Yayoi Kusama

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Yayoi Kusama

Naissance 22 mars 1929
Matsumoto
Nationalité Japonais
Activité(s) Peintre - sculptrice - Écrivain

Yayoi Kusama (草間 彌生, Kusama Yayoi?, parfois écrit 草間 弥生) est une artiste contemporaine japonaise, avant-gardiste, peintre, sculptrice et écrivain.

Sommaire

Biographie [modifier]

Kusama est née le 22 mars 1929 à Matsumoto, dans la préfecture de Nagano. Les parents de Kusama, Kamon et Shigeru Kusama, ont, par leur attitude, contribué à l’aspiration révolutionnaire de l’artiste. Kusama a grandi dans une société japonaise patriarcale, incomprise de ses proches, réprimandée par sa mère, particulièrement autoritaire, qui ne comprenait ni la maladie de sa fille ni son besoin de peindre. Cela n’aura cessé d’imprimer dans son travail un ton anti-machiste, égalitaire, un ton de provocation, prônant la liberté et la justice.

« Tout a commencé par les hallucinations » affirme Kusama, dont les premiers souvenirs de celles-ci remontent à ses dix ans[1]. « Un jour, après avoir vu, sur la table, la nappe au motif de fleurettes rouges, j'ai porté mon regard vers le plafond. Là, partout, sur la surface de la vitre comme sur celle de la poutre, s'étendaient les formes des fleurettes rouges. Toute la pièce, tout mon corps, tout l'univers en étaient pleins »[1]. Ces tâches, ces pois, nourriront son impression d’être « intégrée au décor ». Elle réalise ses premières œuvres (dessins, aquarelles) dans les années 1950, autour de motifs récurrents issus d'hallucinations d'enfance, tels que les pois, qui deviendront sa marque de fabrique[2].

En 1957 elle quitte le Japon pour vivre à Seattle, puis en 1958 à New York aux États-Unis où elle participe indirectement, et à sa façon, aux mouvements du Psychédélisme et du Pop Art, proche de Donald Judd, Mark Rothko, Barnett Newman ou Andy Warhol[2],[3]. En 1960, elle lance son Manifeste de l'oblitération et déclare : « Ma vie est un pois perdu parmi des milliers d'autres pois… ».

Après ses Infinity Net Paintings à la Brata Gallery en 1959[3], elle expose des photos, collages, installations, avec Joseph Cornell, Jasper Johns, Yves Klein, Piero Manzoni, Claes Oldenburg, et Andy Warhol, et réalise également des happening. En 1964, elle présente One Thousand Boat Show à la galerie Gertrude Stein[3]. Avec Driving Images, ce sont alors ses deux œuvres les plus célèbres, mêlant bateau, phallus, obsessions, images, sons, vidéos, mannequins et objets, recouverts de pois ou de macaronis.

En 1966, Kusama participe à la biennale de Venise sans y être invitée et sans autorisation. Elle déverse dans les canaux 1 500 boules miroitantes, aidée par Lucio Fontana, qui avait mis un atelier à sa disposition pour quelques mois. Elle y retournera en 1993, officiellement invitée pour représenter le Japon.

Fatiguée mentalement, elle rentre définitivement au Japon en 1973[4]. À partir de 1977, elle vit dans l'hôpital psychiatrique Seiwa (清和病院, Seiwa byōin?) à Tokyo[3]. Elle dispose d’un atelier en plus de sa chambre au sein de l’hôpital. Son « studio », lieu de travail de son équipe, est situé de l’autre côté de la rue.

Yayoi Kusama a acquis la célébrité par des installations avec miroirs, ballons rouges, jouets, au milieu desquels elle se mettait en scène. Ses œuvres récentes sont des peintures naïves sur carton. En 1986, elle expose au musée des beaux-arts de Calais, en 1993 à la Biennale de Venise, puis en 1998 au Museum of Modern Art (MoMA) de New York avec Love Forever 1958-1968[3]. Le public français la découvre en 2001, lors de sa première exposition parisienne à la Maison de la culture du Japon.

Elle expose aux Etats-Unis à la galerie Gagosian de 2009 à 2012, et est représentée en Angleterre par Victoria Miro (en)[5]. En 2009, elle signe au Japon le design de trois téléphones portables pour l'opérateur Au by KDDI, des séries spéciales à plus d'un million de yens (7 500 euros), à pois bien évidemment[6].

Le Centre Pompidou à Paris lui consacre sa première rétrospective française du 11 octobre 2011 au 9 janvier 2012[1]. L'exposition présente un choix de cent cinquante œuvres réalisées entre 1949 et 2010. Plusieurs séries majeures de l'artiste y sont mises en avant permettant ainsi une archéologie du célèbre dot : tout part d'un auto-portrait de 1950 où Kusama se représente sous la forme d'un gros pois, forme qui la hantera toute sa vie, à travers ses monochromes de la série Infinity net, les œuvres de la self-obliteration, ou encore les fameuses Infinity Mirrored Rooms plongeant le spectateur dans un univers où tous repères s'effondrent[7]. À la suite, elle collabore avec la Maison Louis Vuitton pour la création d'une courte collection majoritairement rouge et blanche.

