Curie (Rome antique)

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Curie Julia, construite sur l'initiative de Jules César, visible actuellement dans le forum romain

Dans la Rome antique, le mot curia, traduit en français par curie, désigne un groupe d'hommes, ou le lieu où ils se réunissent. Le terme désignait ainsi des subdivisions civiques à Rome à l'époque de la monarchie et dans les cités de droit latin. La Curie désigne le bâtiment où se réunissait le Sénat romain, bâtiment toujours visible sur le forum romain aujourd'hui.

Les curies, subdivisions civiques[modifier | modifier le code]

Période archaïque[modifier | modifier le code]

La notion de curie est ancienne, comme l'indique l'origine proposée pour ce mot en proto-indo-européen *ko-wiriya, signifiant « réunion d'hommes »[1].

L'existence de curiae, assemblées de village, semble attestée dès le Xe siècle av. J.-C. dans l'Italie préromaine[2]. On a trouvé aussi hors de Rome une inscription volsque de Velletri mentionnant une covehriu, et à Gubbio en Ombrie dix decuviae, équivalents des curies[3].

À Rome[modifier | modifier le code]

Article connexe : Comices curiates.

Il existait trente curies qui étaient des subdivisions des trois tribus primitives dont la création était attribuée à Romulus, et qui formaient la population de Rome : Tities, Ramnes, Luceres. Leur réunion formait les comices curiates. Chaque curie était présidée par un patricien, le curio, elle disposait d'un flamine qui honorait une divinité propre à la curie, et d'un licteur, et au début de la monarchie devait fournir cent fantassins à l'armée. Chaque curie pratiquait des sacrifices et des repas en commun[4]. L'ensemble des trente curies présidées par un curio maximus célébrait un culte à Junon Curitis ou Quirites et fêtait en fin février les Fornacalia au cours desquelles on grillait du blé, et le 15 avril les Fordicidia, pour lesquelles chaque curie immolait une vache pleine à Tellus[3].

Le nom de huit curies nous est parvenu[3] : Foriensis[5], Rapta[5], Veliensis[5], Velitia[5], Titia[6], Tifata[7], Faucia[8] et Acculeia[9].

Cette subdivision devient obsolète sous la République, car la plupart des citoyens ne savaient plus à quelle curie ils appartenaient[10].

Dans les cités de l'empire[modifier | modifier le code]

Dans les cités de droit latin les curies sont des subdivisions électorales. Elles sont bien attestées en Afrique romaine. Par analogie avec le bâtiment de la ville de Rome le terme de curie désigne dans les cités de l'empire le lieu où se réunissent les décurions, c'est-à-dire le conseil municipal, équivalent local du sénat romain. Il s'agissait en général d'une salle presque carrée et assez simple comportant une petite abside sur le côté opposé à l'entrée, donnant sur le forum de la cité[11].

Le lieu de réunion du sénat[modifier | modifier le code]

Description et historique[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Curie Hostilia, Curie de Pompée et Curie Julia.

La Curie ancienne ou Curia Hostilia était située sur l'antique Forum Romain. Lieu de réunion habituel des sénateurs, elle se dressait à côté du Comitium, espace où s’assemblait au tout début de la République le peuple romain réuni en comices tributes ou en comices centuriates.

La Curie a été remaniée à plusieurs reprises, agrandie par Sylla[12], puis détruite en 52 av. J.-C. dans l’incendie allumé par les partisans de Clodius Pulcher qui y avaient dressé le bûcher funéraire de leur chef[13].

La Curie de Pompée est construite sur le champ de Mars et remplace la Curie Hostilia. Elle appartient au complexe inauguré par Pompée en 55 av. J.-C.[14] et sera murée à la mort de César.

Jules César bâtit un nouveau forum sur l’emplacement des ruines de la Curia Hostilia, et reconstruisit une nouvelle Curie, la Curia Iulia, alignée sur ce forum et la via Argilète. La version actuelle du bâtiment correspond à celle qui fut restaurée par Dioclétien.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Heurgon 1993, p. 213
  2. Antoine Pérez, La société romaine : Des origines à la fin du Haut-Empire. Paris : Ellipses, 2002
  3. a, b et c Heurgon 1993, p. 214-215
  4. Denys d'Halicarnasse, Histoire, II, 23
  5. a, b, c et d Festus, Signification, art. Novae Curiae : « Les nouvelles curies furent bâties tout près du carrefour de Fabricius, parce que les anciennes, construites par Romulus, qui y avait distribué le peuple et les choses saintes en trente parties, afin que l'on y soignât ces choses saintes, étaient peu vastes ; lorsqu'on en fit l'évocation pour les faire passer des anciens édifices dans les nouveaux, sept des curies ne purent être évoquées par les cérémonies religieuses : en conséquence, les pratiques sacrées des tribus Foriensis, Rapta, Veliensis, Velitiae s'accomplissent dans les anciennes curies ».
  6. Festus, Signification, d'après Paul Diacre, art. Titiensis : « Titiensis, tribus a praenonomine Tatii regis appellata esse videtur. Titia quoque curia ab eodem rege est dicta ».
  7. Festus, Signification, d'après Paul Diacre, art. Tifata : « Tifata, iliceta. Romae autem Tifata curia. Tifata etiam locus juxta Capuam ».
  8. Tite-Live, Histoire romaine, IX, 38, 15
  9. Varron, Langue latine, VI, 23 : « Angeronalia ab Angerona cui sacrificium fit in Curia Acculeia et cuius feriae publicae is dies ».
  10. Claude Nicolet, Rome et la conquête du monde méditerranéen 264–27 av. J.-C., Paris, PUF, coll. « Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes », 2001, 10e éd. (1re éd. 1979), 462 p. (ISBN 2-13-051964-4), p. 341
  11. Un bel exemple de curie municipale a été mis au jour dans les années 1990 à Labitolosa, en Espagne. C'est une construction rectangulaire de 18,5 m sur 11, ouvrant sur le forum par un vestibule et comprenant une grande salle dans laquelle étaient disposés des piédestaux honorifiques et des inscriptions mentionnant des notables locaux.
  12. Hinard 1985, p. 256
  13. Cébeillac-Gervasoni, Chauvot et Martin 2003, p. 177
  14. Cébeillac-Gervasoni, Chauvot et Martin 2003, p. 188

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

François Hinard, Sylla, Paris, Fayard,‎ 1985 (ISBN 2-213-01672-0).

Article connexe[modifier | modifier le code]