Slam (poésie)
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Un slam de poésie est un concours de déclamation de textes poétiques. Né d'une idée du poète américain Marc Smith en 1986 dans le but de rendre les lectures de poèmes à la fois moins élitistes et moins ennuyeuses[1], le slam prévoit des règles minimales, laissant une grande liberté au participant. La discipline repose sur les talents d'orateur, et tend parfois vers le sketch humoristique ou le stand-up. Par extension, une soirée slam est une soirée de lectures de poèmes avec le principe de la scène ouverte, ou « open mic », c'est-à-dire que quiconque peut réciter un texte s'il le souhaite. On considère que le slam est un mouvement artistique porteur de valeurs telles que l'ouverture d'esprit, le partage, la liberté d'expression et le dépassement des barrières sociales.
Sommaire |
[modifier] Étymologie
L'origine du terme slam a été expliquée par Marc Smith[2], l'initiateur du mouvement : ce mot signifie « claquer », car la poésie claque et doit devenir un spectacle et non un cercle de poètes endormis. C'est l'un des premiers objectifs du créateur des scènes slam. Il précise de même la proximité (aussi bien de sens que phonétique) du mot « slam » avec le mot « schelem » (« Grand Chelem » utilisé en tennis, basketball, baseball, bridge, etc.) pour nommer le tournoi de poésie.
De nouvelles déclinaisons sont utilisées : slamerie, slamer, slameur, slameuse, slamlut, slamlutations, slamicalement... On peut aussi parler des « slam jam », c'est-à-dire des scènes où des musiciens improvisent une musique pour chaque passage de slameur, garantissant dès lors les valeurs d'équité défendues par l'habituelle interdiction des instruments.
Le slammaster, MC, ou slamestre, est l'organisateur et l'animateur de slam, garant des règles et de sa slameriephilosophie. Son engagement est avant tout social. Certains interviennent dans le domaine éducatif avec des ateliers de Slam Poésie tant au niveau des jeunes que des adultes.
Le mot « slam » peut également être utilisé pour définir un poème : « Je vais te dire un slam », bien que la différence poème/slam ne trouve sa vraie nature qu'en présence d'un public direct.
Le terme « spoken word » est aussi employé pour décrire une déclamation avec une musique de fond qui ne sert pas de base au rythme comme dans le rap. Le Français Grand Corps Malade en est l'exemple type, ayant lui-même expliqué dans divers articles de presse dès son succès que, sur ses cd, il ne pouvait pas faire de vrai slam. De manière générale, les slameurs qui ont suivi ce courant de déclamation sur fond sonore, enregistré, en concert ou en slam jam, peuvent être qualifiés de « spoken word ». Si on peut donner cette définition du côté européen, au Québec c'est strictement l'inverse. Traduisant littéralement l'expression anglaise, le terme « spoken word » désigne chez eux les séquences de « micros ouverts » dans les scènes slam.
[modifier] Règles habituelles du slam
Même si le slam poésie est souvent décrit comme un moyen de liberté d'expression, le spectacle est structuré par des règles qui sont généralement les suivantes :
- Inscriptions ouvertes à toutes et tous auprès du présentateur
- On peut passer seul, en duo, en trio... pas de nombre maximal imposé, si ce n'est la limite technique (possibilité de poème collectif)
- Pas de décorations sonores, lumineuses ou vestimentaires
- Pas d'accessoires (si le slameur ne connait pas son texte, il peut le lire sur scène)
- Temps de parole de trois minutes maximum
- Un texte par passage sur scène
- Texte issu de sa propre création
- Un texte dit = un verre offert (est l'exception culturelle francophone)
Ces règles sont variables selon les scènes. Par exemple, certaines ne seront pas contre un ensemble de plusieurs petits textes lu en un même passage, autoriseront jusque cinq minutes voire supprimeront la limite de temps, d'autres ne donneront qu'un verre par slameur même s'il passe plusieurs fois, d'autres encore imposent un prix d'entrée modique, ou n'interdisent pas la lecture de texte écrit par quelqu'un d'autre, pourvu qu'il cite sa source et l'interprète à sa façon. Quoi qu'il en soit, on peut autant dire, lire, chanter, murmurer, que rapper ou gazouiller son slam. On peut même faire un mime. C'est l'occupation de la scène et le partage oral/corporel qui compte.