Regards sur l'œuvre [modifier]

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Pour Kusama, la peinture est avant tout la seule alternative à sa folie : « quelque chose d‘instinctif et de primitif, bien loin de l’art ». Ses immenses peintures (parfois plus de dix mètres de long), lui valent une place de choix sur la scène avant-gardiste, mais sont avant tout pour elle « des rideaux » qui la séparent des gens et de la réalité. Leur réalisation minutieuse et appliquée, la conduira peu à peu à changer d’échelle pour se tourner vers la création d’environnements.

Plusieurs symboles se retrouvent dans l'oeuvre de Kusama. Le pois, sa marque de fabrique, est venu à elle lors de ses premières hallucinations avant d’être un « outil visuel ». Elle voit dans le pois « la forme du soleil, qui signifie l’énergie masculine », et « la forme de la lune, qui symbolise le principe féminin de reproduction ». Le macaroni symbolise l’univers féminin (lié à la cuisine) et est le dénonciateur d’une société de consommation, d’une nourriture industrialisée. enfin le phallus : Kusama avoue une obsession pour les phallus. Accumulation #1, par exemple, présente un fauteuil recouvert de protubérances qu’elle a cousu à la machine et rempli de tissus. De nombreux objets connaîtront le même sort, souvent en lien avec l’univers caricaturalement féminin. L’obstination à décliner ce motif ne tardera pas à être interprété comme le désir d’assujettir le symbole de son oppresseur, son père.

La notion d'infini est un fil conducteur dans toute l’œuvre de Kusama. Les miroirs démultiplient l’espace, les pois colonisent l’espace sans limites, les échelles lumineuses n’ont ni début ni fin. Kusama combat le mal par le mal : les gestes minimaux, qu’elle répète systématiquement dans ses toiles, sont un remède pour soigner les obsessions hallucinatoires qui l’envahissent.

Le féminisme est présent dans toute son œuvre, de façon critique ou symbolique. Ses happenings de la fin des années 1960 placent la femme au centre de l’attention, comme symbole de paix et d’amour. Elle les réalise principalement de 1967 à 1972, en collaboration avec des danseurs ou des hippies volontaires. Les revendications étaient sociales, libertaires, ou pacifistes. Les lieux étaient publics et stratégiques (principalement à New York). Les participants étaient souvent nus, recouverts de pois. C'était aussi l’occasion de distribuer des tracts et de transmettre des idées avant l’arrivée de la police. D’autres happenings, réalisés en intérieur et intitulés « Orgies », traitaient de liberté sexuelle. Un film, Kusama’s Self-Obliteration (réalisé par Jud Yalkut et récompensé de divers prix), retrace ces évènements. « La nudité est la seule chose qui ne coûte rien » selon Kusama. Ce sujet est récurrent, tant pour parler de liberté sexuelle que pour dénoncer une société de sur-consommation.

Elle est fascinée par la capacité des médias à faire circuler rapidement ses idées, ses images. Elle s’assure de la présence de la presse à ses happenings, et a toujours été consciente de leur pouvoir. Ses photos les plus récentes affichent souvent une Kusama immobile, sévère, les yeux écarquillés face à l’objectif.

Bibliographie [modifier]

Kusama est l’auteur de 19 romans, de livres de poésie, de musiques, de paroles de chansons, et d’un magazine, Kusama Orgy, qui retrace ses happenings et expose sa philosophie. Parmi ses œuvres, ont été édités en France :

Distinctions [modifier]

Elle a reçu de nombreuses distinctions au Japon et à l'étranger :

Notes et références [modifier]

  1. a, b et c Yayoi Kusama, le « pois » de l’enfance, L'Œil dans Le Journal des Arts, décembre 2011
  2. a et b Valery Bailly Buchet, « Yayoi Kusama, la dame aux petits pois », Figaro Madame, le 9 octobre 2011
  3. a, b, c, d, e et f Valery Bailly Buchet, « Yayoi Kusama, la dame aux petits pois : Bio Express », Figaro Madame, le 9 octobre 2011
  4. Cyrille Poy, « Forever Pois », L'Humanité, 7 avril 2001, [lire en ligne]
  5. (en) Charlotte Burns, « Yayoi Kusama also leaves Gagosian », The Art Newspaper, le 14 décembre 2012
  6. Thomas Bertrand, « Mobiles signés Yayoi Kusama chez AU », sur Le Journal du Geek. Mis en ligne le 8 avril 2009, consulté le 19 avril 2009
  7. Grégory Le Floc'h, « Yayoi Kusama au centre Pompidou », L'Intermède, le 6 décembre 2011

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