Pierre Claverie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Claverie.
Pierre Lucien Claverie
Biographie
Naissance 8 mai 1938
à Alger (Algérie)
Ordination sacerdotale 4 juillet 1965
Décès 1er août 1996
à Oran
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 2 octobre 1981
par le card. Léon-Etienne Duval
Dernier titre ou fonction Évêque d'Oran

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Pierre Claverie, né à Bab El-Oued le 8 mai 1938 et mort assassiné le 1er août 1996, était un prêtre dominicain français d'Algérie qui fut évêque d'Oran.

Sommaire

Biographie [modifier]

Vocation [modifier]

Pierre Claverie est né le 8 mai 1938 dans le quartier populaire de Bab El-Oued à Alger (Algérie), dans une famille pied-noir présente dans ce pays depuis quatre générations. Il grandit dans une famille unie, catholique mais pas nécessairement pieuse, et s'engage notamment dans le scoutisme.

Après son baccalauréat, il gagne la métropole (Grenoble) pour poursuivre des études ; il découvre que la présence française en Algérie ne fait pas l'unanimité, et que le monde dans lequel il a grandi, ce qu'il appellera par la suite la "bulle coloniale", n'est pas un monde parfait...

Il choisit la vie religieuse, et rejoint l'ordre dominicain : il entre au noviciat au couvent de Lille en 1958, puis fait ses études au Saulchoir (à Etiolles, en région parisienne), et c'est pendant ce temps qu'il assiste aux dernières années de la guerre d'Algérie. Il est ordonné prêtre en 1965.

Choix de l'Algérie [modifier]

Il choisit de retourner en Algérie en 1967, non par nostalgie mais pour accompagner ce pays nouvellement indépendant qui cherche à se construire. Passionné, il apprend l'arabe et devient un excellent connaisseur de l'Islam. Il dirige à Alger, à partir de 1973, le Centre des Glycines, un institut d'études arabes et islamiques initialement conçu pour les religieux voulant vivre en Algérie, mais qui attire de nombreux Algériens musulmans désireux de mieux connaître leur culture et surtout apprendre l'arabe.

Homme de dialogue, il participe à de nombreuses rencontres entre chrétiens et musulmans, non sans critiques parfois sur un dialogue interreligieux qui lui paraît trop souvent se payer de mot. Il est nommé évêque d'Oran le 21 mai 1981 et consacré le 2 octobre 1981 par le cardinal Léon-Étienne Duval, succédant ainsi à Mgr Teissier, nommé à Alger.

Il avait une si parfaite connaissance de l'islam, que les gens d'Oran l'appelaient « l'évêque des musulmans », titre qui ne pouvait que ravir celui qui rêvait de bâtir un vrai dialogue entre les hommes, qu'ils soient chrétiens, musulmans ou athées[1].

La guerre civile [modifier]

À partir de 1992, quand la guerre civile éclate en Algérie, la petite Église catholique algérienne, composée largement de coopérants et de travailleurs étrangers, est menacée. En Europe, on lui conseille souvent d'abandonner les lieux. Pierre Claverie s'y oppose fermement : s'il n'a jamais pu obtenir la nationalité algérienne, il se considère comme un Algérien et refuse d'abandonner un peuple auquel son destin est indissolublement lié. Au long de la crise, il refuse également de se taire, et n'hésite pas à critiquer publiquement, quand cela lui paraît nécessaire, le Front islamique du Salut (FIS) ou le gouvernement algérien.

Le 26 mai 1996, est perpétré l'assassinat des moines de Tibhirine. Pierre Claverie sait qu'il est aussi menacé. Le 1er août 1996, il est assassiné ainsi que son chauffeur Mohamed Bouchikhi, un jeune algérien musulman de 21 ans : une bombe a détruit l'entrée de l'évêché au moment où il y entrait, peu avant minuit. Les assassins n'ont toujours pas été identifiés.

Sept personnes ont été condamnées à mort le 23 mars 1998 pour implication dans cet attentat. L'Église d'Algérie a demandé que cette peine soit commuée en détention.