En cas de tournoi, voici comment sont établies les règles de notation :
- Un jury, choisi au hasard dans la salle, note les poètes ou équipes de poètes. Son rôle est de donner des notes, allant de zéro à dix, à chaque passage. Comme le jury n'est pas expert en la matière, il s'agit d'un jugement relativement subjectif et sur des bases différentes d'une notation de type scolaire. Les points sont donnés selon le texte et la performance. Mais il est important de rappeler que le rôle des poètes est de faire de la poésie, et non de gagner à un tournoi.
Les scènes slam pratiquant ces règles de jeu incluent : le Grand Slam de Paname, le Grand Slam National, le Slam United, le Slam So What, la Maison Folie de Mons et divers slams sessions et grands ateliers en France principalement dans les grandes villes du Nord : Reims, Troyes et Chaumont en Champagne, Rennes et Nantes en Bretagne et Tours dans le Centre... Cette approche, inventée par Marc Smith pour ramener du public et rendre les scènes slam plus populaires, est majoritairement pratiquée au niveau international : IWPS (individual world poetry slam), German International Poetry Slam, Harlem Poetry Slam (Hollande)...
Un petit nombre de scènes font voter toute la salle avec des cartons colorés comme dans les matchs d'improvisation ou au moyen d'un applaudimètre, comme le tournoi européen de slam de Berlin.
[modifier] Histoire
[modifier] Aux USA
Le slam naît d’une idée du poète Marc Kelly Smith en 1986. Ecrivain issu de la working class de Chicago, Smith animait (outre des spectacles de théâtre et d’humour) des soirées de lecture de poèmes. Il jugeait celles-ci trop ennuyeuses et souhaitait les redynamiser, tout en nourrissant une vision non-élitiste de la poésie[1]. Invité à organiser des lectures au Green Mill Cocktail Lounge de Chicago (l’ancien repaire d’Al Capone[1],[3]), il créa un spectacle intitulé « Uptown Poetry Slam ». Dans cet événement, la scène était ouverte à toute personne souhaitant lire un poème (appris par cœur ou non), et l’exercice était évalué par un jury de personnes choisies au hasard dans le public. Les textes devaient être dits sans décor ou costume ni musique de fond, et limités à trois minutes par intervenant. Le premier «Uptown Poetry Slam» eut lieu le 25 juillet 1986. Le terme de slam a été choisi par Smith parce qu’il signifie « tournoi »[4],[5] (Grand Slam ou Shelem), mais connote à la fois le sens de « claquer » ou « balancer »[6]. Les évènements du dimanche soir gagnèrent rapidement un public qu’il faut considérer comme inhabituel pour des lectures de poèmes : il est issu de la classe laborieuse ou habitué à fréquenter celle-ci, frustré du monopole académique à l’endroit de la poésie, et il alimente une atmosphère de contre-culture[7].
Le slam apparaît ensuite à New York par le truchement du poète Bob Holman. En 1988, ce dernier publie un article sur le slam dans le New York Times. Au fameux Nuyorican Poets Cafe, il initie lui-même les slams hebdomadaires « Nuyorican Friday Night Poetry Slam ». Marc Smith voit cette initiative comme rivale : Aptowicz[8] parle de « culture war » entre slam new-yorkais et chicagoan. Si le but de Smith est de permettre à une poésie de meilleure qualité d’émerger, Holman développe au contraire un style libre et dérégulé, sans limite de temps pour les slameurs, où l’intervention des jurés tient plus de la farce que de la critique[8]. On notera que Bob Holman est bien inséré dans les milieux littéraire-poétiques new-yorkais (mieux que Marc Smith à Chicago). Il dirige notamment la maison d’édition Nuyorican Café Press, et il publiera les textes des artistes de sa Poetry Slam : on mentionnera Big Bank take Little Bank (février 1991, Nuyorican Café Press) avec des textes de Paul Beatty, et l’anthologie Aloud : Voices frome the Nuyorican Poets Cafe (août 1995, Holt Paperbacks).
