Performance (art)
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L’art performance ou performance artistique est un médium ou une tradition artistique interdisciplinaire, née vers le milieu du XXe siècle, dont les origines se rattachent aux mouvements d'avant-garde (dadaïsme, futurisme, école du Bauhaus, etc.).
Sommaire |
Présentation[modifier]
(« Chaque personne [est] un artiste — sur la voie de la forme libre de l'organisme social »).
La performance est, par essence, un art éphémère qui laisse peu d'objets derrière lui. Certains historiens de l'art situent l'origine de la performance dans la pratique des rituels ou rites de passage observés depuis l'origine de l'Homme. D'un point de vue anthropologique, la performance s'est manifestée et définie de différentes manières à travers les cultures et les âges. Selon Richard Martel, l'art performance constitue peut-être la forme artistique la plus ancienne de l'humanité. Une chose semble néanmoins claire : le corps, le temps et l'espace constituent généralement les matériaux de base d'une « performance ».
Rappelant que le mot dérive du latin pro forma ou per forma pour indiquer un événement qui s’accomplit à travers une forme, Giovanni Lista souligne que le terme a été utilisé pour la première fois dans sa version moderne par les futuristes italiens, en 1914, lors d’une « soirée-événement » organisée à Naples[1].
Les origines de la performance artistique comme on l'entend actuellement remontent aux activités du groupe gutaï (Japon, 1954). Sur des peintures de très grand format, entailler, déchirer, mettre en pièces, brûler, projeter, lancer, laisser s'écouler ou goutter l'encre de manière aléatoire… sont ses mots d’ordre; qui incluent presque systématiquement le corps de l'artiste dans l'œuvre. Celle-ci étant généralement détruite dans l'action, il ne reste donc que très peu de traces des originaux. Par contre, on retrouve en nombre des traces cinématographiques, vidéo et photographiques. L'art contemporain de la "performance" s'est particulièrement épanoui au Japon en raison de la manière dont la mentalité japonaise vit la temporalité (et l'espace). L'art de la performance japonaise est à mettre en rapport, notamment, avec les notions de l'impermanence, de Mono no aware et de Ma[2]. Par ailleurs le travail, entre autres, de la calligraphie japonaise prédispose à une forte concentration dans l'instant présent et à un "lâcher-prise" susceptible de donner naissance à l'imprévisible et à la fulgurance.
C'est sans doute après son voyage au Japon, au cours duquel il a peut être également vu les premières œuvres monochromes d'Atsuko Tanaka, qu'Yves Klein initiera, par ses « gestes » et « actions », la performance en France.
Dans la tradition de l'art contemporain occidental, il existe plusieurs termes désignant des types de performances se rattachant à différentes traditions. La « performance concrète », est essentiellement une action artistique comportementale entreprise par un (ou des) artiste(s), face à un public ; la « manœuvre » active une tentative d'infiltration comportementale de l'environnement par l'artiste et des objets prolongateurs ; le happening ; la « poésie-action », expression proposée par Bernard Heidsieck, l'un des fondateurs de la poésie sonore, relève de la mise en situation d'une action impliquant le texte et la présence ; la « situation construite » est une action dirigée vers le tissu social ; l’« art corporel » ou « body-art » des années 1960 et 1970 définit une pratique où les limites du corps sont mises à l'épreuve dans un cadre artistique et où l'artiste vise à expérimenter et à faire partager une œuvre dans laquelle le corps est mis en état de déstabilisation cognitive ou expérientielle. D'autres traditions artistiques proposent d'autres concepts de performance. Par exemple, dans la tradition de l'art contemporain Javanais, on propose dès les années 1990 le concept de « Jeprut », une action comportementale spontanée, sans durée pré-déterminée et pouvant se dérouler sur une échelle temporelle inhabituelle.
À cause de leurs caractères souvent « monstratifs », faisant appel à une certaine forme de représentation, certaines performances empruntent parfois des éléments au langage théâtral. Mais leurs démonstrations, davantage fondées sur l'idée de processus, relèvent plus de situations fondées sur une structure de déroulement temporelle qu'au théâtre. Contrairement au théâtre où le temps est construit de manière purement fictionnelle, le temps et l'espace in situ constituent souvent les éléments essentiels de la pratique de la performance. Ainsi, si on la met en parallèle avec la tradition littéraire, la prose pourrait être à la poésie ce que la performance serait au théâtre. Certaines performances utilisent également des éléments théâtraux en les détournant de leurs fonctions d'origine, s'inspirant du concept de distanciation brechtienne.
