Jean-Louis Bruguière

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Jean-Louis Bruguière, juin 2014

Jean-Louis Bruguière, né le 29 mai 1943 à Tours, est un ancien juge français spécialisé dans la lutte antiterroriste. Il a été premier vice-président de la section d'instruction « lutte anti-terroriste » du tribunal de grande instance de Paris.

Descendant d'une lignée de magistrats (sur au moins dix générations)[1], il est étudiant à l'Institut d'études politiques de Paris et participe aux mouvements et manifestations de Mai 68. Il entre ensuite à l'École nationale de la magistrature. Nommé à Évreux (Eure), il se fait remarquer dans une affaire de cartes grises illégales en mettant en cause le directeur départemental de la police. Nommé à Paris en 1976, il lutte contre le proxénétisme (en particulier le réseau de Madame Claude).

Il instruit la fusillade de la rue des Rosiers, ce qui le mène à exercer ses prérogatives dans le cadre de l'antiterrorisme, développant ses réseaux. Il cible en particulier Action directe. En 1986, la Division nationale anti-terroriste (DNAT) du parquet de Paris est créée. Un an plus tard, un piège à la grenade est posé devant son appartement. Il multiplie depuis les instructions d'affaires de terrorisme.

En mars 2007, il apporte son soutien à Nicolas Sarkozy. Candidat aux élections législatives sous l'étiquette UMP la même année, il est battu par Jérôme Cahuzac (52,08 % au second tour), dans la 3e circonscription de Lot-et-Garonne.

Il est actuellement Haut représentant de l’Union européenne auprès des États-Unis pour la lutte contre le financement du terrorisme dans le cadre du « Terrorism Finance Tracking Programme/ SWIFT ».

Affaires instruites[modifier | modifier le code]

Cannibale japonais[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Issei Sagawa.

En juin 1981, un étudiant japonais vivant à Paris, Issei Sagawa, assassine son amie hollandaise puis mange une partie de son cadavre. C'est le juge Bruguière qui instruit alors cette affaire. Il se fiera à une expertise psychiatrique concluant à l'irresponsabilité pénale de Sagawa et prononcera un non-lieu. Sagawa sera ensuite transféré au Japon, où il deviendra écrivain et acteur.

Madame Claude[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Madame Claude.

Madame Claude est dans les années 1960-1970 le surnom donné à la patronne d'un réseau de call girls qui pratiquent leurs talents pour de hauts dignitaires ou des fonctionnaires du gouvernement.

Fusillade de la rue des Rosiers[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Fusillade de la rue des Rosiers.

La fusillade de la rue des Rosiers est un attentat antisémite perpétré le 9 août 1982 à 13 h 10 contre le restaurant Goldenberg, 7 rue des Rosiers dans le Pletzl, quartier du Marais à Paris. Le bilan est de six morts et vingt-deux blessés.

Action directe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Action directe.

Action directe (AD) est un groupe clandestin (aux influences anarchiste et communiste) ayant revendiqué une cinquantaine d'attentats ou d'assassinats sur le territoire français entre 1979 et 1987. Action directe a été interdite par un décret du 19 août 1982 prononçant la dissolution de l'organisation. Ses membres ont été jugés par une formation spéciale de la cour d'assises de Paris, compétente en matière de terrorisme.

DC-10 d'UTA[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Attentat du DC-10 d'UTA.

L'attentat du DC-10 d'UTA coûta la vie aux 170 passagers et membres d'équipages du vol UT-772 reliant Brazzaville (capitale du Congo) à Paris le 19 septembre 1989.

Selon François-Xavier Verschave, dans son livre Noir Silence, le juge Bruguière n'aurait pas questionné certains survivants qui se rendaient à Paris, mais qui auraient quitté le vol Brazzaville-Paris lors de l'escale au Tchad, sur leurs motivations, et qui auraient ainsi échappé à l'attentat.

Ilich Ramírez Sánchez (Carlos)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ilich Ramírez Sánchez.

Ilich Ramírez Sánchez (12 octobre 1949, Caracas, Venezuela), mieux connu sous le nom de Carlos ou Chacal, a été condamné par la justice française à la réclusion à perpétuité pour des actes terroristes. Il est surtout connu pour les différents attentats qu'il a menés en Europe et pour son don à demeurer dans la clandestinité.

Attentats de 1995[modifier | modifier le code]

Jean-Louis Bruguière fut chargé de l’instruction de l’attentat près de la station Maison-Blanche, le 6 octobre 1995. Ces attentats furent attribués au Groupe islamique armé.

Assassinat des moines de Tibhirine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Assassinat des moines de Tibhirine.

Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moines cisterciens du monastère de Tibhrine en Algérie sont enlevés, séquestrés pendant deux mois, puis tués le 21 mai 1996.

Pendant de nombreuses années il a été admis que les moines avaient été assassinés, en l'absence d'autre piste contradictoire. Pourtant, des témoins prétendent que les moines auraient été victimes d'une bavure de l'armée algérienne. Cette information aurait été interceptée par les services secrets français. Mais le juge Bruguière aurait fait obstruction à ce que des témoignages contraires à la version officielle ne soient versés au dossier[2].

Affaire Sperone[modifier | modifier le code]

Génocide au Rwanda et attentat contre l'avion de Juvénal Habyarimana[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Génocide au Rwanda.

En 1998, Jean-Louis Bruguière est saisi des plaintes déposées par les familles des Français tués lors de l'attentat du 6 avril 1994.

À l'issue de son enquête, le juge Bruguière rend une ordonnance de soit-communiqué qui met en examen plusieurs membres du FPR et recommande au TPIR d'inculper Paul Kagame, couvert par son immunité de chef d'État.

Cette décision, qui intervient après que le Rwanda eut porté plainte, est vue par les autorités rwandaises, par l'association Survie et le spécialiste du Figaro pour le Rwanda Patrick de Saint-Exupéry[3], comme la réponse de la France aux accusations de complicité dans le génocide qui a suivi, et pour laquelle elle est attaquée[4]. Des partis de gauche et d'extrême gauche sont sur la même longueur d'onde, avec Lutte Ouvrière qui va jusqu'à proclamer : « la justice française contre les dirigeants du Rwanda : un écran de fumée pour protéger les gouvernants français »[5].

Les Forces Démocratiques Unifiées ont accueilli très favorablement la publication du rapport Bruguière[6], de même que Filip Reyntjens[7].

Quelques jours après la parution de l'ordonnance, un des témoins affirme que son témoignage a été déformé[8].

Le rapport Bruguière est cependant admis dans son intégralité par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) comme preuve lors du plus important procès tenu par le TPIR[9].

Il apparaît en avril 2009, lors d'enquêtes de Jeune Afrique et du journal belge Le Soir, que le traducteur utilisé par le juge est le Rwandais Fabien Singaye et qu'un des enquêteurs utilisé par le juge était Paul Barril, qui a rendu de nombreux services au gouvernement rwandais d'Habyarimana. Le dossier de Bruguière paraissant s'écrouler peu à peu, la France tente de renouer avec le Rwanda et Rose Kabuye, inculpée par Bruguière, est autorisée à rentrer au Rwanda et à reprendre toutes ses activités y compris en France.

11 septembre 2001[modifier | modifier le code]

Le juge Bruguière enquêtait avant les attentats du 11 septembre 2001 sur les réseaux islamistes[10]. Il affirme dans son livre « Ce que je n'ai pas pu dire » qu'il voyait déjà, avant ces attentats, Ben Laden comme « un ennemi incontournable ». Il conclut que si les États-Unis l'avaient écouté, le 11 septembre n'aurait pas eu lieu[11].

Attentats à Madrid du 11 mars 2004[modifier | modifier le code]

Les attentats qui ont touché Madrid le jeudi 11 mars 2004, constitués de plusieurs explosions de bombes, posées par des islamistes marocains, se sont produites dans des cercanías (trains de banlieue) à Madrid (Espagne) le matin du 11 mars 2004. Ce sont 191 personnes qui ont péri et 1 500 qui ont été blessées.

Affaire Julia[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Julia.

L'affaire Julia est le nom donné par ses détracteurs à la mission Julia : intervention du député français Didier Julia dans des prises d'otages de journalistes français en Irak.

Attentat de Karachi du 8 mai 2002[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Attentat du 8 mai 2002 à Karachi.

Durant quatre jours, du 27 au 30 mars, le juge anti-terroriste a rencontré, à Karachi et Islamabad, les responsables pakistanais. Il venait faire le point sur l'attentat du 8 mai 2002, qui a couté la vie à 11 employés de la Direction des Constructions Navales. Le bus qui les transportait a été pulvérisé devant l'hôtel Sheraton de Karachi par un kamikaze au volant d'un faux taxi.

Le juge Bruguière a orienté son enquête vers des réseaux islamistes, alors que certains membres de la DCN lui auraient remis dès 2002 des rapports qui auraient pu l'orienter vers une affaire politico-financière[12]. Il a par ailleurs demandé et obtenu devant la Cour d'appel la destruction de quatre disquettes de photos prises dans les minutes suivant l'explosion, en évoquant la discontinuité territoriale[13].

