Jean-Charles Marchiani

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Jean-Charles Marchiani, né le 6 août 1943 à Bastia, est un haut fonctionnaire et un homme politique français.

Ancien officier du SDECE (devenu DGSE en 1982), Jean-Charles Marchiani a représenté le gouvernement français lors de négociations pour la libération d'otages au Liban, en Algérie et en Bosnie.

Jean-Charles Marchiani a été impliqué dans plusieurs affaires politico-financières au cours des années 1990-2000.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Jean-Charles Marchiani étudie au petit séminaire d'Ajaccio, puis à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence (diplômé en 1966[1]). Il adhère à Jeune Nation, mouvement nationaliste et néofasciste français, à la fin des années 1950.

Il est enrôlé par les services secrets français à l'université à l'âge de 19 ans à la fin de la guerre d'Algérie[réf. nécessaire]. Il est le cousin du résistant et truand corse François Marcantoni.

Carrière[modifier | modifier le code]

De 1962 à 1970, Jean-Charles Marchiani est officier du SDECE (devenu DGSE). Supposé avoir été impliqué dans l'affaire Markovic, visant à empêcher la candidature à l'élection présidentielle de Georges Pompidou, il est obligé de démissionner à la suite des injonctions de ce dernier.

De 1970 à 1972, Jean-Charles Marchiani rejoint le privé et est engagé comme responsable des relations syndicales chez Peugeot, chargé de la lutte contre les « gauchistes ».

En 1972, il rejoint le groupe Air France et occupe notamment le poste de directeur des affaires juridiques et directeur général de la filiale Servair (commissariat aérien), et secrétaire général du groupe Méridien (alors filiale d'Air France). Il quitte ses fonctions en 1985.

De 1986 à 1988, il est nommé chargé de mission et conseiller pour le renseignement et la lutte anti-terroriste au cabinet de Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, principal négociateur dans l’affaire des otages français au Liban (avec succès[2]). Auditeur à l'Institut des Hautes Études de la Défense Nationale (IHEDN).

De 1988 à 1993, il est membre de la direction du groupe Thomson, tout en étant nommé en 1989 conseiller du Commerce extérieur de la France.

Durant la cohabitation (1993-1995), il retrouve ses fonctions auprès de Charles Pasqua, ministre d'État, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire.

Alors qu'il est déjà nommé, et attendu à la préfecture du var, Jean-Charles Marchiani est sollicité directement par l'Élysée, pour intervenir afin de négocier la libération des pilotes de Bosnie, en 1995 . Il occupera ses fonctions jusqu'en 1997.

En 1996, il intervient dans les négociations, qui échoueront, visant à la tentative de libération des moines de Tibhirine.

De 1997 à 1999, il est secrétaire général de la zone de défense de Paris

À partir d'août 2004, il est nommé préfet « hors cadre » (sans affectation) et a pris officiellement sa retraite en septembre 2008[3].

Médiations et libérations d'otages[modifier | modifier le code]

Au sein de la DGSE et auprès de Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani a joué un rôle important dans des négociations pour la libération d'otages français détenus à l'étranger.

Libération des otages français du Liban[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire des otages du Liban.

Le 5 mai 1988, après plus de trois ans de détention par le Hezbollah, les diplomates Marcel Carton et Marcel Fontaine ainsi que le journaliste Jean-Paul Kauffmann sont libérés.

À la suite de nombreuses tractations et de plusieurs tentatives de libération avortées des services officiels de l'État, le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua charge Jean-Charles Marchiani de mener "au nom du gouvernement" des négociations parallèles en vue de la libération des otages[4].

Selon le journaliste Dominique Lentz, ces enlèvements et la libération des otages entraient dans le cadre du contentieux entre Paris et Téhéran concernant le consortium d'enrichissement d'uranium Eurodif et Jean-Charles Marchiani aurait mené des négociations croisées entre Beyrouth et Téhéran.

Libération des pilotes français en Bosnie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Libération des pilotes de Bosnie.

Le 30 août 1995, l'appareil Dassault Mirage 2000 du capitaine Frédéric Chiffot et du lieutenant José Souvignet est abattu au-dessus de la Bosnie. Ils sont libérés le 12 décembre 1995 après quatorze semaines de détention à l'issue d'une négociation impliquant Jean-Charles Marchiani.

Selon L'Express, Jean-Charles Marchiani aurait mené, à la demande de Jacques Chirac et en collaboration avec l'homme d'affaires russo-israélien Arcadi Gaydamak, des négociations auprès des services secrets russes et yougoslaves.

Jean-Charles Marchiani aurait intimidé le président serbe Radovan Karadžić en affirmant que les forces françaises s'apprêtaient à quitter Sarajevo, laissant à elle-même la minorité serbe. Karadzic aurait alors accepté de libérer les otages en échange d'une reconnaissance officielle de la France et que le chef d'état-major français vienne en personne chercher les pilotes[5].

