Arthur Cravan

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Arthur Cravan

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Portrait d'Arthur Cravan par Jean-Paul-Louis Lespoir

Nom de naissance Fabian Avenarius Lloyd
Naissance 22 mai 1887
Lausanne, Suisse
Flag of Switzerland.svg
Décès 1918 (à 31 ans)
Rio Grande, Mexique
Mexique

Arthur Cravan, de son vrai nom Fabian Avenarius Lloyd, né le 22 mai 1887 à Lausanne (Suisse) et disparu dans le Golfe du Mexique en 1918, est un poète et boxeur britannique de langue française. Fils d'Otho Holland Lloyd, il est le neveu d'Oscar Wilde qui avait épousé Constance Mary Lloyd, sœur d'Otho, en 1884.

Biographie[modifier | modifier le code]

Considéré, tant par les dadaïstes que par les surréalistes comme un des précurseurs de leurs mouvements, Arthur Cravan souleva le scandale partout où il passa.

Il est né Fabian Avenarius Lloyd, de Clara St-Clair Hutchinson (dite Nellie, ?-1934) et d'Otho Holland Lloyd (1856-1930), fils d'Horace Lloyd (1829-1874), conseiller de la reine Victoria. Fabian avait un frère aîné, Otho Lloyd (1885-1979) qui devint peintre[1].

Il choisit probablement le pseudonyme d'Arthur Cravan en référence au lieu de naissance de sa fiancée Renée Boucher : Cravans, en Charente-Maritime.

Entre 1912 et 1915, à Paris, il est l'éditeur et le rédacteur unique de la revue Maintenant, dont il produit cinq numéros, mêlant critiques littéraires et artistiques aux excentricités et provocations de toutes sortes, préfigurant l'apparition imminente du mouvement dada.

Ainsi, ayant insulté la peintre Marie Laurencin, il publie le rectificatif suivant :

« Puisque j'ai dit : "En voilà une qui aurait besoin qu'on lui relève les jupes et qu'on lui mette une grosse ... quelque part", je tiens essentiellement qu'on comprenne à la lettre : "En voilà une qui aurait besoin qu'on lui relève les jupes et qu'on lui mette une grosse astronomie au Théâtre des Variétés". »

Dans ce même article (« L'Exposition des Indépendants », Maintenant, numéro 4), Cravan s'en prit à tous les peintres médiocres et aussi à Guillaume Apollinaire qui lui envoya ses témoins.

Dans un article publié dans le numéro 2 de Maintenant, daté de juillet 1913, Cravan fait une description hilarante et iconoclaste de sa visite chez André Gide qu'il traite de « petite nature qui pèle aux mains blanches de fainéant. » En 1932, André Breton affirme dans une lettre qu'André Gide ne se relèvera jamais de ces quelques pages de critique désinvolte[2].

Toujours à Paris, il annonça son suicide public, l'auditorium étant rempli de curieux. Il les accusa alors de voyeurisme puis fit une conférence exceptionnellement détaillée de trois heures sur l'entropie.

En 1915, il quitte la France en guerre et traverse l'Europe entière, muni de faux passeports, puis trouve refuge à Barcelone (1916) où il renoue avec la boxe en organisant un combat resté célèbre avec le champion du monde Jack Johnson qui le met KO au sixième round[3],[4]

Il s'embarque ensuite pour New York où il fait la connaissance de diverses personnalités, dont Marcel Duchamp[5] et la poétesse Mina Loy, avec qui il vit une intense passion. Prenant pour modèle son mari disparu, elle commencera un roman, Colossus, resté inachevé. De leur union naîtra, en avril 1919, leur fille unique, nommée Fabienne Benedict. Les descendants d'Arthur Cravan vivent aujourd'hui à Aspen dans le Colorado.

Arthur Cravan disparaît au large du Golfe du Mexique en 1918, sans que son corps soit jamais retrouvé. La police mexicaine aurait fait état d'un corps d'homme abattu près de la frontière au bord du Rio Grande del Norte ; le signalement - blond cendré et très grand - pouvait correspondre à celui de Cravan.