Les familles constituant le collectif "vérité attentat Karachi" publient un article[14] sur leur blog dans lequel elles retracent tous les points troubles de l'enquête sur l'attentat liés à l'attitude du juge Bruguière.

Le 27 avril 2011, le journal Le Monde publie un article[15] dans lequel est évoquée la disparition troublante d'un rapport d'autopsie pourtant capital. Il s'agit en effet du rapport d'autopsie du supposé poseur de bombe qui aurait dû se tenir assis dans le bus alors que les lésions constatées sur le corps prouvent qu'il se tenait debout, visiblement à l'extérieur. Le juge Bruguière n'a pu fournir aucune explication quant à l'absence au dossier de cette pièce capitale.

Le 19 mai 2011, le site Mediapart dévoile un nouveau rapport[16] qui met à mal la thèse de l'attaque-suicide défendue par la justice française (et notamment le juge Bruguière) jusqu'à lors. Selon le rapport d'expertise rédigé par deux experts en "explosifs" et "déminage" du laboratoire central de la préfecture de police (PP) de Paris, l'explosif aurait vraisemblablement été actionné à distance et le présumé kamikaze ne serait qu'une nième victime innocente de l'attentat.

Le 15 juin 2011, la décision des familles des victimes de porter plainte contre l'ex-juge Bruguière pour faux témoignage est annoncée par Me Olivier Morice et publiée dans un article du journal Libération[17]. Cette plainte a été déposée le 10 juin 2011 à Paris et porte également sur d'éventuelles entraves à l'exercice de la justice.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Jean-Louis Bruguière s'est présenté aux élections législatives françaises de 2007 en Lot-et-Garonne sous l'étiquette UMP-PRV.

Sa candidature fait l'objet d'une plainte de Philippe Brett et Pierre Girard-Hautbout, eux aussi candidats. L'illégalité de sa candidature a contraint le Conseil supérieur de la magistrature à obtenir sa démission de la magistrature en juin 2007.

Il arrive en tête du premier tour, avec 41,97 % des voix, contre 37,61 % pour l'ancien député de la circonscription Jérôme Cahuzac, mais il est battu au second, n'obtenant que 47,71 % des voix contre 52,29 % à son adversaire socialiste qui retrouve son siège perdu en 2002[18].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Louis Bruguière et Jean-Marie Pontault, Ce que je n'ai pas pu dire : 30 ans de lutte contre le terrorisme, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009
  2. « Comment le juge Bruguière a enterré durant des années l'affaire de Tibéhirine », Fabrice Arfi, 8 juillet 2009
  3. Enquête sur la mission du juge Bruguière, par Patrick de Saint-Exupéry, Le Figaro
  4. LE JUGE BRUGUIERE se divertit et L'AFRIQUE paie les FRAIS : Cache-cache entre Paris et Kigali, 23/11/2006
  5. Article de Lutte ouvrière
  6. fdu-udf.org
  7. « Filip Reyntjens : Le rôle du FPR dans l’attentat d’avril 1994 ne fait plus aucun doute »
  8. Olivia Marsaud, Le juge Bruguière démenti par l'un de ses témoins-clés, RFI, 04/12/2006
  9. Article sur Jeune Afrique
  10. Biographie de Jean-Louis Bruguière sur le Huffington Post
  11. Extraits du livre de J.L. Bruguière repris sur l'article « Jean-Louis Bruguière, même les paranoïaques ont des ennemis », D. Conil, 23 novembre 2009
  12. « Karachi, les curieux oublis de la justice », Libération, Guillaume Dasquié, le 24 juin 2009
  13. David Servenay, « Karachi : devant le juge, Millon confirme les rétrocommissions », Rue89, 17 novembre 2010.
  14. « Karachi: comment le juge Bruguière a raté l’enquête », Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, VERITE-ATTENTAT-KARACHI.COM, 23 novembre 2010.
  15. « Karachi : la troublante disparition d'un rapport d'autopsie », Le Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, le 29 avril 2011
  16. « Attentat de Karachi: un nouveau rapport met à mal la thèse de l'attaque-suicide », MEDIAPART, Fabrice Arfie, le 19 mai 2011
  17. « Karachi: les familles de victimes portent plainte contre l'ex-juge Bruguière », Libération, le 15 juin 2011
  18. des élections législatives de 2007 « http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_votre_service/resultats-elections/LG2007/047/circons03.html »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Louis Bruguière et Jean-Marie Pontault, Ce que je n'ai pas pu dire : 30 ans de lutte contre le terrorisme, Paris, Éditions Robert Laffont,‎ 2009

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]