Harmonica

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Un harmonica chromatique à 16 trous et un harmonica diatonique en C

L'harmonica est un instrument de musique à vent et à anche libre fonctionnant sur le même principe que l'accordéon : des anches métalliques de taille et de poids uniques, produisent des sons en vibrant au passage de l'air (aspiré ou soufflé, ce qui est très peu fréquent pour un instrument à vent).

D'une tessiture normale de trois octaves, il se décline en trois grandes familles :

  • l'harmonica diatonique simple ;
  • l'harmonica diatonique double (appelé aussi trémolo) ;
  • l'harmonica chromatique.

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

L'harmonica est un instrument reposant sur le principe de la guimbarde à anche libre. Dans cette catégorie on trouve des instruments aussi variés que l'accordéon. Le plus ancien instrument de musique connu fonctionnant sur ce principe, le sheng (ou yu), est originaire de Chine et remonte au IIIe millénaire av. J.-C.[1]. Le sheng lui-même pourrait être inspiré du khêne, un orgue à bouche du Laos[2]. De très nombreux instruments dérivés du sheng et du khêne se retrouvent en Extrême-Orient (le seanghwang en Corée, le shô au Japon, etc.).

Les techniques de jeu de ces instruments présentent déjà des similitudes avec celles pratiquées avec l'harmonica (trilles vibratos, effets de langue…)[3].

Introduction en Europe[modifier | modifier le code]

L'origine exacte de l'harmonica moderne, l'instrument tel qu'il est connu de nos jours, est assez floue. Certaines légendes[non neutre] veulent que Friedrich Buschmann en soit l'inventeur (encore que l'organisation des notes eut été différente). Toujours est-il que l'harmonica commença à se vendre en Europe dans les années 1820, rapidement importé aux États-Unis par les immigrants. C'est aussi probablement dans ces mêmes années qu'a été imaginée par Richter l'idée de placer deux anches par trou, permettant ainsi de jouer deux notes par trou (en réalité bien plus, puisqu'on verra des techniques découvertes par la suite pour créer de nouvelles notes) : l'une en aspirant, l'autre en soufflant. C'est ainsi que l'harmonica a pu revenir aux origines des instruments à anches libres. Richter a aussi eu l'idée d'accorder les harmonicas selon l'accordage éponyme désormais célèbre, permettant d'obtenir aisément certains accords. On sait malheureusement bien peu de choses de nos jours sur ce véritable fondateur de l'harmonica moderne, pas même son nom complet avec exactitude (les sources se contredisent ou bien donnent des indices ne permettant que des suppositions). On présume cependant qu'il s'agissait d'un Bohémien, dans le véritable sens d'un habitant de la région tchèque de Bohême.

Ainsi naquit l'harmonica diatonique simple sous sa forme moderne.

Expansion[modifier | modifier le code]

Sa véritable popularité ne va alors pas tarder.

Des artisans allemands se lancent dans la fabrication de l'harmonica, en particulier à Trossingen, un village allemand de Bade-Wurtemberg en Forêt Noire, où un artisan nommé Messner commença à produire en 1833.

Il semblerait que dans les années 1830, le commerce de l'harmonica soit plus considéré comme un commerce de bijoux que comme un véritable instrument. L'artisan de Trossingen avait un voisin horloger, Mathias Hohner, lequel décida de se lancer lui-même dans ce commerce en pleine expansion en 1855, sous les exhortations de sa femme, Ana.

Malheureusement il ne faisait pas d'aussi jolis harmonicas que Messner, ce qui est gênant à l'époque puisqu'ils sont encore considérés comme des bijoux.

C'est là que se jouera la véritable ascension de l'harmonica en tant qu'instrument puisque Ana a une seconde idée, celle d'envoyer les harmonica à Hans, un cousin émigré aux États-Unis.

En 1857 est créée la société Matth HOHNER AG et une page de l'histoire est tournée. La première année, il en produisit 700. Dix ans plus tard, il en aura produit 22 000 et en 1887 la production se sera élevée à un million d'harmonicas.

