Diaspora italienne

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Émigration italienne par régions 1876-1915

L’Italie de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle est plutôt une terre d’émigration et un réservoir à main-d’œuvre pour les pays plus industrialisés de l’Europe, mais aussi des États-Unis et des pays d’Amérique du Sud. Pendant longtemps des flux de ses migrants se sont installés de par le monde avec plus ou moins de difficulté.

La grande émigration[modifier | modifier le code]

Dès l’Unité italienne accomplie, le nouveau Royaume d’Italie amorce, comme d’autres puissances européennes, sa révolution industrielle. L’Italie a du mal à rattraper des pays déjà plus avancés, tel que l’Allemagne ou le Royaume-Uni, souffrant également d’un manque de matières énergétiques, notamment de charbon, essentiel durant cette période.

Date à laquelle la valeur de la production industrielle a dépassé la valeur de la production agricole[1] - Date à laquelle le nombre d'actifs employés dans l'industrie a dépassé le nombre d'actifs employés dans l'agriculture -
Royaume-Uni 1820 Royaume-Uni 1841
France 1845 Belgique 1890
États-Unis 1879 Pays-Bas 1890
Allemagne 1890 Allemagne 1907
Norvège 1900 États-Unis 1920
Suède 1900 Suède 1920
Danemark 1925 Danemark 1950
Italie 1935 France 1954
Italie 1961
Finlande 1970
Espagne 1981

Accentué par la transition démographique amenant une surpopulation des campagnes et la transformation de ses structures agraires, l’Italie va connaître plusieurs grandes vagues d’émigration.

Première vague : 1880-1914, l’ouverture des principales voies de migration[modifier | modifier le code]

L'Italie moderne a pris naissance en 1861, quand les rois de la maison de Savoie unifient la péninsule italienne par l'annexion des différents États dans lesquels l'Italie est divisée depuis des siècles. L'Italie est constituée de 15 millions d'habitants au centre-nord auquel s'ajoutent les 9 millions de l'ancien Royaume des Deux-Siciles (7 de la péninsule méridionale et 2 de la Sicile). Ainsi, avec l'annexion des États pontificaux en 1870, l'Italie a approximativement 25 millions d'habitants (contre environ 40 millions en Allemagne et environ 30 millions au Royaume-Uni)[2]. Lors de l'unification de l'Italie, Naples - ancienne capitale du royaume des Deux-Siciles - devient la plus grande ville du pays avec 484 000 habitants, alors que Rome ne compte que 212 000 habitants. En 1900, l'Italie a un peu plus de 32 millions d'habitants.

Une grande partie de l'Italie au moment de l'unification est rurale et en 1861, presque 70 % de la population est composée d'agriculteurs. L'unification a brisé le système féodal: depuis le Moyen Âge et particulièrement dans le sud, les terres étaient la propriété inaliénable des aristocrates, des organisations religieuses ou du roi. La décomposition du féodalisme et la redistribution des terres ne permet pas aux petits agriculteurs de vivre de leur production. Beaucoup ne disposent que de toutes petites parcelles qu'il faut diviser au cours des successions patrimoniales[3]. L'Italie ne produit pas suffisamment de denrées alimentaires, la cause principale est le manque de capitaux et leur mauvais emploi, les riches propriétaires terriens plutôt que d'améliorer leurs terres, préfèrent en acquérir de nouvelles ou investir en titre, ce qui constitue le meilleur signe de progression sociale. L'impact de la politique sur la santé de la population est importante; en 1880, par le manque de programmation de plans d'aménagement des zones marécageuses, 600 000 personnes sont touchés par la malaria et dans les campagnes du nord la pellagre se développe, causée par la misère et la malnutrition provoquant 104 000 cas.

À partir de la fin des années 1880, l’Italie connaît notamment une grave période de crise caractérisée comme « les années les plus noires de l’économie italienne » par l’historien G. Luzzatto, provoquée par trois évènements majeurs :

  1. La rupture commerciale avec la France
  2. Une crise agricole (aggravée par la rupture précédente)
  3. Une crise immobilière et bancaire.