André Breton, qui accordait une grande importance historique à la revue Maintenant pour avoir été la première dans laquelle certaines préoccupations extra-littéraires et même anti-littéraires aient pris le pas sur les autres[2], affirme dans son Anthologie de l'humour noir qu'il est impossible de ne pas découvrir en Cravan les signes annonciateurs de Dada.

Hypothèses sur sa disparition[modifier | modifier le code]

Un corps, correspondant aux mensurations de celui de Cravan, aurait été retrouvé à la frontière du Mexique (États-Unis). D'autres disent qu'il aurait été aperçu en train de peaufiner quelques crochets et uppercuts sur une orque femelle (Philippe Squarzonni) et certains se réclament de sa filiation (Sébastien Montag, Paskua)... Sa femme Mina Loy se lancera dans une enquête à travers le monde jusqu'en 1923.

Dans une œuvre de fiction, Philippe Dagen raconte la « suite » de la vie d'Arthur Cravan, qui ne serait pas mort noyé (Arthur Cravan n'est pas mort noyé, Grasset, 2006).

À propos d'Arthur Cravan[modifier | modifier le code]

  • « Les gens que j'estimais plus que personne au monde étaient Arthur Cravan et Lautréamont, et je savais parfaitement que tous leurs amis, si j'avais consenti à poursuivre des études universitaires, m'auraient méprisé autant que si je m'étais résigné à exercer une activité artistique ; et, si je n'avais pas pu avoir ces amis-là, je n'aurais certainement pas admis de m'en consoler avec d'autres. » Guy Debord, Panégyrique, tome premier (1989)
  • « Avant de parler, il a tiré quelques coups de pistolet puis a débité, tantôt riant, tantôt sérieux, les plus énormes insanités contre l’art et la vie. Il a fait l’éloge des gens de sport, supérieurs aux artistes, des homosexuels, des voleurs du Louvre, des fous, etc. Il lisait debout en se dandinant, et, de temps à autre, lançait à la salle d’énergiques injures. » Paris-Midi, 6 juillet 1914
  • « J'aime mieux Arthur Cravan qui a fait le tour du monde pendant la guerre, perpétuellement obligé de changer de nationalité afin d'échapper à la bêtise humaine. Arthur Cravan s'est déguisé en soldat pour ne pas être soldat, il a fait comme tous nos amis qui se déguisent en honnête homme pour ne pas être honnête homme. » Francis Picabia, Jésus-Christ Rastaquouère

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Arthur Cravan, Œuvres, Poèmes, articles, lettres, repères biographiques, illustrations, témoignages sur Arthur Cravan, édition établie par Jean-Pierre Begot, éditions Gérard Lebovici, Paris, 1987 ; rééd. éditions Ivrea, Paris, 1992 ISBN 2-85184-179-3
  • Arthur Cravan, J'étais cigare : Maintenant suivi de Fragments et d'une lettre, Eric Losfeld, Paris, 1971
  • Arthur Cravan, Maintenant, texte intégral de la revue suivi de Poèmes, chronique, fragments et documents présentés et annotés par Gabriel Saisseval, éditions Ombres, Toulouse, 2010

Revue Maintenant[modifier | modifier le code]

  • Numéro 1, avril 1912
  • Numéro 2, juillet 1913
  • Numéro 3, numéro spécial (1), Oscar Wilde est vivant !, octobre-novembre 1913
  • Numéro 4, numéro spécial (2), L'Exposition des Indépendants, mars-avril 1914
  • Numéro 5, Poète et boxeur ou l'Âme au vingtième siècle, mars-avril 1915