Assassinat des moines de Tibhirine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Assassinat des moines de Tibhirine.

En mars 1996, sept moines trappistes français sont enlevés dans leur monastère près de Médéa par des islamistes algériens du GIA avant d'être assassinés quelques semaines plus tard. Les autorités françaises ont mené pour leur libération des négociations parallèles pour lesquelles Jacques Chirac a mandaté Jean-Charles Marchiani. Les démarches de Marchiani ont toutefois été interrompues quelques jours plus tard à la demande du Premier ministre de l'époque, Alain Juppé[6].

Vie politique et affaires[modifier | modifier le code]

Relations avec Charles Pasqua[modifier | modifier le code]

Après avoir passé plusieurs années dans l'industrie, il rencontre Charles Pasqua dans les milieux corses parisiens. Les deux hommes ne se quitteront plus de vue, Pasqua le prenant dans son cabinet lors de ses deux passages au ministère de l'Intérieur et en le proposant à Jacques Chirac pour la fonction de préfet du Var en 1995. La collaboration entre les deux hommes continue avec la création du Rassemblement pour la France.

Préfet du Var[modifier | modifier le code]

Jean-Charles Marchiani est nommé préfet du Var par Jacques Chirac le 29 novembre 1995. Il reste en poste jusqu'au 24 juillet 1997[7].

Le 4 juin 1996, Jean-Charles Marchiani provoque une polémique après avoir interdit la tenue d'un concert du groupe de rap NTM, mettant en avant ses convictions chrétiennes pour justifier l'interdiction[8].

Député européen et candidat RPF[modifier | modifier le code]

Jean-Charles Marchiani est un des membres fondateurs du Rassemblement pour la France aux côtés de Charles Pasqua et Philippe de Villiers en 1999.

La liste RPF obtient 13 % des voix lors des élections européennes de 1999 et 13 élus, dont Jean-Charles Marchiani qui devient député européen.

En 2000, il est élu secrétaire départemental du Var du RPF[9], et reste au RPF après le départ de Philippe de Villiers en 2000.

En 2001, Jean-Charles Marchiani est candidat aux élections municipales à Toulon. Il obtient 14 % des suffrages et se désiste en faveur du candidat Divers droite Hubert Falco, qui sera élu[10].

Affaires[modifier | modifier le code]

Jean-Charles Marchiani a été impliqué dans plusieurs affaires politico-financières depuis le début des années 2000.

Affaire de la libération des otages au Liban[modifier | modifier le code]

En janvier 2002, à quelques semaines de l’élection présidentielle, des journaux français publient une note de la DST indiquant que la libération des otages français du Liban a fait l'objet du versement d'une rançon et de rétro commissions via un intermédiaire libanais Iskandar Safa.

En octobre 2009, le juge d’instruction Jean-Christophe Hullin décide un non-lieu général dans ce dossier, se montrant très critique envers la DST qui a diffusé des "accusations (qui) n'ont jamais été étayées, n'ont fait l'objet d'aucune investigation matérielle en huit ans"[11].

Affaires ADP-Vanderland et des boîtes de vitesse des chars Leclerc[modifier | modifier le code]

Le 4 août 2004, Jean-Charles Marchiani a été mis en examen et écroué pour « recel d'abus de biens sociaux et trafic d'influence », dans le cadre d'un marché de fournitures de boîtes de vitesse pour des chars Leclerc destinés à être vendus aux Émirats arabes unis. Il est remis en liberté le 18 février 2005 par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, qui l'a astreint à un contrôle judiciaire très strict avec assignation à résidence à Toulon.

En octobre 2005, il comparaît devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris, quatre ans de prison ferme sont requis à son encontre pour « recel d'abus de biens sociaux et trafic d'influence », dans le cadre d'un marché de fournitures de boîtes de vitesse pour des chars Leclerc destinés à être vendus aux Émirats arabes unis et pour avoir perçu de la part de la société hollandaise Vanderland des commissions occultes en marge de deux marchés pour le tri des bagages à Roissy. Le 19 mars 2008, la Cour de cassation de Paris a confirmé la condamnation de Jean-Charles Marchiani à trois ans et un an de prison ferme pour « recel d'abus de biens sociaux et trafic d'influence ». La Justice lui a infligé également une privation de droits civiques et civils pour une durée de cinq ans, entraînant son inéligibilité[12]. Il se constitue prisonniers en mai 2008[13].

Lors de sa détention, il recevra le soutien public de Jean-Paul Kauffmann, ex otage au Liban, dénonçant un « abandon en rase campagne ».