C’est dans ce contexte économique morose que débutent les premiers départs massifs d’Italiens vers l’étranger. En même temps poussés par les transformations socio-économiques en cours dans le nord de la péninsule italienne qui touchent surtout la propriété de la terre, une partie des paysans vont être sollicités par les mines et industries de proches pays européens déjà industrialisés comme la France, la Belgique, l’Allemagne, la Suisse ou le Luxembourg (mécanique, acier, textile)… manquant déjà de main-d’œuvre.

La direction générale de la statistique n'a commencé ses premières études statistiques officielles sur l'émigration qu'à partir de 1876. Les chiffres montrent comment l'émigration a augmenté de façon spectaculaire :

En extrapolant à partir des 25 millions d'habitants de l'Italie à l'époque de l'unification du pays, la fécondité et la mortalité, sans prendre en compte l'émigration, la population aurait dû atteindre environ 65 millions en 1970 alors qu'elle n'était, en raison de l'émigration au début du siècle, que de 54 millions[4].

Entre 1876 et 1900 on dénombre déjà plus de 220 000 départs annuels d’Italiens.

Le taux migratoire moyen qui n'est que de 8 ‰ en 1894, va s’élever à 10 ‰ en 1900, avant de culminer à 25 ‰ (soit 2,5 % de la population totale) en 1913 avec près de 875 000 départs hors des frontières[5]. En tout, de 1900 à 1915, ce seront plus de 8 millions d’Italiens qui quitteront le royaume[6] .

L'émigration n'est pas particulièrement contrôlée par l'État. Les émigrants sont souvent entre les mains d'agents soucieux de leurs intérêts. Les abus conduisent à une première loi votée en 1888 pour placer les agences de l'émigration sous le contrôle de l'État[7].

La loi n.23 du 31 janvier 1901 crée un commissariat à l'émigration qui a pour objectif d'accorder des licences aux transporteurs, des coûts fixes de billets, un ordre aux ports d'embarquement, la surveillance des conditions de santé pour les jeunes, la mise en place d'auberges de jeunesse et d'établissements de soins, et de conclure des accords avec les pays d'accueil pour aider à prendre soin de ceux qui arrivent. Cela inclut les discussions sur la législation du travail aux États-Unis jugée discriminatoire à l'égard des travailleurs étrangers (1885) et même suspendre, pour un temps, l'émigration vers le Brésil, où de nombreux émigrants sont utilisés dans des conditions inacceptables[7]. Toutes ces mesures favorisent l'émigration.

Les mouvements d’émigration concernent presque toutes les régions, y compris les plus dynamiques, comme la Lombardie, la Ligurie, l’Italie centrale. Même si certains de ces taux sont cependant inférieurs à la moyenne, car plus peuplés, c’est ce nord italien qui fournit une part importante des migrants vers l’Europe, et le sud vers les Amériques.

L'émigration en France[modifier | modifier le code]

Les facteurs qui ont contribué à l'émigration italienne en France sont nombreux, la France qui a tendance à contenir la croissance de sa démographie ne peut plus compter sur les pays limitrophes comme la Belgique ou la Suisse qui, sur le modèle français, ont un développement économique supérieur à l'Italie[8]. La France dont le développement est plus précoce a besoin pour soutenir son développement industriel et colonial d'une main d'œuvre importante. La proximité territoriale constitue un atout supplémentaire ainsi que la position de terre d'accueil que la France a traditionnellement tenue à l'égard des réfugiés politiques.

La première vague d'émigration italienne remonte à la fin du XIXe siècle, notamment en Savoie, avec l'arrivée de paysans en provenance du Frioul, du Piémont, de Gênes. Après la Première Guerre mondiale, une nouvelle vague est formée de migrants chassés par la pauvreté et de réfugiés politiques. Des heurts avec la population existent (notamment en raison de la hausse du chômage dans les années 1930). La dernière vague s'installe dans les années 1950 et 1960.