La performance, pratique « intermedia », au sens de ce terme donné par Dick Higgins, peut trouver son origine dans tous les secteurs de l'art dont elle brouille les frontières et mixe les catégories, même s'il est évident que, suivant le contexte socioculturel où le terme « performance » est utilisé, il inclut - ou exclut - certaines disciplines artistiques dans son processus de production. Elle peut aussi emprunter des éléments à l'art culinaire, la technologie, l'art populaire ou même quelquefois à des activités socio-économiques où le corps est utilisé à des fins marchandes (comme la microchirurgie chez Orlan, l'érotisme chez Cosey Fanni Tutti, etc.). Ainsi, une performance peut indifféremment se produire par un ou plusieurs médiums, médias ou même un média de masse.
Roselee Goldberg (en) applique le terme de performance au travail des futuristes comme Marinetti. Les artistes de Fluxus tels que d'abord George Brecht, initiateur de Fluxus avec George Maciunas et créateur de l'EVENT, puis Yoko Ono, Nam June Paik, Joseph Beuys, Wolf Vostell, Alison Knowles, ou le groupe niçois de Fluxus, fortement influencé par G. Brecht, avec Benjamin Vautier (dit Ben), Serge Oldenbourg (dit Serge III), Robert Bozzi, Robert Erébo et Marcel Alocco, ont fondé durant les années 1960 les assises de la performance post-moderne occidentale.
La performance peut être un art du risque immédiat, présenté en public, d'ailleurs souvent en interaction avec les membres de celui-ci.
La performance découle la plupart du temps d'une composition, d'une partition, ou d'une quelconque autre « écriture préalable » (comme l'affirme O. Garcin) liées à la notion de formulation. Par extension, se traduisant sous forme de texte, dessins, protocoles... produits a priori ou a posteriori, la performance donne des œuvres dépassant l'« éphéméritée » de sa révélation. Née dans un contexte de reproduction moderne de l'image, souvent éphémère et évanescente, elle remet en cause la notion de marchandisation de l'objet d'art tout en proposant des signes matériels qui sont aussi des œuvres appartenant à la catégorie des objets.
Dans un tel contexte, le problème de la représentation, pour les artistes de performance comme pour les amateurs d'art, s'avère important. La représentation, traduite sous la forme d'un « spectacle » comporte certains problèmes idéologiques que des artistes actifs en « art action » ont dénoncé dès les débuts (particulièrement parmi les futuristes et, plus tard, par les happening d'Allan Kaprow, puis par les situationnistes, comme en témoignent certains passages du livre La Société du spectacle de Guy Debord). Ainsi tout un mouvement de la performance fait appel à la mise en place de situations visant à infiltrer le tissu social (voir par exemple, l'art sociologique). Avec l'apparition des « pratique relationnelles » et de nouveaux outils de communication à la fin du XXe siècle, les artistes qui travaillent de cette manière se sont multipliés depuis les années 1990.
Il est difficile de définir précisément la pratique constamment changeante de la performance. En effet elle semble consister essentiellement en une redéfinition des modalités d'utilisation des langages artistiques. Son inscription dans une tradition autre que celle qu'elle a elle-même créée la conduit à une référence aux systèmes des Beaux-arts, c'est-à-dire alors à une présence dans l'Histoire de l'art qui ne sera plus celle qui lui a souvent été attribuée, une série d'anecdotes éphémères accompagnant le surgissement d'avant-gardes et ensuite d'individualités.
Principe de création particulier, la performance est une réponse aux modus operandi de l'art de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle, questionnant l'hypothèse de pérennité de l'objet en art et annonçant le nécessaire intérêt au processus de la réalisation, la performance rappelle que l'art n'a pas d'existence, comme toute production de l'esprit, sans l'existence de l'artiste lui-même : la vie.
Artistes[modifier]
Les plus célèbres[modifier]
- John Cage (initiateur du mouvement Fluxus et créateur des Happenings)
- Marina Abramović
- Arturo Barrio (Brésil, documenta de Kassel)
- Joseph Beuys (Coyote : I like America and America likes me)
- Julien Blaine
- George Brecht (créateur des Events)
- Chris Burden
- Valie Export
- Fred Forest (art sociologique)
- Michel Journiac
- Tetsumi Kudo (anti-art-Karaté)
- Yves Klein (Anthropométries)
- Allan Kaprow
- Inn-Yang Low e.h.
