Constructivisme russe

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La première exposition constructiviste en 1921 organisée par l'OBMOKhU à Moscou[1]

Le constructivisme est un courant artistique né au début du XXe siècle en Russie. Il s'est développé en « parallèle » à un autre mouvement, le suprématisme.

La naissance du mot constructivisme[modifier | modifier le code]

Le terme d'art de la construction a d'abord été utilisé par dérision par Kazimir Malevitch afin de décrire le travail d'Alexandre Rodtchenko en 1917. Le mot constructivisme apparaît ensuite dans le Manifeste réaliste de Naum Gabo en 1920. Alexeï Gan utilise le terme comme titre de son livre, imprimé en 1922, où il est explicitement souligné que la culture de la nouvelle Russie n'est qu'industrielle.

Historique[modifier | modifier le code]

Aux débuts de la révolution russe[modifier | modifier le code]

Dans la foulée de l'Avant-garde beaucoup d'artistes russes cherchent à réagir contre ce qu'ils qualifient d'ordre ancien, et notamment l'art importé. Toutefois, le futurisme italien leur semble acceptable, car il rejette lui aussi les formes d'art anciennes. Dans cet élan, ils établissent en 1912 un manifeste, intitulé Une gifle au goût du public, montent une exposition nommée Queue d'âne pour protester contre la décadence parisienne et munichoise, et réalisent différents événements artistiques où ils soumettent le public à leurs provocations[Goldberg 1].

Un cabaret de Saint-Pétersbourg, Le chien errant, devient emblématique du nouveau mouvement, et les soirées y remportent un grand succès populaire. Mais les artistes se lassent d'un public trop facile à leurs yeux, et décident de présenter leur forme de futurisme directement dans la rue, où ils circulent vêtus de façon scandaleuse, et le corps peint. Puis ils organisent une tournée dans toute la Russie et, en déclarant que la vie et l'art devraient être libérés des conventions, préparent la mise en œuvre de leurs idées dans tous les domaines de la culture[Goldberg 2].

La réalisation des pièces Victoire sur le soleil et Vladimir Maiakovsky (autobiographie) renforcèrent la collaboration entre poètes et peintres. La première guerre mondiale provoqua un regroupement des artistes russes à Moscou. Un mouvement artistique put ainsi naître en Russie[Goldberg 3].

Nikolaï Foregger ancrera le mouvement dans le rapport des humains et des machines, par l'éducation des mouvements précis de la danse et du cirque.

Art officiel de la révolution russe[modifier | modifier le code]

Le constructivisme fut, de 1917 à 1921, l'art officiel de la Révolution russe. Puis le mouvement entrera progressivement en disgrâce auprès des autorités, notamment à l'occasion de la pièce le Cocu magnifique[2].

D'abord comme support de la propagande, avec les fenêtres Rosta, puis en organisant les célébrations du premier anniversaire de la révolution russe, en 1918. Le modèle des célébrations trouva son apogée 3 ans plus tard, avec une reconstitution des événements, intitulée La prise du palais d'hiver, qui engagea 8.000 personnes sous la direction de Nikolaï Evreinov[Goldberg 4].

La mode des commémorations fournit aux constructivistes un terrain idéal pour multiplier les audaces grandioses.

De plus, avec le Cocu magnifique, Meyerhold sut les associer au théâtre. Il réussit à le faire presque par la ruse, car les constructivistes considéraient le théâtre comme risquant de biaiser leurs idées. Meyerhold recherchait des décors proches de la mécanique, polyvalents et mobiles, pour les emmener hors de l'espace cubique du théâtre conventionnel, et donner aux décors les dimensions de l'espace réel. Les travaux de Lioubov Popova furent très importants pour former cette conviction[Goldberg 5].

Durant ces années d'intenses évolutions et innovations, les constructivistes, par l'importance qu'ils accordaient au théâtre de variétés, appliquèrent les manifestes du futurisme. Ainsi, la Fabrique de l'acteur excentrique, qui promouvait les aspects technologiques du mode de vie américain, montait des mises en scène sur le mode industriel, ou encore le groupe de la Blouse Bleue, qui faisait appel aussi bien à des procédés d'avant garde qu'à des techniques populaires. La Blouse Bleue concernera d'innombrables groupes répartis dans tout le pays, et impliquera probablement plus de 100 000 personnes[Goldberg 6].