L'harmonica prend enfin sa place d'instrument pour laquelle il était destiné. Mieux, il devient l'instrument du voyageur, celui que tout conquérant de l'ouest pouvait mettre dans sa poche, côte à côte avec son colt. Il était donc l'instrument parfait pour le nouveau continent.

De nos jours[modifier | modifier le code]

Malgré la connaissance réduite du grand public pour cet instrument, il semblerait que l'harmonica soit en quantité l'instrument le plus vendu au monde de nos jours.

Évidemment il faut admettre que si la plupart des gens ont déjà vu un harmonica, il garde le statut de jouet sans grand intérêt musical aux yeux de beaucoup. Curieusement, l'harmonica est mieux considéré hors de l'Europe que sur le vieux continent où il a été créé. Aux États-Unis bien sûr avec le blues, mais également au Japon et dans bon nombre de pays d'Asie où on trouve des orchestres entiers d'harmonicas interprétant les œuvres du répertoire classique. En outre il ne faut pas oublier qu'un harmoniciste jouant de l'harmonica diatonique en possède en général plusieurs si son niveau technique ne lui permet pas de jouer dans plusieurs tonalités sur un seul (au moins 12, une pour chaque tonalité, sans compter le fait de pouvoir vouloir des harmonicas spéciaux, comme plus graves ou plus aigus par exemple) et que, contrairement à la plupart des autres instruments qui peuvent se garder à vie (moyennant révisions d'usage), l'harmonica s'use et doit être changé. Néanmoins, un joueur utilisant le bas de la colonne d'air a moins de chance de devoir le changer souvent. Il peut s'abîmer assez facilement, surtout chez le débutant, et le faible prix de la plupart des modèles fait que beaucoup d'harmonicistes préféreront racheter un harmonica neuf plutôt que de se fatiguer à changer des lamelles (les fameuses anches) cassées.

Types d'harmonica[modifier | modifier le code]

Il en existe de multiples, étant donné que chaque choix d'accordage, de matériaux pour les construire, de taille les distinguent les uns des autres. On peut néanmoins diviser la population des harmonicas en cinq grandes familles :

  1. les diatoniques à lames simples (avec des choix d'accordages multiples : Richter, semi diminué, etc.) ;
  2. les diatoniques trémolos ou lames doubles (accordés à l'octave) ;
  3. les chromatiques ;
  4. les basses (qui sont chromatiques) joués en soufflé uniquement ;
  5. les chords ou polyphonias, harmonicas d'accompagnement jouant des accords uniquement.

L'harmonica diatonique simple[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Harmonica diatonique simple.

Il s'agit de l'harmonica traditionnel. Pour cette raison probablement, c'est le plus répandu (du moins en Occident), mais aussi parce que c'est le moins volumineux (les modèles classiques font approximativement 10 cm de long), donc facilement transportable, qu'il est bon marché pour une qualité raisonnable et qu'il a prouvé historiquement sa valeur dans de nombreux styles musicaux (folklore, blues-rock, country, jazz) grâce à ses nombreuses techniques.

L'harmonica diatonique double[modifier | modifier le code]

Harmonica diatonique double accordé à l'octave

Souvent d'une longueur d'une vingtaine de centimètres, son nom vient du fait qu'au lieu d'avoir une seule anche (lamelle vibrante) pour chaque note, il en a trois qui sont :

  1. soit accordées de manière très légèrement différente, ce qui lui confère une sonorité trémolo ;
  2. soit séparées d'une octave, ce qui lui confère une sonorité de type accordéon. Cette sonorité est mise en valeur par la technique dite du "tongue-blocking" qui permet de générer une forme d'accompagnement en même temps que la mélodie est jouée.
  3. soit séparé d'une tierce : la compagnie Seydel propose ainsi un modèle (Hochlandsklänge) dont la sonorité (tout de même assez proche d'un trémolo classique) se distingue des deux autres catégories ci-dessus.