C'est l'Italie septentrionale qui fournit le plus gros de la main d'œuvre et particulièrement le Piémont avec 30 % des migrants suivi de la Lombardie (20 %) et de l'Émilie-Romagne (10 %). Les principales zones d'implantation se trouvent à proximité des frontières, les Alpes-Maritimes (20 %), le Var (10 %) et les Bouches-du-Rhône (12 %) qui avec la Corse représentent le tiers de la population transalpine. Le deuxième pôle est constitué des départements proches de la zone alpine avec le Rhône, la Savoie, Haute-Savoie et l'Isère. Le troisième pôle est la Seine qui compte 24 000 Italiens en 1896. Ce n'est qu'après la Première Guerre mondiale que de nouvelles régions attirent des émigrants, la Lorraine, le Nord-Pas-de-Calais, l'Aquitaine (Lot-et-Garonne), le Gers.

En 1900, les Italiens dépassent pour la première fois le nombre de Belges et en 1911 ils deviennent le premier groupe d'étrangers en France. À cette date, ils constituent 36 % des émigrés et 1 % de la population française[9].

En 2008, environ quatre millions de Français ont des origines italiennes[10].

Dans le chapitre intitulé « Mobilité et réussite sociales » de son Voyage en Ritalie, Pierre Milza cite les nombreux « Italiens et descendants d'Italiens ayant fait souche en France [qui] se sont illustrés et ont illustré leur pays d'adoption[11] ». Il ouvre son chapitre sur la définition donnée par le Who's Who in France pour définir ces personnalités : ce sont celles qui du fait de leur « notoriété, honorabilité, mérite, talent, compétence, contribuent à l'activité et au rayonnement de la France » et évoque au fil des pages la présence notable de ces personnalités qui « constituent une fraction [...] de l'establishment hexagonal[11] » dans le domaines des arts, des lettres, du spectacle, des sports, de la politique, ou de l'industrie, et revendiquent leur « italianité », leurs origines italiennes ou franco-italiennes, en même temps que leur attachement à la culture française.

Présence italienne en France

Les migrations transatlantiques[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 1880, plus de 50 % des départs se font vers le continent américain, dont les 3 principales destinations sont essentiellement les États-Unis, mais aussi le Brésil et l’Argentine. Les habitants du Mezzogiorno sont les principaux migrants à tenter l’aventure outre-Atlantique, avec près de 70 % des départs vers les Amériques entre 1900 et 1914.

Emigrés italiens – moyennes annuelles :
date Total Destinations transocéaniques Pourcentage
1886 – 1890 221669 131005 59 %
1891 – 1895 256510 147443 57 %
1896 – 1900 310434 161901 52 %
1901 – 1904[12] 510012 ... ...
1905 – 1907 739661 458303 62 %
1908 486674 228573 47 %
1909 – 1913 679152 404942 60 %
1914 459152 233214 51 %
Les États-Unis[modifier | modifier le code]
Italiens dans Mulberry Street, Manhattan : une des rues de la Little Italy.

Aux États-Unis, bon nombre d’entre eux ne pensent pas rester bien longtemps : 20 % à 30 % rentreront en Italie. Ils sont contraints à accepter les postes les plus pénibles physiquement et les plus dangereux. Ils vivent dans des conditions que des Américains eux-mêmes n'auraient jamais tolérées. Dans les années 1890, les Italiens représentent 90 % des employés des travaux publics de la ville de New York et la moitié d'entre eux sont manutentionnaires. Or 60 % de ces ouvriers étaient d'anciens agriculteurs ou métayers habitués à des travaux difficiles, comme l'a montré une étude menée en 1903 pour la ville de New York.

L'arrivée massive d'Italiens engendre une vague de violence parmi les Américains établis depuis plus longtemps sur le territoire, répondant selon eux, à des stéréotypes (on les dit sales, illettrés, dangereux, agitateurs, anarchistes, etc.). Après l'assassinat du chef de la police de La Nouvelle-Orléans par un membre de la Mafia, en mars 1891, des Italiens sont au centre de manifestations un peu partout dans le pays. Dès lors, les États-Unis commencent à s'interroger sur les problèmes liés à l'immigration de populations, notamment du Sud et de l’Est de l’Europe.

Le Brésil[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Immigration italienne au Brésil.

