voyez, c’est mon problème. On doit en être capable si l’on veut faire partie du show-business. » Fort de cette révélation, après un déménagement à Cambridge puis son mariage avec Janet Planet, Morrison forme un groupe électrique qui se réduit rapidement à un trio acoustique, avec le contrebassiste Tom Kielbania et le flûtiste John Payne. L’heure est à l’expérimentation, et l’étrange synthèse de jazz, de rock et de poésie proposée par l’Irlandais n’est pas plébiscitée. « Ce n’est qu’après coup que les gens ont capté ce que l’on faisait. Peut-être que maintenant c’est évident, mais à l’époque personne n’en avait la moindre idée. Nous jouions dans des clubs, et des particuliers comme Jimi Hendrix venaient, prenaient place devant nous et restaient toute la nuit. Il semblait que les musiciens nous comprenaient, mais que le grand public ne savait pas où nous étions. », expliquera le chanteur. En 1966 il participe à un bœuf avec Jim Morrison et les Doors au club Whiskey A Go Go. Un mémorable Gloria est joué avec les deux Morrison aussi enragés l'un que l'autre, bœuf que l'on retrouve dans le best of des Doors en 4 CD.

Recommandé à la Warner Bros par une ancienne connaissance de l’époque de Them, Van Morrison s’offre les services de management de la société Inherit Productions qui fait office d’intermédiaire en lui décrochant un contrat le liant à la Warner le temps de deux disques. Par ailleurs, le label Bang Records réclame encore un album à Morrison. L'artiste cède par provocation les bandes d’une trentaine d’improvisations bâclées, enregistrées pendant les deux sessions problématiques de 1967 qu’avait commanditées Bert Berns (pour plus de détails, voir Payin' Dues). Ce pied de nez met un terme aux rapports difficiles qu’entretenait le chanteur avec son ancienne maison de disques. Inherit Productions prend en charge la production du premier album que Van doit fournir à la Warner, et engage un petit groupe de jazzmen chevronnés pour accompagner le jeune homme pendant deux sessions en septembre et octobre 1968, qui aboutissent à la sortie du brillant album Astral Weeks en novembre de la même année.

En février 1969, Van Morrison et sa femme Janet Planet emménagent à Woodstock, non loin de chez Bob Dylan et de The Band. Là, probablement influencé par ces derniers, il monte son propre groupe électrique, et enregistre Moondance qui sortira en février 1970. Pour la première fois, le chanteur produit lui-même son album, ce qui lui confère une liberté artistique presque totale. Plus lumineux que le précédent, bon succès commercial, ce disque semble être une bonne introduction à la musique de Van Morrison. Les chansons y sont toutes mémorables, mais citons plus particulièrement And It Stoned Me, Moondance, Caravan et Into the Mystic, qui figurent toutes parmi les plus connues du chanteur.

L'intense joie de vivre qui illumine alors sa musique sera en partie expliquée par la naissance de sa fille Shannon en juillet 1970. Enfin, cette année bien remplie s'achève avec l'enregistrement et la sortie de l'album intitulé His Band and the Street Choir. Un peu plus orienté rhythm and blues que Moondance, il laisse une nouvelle fois le bonheur domestique de Van Morrison transparaître dans ses compositions.

Californie[modifier | modifier le code]

Van Morrison en concert au Centre Marin Civic en 2007.

Après un concert d'adieu calamiteux au Fillmore East de New York et un duo avec The Band pour la chanson Four Per Cent Pantomime de l'album Cahoots, le couple s'installe en avril 1971 à San Rafael en Californie sous l'impulsion de Janet Planet. Afin de pouvoir enregistrer un album dans les mois prochains, Van Morrison se met à contrecœur à la recherche de nouveaux musiciens, les précédents n'ayant pas été assez disponibles pour le suivre. Il décide également d'investir dans un petit home studio 16 pistes qui lui donnera plus de liberté dans son travail, et collabore avec John Lee Hooker sur les disques Never Get Out Of These Blues Alive et Born In Mississippi, Raised Up In Tennessee. En prévision du futur disque, la Warner lui assigne le coproducteur Ted Templeman. Mais le chanteur ne l'entend pas comme cela : « Je lui ai accordé les crédits de coproduction pour qu'il fasse ce que je ne voulais pas faire. Etre sûr du mixage. Je lui envoyais les bandes et lui expliquais comment je voulais qu'elles soient mixées. Je pouvais être n'importe où, par exemple en vacances, je l'appelais et lui disais ce que je voulais. Il s'en occupait ensuite avec l'ingénieur du son. » Templeman fut un peu débordé, si l'on en croit son propre témoignage : « Les aptitudes de Van en tant que musicien, arrangeur et producteur sont la chose la plus effrayante que j'aie vue. Quand il a une idée, il veut l'essayer immédiatement sans overdubs. Il travaille vite et en exige autant de n'importe quel collaborateur. J'ai dû remplacer des ingénieurs du son qui n'ont pas su s'adapter. » Cette collaboration peu équilibrée prit fin après trois disques coproduits : Tupelo Honey, Saint Dominic's Preview (en partie coproduit) et It's Too Late to Stop Now. Templeman déclarera plus tard : « Je ne travaillerai jamais plus avec Van Morrison, même s'il m'offrait deux millions de dollars. J'ai vieilli de dix ans en produisant trois de ses disques. » Ce fut la dernière fois que la Warner intervint dans la production d'un disque du chanteur.