Les villes de San Francisco (par l’initiative de Gary Mex Glazner, dans divers lieux), puis Boston (par l’initiative de Michael Brown et Patricia Smith, au T.T. Bears), Ann Arbor, Detroit et même Fairbanks (en Alaska) verront s’organiser des soirées slam dans le genre de celles de Marc Smith. En 1990, Gary Mex Glazner, l’organisateur principal des soirées slam de San Francisco, suggère l’idée d’un tournoi de slam intervilles. Il organise le premier National Poetry Slam (NPS) la même année dans le cadre du National Poetry Festival de San Francisco. À l’époque, seules San Francisco, Chicago et New-York participent. La compétition compte neuf slameurs en lice. New York n’envoie qu’un seul slameur, Paul Beatty. Pour la deuxième édition du National Poetry Slam, la ville de Boston rejoint le concours. Le tournoi compte une catégorie individuelle et une catégorie par équipe. Le vainqueur par équipe remporte un prix de 2 000 dollars[9].
La pratique du slam s’étend alors rapidement aux Etats-Unis. À New York en particulier, l’intérêt pour le slam – que l’on désigne à l’époque toujours par les termes « poetry slam » - grandit avec force. Bob Holman ayant permis à Paul Beatty de publier ses textes par l’ouvrage Big Bank take Little Bank (février 1991, Nuyorican Café Press), de nombreux auteurs gravitent autour du Nuyorican Poets Café dans l’espoir d’être remarqués par Holman[10]. Du fait de son succès, le Nuyorican Friday Night Poetry Slam se divise en deux soirées : une le mercredi (présélections), l’autre le vendredi (compétition). Deux autres rendez-vous de slam sont instiués à New York : « NYC-Urbana » dès 1997 et « louderARTS » dès 1998.
En août 1996, à Portland, les slameurs organisateurs du National Poetry Slam fondent l’association sans but lucratif Poetry Slam, Inc.. Elle propose des règlements de tournois et fédère les organisateurs ; sa Charte est adoptée en août 1997.
Lors de l’édition 1996 du National Poetry Slam, se déroulant à Portland, 26 villes américaines sont en compétition. Ce tournoi joue un rôle non négligeable dans l’histoire du slam puisque le réalisateur Paul Devlin entreprendra de le filmer pour en tirer un documentaire, intitulé Slam Nation. Diffusé en Amérique du Nord, ce film présente des interviews de Marc Smith, et met en valeur les slameurs Taylor Mali et Saul Williams, futurs stars de la discipline. Il contribuera à attirer l’attention sur le slam.
L’étape suivante de médiatisation du slam est le film Slam, sorti en 1998, écrit et réalisé par Marc Levin. Cette fiction raconte l’histoire de Ray Joshua, un jeune noir arrêté pour trafic de drogue qui développera son don pour la poésie orale durant son séjour en prison. Ray est interprété par Saul Williams (vedette émergente du slam, déjà la figure centrale du film Slam Nation), qui y récite ses propres textes. Le film remporte le Grand Prix du festival de Sundance ainsi que la Caméra d’or (meilleur premier film) de Cannes. Il jouera un rôle de taille dans la notoriété du slam en Europe.
Le slam fait son apparition à la télévision avec les séries Def Poetry (dès 2002) produite par HBO, ainsi que MTV Spoken Word Unplugged. Ces deux émissions diffusent l’équivalent de soirées slam non-compétitives, avec les « stars » du slam, mais aussi du rap.