Au Brésil, entre 1870 et 1920 ce mouvement migratoire amena près d’1,25 million de personnes, principalement dans les plantations de café de la région de São Paulo. Selon les données de l'ambassade d'Italie de Brasília, 25 millions de Brésiliens sont descendants d'immigrants italiens. Cette population étant considérée comme la plus importante d’oriundi (« descendants d’Italiens ») hors d’Italie.

Immigration italienne au Brésil, selon les régions d'origine (1876-1920)[13]

Les migrations au sein de l’Europe industrielle[modifier | modifier le code]

À partir de 1880, comme nous l’avons vu précédemment, les mines et industries des puissances européennes (notamment France, Belgique et Allemagne) en manque de main d’œuvre viennent puiser dans les familles paysannes sans terre, du nord de l’Italie. Ces ouvriers sans qualifications trouvent aussi dans ces pays d’autres emplois tels que les travaux routiers, les chemins de fer, le bâtiment. Ces émigrés installés en France, en Belgique, et en Allemagne, se trouvent essentiellement dans les vallées de la Meuse et de la Moselle (France), de la Ruhr (Allemagne) et dans le Borinage en Belgique, ainsi que dans quelques grandes villes industrielles (Paris, Lyon, Marseille, Charleroi, Liège).

Au moment de la guerre de 1914-1918 des milliers d'Italiens de pays européens furent licenciés et nombre d'entre eux furent contraints de rentrer, souvent dans les campagnes du nord de la péninsule, où se trouvait leur famille, ou pour s’engager dans l’armée.

Comme le décrit François Cipollone dans une conférence à l’occasion du festival de la Géographie de Saint-Dié : « Ce retour massif vers la patrie dont certains sont revenus pour s'enrôler dans l'armée, rappelaient à beaucoup de concitoyens que s'ils étaient des transnationaux ils n'étaient pas des apatrides. Ils étaient « l'autre Italie » qui n'avait pas peu fait pour participer au développement du pays, par les rentrées de devises. On peut être à la fois citoyen du monde et citoyen de son pays, de son village. »

On évalue à 350 000 les émigrés qui passèrent par la gare de Milan entre juillet et août 1914. Cela aura pour conséquence de freiner, mais non pas d’arrêter, les mouvements migratoires entamés : il ne partira que 1,1 million d’italiens durant ces quatre ans (contre 2,7 au cours des cinq années précédentes).

La majorité d’entre eux migreront vers les Amériques.

Certains auteurs ont ainsi pu mettre en évidence une arrivée de capitaux dans la péninsule dû à l’argent épargné par les émigrants. Ainsi entre 1891 et 1900, plus de 249 millions de lires sont ainsi rapatriés chaque année.

Ces capitaux ont eu pour effet d’apporter de l’argent neuf sur le marché italien et la possibilité de donner au pays non seulement les moyens de maintenir ses exportations, sans accroître démesurément le déséquilibre de sa balance de payements, mais de renforcer indirectement la valeur de la lire sur les marchés financiers internationaux.

L'émigration européenne[modifier | modifier le code]

Des efforts de limitation de l’immigration et de l’émigration italienne dans le monde[modifier | modifier le code]

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les immigrés italiens européens qui étaient retournés chez eux durant le conflit reviennent avec leur famille, souvent agrandie entre temps. D’autres familles italiennes les suivent, s’installant aux mêmes endroits que les migrants de la première vague, à proximité des industries et mines d’Europe du Nord, devant faire face à la reconstruction et à une disparition de main-d’œuvre dues à 4 années de conflits, mais aussi dans les campagnes comme paysans, notamment dans le Midi de la France.

Aux États-Unis, le Congrès vote le Quota Act selon lequel ne sont autorisés à immigrer aux États-Unis que 3 % des nationalités présentes sur le sol américain en 1910. En 1924, le Congrès renforce cette loi en votant le National Origins Act, selon lequel ne sont autorisés à immigrer que 2 % de chaque communauté telle qu'elle était en 1890. Cette loi a été promulguée pour éviter l'immmigration massive de populations en provenance du Sud et de l'Est de l'Europe.