Il présente l'inconvénient de nécessiter une technique plus ardue pour produire des altérations, (tellement ardue que beaucoup pensent que c'est impossible, alors qu'il suffit de boucher un des deux trous avec sa lèvre inférieure ou supérieure pour pouvoir altérer dans l'autre, laissé libre) d'où l'image populaire que l'harmonica est un instrument très limité et restreint au folklore. Cependant, autant cette technique de l'altération trouve son application pour l'harmonica diatonique à lames simples, autant on trouvera d'autres approches dans le cas de l'harmonica à lames doubles. Par exemple, on peut en trouver certains liés par paires de deux harmonicas séparés d'une quinte : un C et un G, par exemple. On dispose alors des accords de G, G7, D7, C, Dm et Am, ce qui permet une interprétation d'un grand nombre de morceaux populaires. Conceptuellementt, on peut rapprocher ce double harmonica des deux rangées d'un accordéon diatonique. Certains fabricants proposent même des "barillets" de quatre, voire six harmonicas, disposés de quintes en quintes.

De fait, certains musiciens (asiatiques pour la plupart) ont su lui révéler des qualités impressionnantes grâce à une telle approche. Lors des championnats du monde d'harmonica, on a ainsi vu des harmonicistes diatoniques double chinois jouer du classique en « jonglant » avec plusieurs harmonicas de tonalités différentes ce qui leur permettait d'éviter le problème des altérations. Par exemple, un harmonica en Do (C) surmonté d'un autre en Dodièse (Cdièse) permet de couvrir la gamme chromatique complète. Mais d'autres "juxtapositions" peuvent se révéler plus judicieuses. En somme, chaque morceau de musique peut nécessiter un choix particulier d'harmonicas. Et pour compliquer encore un peu plus, plusieurs interprètes ne feront peut être pas les mêmes choix pour un même morceau de musique etc !

Ses notes, pour un harmonica en do majeur, se répartissent comme suit :

s a s a s a s a s a etc.
sol do fa mi la sol do si etc.

s : soufflé
a : aspiré

L'harmonica chromatique[modifier | modifier le code]

Harmonica chromatique

Dernier né de la famille, il permet de jouer toute la gamme chromatique de façon simple. Par contre, il ne dispose pas, de par la disposition de ses notes, de beaucoup de possibilités de jeu en accords. Ses possibilités rythmiques sont donc inférieures à l'harmonica diatonique.

Les modèles les plus répandus sont constitués généralement de 24 divisions (12 trous). On trouve aussi des 16 trous (augmentés d'une octave en plus dans le grave) et plus rarement des 10 et 14 trous. Chaque division comporte 4 lamelles :

  • 2 lamelles produisant des notes en soufflant : une note naturelle et cette même note, dite altérée, haussée d'un demi-ton.
  • 2 lamelles produisant des notes en aspirant : une note naturelle et cette même note, altérée, haussée d'un demi-ton.

Basiquement seules les lamelles produisant les notes naturelles vibrent en soufflant ou aspirant dans l'instrument. Pour produire les notes altérées dans leurs divisions respectives, une tirette (un petit piston sur la droite de l'harmonica) doit être activée. En effet, au repos, elle bouche la partie des notes altérées et ne laisse passer l'air que dans la partie des notes naturelles. Actionnée, elle fait le contraire.

Cela donne :

1. tirette au repos :

do mi sol do schéma à reproduire 2 fois
fa la si schéma à reproduire 2 fois

2. tirette poussée :

do# mi# sol# do# schéma à reproduire 2 fois
ré# fa# la# si# schéma à reproduire 2 fois

Cet harmonica est beaucoup employé en jazz et en musique classique où la simplicité d'accès à l'ensemble des notes lui permet plus de considération. Il est aussi utile lorsque le musicien préfère avoir le même "son" quelle que soit la note jouée, ce que ne permet pas le diatonique qui produira une sensation sonore différente selon que l'harmoniciste jouera une note naturelle, une altération, une altération valvée ou une overnote.