On notera que ce que l’on peut nommer, de par la vitesse de sa propagation, le « mouvement slam » apparaît conjointement à une crise dans le monde de la poésie traditionnelle. En 1988, l’écrivain Joseph Epstein publia un éditorial dans la revue Commentary intitulé « Who Killed Poetry ? ». Il y déplore le fait que la poésie a déserté le grand public, en incriminant le système universitaire des études littéraires aux USA. Pareillement, en 1989, Donald Hall publia dans Harper’s « Death to the Death of Poetry », où il accuse les poètes de nombrilisme. La même année, 101 auteurs répondirent à Epstein dans un dossier du Writer’s Chronicle. La critique littéraire Diana Gioia publia sa réponse à Epstein, « Can Poetry Matter ? », dans la revue Atlantic d’avril 1991, où elle regrette le manque de public pour la poésie, les écrivains préférant les cursus universitaires élitaires à la vie de bohème.
[modifier] En Europe
Les premiers évènements de slam européens apparaissent en 1993 en Finlande, en Suède et en Angleterre.
[modifier] En Allemagne
En Allemagne, les premières traces d’intérêt pour le slam remontent en avril 1992 déjà, lorsque Ursula Keller, directrice de la Literaturhaus Hamburg invite Bob Holman et Alan Kaufman (autre activiste du slam new-yorkais) à l’occasion d’un événement de poésie . En 1993, l’éditeur berlinois Galrev publie Slam ! Poetry : Heftige Dichtund aus Amerika. Dès 1994, l’on trouve un évènement de slam à Berlin sous le nom « Poetry Slam ». Mais aussi dès 1996 à Munich ainsi que Düsseldorf, et dès 1997 à Hambourg. En 1997, ces quatre villes concourent à l’occasion d’un « National Poetry Slam ». Le portail du slam allemand recense aujourd’hui 484 lieux de slam dans l’espace germanohphone.
[modifier] En France
En France, c’est à Paris, au bar le Club-Club, vers 1997 qu’apparaissent les premières soirées slam. Le Club-Club, aujourd’hui fermé, était situé au cœur de Pigalle, rue André-Antoine, en face de l'Hôtel des Beaux-Arts (un lupanar de transsexuelles sud-américaines). Le noyau dur des premiers slams se compose de Pilote le Hot, Nada et MC Clean. À l’époque, il ne s’agit pas encore de tournois, mais seulement de scènes ouvertes de lecture. À la fermeture du Club-Club en 1998, Pilote le Hot fonde Slam Production, présentant des spectacles de slam dans différents lieux de l’est parisien (l’Abracadabar, la Flèche d’Or, le Pataquès). Suite au succès du film Slam en 1998, on compte plusieurs soirées slam à Paris et une à Marseille (au Béret Volatile). Sur les scènes ouvertes, la règle est « un poème lu, un verre offert ». Dès l’an 2000, la presse relaie le phénomène. Les slameurs sont encore associés au film de Marc Levin, comme en témoigne le premier article de Télérama, qui sous-titrait « les tchatcheurs du film “Slam” ont fait des émules ». D’autres scènes slam se développent alors dans tout Paris, dont les plus spectaculaires sont tenues à la Boule Noire ainsi qu’au Trabendo de la Vilette (salle de 400 places) avec les soirées de la compagnie Bouchaz’oreille dans lesquelles la scène est un ring de boxe. Ces évènements font salle comble.
Un coup de projecteur médiatique considérable va bouleverser la progression du slam en France. Le slameur Grand Corps Malade (Fabien Marsaud), vainqueur de plusieurs tournois à la Boule Noire et au Trabendo de la Vilette, se voit proposer un contrat par le label AZ pour la production d’un album en 2005. Il enregistre ses textes sur un fond musical, et l’album, intitulé Midi 20, sort le 27 mars 2006. Le 12 juin de la même année, le rappeur Abd Al Malik sort l’album Gibraltar, dans lequel ses textes sont récités plutôt que rappés. Il est associé par le public au mouvement slam. Aux Victoires de la musique 2007, Grand Corps Malade remporte les prix « Artiste révélation de scène » et « Album révélation », et Abd Al Malik « Album de musiques urbaines ». Midi 20 se vendra à plus de 600 000 exemplaires. Grand Corps Malade donne des ateliers d’écriture dans des écoles, des maisons de retraite et des prisons. Par la suite, Grand Corps Malade et Abd Al Malik seront promus Chevaliers des Arts et des Lettres.