- Otto Muehl (actionnisme viennois)
- Hermann Nitsch (actionnisme viennois)
- Yoko Ono (Fluxus)
- Orlan
- Gina Pane
- Benjamin Patterson (Fluxus)
- Niki de Saint-Phalle (tableaux-tirs)
- Benjamin Vautier (dit Ben)
- Wolf Vostell (Happening, Fluxus)
- Gilbert & George (duo critiquant la société anglaise et la religion)
Performeurs français[modifier]
- Akenaton, Philippe Castellin et Jean Torregrossa (Doc(k)s)
- Michel Batlle
- Olivier Bosson
- Józef Bury
- Lucille Calmel
- Anne-James Chaton (poète performeur)
- Carole Douillard
- Charles Dreyfus
- Jean Dupuy
- Jean-Michel Espitallier (poète performeur)
- Esther Ferrer
- Olivier de Sagazan
- Thierry Fournier
- Michel Giroud
- Philippe Guénin
- Pierre Guéry (poète performeur)
- Bernard Heidsieck (poète performeur)
- Joël Hubaut
- Kej
- Jean-Jacques Lebel
- Michèle Métail (poète performeur)
- Serge Oldenbourg (dit Serge III)
- Charles Pennequin (poète performeur)
- Serge Pey (poète d'action)
- Richard Piegza
- Phil Reptil
- Christophe Tarkos (poète performeur)
Performeur americano-allemand[modifier]
- Tino Sehgal[réf. nécessaire]
Performeurs belges[modifier]
- Jacques Lizène
- Eric Duyckaerts
- Antoine Boute (poète performeur)
- Guy Bleus
- Jan Fabre
- Panamarenko
- Roger Raveel
Performeurs italiens[modifier]
- Chiara Mulas (Sardaigne)
- Carla Bertola et Alberto Vitacchio (Turin)
- it:Giovanni Fontana (poeta) (Frosinone)
- Nicola Frangione (Arta performing, Monza)
- Emilio e Franca Morandi (Ponte Nossa, Venise)
- Giovanni e Renata Strada (Ravenne)
- Bruno Capatti (Medicina)
- Fulgor Silvi (Frontone)
- Attilio Fortini (Paris)
- Santini del Prete (Livourne)
- Dino Sileoni (Tolentino)
- Liuba Piccini (Milan, New York, Rimini)
- Gianni Broi (Florence)
- Paolo Bottari (Livourne)
- Bruno Sullo (Livourne)
- Francesco Mandrino (San Felice sul Panaro)
- Piero Manzoni (Soncino)
- Flavio Sciolè (Rome)
Performeurs canadiens[modifier]
- Lys-Ange LeBlanc
- Gabriel Simard
- Pierre-André Arcand
- Sylvette Babin
- Alexis Bellavance
- Christine Brault
- Sylvain Breton
- Constanza Camelo
- Sophie Castonguay
- Johanne Chagnon
- Moe Clark (spokenword performance)
- Sylvie Cotton
- Nathalie Derome
- David 2 Divizio
- Doyon/Demers
- Margaret Dragu
- Rachel Echenberg
- Christian Messier
- Hugo Nadeau (Québec)
- Francis O'Shaughnessy
- Nicole Fournier (Eco-art -InTerreArt)
- Claude-Paul Gauthier
- Guillaume Adjutor Provost
- Paul Grégoire
- Claude Lamarche
- Éric Létourneau
- Tanya Mars
- Richard Martel (Intervention, Québec)
- James Partaik
- Marie-Andrée Rho
- Alain-Martin Richard
- Sonia Robertson
- Jean-Claude Saint-Hillaire
- Victoria Stanton
- Julie-Andrée T
- Sylvie Tourangeau
- Denys Tremblay
- Martine Viale
- Sheri-D Wilson (spokenword performance)
Performeurs japonais[modifier]
- Shuzo Hoshino
- Shozo Shimamoto
- Shun Ishikawa
- Tari Ito
- Keiko Kamma
- Masashi Kawamoto
- Ryo Maruyama
- Tokio Maruyama
- Taisuke Morishita
- Koji Ogushi
- Yukio Saito
- Seiji Shimoda
- Shiota Chiharu
- Yoichi Ueno
- Nobuki Yamamoto
- Gutai
- Yuuko Suzuki
Bibliographie[modifier]
- Serge Pey, Lèpres à un jeune poète. Principes élémentaires de philosophie directe, Toulouse, Délit Editions, 2011.
Notes et références[modifier]
- Giovanni Lista, Le Futurisme : création et avant-garde, Éd. L’Amateur, Paris, 2001, ISBN 978-2-85917-322-7
- Keys to the Japanese Heart and Soul, éd. Kodansha, Bilingual books, 1996