Parallèlement à la sortie de l'album Tupelo Honey en novembre 1971, Van Morrison mène une vie de reclus qui n'est pas du goût de Janet Planet. Actrice débutante, elle voudrait s'émanciper en acceptant certains rôles qu'on lui propose, mais son mari la décourage, préférant avoir sa femme au foyer. Janet est frustrée, et dit à l'époque : « Nous ne sortons jamais. Nous menons une vie incroyablement calme, et partir en tournée est la seule distraction que nous ayons. » Très sollicité par son public, le chanteur s'adapte mal à la tendance générale qui veut que l'on joue dans de gigantesques stades devant des milliers de fans incontrôlables. Tour à tour pétrifié ou bien extrêmement excité par un trac qu'il n'est pas toujours capable de maîtriser, Van Morrison ne donne le meilleur de lui-même que lorsqu'il peut faire abstraction de son auditoire. Après la débâcle du Fillmore East, il offre une prestation extraordinaire à un public de deux cents personnes au Pacific High Studio, avec notamment une reprise remarquée mais jamais commercialisée de Just Like A Woman de Bob Dylan. Pourtant, quelques semaines plus tard, deux jours avant de jouer dans l'une des plus grandes salles de San Francisco, il annonce qu'il se retire de la scène. Sous la pression, il donne finalement un concert durant lequel il ignore parfaitement son public et refuse un rappel jusqu'à ce que le bluesman Taj Mahal lui parle dans les coulisses pour le faire changer d'avis. Un peu plus tard, Morrison chante au Lion's Share de San Anselmo à quelques kilomètres de chez lui, et tout se déroule si bien qu'il prend l'habitude d'y donner des spectacles impromptus : « Il appelait ses musiciens un peu plus tôt dans l'après-midi pour savoir s'ils avaient envie de jouer ce soir. Ensuite je joignais le propriétaire du club, qui réservait une des scènes pour la nuit. », expliquera plus tard Stephen Pillster, alors manager du chanteur. Non annoncées et donc sans aucune publicité, ces apparitions régulières lui évitent d'affronter les attentes du public qui lui pèsent tant. À propos de ses rapports compliqués avec la scène, Van Morrison s'est expliqué plus tard : « Je n'ai jamais été à l'aise en concert. Je ne le suis toujours pas. Je ne me suis jamais adapté parce qu'à mes débuts quand on animait des bals, dès qu'on avait fini quelques chansons, on se mêlait au public. Il n'était pas question d'être une star. »

Petit à petit au cours de ses fréquents spectacles, le chanteur présente quelques-uns des morceaux qui constitueront son imposant prochain album Saint Dominic's Preview, commercialisé en juillet 1972. La sortie de ce disque sonne l'heure du rappel pour les anciens musiciens de Woodstock qui déménagent un à un en Californie et renforcent le groupe d'un Van de plus en plus confiant. Mais ce n'est qu'après le retour de Jeff Labes, pianiste clé de la formation, que Morrison est accompagné par un groupe officiellement baptisé Caledonia Soul Orchestra. L'adjonction d'une section de cordes parachèvera en avril 1973 la constitution d'une formation souvent considérée comme la meilleure dont Van Morrison ait jamais disposé.

À cette époque Van Morrison travaille gratuitement comme disc-jockey d'une radio locale de San Rafael, ce qu'il apprécie beaucoup : « Je joue des disques qui ne le seraient pas sinon, dans une ambiance spontanée et décontractée. » Parallèlement s'achève la construction de son home studio, ce qui lui permet de produire le morceau Sweet Sixteen pour la chanteuse Jackie DeShannon. Celle-ci ouvrira plus tard en première partie plusieurs concerts de Morrison, et cette collaboration prolongée fera jaser certains journalistes qui n'hésiteront pas à annoncer une tournée commune et un album de duos. Van dira à ce propos : « Il ne s'agit que de rumeurs lancées par des magazines. Ils écrivent à propos de choses dont ils ne savent rien, juste pour se faire de l'argent. C'est comme ça qu'ils existent. » Les relations du chanteur avec Janet Planet se détériorent de plus en plus, amenant cette dernière à quitter la maison familiale avec leur fille Shannon (surnommée Shana) et à demander le divorce ainsi qu'une somme d'argent pour avoir soutenu son époux durant ces quelques années difficiles. Ce triste événement est immédiatement suivi en juillet 1973 par la sortie de l'album Hard Nose the Highway, enregistré avec le gros du Caledonia Soul Orchestra dans le studio personnel de Van Morrison, et dont il dira qu'il est son premier disque sur lequel il a exercé un contrôle total.