A partir de 2004 d’importantes rencontres slam sont organisées un peu partout en France : Grand Slam National (Nantes et Bobigny), Slam United (Paris), Bouchazoreill’Slam (Paris), Nuit du Slam (Reims, Creil, Lyon et Dijon), Slam Fever(Rennes), Slam l’homme Géant (Lyon), Slam So What (Paris), Slam N’ Co (Nantes), Super Slam (Tours), Grand Slam de Panam (Paris), Festival Paroles(Colmar, Sélestat, Ostwald et Mulhouse), Le Mans cité Chanson (Le Mans) etc..
En 2009 se constitue La Ligue Slam de France (LSF) sous l’impulsion de différentes associations et activistes français qui souhaitent resserrer les liens entre tous les acteurs du slam français et afin de promouvoir et fédérer le mouvement et les associations en France. La ligue Slam lance en 2011 le premier festival slam de France, la Coupe de la Ligue Slam cette coupe a lieu à l'espace Malraux à Joués-les-Tours en 2012 elle aura lieu du 14 au 20 mai au même endroit.
On compte aujourd’hui de nombreux collectifs et associations qui, dans toute la France, font vivre le slam et ses valeurs.
[modifier] En Belgique
Les premières scènes slam apparaissent en 2001 à Bruxelles, quelques années après l'arrivée du slam à Paris, introduit entre autres par l'asbl Léz'arts Urbains. Liège a suivi le mouvement dès 2005 grâce à Dominique Massaut, aussi bien à l'Aquilone qu'au Centre de Jeunes La Zone (Liège). Depuis 2007, les scènes slam permanentes se sont développées à Mons (Maison Folie), et en 2008, à Namur. On commence seulement à voir s'ouvrir des scènes slam un peu partout, y compris en Flandre du côté de Gand. En 2007, un Championnat de Slam fut organisé à Bruxelles, mêlant les langues officielles, avec traduction des textes. En effet, dans le contexte actuel du conflit linguistique belge, le slam démontre plus que jamais ses valeurs dépourvues de frontières. On peut y trouver des scènes slam bilingues (exemple : Bru Slam) et des échanges Nord-Sud fréquents.
En avril 2008, La Zone de Liège organisa les 24H du Mot, réalisant la plus longue scène slam d'Europe et sans doute du monde : 24 heures de scène ouverte sans aucune interruption. Elle a ainsi réuni des acteurs de la scène slam belge, française et suisse. La seconde édition de l'événement s'est déroulée les 26 et 27 septembre 2009 avec autant de succès.
[modifier] En Suisse romande
En Suisse romande, le slam apparaît pour la première fois le 13 septembre 2002 dans une soirée au Chat Noir de Genève, animée par La Camarilla, le Cercle des poètes apparus, et la Section Lyonnaise des Amasseurs de Mots (S.L.A.M.). La philosophie est « Un texte dit, un verre offert ». Soutenu par le film Slam de Marc Levin, projeté en avril 2004 en clôture du festival Black Movie, le trend se répend, et les jeunes rappeurs qui s’expriment sans musique de fond commencent à se référer au « slam ». Des ateliers de slam ont lieu à la maison de quartier de la Jonction. Une slam mensuelle est instaurée au Chat noir, sous la houlette du rappeur Basengo. Le slam vient aussi directement aux Suisses romands, alors que la compagnie parisienne de Pilote le Hot fait tournée à Genève, Lausanne et Fribourg en juin 2004. Le slam se perpétue à Genève grâce au collectif À fleur de Mots.
