John Langshaw Austin

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John Langshaw Austin est un philosophe anglais né le 26 mars 1911 à Lancaster et mort le 8 février 1960, appartenant à la philosophie analytique. Il s'est intéressé au problème du sens en philosophie. Représentant majeur de la philosophie du langage ordinaire, sa théorie des actes de langage a été reprise et développée par John Searle et Daniel Vanderveken[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

John Langhsaw Austin est né à Lancaster et il a étudié à Shrewsbury School et à Balliol College, Université d'Oxford, où il étudie les lettres classiques. Il a servi dans les services secrets britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale. Puis, il est devenu professeur de philosophie morale à Oxford. Il donne une série de conférences à l'université de Harvard en 1955 qui seront publiées sous le titre Quand dire, c'est faire (How to do Things with Words). Ses cours sur Le langage de la perception (Sense and Sensibilia) seront publiés de façon posthume. Austin ne revendique dans sa philosophie du langage aucune influence de Wittgenstein, mais seulement de G. E. Moore.

Quand dire, c'est faire[modifier | modifier le code]

Son œuvre la plus connue en France How to do Things with Words (1962) (traduite sous le titre de Quand dire, c'est faire) porte un titre qui se réfère ironiquement à la tradition anglo-saxonne des livres de conseils pratiques (par exemple : How to make friends). Les idées que développe Austin remontent à 1939 et elles ont fait l'objet d'un article en 1946 puis de conférences à la BBC avant d'être prononcées sous la forme de conférences en 1955.

Les philosophes ont longtemps supposé qu'une affirmation ne pouvait que décrire un état de fait, et donc être vraie ou fausse ; autrement dit, qu'il n'y avait que des énoncés constatifs. Austin montre cependant que les énoncés qui sont en eux-mêmes l'acte qu'ils désignent n'entrent pas dans cette catégorie. C'est le cas par exemple d'une phrase comme "Je vous marie". Austin baptise ce type de phrase du nom de phrase performative ou énonciation performative. Il explore par la suite, et avec beaucoup de soin, toutes les conséquences de cette découverte.

Une énonciation est performative lorsqu'elle ne se borne pas à décrire un fait mais qu'elle « fait » elle-même quelque chose. Un exemple typique d'expression performative est la phrase « Je vous déclare mari et femme » que prononce le maire lors d'un mariage. La phrase fait changer les fiancés de statut : en la prononçant le maire constitue les fiancés comme mari et femme, ils passent de l'état de fiancés à celui de mariés. Il y a donc plus dans l'énonciation de cette expression que la description d'un fait : dire cette phrase, c'est accomplir un acte (en disant qu'on l'accomplit, il s'agit donc d'un tout autre acte que celui de prononcer la phrase).

Mais l'énonciation n'est performative que si les différents protagonistes respectent certaines conditions de succès, qu'Austin appelle "conditions de félicité" : le locuteur doit être maire, les destinataires célibataires, etc. Ainsi, le même énoncé, prononcé lors d'un dîner privé par un convive éméché, ne ferait pas de deux personnes visées un couple lié par l'institution du mariage. Il ne semble pas que l'action de marier soit effectivement accomplie dans ce cas. À côté de ces conditions pour qu'il soit tout simplement possible de parler de la réalisation de telle action (ici: marier), l'absence d'autres conditions peut entacher le déroulement "heureux" de la dite action (le marié jure solennellement mais ne pense pas une seule seconde respecter son engagement). Il est donc parfois nécessaire, pour que l'action soit réussie de manière satisfaisante, que le locuteur soit dans un certain état d'esprit, se conduise de manière appropriée par la suite, etc.

Austin constate ensuite que les énoncés constatifs sont tout autant sujets aux échecs (complets ou partiels) que les énoncés performatifs. Il décide alors d'étendre la performativité aux énoncés constatifs.

Suite à cette généralisation de la performativité à tous les énoncés, Austin dresse une typologie des différents sens dans lesquels nous pouvons faire quelque chose en disant quelque chose. Un énoncé s'analyse alors selon le schème triparti suivant : l'acte locutoire (tel mot renvoie à tel référent, tel autre prend tel sens) ; l'acte illocutoire (l'énoncé doit s'entendre comme telle action) ; l'acte perlocutoire (l'énoncé provoque tels effets au-delà de la simple compréhension de l'énoncé).

Le langage de la perception[modifier | modifier le code]

Publié en 1962 d'après des notes manuscrites, Le langage de la perception (Sense and Sensibilia) se présente comme une suite de critiques portant sur des doctrines concernant la perception sensible, développées notamment par Ayer, Price ou Warnock[2],[3], bien qu'elles remontent parfois à Platon, Descartes ou Berkeley[4]. La cible principale d'Austin concerne l'affirmation selon laquelle « jamais nous ne voyons ou ne percevons (ou sentons) en tous cas, directement, des objets matériels (ou des choses matériels) »[5]. Se servant de la philosophie du langage ordinaire pour démonter cette affirmation qui contredit le sens commun, Austin analyse avec une finesse remarquable les expressions les plus courantes pour critiquer sans concession la doctrine pragmatique des « sense-data » (données sensibles) censées s'interposer entre le sujet percevant et les objets perçus[6]. Sans jamais opposer une solution réaliste aux difficultés qu'il soulève[7], Austin utilise la philosophie du langage ordinaire non comme une fin en soi, mais comme une voie d'accès pour étudier les faits de la perception[8]et parle à ce propos de « phénoménologie linguistique »[9]. Le résultat de cette étude est de montrer « que nos mots usuels sont beaucoup plus subtils dans leurs usages et marquent beaucoup plus de distinctions que les philosophes ne s'en rendent compte, et que ces faits relatifs à la perception (...) sont beaucoup plus diversifiés et compliqués qu'on n'avait l'habitude de le croire »[10].

Si cet aspect de l'œuvre d'Austin est moins connu du public francophone que ses recherches sur les actes de langage, il ne le cède en rien en ce qui concerne son intérêt philosophique. Selon David Pears, « ce livre est un classique et il a transformé de manière durable le sujet qu'il traite »[11] .

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Écrits philosophiques, Éditions du Seuil, Paris, 1994 (traduction par Lou Aubert et Anne-Lise Hacker de Philosophical Papers [1961], Ed. James O. Urmson & Geoffrey J. Warnock, London, Oxford University Press, 3e Ed., 1979 - Signalons que seuls les articles (3), (4), (5), (6), (8), (9), (11) et (12) de l'édition anglaise apparaissent dans cette version française)
  • Le langage de la perception, Éditions Armand Colin, Paris, 1971 (traduction par Paul Gochet de Sense and Sensibilia, Ed. Geoffrey J. Warnock, London, Oxford University Press,1962)
  • Quand dire c'est faire, Éditions du Seuil, Paris, 1970 (traduction par Gilles Lane de How to do things with Words: The William James Lectures delivered at Harvard University in 1955, Ed. Urmson, Oxford, 1962)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Vanderveken D., Les actes de discours, Mardaga, Bruxelles, 1988
  2. Cf. Le langage de la perception, Armand Collin, Paris, 1971, p.21.
  3. C'est le même Warnock qui a réuni, ordonné et préfacé les notes manuscrites d'Austin.
  4. Ibid. p.22
  5. Ibid, p.22.
  6. Ibid., p.13
  7. Ibid., p.24
  8. Ibid., p.7.
  9. Ibid., p.8.
  10. Ibid., p.23
  11. v. An original philosopher, Symposium on J. L. Austin, 1969, pp. 53-54

Voir aussi[modifier | modifier le code]