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • Bibliothèque nationale de France • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
  • André Breton, Anthologie de l'humour noir, Sagittaire, 1940
  • André Breton, Les pas perdus, Gallimard, 1970
    Cravan est évoqué dans le texte de la conférence prononcée à l'Ateneo de Barcelone, le 17 novembre 1922
  • Gabrielle Buffet-Picabia, Aires abstraites, éd. P. Cailler, Genève, 1957
  • Blaise Cendrars, Le Lotissement du ciel, Denoël, 1949
    souvenirs de Cendrars sur Cravan dans le chapitre « La tour Eiffel sidérale ». Ce texte constitue en abrégé le sixième entretien de Blaise Cendrars vous parle, éd. Denoël, 1952
  • Marcel Duchamp, Ingénieur du temps perdu, entretiens, Belfond, 1967
  • (en) Julien Levy, Memoir of an art Gallery, New York, 1977
    un chapitre de ce livre est consacré à Cravan
  • (en)Robert Motherwell, The Dada Painters and Poets, éd. Motherwell, New York, 1951
    dans ce livre figure la traduction en anglais de l'article « L'Exposition des indépendants »
  • Francis Picabia, Jésus-Christ Rastaquouère, 1920
  • José Pierre, Le Futurisme et le dadaïsme, éditions Rencontre, Lausanne, 1966
  • Man Ray, Autoportrait, Laffont, 1964
  • André Salmon, Souvenirs sans fin, Gallimard, 1956
    nombreuses informations sur Cravan dans le chapitre « Éloge d'un grossier personnage »
  • Michel Sanouillet, Dada à Paris, Pauvert, 1965 ; Flammarion, 1993 ; CNRS, 2005
  • Léon Trotsky, Ma vie
    Trotsky croisa Cravan sur un navire en partance vers New York en 1916
  • Maria Lluïsa Borras, Picabia, Albin Michel, 1985
    plusieurs informations sur le séjour de Francis Picabia et Arthur Cravan à Barcelone
  • Noël Godin, Anthologie de la subversion carabinée, L'Age d'Homme, Lausanne, 1988
  • Arthur Cravan, poète et boxeur, catalogue, Galerie 1900-2000, Paris 1992
  • Maria Lluïsa Borras, Cravan, une stratégie du scandale, Jean-Michel Place, 1996
  • Philippe Squarzoni, Portrait inédit d'Arthur Cravan, édition Le 9e Monde, Paris, 2003
  • Arthur Cravan, le neveu d'Oscar Wilde, catalogue, Musées de Strasbourg, 2005
  • Philippe Dagen, Arthur Cravan n'est pas mort noyé, Grasset, 2006
  • Nouvelle Revue Française no 587, octobre 2008, Gallimard. Dossier sur Arthur Cravan réalisé par Bertrand Lacarelle
    Textes autobiographiques inédits, poèmes inédits
  • Bertrand Lacarelle, Arthur Cravan, précipité, Grasset, 2010
  • Le numéro 14 du Correspondancier du Collège de ’Pataphysique, Viridis Candela 8e série, 15 décembre 2010, est consacré à Arthur Cravan.
  • Edgardo Franzosini, Grande trampoliere smarrito Watt n° 0,5 2012
  • Vincent Teixeira, Assez, j'y vais, j'y erre - Arthur Cravan, Jacques Vaché, Jacques Rigaut, trois « gais terroristes » dans les lettres françaises, Fukuoka University Review of Literature and Humanities, XLV/I-II, septembre 2013
  • Dossier « Arthur Cravan est vivant ! » (textes, photos, documents d'archives inédits), dirigé par Bertrand Lacarelle, dans La Règle du jeu, n° 53, Grasset, octobre 2013

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chronologie in Maria LLuïsa Borràs, supra, pp. 361-364.
  2. a et b André Breton, lettre du 3 novembre 1932 à R. Gaffé, reproduite in Arthur Cravan, Œuvres, éd. Gérard Lebovici.
  3. Arthur Cravan, Œuvres, p. 273, éditions Ivrea, 1992.
  4. Cependant, d'après Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 3 / Dada : Dada à New York et à Barcelone, Arthur Cravan est mis KO dès le premier round, n'étant qu'un champion auto-proclamé, et s'étant présenté ivre au combat
  5. cf. document autographe in Maria Lluïsa Borràs, infra, p. 372.