À Lausanne, l'association SLAAM (Société lausannoise des amateurs de mots) se constitue en avril 2006. Elle organise mensuellement des soirées slam (scène ouverte, et non pas tournoi), au Théâtre 2.21 (jusqu’en 2009), puis au Bourg. Elle détache plusieurs fois par an des groupes de quatre ou cinq slameurs pour participer à des tournois européens (Paris, Liège, Lyon). Dès 2009, elle met sur pied le Festival international de slam. La SLAAM organise également des évènements à Yverdon. En dehors des scènes slam, les slameurs genevois et lausannois s’adonnent aussi à des « Tram Slam » ou « Slam Sauvage », soit des déclamations à l’improviste dans les transports publics.
On notera qu’une scène slam existe à Fribourg, au Centre Fries, depuis mai 2001, en langue suisse-allemande principalement. Depuis mai 2011, sous l’impulsion du poète Renato Kaiser, elle se veut bilingue. A notre connaissance, c’est l’unique scène slam bilingue au monde. Le 26 septembre déjà, l’Etat de Fribourg parrainait une compétition de slam bilingue.
[modifier] Au Québec
Au Québec, la scène slam trouve ses racines dans la riche tradition de lectures publiques de poésie qui remonte au moins à la fin du XIXe siècle avec l'École littéraire de Montréal, mais dont on peut plus raisonnablement situer les origines modernes aux nombreux événements de poésie qui ont eu lieu dès le début des années 1970 et dont le film La Nuit de la poésie 27 mars 1970 constitue un témoignage remarquable. Ces lectures-performances rassemblaient alors autant des poètes de différents courants littéraires comme Denis Vanier, Gaston Miron, Claude Gauvreau, Gilbert Langevin et Michèle Lalonde que des rockeurs-poètes comme Raoul Duguay (souvent accompagné par l'Infonie et le Jazz Libre du Québec) ou Lucien Francoeur (flanqué de son groupe pop-rock Aut'Chose). Ces événements se poursuivirent tout au long des années 1970 et 1990 à la Casa Pedro sous l'égide du mécène Pedro Rubio et de l'animateur-écrivain Pierrot-le-Fou-Léger et plus tard, lors des soirées Place aux Poètes animées par la poétesse Janou St-Denis. À ce courant, il faudrait ajouter l'influence, dans les années 1990, de la scène anglophone montréalaise de spoken word.
Ce n'est qu'en 2006 que la scène slam, proprement dite, est née, sous l'initiative de Bertrand Laverdure, Catherine Cormier-Larose, Jonathan Lafleur et d'Ivy[11]. Ils ont d'abord initiés les soirées SlaMontréal, soirées mensuelles reprenant les règles du jeu telles que balisées par Marc Smith. Ensuite, Ivy a fondé la Ligue québécoise de slam (LIQS), afin d'encourager la formation d'équipe ailleurs dans la province. Le premier Grand Slam comportait l'équipe de Québec et de Montréal et fut présenté dans le cadre du Festival International de la Littérature au Lion d'or à Montréal. Marc Smith était l'invité d'honneur. On compte en 2009 une équipe de slam poésie à Québec, à Trois-Rivières, à Gatineau, à Sherbrooke et dans Lanaudière.[réf. nécessaire]
[modifier] Dans l'océan Indien
Le slam a été introduit dans l'océan Indien, en septembre 2002, par le poète et slammaster, Stefan Hart de Keating, alias Stef H2k[12], d'abord à l'île Maurice, d'où il est originaire, puis à La Réunion, Madagascar, Mayotte et Rodrigues. Les slams se font dans ces îles autant en français que dans la langue natale du slameur.
Des tournois nationaux, scolaires et internationaux s'y déroulent chaque année sous la houlette de slammasters et d'associations, avec le concours de ministères, de centres culturels, de l'Alliance française, de médiathèques, de restaurants et de bars.