L'harmonica et les genres musicaux[modifier | modifier le code]

Historiquement l'harmonica, bien qu'étant originaire d'Europe (d'Allemagne en particulier, commercialement parlant), a surtout prospéré aux États-Unis. Il s'est fait une place en particulier dans les milieux blues où il a progressivement remplacé le violon dans les orchestres de blues ; en effet, ces deux instruments possèdent à peu près le même registre et même timbre. On peut penser que son faible coût a également participé à populariser cet instrument dans un milieu où l'argent ne coulait pas à flot. Cependant, sa grande expressivité en a aussi fait un instrument de prédilection pour de nombreux bluesmen. On raconte que certains harmonicistes de légende comme les deux Sonny Boy Williamson ou Little Walter étaient capables de faire gémir, pleurer ou parler leur instrument. C'est la raison pour laquelle l'harmonica diatonique est encore de nos jours intimement lié au blues et a parfois encore du mal à sortir de cette image.

Néanmoins, l'instrument a su se trouver d'autres styles d'expression, notamment dans les musiques folkloriques américaines, comme la musique country. De nos jours, il a trouvé de nouvelles formes (chromatique, diatonique double ou autre), lui permettant de s'essayer à d'autres registres, mais l'harmonica diatonique lui-même a été capable de s'adapter à tous les genres. Cela lui fut en partie permis par la découverte relativement récente des diverses techniques lui permettant enfin d'être chromatique et donc de n'être plus considéré comme un instrument amputé dans certains milieux (en particulier les milieux où il est courant d'utiliser un instrument chromatique dans un même morceau, comme le classique ou le jazz).

La sonorisation[modifier | modifier le code]

À l'heure actuelle, l'harmonica électrique est encore très peu répandu, bien que certains projets commerciaux existent, parmi lesquels celui de la société anglaise harmonix. L'harmonica est donc pour l'instant fondamentalement un instrument acoustique. La sonorisation de l'instrument (pour l'enregistrement, le jeu sur scène, avec des instruments amplifiés ou au son puissant, etc.) implique ainsi des méthodes classiques à l'aide de microphones et d'amplification.

Microphones[modifier | modifier le code]

Le plus classique reste d'utiliser des microphones à voix, permettant de garder un son pur de l'harmonica sans transformation. Cependant les harmonicistes à travers les années se sont essayés à toute sorte de micros qui avaient des utilités diverses (comme les microphones de gare), ou qui étaient destinés à d'autres instruments. Cela permettait aux harmonicistes de trouver des sons intéressants.

Depuis quelques années, certaines sociétés ont créé des microphones spécifiques pour l'harmonica. Pourtant cela n'empêche pas énormément d'harmonicistes à continuer à utiliser des microphones d'origine variées. L'un des phénomènes les plus notables est la fabrication artisanale de microphones à partir d'éléments de récupération. Ces microphones, surnommés i-mic, ont en général un son crunch très prononcé, ce qui peut être recherché par de nombreux musiciens.

Amplification[modifier | modifier le code]

Contrairement aux microphones, où un commerce s'est créé (bien qu'il ne soit pas forcément très réussi), il n'existe aucun système d'amplification spécifiquement destiné à l'harmonica. C'est pourquoi lorsqu'un harmoniciste désire un son spécifique en amplification, il va chercher dans les amplifications d'autres instruments, et la plupart du temps dans les amplificateurs pour guitare.

Effets[modifier | modifier le code]

De même que pour l'amplification, il n'existe pas de solution d'effets dédiée à l'harmonica. Encore une fois, les harmonicistes se servent donc dans les effets d'autres instruments qu'ils ont l'occasion d'essayer, notamment les pédales d'effets pour guitares.

L'harmonica dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Dans le film Il était une fois dans l'Ouest (C'era una volta il West) de Sergio Leone (1968), l'harmonica tient un rôle central, avec le personnage mystérieux interprété par Charles Bronson, le joueur d'harmonica seulement désigné, tout le long du film, comme « Harmonica ».

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albert Raisner, Le livre de l’harmonica, Éditions Presses du temps présent, 1961
  • David et Gérard Herzhaft, Le livre de l’harmonica, Éditions Fayard, 2008

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Herzhaft (2008), p. 15.
  2. Herzhaft (2008), p. 16.
  3. Herzhaft (2008), p. 18.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]