En 2008, le journal La Stampa affirme que la mort de Mgr Claverie est un prolongement de l'affaire des moines du Tibhirine, puisque celui-ci aurait été au courant de leur assassinat par un hélicoptère du gouvernement algérien. Selon le P. Armand Veilleux, ancien procureur général des trappistes, il en savait trop or la plupart des témoins avaient été tués[2],[3].

L'ouverture d'un dossier en vue de sa béatification a été engagée en 2007 pour le diocèse d'Alger, celui d'Oran ne comportant pas assez de prêtres pour l'audition des témoins et l'élaboration du dossier.

"Pierre & Mohamed" [modifier]

"Pierre & Mohamed" est une pièce, écrite par le dominicain Adrien Candiard et mise en scène par Francesco Agnello pour le Festival d'Avignon 2011. Elle veut être un hommage au message d'amitié et de respect ancré dans la volonté de dialogue interreligieux de Pierre Claverie. L'auteur a repris les sermons de l'évêque pour les croiser avec les sentiments qu'il prête à Mohamed. Dans cette pièce qui est une médiation plus qu'un spectacle, l'acteur Jean-Baptiste Germain interprète les deux personnages, Pierre, l'évêque et Mohammed, son chauffeur. Les paroles de Pierre et Mohammed sont soutenues par le musicien Francesco Agnelle avec un Hang[4].

L'engagement de Pierre Claverie pour le dialogue interreligieux peut être illustré par ce court extrait de cette pièce:

La religion peut être le lieu des pires fanatismes, car les hommes habillent du divin leur soif de toute-puissance ou, plus simplement, leur bêtise. Toutes les religions sont sans cesse exposées à devenir des instruments d'oppression et d'aliénation. Ne laissons pas l'Esprit étouffé par la lettre. Nous pouvons lutter contre ces dénaturations de la foi, la nôtre comme celle des autres, en maintenant le dialogue malgré les remous de surface et les apparents durcissements. Le dialogue est une œuvre sans cesse à reprendre: lui seul nous permet de désarmer le fanatisme, en nous et chez l'autre.[5]

Publications [modifier]

  • Humanité plurielle, éd. Cerf, 2008, Recension.
  • Cette contradiction continuellement vécue, Lettres familiales 1969 - 1975, Avant-propos et notes par Éric Gustavson, son beau-frère, avec le concours de sœur Anne-Catherine Meyer, o.p. – Préface par Jean-Jacques Pérennès, o.p., éd. Cerf, 2007
  • Je ne savais pas mon nom, Mémoires d'un religieux anonyme, éd. Cerf, 2006
  • Petit traité de la rencontre et du dialogue, éd. Cerf, 2004
  • Donner sa vie, six jours de retraite sur l’Eucharistie, éd. Cerf, 2004
  • Il est tout de même permis d'être heureux, Lettres familiales 1967-1969, Avant-propos et notes par Éric Gustavson, son beau-frère, avec le concours de sœur Anne-Catherine Meyer, o.p. – Préface par Jean-Jacques Pérennès, o.p., éd. Cerf, 2003
  • Lettres et messages d'Algérie, éd. Karthala, coll. Chrétiens en liberté, 1996

Bibliographie [modifier]

  • Jean-Jacques Perennès o.p., Pierre Claverie, un Algérien par alliance, préfacé par Timothy Radcliffe, éd. Cerf, coll. Histoire à vif, 2000

Notes et références [modifier]

  1. Faire du dialogue une « vertu » exigeante de vérité
  2. ouest-france.fr - Les moines de Tibéhirine victimes d'une bavure ?
  3. Valerio Pellizzari, Les moines en Algérie tués par les militaires, in La Stampa, 06/07/2008 article en ligne, traduit par Tahia Bladi
  4. "Pierre & Mohamed" en tournée
  5. Pierre Claverie, Homélie du 9 octobre 1981, cathédrale d'Oran, citée d'après le texte "Pierre & Mohammed"

Voir aussi [modifier]

Chronologies [modifier]

Précédé par Pierre Claverie Suivi par
Henri Teissier
Évêque d'Oran
Alphonse Georger

Liens externes [modifier]