Pierre Claverie

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Pierre Lucien Claverie
Biographie
Naissance 8 mai 1938
Bab el Oued Drapeau de l'Algérie Algérie
Ordination sacerdotale 4 juillet 1965
Décès 1er août 1996 (à 58 ans)
Oran Drapeau de l'Algérie Algérie
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 2 octobre 1981 par
Mgr Duval
Évêque d'Oran
21 mai 19811er août 1996
Précédent Henri Teissier Alphonse Georger Suivant

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Pierre Claverie, né le 8 mai 1938 à Bab-el-Oued (Alger) et mort assassiné le 1er août 1996 à Oran, est un prêtre dominicain français d'Algérie, évêque d'Oran de 1981 jusqu'à sa mort.

Biographie[modifier | modifier le code]

Vocation[modifier | modifier le code]

Pierre Claverie est né le 8 mai 1938 dans le quartier populaire de Bab-el-Oued à Alger (Algérie), dans une famille pied-noir présente dans ce pays depuis quatre générations. Il grandit dans une famille unie, catholique mais pas nécessairement pieuse, et s'engage notamment dans le scoutisme.

Après son baccalauréat, il gagne la métropole (Grenoble) pour poursuivre des études ; il découvre que la présence française en Algérie ne fait pas l'unanimité, et que le monde dans lequel il a grandi, ce qu'il appellera par la suite la « bulle coloniale », n'est pas un monde parfait…

Il choisit la vie religieuse, et rejoint l'ordre dominicain : il entre au noviciat au couvent de Lille en 1958, puis fait ses études au Saulchoir (à Étiolles, en région parisienne), et c'est de là qu'il assiste aux dernières années de la guerre d'Algérie. Il est ordonné prêtre en 1965.

Choix de l'Algérie[modifier | modifier le code]

Il choisit de retourner en Algérie en 1967, non par nostalgie mais pour accompagner ce pays nouvellement indépendant qui cherche à se construire. Passionné, il apprend l'arabe et devient un excellent connaisseur de l'islam. Il dirige à Alger, à partir de 1973, le Centre des Glycines, un institut d'études arabes et islamiques initialement conçu pour les religieux voulant vivre en Algérie, mais qui attire de nombreux Algériens musulmans désireux de mieux connaître leur culture et surtout d'apprendre l'arabe.

Homme de dialogue, il participe à de nombreuses rencontres entre chrétiens et musulmans, non sans critiques parfois sur un dialogue interreligieux qui lui paraît trop souvent se payer de mots. Il est nommé évêque d'Oran le 21 mai 1981 et consacré le 2 octobre 1981 par le cardinal Duval, succédant ainsi à Mgr Teissier, nommé à Alger.

Il avait une si parfaite connaissance de l'islam que les gens d'Oran l'appelaient « l'évêque des musulmans », titre qui ne pouvait que ravir celui qui rêvait de bâtir un vrai dialogue entre les hommes, qu'ils soient chrétiens, musulmans ou athées[1].

La guerre civile[modifier | modifier le code]

À partir de 1992, quand la guerre civile éclate en Algérie, la petite Église catholique algérienne, composée largement de coopérants et de travailleurs étrangers, est menacée. En Europe, on lui conseille souvent d'abandonner les lieux. Pierre Claverie s'y oppose fermement : s'il n'a jamais pu obtenir la nationalité algérienne, il se considère comme un Algérien et refuse d'abandonner un peuple auquel son destin est indissolublement lié. Au long de la crise, il refuse également de se taire, et n'hésite pas à critiquer publiquement, quand cela lui paraît nécessaire, le Front islamique du salut (FIS) ou le gouvernement algérien.

Le 26 mai 1996 est perpétré l'assassinat des moines de Tibhirine. Pierre Claverie sait qu'il est lui aussi menacé. Le 1er août 1996, il est assassiné ainsi que son chauffeur Mohamed Bouchikhi, un jeune Algérien musulman de 21 ans : une bombe détruit l'entrée de l'évêché au moment où ils y pénètrent, peu avant minuit. Sept personnes sont condamnées à mort le 23 mars 1998 pour implication dans cet attentat. L'Église d'Algérie a demandé que cette peine soit commuée en détention.

En 2008, le journal La Stampa affirme que la mort de Mgr Claverie est un prolongement de l'affaire des moines de Tibhirine, puisque celui-ci aurait été au courant de leur assassinat par un hélicoptère du gouvernement algérien. Selon le P. Armand Veilleux, ancien procureur général des Trappistes, il en savait trop, or la plupart des témoins avaient été tués[2],[3].