Grâce présidentielle dans l'affaire ADP-Vanderland[modifier | modifier le code]

L'ancien préfet, condamné en mars 2007 à trois ans de prison pour corruption, bénéficie d'une réduction de peine de six mois accordée par le président Nicolas Sarkozy, au motif de son « comportement exemplaire ». (Europe1, 23/12/2008[14]). En effet, selon l'article 17 de la Constitution, le président de la République dispose du droit de faire grâce à titre individuel. Un privilège rarement utilisé, puisque le dernier cas remonte en 1996. Jacques Chirac avait réduit la peine du jardinier Omar Raddad, dont l'implication dans le meurtre de Ghislaine Marchal était controversée. Cette décision discrétionnaire est toutefois très contestée, car à l'inverse des 26 autres grâces, la sienne n'a pas été formulée sur proposition des services du Ministère de la Justice pour comportement méritant, le porte-parole du PS Benoît Hamon y voyant une « nouvelle illustration d'une dérive du fonctionnement des institutions et de la pratique présidentielle »[15]. Après que Nicolas Sarkozy se fut engagé à supprimer le droit de grâce[16], il avait laissé la révision constitutionnelle de 2008 maintenir les grâces individuelles et Charles Pasqua a admis être intervenu auprès du Président pour obtenir cette grâce[17].

Cette grâce est finalement acceptée et validée le 13 février 2009 par les autorités judiciaires, et le détenu Marchiani est remis en liberté le 16 février 2009.

Angolagate[modifier | modifier le code]

Jean-Charles Marchiani est également impliqué dans l'affaire des ventes d'armes à l'Angola pour laquelle il comparait avec d'autres prévenus devant le tribunal de Paris en octobre 2008[3].

Le 27 octobre 2009, Jean-Charles Marchiani est condamné à trois ans de prison, dont 21 mois avec sursis pour complicité de trafic d'influence et recel d'abus de biens sociaux dans le dossier Angolagate, par le tribunal correctionnel de Paris.

Il a fait appel de cette condamnation. Le 29 avril 2011, Marchiani est relaxé du chef d'accusation de trafic d'influence pour avoir fait obtenir à Arcady Gaydamak la médaille du mérite pour être intervenu dans la libération des otages en Bosnie.

Références[modifier | modifier le code]

  • Who's Who (2007): Biographie de Jean-Charles Marchiani
  • Curieuses commissions sur la vente des chars Leclerc, Le Parisien, 15 janvier 2003
  • Quatre ans requis contre « l'escroc du renseignement », Libération, 12 octobre 2005
  • Quatre ans de prison requis contre Marchiani, AP, 19 janvier 2007
  • Aéroports de Paris : Un an ferme requis contre Marchiani, nouvelobs.com, 25 janvier 2007 [3]
  • Trois ans fermes requis contre Marchiani, Libération, 26 octobre 2005
  • Le réseau imaginaire de l'ex-agent Marchiani, Libération, 20 octobre 2005

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Jean-Charles Marchiani », L'Express en ligne, 3 octobre 2005
  2. L'importance de son rôle est contestée par Jacques Chirac selon Pierre Péan dans son livre L'Inconnu de l'Élysée, cité par Le Monde dans Peser le pour et le contre sur la demande de grâce de M. Marchiani, 25/04/08.
  3. a et b Jean-Charles Marchiani libérable le 19/10, Le Figaro, 06/10/2008.
  4. Pasqua justifie la grâce présidentielle de Marchiani, L'Express, 24/12/2008
  5. Marchiani le sulfureux, L'Express, 24/01/2002
  6. « Moines de Tibéhirine : une bavure couverte par la France ?  » par David Servenay, RUE89, 12 juillet 2008
  7. Ligue des Droits de l'Homme, Jean-Charles Marchiani préfet du Var de 1995 à 1997, 08/08/2004
  8. « Préfet du Var » par Gilles Gaetner, L'Express, 24 janvier 2002
  9. Libération, Les militants RPF plébiscitent Marchiani, 21/02/2000
  10. Les Échos, Toulon, l'UMP Hubert Falco réélu au premier tour, 17/01/2008
  11. Le Point [1], Non-lieu général dans l'affaire des otages du Liban, 21/10/2009
  12. « M. Marchiani a été doublement condamné en appel à de la prison ferme », Lemonde.fr, 1er mars 2007 ; Nouvel Obs [2], Marchiani: la Cour de cassation confirme la prison ferme, 23 juin 2008
  13. « Jean-Charles Marchiani s'est constitué prisonnier », Lepoint.fr, 26 mai 2008.
  14. Grâce présidentielle partielle pour Marchiani, Europe1, 23/12/2008
  15. « La grâce présidentielle accordée à M. Marchiani provoque une polémique », Le Monde,‎ 24 décembre 2008 (consulté le 24 décembre 2008)
  16. « Le PS voit dans la grâce de Marchiani « le fait du prince » », Le Figaro,‎ 24 décembre 2008 (consulté le 24 décembre 2008)
  17. « Pasqua a plaidé la cause de Marchiani »,‎ 24 décembre 2008 (consulté le 24 décembre 2008)