[modifier] Considérations critiques et sociales
Le slam est une forme de poésie sonore considérée comme un mouvement d'expression populaire, initialement en marge des circuits artistiques traditionnels, aujourd'hui largement reconnu et médiatisé. C'est un art du spectacle oral et scénique, focalisé sur le verbe et l'expression brute avec une grande économie de moyens, un lien entre écriture et performance.
Si des poètes, en particulier issus de la mouvance hip-hop, le revendiquent comme issu de la rue ainsi que le rap à ses débuts, il est néanmoins pratiqué par des poètes de tous styles, de tous milieux sociaux, en ville comme à la campagne.
« Marc Smith n'aura eu qu'à modifier le concept de départ pratiqué par les poètes-beat, en l'adaptant à son époque, aux goûts et désirs d'un public moins disposé à la spontanéité : il aura su saisir une opportunité circonstancielle, s'approprier une formule existante en l'ajustant aux nécessités contextuelles de l'heure et du lieu, et donner à une nouvelle génération le privilège de la prise de parole mais, ici encadrée et limitée dans la durée de la prestation (3 minutes!), se plaçant ainsi à l'opposé des aspects déflagrateur et iconoclaste, (voire libertaire et anarchique), intrinsèques aux manifestations scéniques propres à la Beat generation et à la contre-culture québécoise des années 1970... Marc Smith aura relancé la prise de parole poétique sur la place publique et à l'échelle planétaire. Il incombe désormais à chacun d'avoir les mots pour se dire ! »
— Lucien Francoeur
[modifier] Films
Le documentaire Slam Nation de Paul Devlin (1998) traite du National Slam Poetry de Portland en 1996, où l'équipe de Providence (Rhode Island), menée par Taylor Mali, affronte en finale l'équipe du Nuyorican Poets Cafe (New York), menée par Saul Williams. La rivalité entre les figures inaugurales du slam Marc Smith et Bob Holman est aussi mise en avant, avec des interviews de ces derniers.
Le film Slam (1998) est une fiction mettant en scène Saul Williams récitant ses propres textes. Ce film a remporté le Grand Prix du Jury au festival Sundance et la Caméra d'or au Festival de Cannes en 1998. Il a joué un rôle important dans la popularisation du slam.
En français, on mentionnera ces trois documentaires (non distribués au cinéma) :
- Slam, applaudissez les poètes (2006) de Deina Galey, Christophe Jarosz et Frédéric Moreau.
- Slam , ce qui nous brûle (2007) de Pascal Tessaud.
- Histoire de dires (2008) de Yann Francès et Matthieu Chevallier.
[modifier] Notes et références
- (en) Cristin O'Keefe Aptowicz, Words in your face : a guided tour through twenty years of the New York City poetry slam, Soft Skull Press (New York) 2007, p. 36 (ISBN 978-1-9333-6882-5)
- (en) Marc Smith (et alors !!) : Fondateur du slam [1]
- (en) Susan B.A. Somers-Willett, « Can slam poetry matter », Rattle, no 27, été 2007 [lire en ligne]
- Aptowicz, 2007, p. 36
- Au delà des mots - Anne-Laure Favereaux, et extrait de l’émission Metropolis diffusée le 15 octobre 2011
- Vous prendrez bien un petit vers ? - Yann Perreau, Libération, 28 avril 2001
- (en) Susan B. A. Somers-Willett, The cultural politics of slam poetry, University of Michigan Press, 2009, p. 4 (ISBN 978-0-4720-5059-8)
- Aptowicz, 2007, p. 39
- Aptowicz 2007, p. 57
- Aptowicz 2007, p. 62
- Aire de jeux, Slam ta soirée, Site vert, L’enfance de l’art, Et le désert avance… - Voir.ca, 9 novembre 2010
- Stef H2k : pionnier du slam à Maurice [2]
[modifier] Annexes
[modifier] Articles connexes
[modifier] Liens externes
- Arte.tv - Dossier slam sur Arte
- Ligue Slam de France
- Le-Slam.org - Site sur le mouvement slam en France
- (en) Site officiel de Marc Kelly Smith, fondateur du slam poésie