L'Irlandais passe l'été 1973 en tournée, d'abord aux États-Unis, puis en Europe et plus particulièrement en Grande-Bretagne où il n'a pas donné de concerts depuis l'époque de Them. La critique unanime salue le retour d'une star adulée et immensément respectée : toujours soutenu par une formation idéale, le chanteur donne quelques prestations scéniques inoubliables pour ceux qui ont le privilège d'en être. En dépit d'un jeu de scène minimaliste, Morrison réussit à marquer les esprits de ses spectateurs, parmi lesquels un journaliste qui écrira : « J'ai été témoin de ce que je ne peux décrire que comme une anti-performance des plus incroyables. Merde, il bougeait à peine ! Je dois avouer que je n'ai jamais été autant captivé par une telle absence volontaire de distractions visuelles ». De plus, Van s'évertue à rendre chaque soirée unique, ce qu'il justifie à sa façon : « Il n'y a pas de concerts modèles. Ce groupe ne peut pas faire de spectacle prévu. Nous sommes forcés de décoller ». Cette tournée exemplaire s'achève après un retour aux États-Unis et servira de support au prochain disque live du chanteur It's Too Late to Stop Now à paraître en février 1974.

En octobre 1973, le chanteur irlandais s’accorde quelques jours de vacances et décide de parcourir son île natale. Durant ce bref séjour Van Morrison revisite les lieux de son enfance, s’adonne au tourisme et surtout prépare son prochain album Veedon Fleece dont il compose la majorité des titres. Dès son retour en Californie il réunit ses musiciens du Caledonia Soul Orchestra pour leur présenter ses nouvelles chansons et poursuivre l’élaboration de deux projets parallèles qui n’aboutiront finalement pas : un album country qui a été partiellement enregistré, et un disque de Noël. Les mois suivants sont donc lourdement occupés par de fréquentes et erratiques séances studio desquelles seul émergera l’album Veedon Fleece en octobre 1974. En fait, Morrison prend là l’une des décisions les plus controversées de sa carrière en démantelant la formation idéale qu’il avait patiemment constituée depuis Moondance, et ce disque permet à l’auditeur de saisir un groupe en pleine mutation.

Sur les cendres de ce mythique groupe (c’est-à-dire que les seuls rescapés en sont le batteur et le bassiste), Van Morrison fonde l’éphémère Caledonia Soul Express qui part en tournée à travers les États-Unis et l’Europe à partir de mars 1974. Il n’y a plus de section de cordes ni de trompettiste, mais on relève la présence d’un flûtiste/saxophoniste succédant à Jack Schroer. Ce dernier, miné par la drogue et dorénavant incapable d’assumer ses responsabilités de musicien, entame une discrète carrière de camionneur dont il ne s’écartera plus malgré les instances de Van lui-même quelques années plus tard. Au cours d’une halte à Amsterdam, le chanteur enregistre les deux faces d’un 45 tours avec son nouveau groupe, dans un style très rhythm and blues : une reprise du classique de Louis Jordan Caldonia rebaptisée Caledonia, et le presque instrumental What’s Up Crazy Pup. Dès la fin de la tournée, Morrison limoge une nouvelle fois son groupe et déclare : « Il n’y avait rien d’autre à faire dans ce contexte. »

Au verso de la pochette du CD « Inarticulate... » (1983), Van Morrison adresse ses special thanks à Ron L. Hubbard, le fondateur de la scientologie.

Discographie[modifier | modifier le code]

La période Bang[modifier | modifier le code]

Album original[modifier | modifier le code]

Compilations[modifier | modifier le code]

Les années Post-Bang[modifier | modifier le code]

Albums originaux[modifier | modifier le code]

Compilations[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

« Ce qu'il fait dépasse les limites de notre monde. »

— Bono, du groupe U2

« Van Morrison devrait être canonisé. »

— Sinéad O'Connor.

« Je me suis pris pour Van Morrison, j'ai voulu faire un disque comme Astral Weeks, en partant de l'improvisation pure. Mais il m'a fallu admettre que je n'étais pas à la hauteur, je me suis retrouvé sur le cul. »

— Miossec.

« J’écoute les disques de Van depuis toujours, je les connais par cœur, ils accompagnent ma vie, lui donnent de l’âme quand elle en manque. Van Morrison, c’est l’âme faite chanteur : son ombre ne m’inquiète pas. »

— Maria McKee.

« Je sais que certains de ses albums sont meilleurs que d'autres, mais moi je n'entends que sa voix. Une voix dont le son en lui-même est déjà une chanson, avec du volume et de l'âme. C'est pour ça que toutes les chansons de Van Morrison sont magnifiques, quelle que soit la période. »

— David Thomas, chanteur du groupe Pere Ubu.

« Si mon cœur pouvait penser, et si ma tête pouvait sentir, j’aurais un autre regard sur le monde. »

— Van Morrison.

Liens externes[modifier | modifier le code]