Un dossier en vue de sa béatification a été ouvert en 2007 pour le diocèse d'Alger, celui d'Oran ne comportant pas assez de prêtres pour l'audition des témoins et l'élaboration du dossier.

“Pierre & Mohamed”[modifier | modifier le code]

Pierre & Mohamed. Algérie 1er août 1996 est une pièce, écrite par le dominicain Adrien Candiard à partir de textes de Pierre Claverie, et mise en scène par Francesco Agnello pour le Festival d'Avignon 2011. Elle veut être un hommage au message d'amitié et de respect ancré dans la volonté de dialogue interreligieux de Pierre Claverie. L'auteur a repris les sermons de l'évêque pour les croiser avec les sentiments qu'il prête à Mohamed. Dans cette pièce qui est une médiation plus qu'un spectacle, l'acteur Jean-Baptiste Germain interprète les deux personnages : Pierre, l'évêque, et Mohammed, son chauffeur. Les paroles de Pierre et Mohamed sont soutenues par le musicien Francesco Agnello avec un hang[4].

L'engagement de Pierre Claverie pour le dialogue interreligieux peut être illustré par ce court extrait de cette pièce : La religion peut être le lieu des pires fanatismes, car les hommes habillent du divin leur soif de toute-puissance ou, plus simplement, leur bêtise. Toutes les religions sont sans cesse exposées à devenir des instruments d'oppression et d'aliénation. Ne laissons pas l'Esprit étouffé par la lettre. Nous pouvons lutter contre ces dénaturations de la foi, la nôtre comme celle des autres, en maintenant le dialogue malgré les remous de surface et les apparents durcissements. Le dialogue est une œuvre sans cesse à reprendre : lui seul nous permet de désarmer le fanatisme, en nous et chez l'autre[5].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Lettres et messages d'Algérie, éd. Karthala, coll. « Chrétiens en liberté », Paris, 1996, 280 p.
  • Donner sa vie. Six jours de retraite sur l’Eucharistie, éd. Cerf, Paris, 2003, 120 p.
  • Il est tout de même permis d'être heureux. Lettres familiales 1967-1969, édition présentée, établie et annotée par Éric Gustavson, son beau-frère, avec le concours de sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., préface de Jean-Jacques Pérennès, o.p., éd. Cerf, Paris, 2003, 688 p.
  • Petit traité de la rencontre et du dialogue, éd. Cerf, Paris, 2004, 176 p.
  • Je ne savais pas mon nom. Mémoires d'un religieux anonyme, présentation par sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., éd. Cerf, Paris, 2006, 192 p.
  • Cette contradiction continuellement vécue. Lettres familiales 1969-1975, édition présentée, établie et annotée par Éric Gustavson, avec le concours de sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., préface de Jean-Jacques Pérennès, o.p., éd. Cerf, Paris, 2007, 800 p.
  • Humanité plurielle, présentation par sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., éd. Cerf, Paris, 2008, 336 p. Recension.
  • Marie, la vivante. Sept jours de retraite avec Marie, présentation par sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., éd. Cerf, Paris, 2008, 320 p.
  • Petite introduction à l'islam, éd. Cerf, 2010, 112 p.
  • Quel bonheur d'être croyant ! Vie religieuse en terre algérienne, présentation par sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., éd. Cerf, Paris, 2012, 304 p.
  • Là où se posent les vraies questions. Lettres familiales 1975-1981, édition présentée et annotée par Éric Gustavson avec le concours de sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., préface de Jean-Jacques Pérennès, o.p., éd. Cerf, Paris, 2012, 784 p.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Jacques Pérennès, o.p., Pierre Claverie. Un Algérien par alliance, préface de Timothy Radcliffe, éd. Cerf, coll. « L'Histoire à vif », Paris, 2000, 400 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Faire du dialogue une « vertu » exigeante de vérité
  2. ouest-france.fr, « Les moines de Tibéhirine victimes d'une bavure ? », 9 juillet 2008
  3. Valerio Pellizzari, « Les moines en Algérie tués par les militaires », in La Stampa, 6 juillet 2008, article en ligne, traduit par Tahia Bladi
  4. Pierre & Mohamed en tournée.
  5. Pierre Claverie, homélie du 9 octobre 1981, cathédrale d'Oran, citée d'après le texte de Pierre & Mohamed.

Voir aussi[modifier | modifier le code]


Chronologies[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]