Beaucoup d'artistes, comme Kandinsky et Vladimir Tatline, occupaient des postes officiels importants, tels que professeur à l'Académie de Moscou. Mais après 1920, le gouvernement a condamné les œuvres d'art contemporain, comme incompréhensibles pour les gens ordinaires et contraires à l'intérêt public. Vers 1922, le constructivisme en Union soviétique s'est cantonné aux arts appliqués. De 1932 à 1936, il est apparu une sorte de « style de transition », défini comme postconstructivisme.

Deux dates marquent la fin du constructivisme russe : d'abord 1930, avec le suicide de Maîakovsky, puis 1934 avec le début du réalisme soviétique prôné par Jdanov au congrès littéraire pansoviétique. C'était la fin d'un formidable élan artistique ouvrier. qui avait attiré à lui nombre d'artistes de premier plan[Goldberg 7].

Le manifeste du constructivisme a été écrit en 1920 par les frères Anton Pevsner et Naum Gabo. Leur première exposition a eu lieu à la galerie Van Diemen à Berlin en 1922, sous le nom de « Première exposition d'art russe ». Ce mouvement proclame une construction géométrique de l'espace, utilisant surtout des éléments tels que le cercle, le rectangle et la ligne droite. Ce mode de pensée s'adapte donc aussi bien à la sculpture qu'au design, voire à l'architecture. L'œuvre architecturale de Josef Chochol en est une représentation caractéristique.

Ce projet se développe surtout sur les bases du cubisme et du futurisme. La caractéristique de ce mouvement résulte en ce qu'il n'a jamais existé de programme esthétique clairement défini, ce qui permet donc encore de pouvoir allouer ce terme à certaines œuvres plus modernes.

Le fondateur et membre le plus célèbre du constructivisme fut Vladimir Tatline (1885-1953). En firent également partie les frères Naum Gabo et Antoine Pevsner, Vladimir Choukhov, Alexandre Rodtchenko et Lazar Lissitzky. D'après les artistes membres de ce mouvement, le but est d'exclure le réel de l'œuvre en créant une tension au sein de celle-ci. Dès 1914, Tatline propose une toile, sorte de « reliefs picturaux », issue de son analyse après une visite des ateliers de Picasso.

La deuxième série de « reliefs picturaux » peinte par Tatline propose enfin des formes totalement abstraites. Chaque élément, chaque forme, possède donc dès lors une dynamique qui lui est propre.

Ce mouvement a notamment inspiré les théories architecturales enseignées à l'école du Bauhaus en Allemagne (1919-1933). Il donna lieu également à l'art cinétique.

Actuellement, en Russie, les immeubles de style constructiviste sont menacés de destruction [3].

Œuvre célèbre[modifier | modifier le code]

L'œuvre emblématique du constructivisme est le projet pour un Monument à la Troisième-Internationale, de Vladimir Tatline. De nombreux bâtiments construits dans l'ancien bloc soviétique montrent aussi l'influence de ce mouvement.

Styles associés[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

De Roselee Goldberg, La Performance[modifier | modifier le code]

  1. Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 2 : le futurisme et le constructivisme russe.
  2. Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 2 : le futurisme et le constructivisme russe, Le cabaret du chien errant
  3. Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 2 : le futurisme et le constructivisme russe, Foregger et la renaissance du cirque
  4. Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 2 : le futurisme et le constructivisme russe, Les spectacles révolutionnaires
  5. Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 2 : le futurisme et le constructivisme russe, Le Cocu magnifique
  6. Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 2 : le futurisme et le constructivisme russe, La Blouse bleue et la Fabrique de l'acteur excentrique
  7. Roselee Goldberg, La Performance : Du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), p. Chapitre 2 : le futurisme et le constructivisme russe, Moscou brûle

Autres[modifier | modifier le code]

  1. OBMOKhU ou Obschestvo Molodykh Khudozhnikov (société de jeunes artistes)
  2. Béatrice Picon-Vallin, « La mise en scène du Cocu magnifique par Meyerhold (1922) », Textyles [En ligne], 16 | 1999, mis en ligne le 30 juillet 2012, consulté le 20 octobre 2013. URL : http://textyles.revues.org/1122 paragraphe 7.
  3. Des monuments de l’avant-garde soviétique glissent dans l’oubli - Jens Malling, mars 2014 - Le Monde Diplomatique - URL: http://www.monde-diplomatique.fr/2014/03/MELLING/50207