L’arrivée du Fascisme au pouvoir en Italie aura pour effet de couper les liens avec certains pays d’accueil comme le Brésil. Dans le même temps le gouvernement de Benito Mussolini se met à contrôler les mouvements de population du pays.

Mussolini réglemente et encadre tout mouvement migratoire interne et externe ; il encourage les naissances et prône le retour à la mère patrie. Même avec une politique de prestige et d'armement censée relancer l’économie italienne, il ne réussit pas à arrêter ces flux de populations. Ainsi, tout cet arsenal n'empêche pas le départ de près de 2,6 millions d'émigrants dont beaucoup d'opposants au régime fasciste, surtout au début du régime.

Face à la fermeture de frontières comme celles des États-Unis ou le Brésil (avec la politique « anti-migratoire du Fascisme »), ces migrants réajustent leurs stratégies et s'en vont vers des pays tels que la France et l'Argentine qui leur restent ouverts. Ces deux pays accueilleront respectivement 45 % et 20 % des émigrés italiens durant l’entre-deux-guerres. En France ils sont plus de 800 000 ressortissants italiens à être comptabilisés lors du recensement de 1931.

Durant la crise des années 1930, les industries licencient massivement, certain(e)s régions/pays renvoient des immigrés italiens de leur sol. D’autres s’adaptent, comme en Moselle, où, malgré la récession, une partie d’entre eux restent pour travailler sur la ligne Maginot.

Avec le début de la Deuxième Guerre mondiale, un grand nombre d’émigrants installés en Europe vont devoir retourner dans leurs familles en Italie : on comptera ainsi près de 150 000 Italiens revenus de France. Mais, durant cette période, des navires continuent, depuis les ports de Gênes ou Naples, à alimenter l'immigration aux États-Unis, bien que devenue plus restrictive.

À partir de 1945 ; dernière grande vague de migration italienne[modifier | modifier le code]

À la sortie de la guerre, l’Italie est le seul pays développé qui n’a pas achevé sa transition démographique. Ainsi, elle bénéficie d’une main d’œuvre nombreuse, mais aussi mieux formée qu’au début du siècle, restant souvent inactive. À l’heure où tous les autres pays sont à l’heure de la reconstruction, cette main-d’œuvre italienne commence à être prisée dans les autres pays européens mais aussi en Argentine. L’État Italien essayera de « vendre » ses émigrés aux plus offrants. Par exemple, avec la Belgique où, le 23 juin 1946, fut signé, à Rome, le protocole d'accord économique entre l'Italie et la Belgique, prévoyant l'envoi de 50 000 travailleurs italiens contre l'approvisionnement de trois millions de tonnes de charbon annuel ou encore avec l'Allemagne en 1955 par lequel est pris le même type d'engagement en matière de migration ce qui amène presque 3 millions d'Italiens à passer la frontière pour chercher "fortune".

Ces accords font changer en partie les trajectoires de migrations de l'après-guerre, les destinations extra européennes s'effondrant : les États-Unis n'acceptant, à partir des années 1950, que le regroupement familial et l'Amérique latine étant en pleine crise économique et politique.

La France, à elle seule, reçoit jusqu’au milieu des années 1970 1,8 million immigrés transalpins : elle est devenue, à partir des années 1930, le premier pays d'accueil. Les Italiens dans ce pays sont maintenant « invisibles » : « ils sont accueillis comme des cousins un peu turbulents, mais fréquentables ». Mais ce pays est délaissé progressivement pour d’autres destinations telle que l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg ou la Suisse, où les conditions de travail et de salaires sont meilleurs. L’Italie des années 1950 connaît dans le même temps un « boom économique » sans précédent (les Trente Glorieuses) avec tout d'abord des produits italiens bon marché favorisés par des salaires faibles et les débuts de l’ouverture européenne. À partir de 1975 les immigrants deviennent plus nombreux que les émigrants.

Au début du XXIe siècle, 600 000 citoyens italiens de quatrième génération sont présents en Allemagne surtout d'origine sicilienne, calabraise et des Pouilles alors qu'ils sont 500 000 en Suisse auquel s'ajoutent des Venitiens et des Émiliens[14]. Beaucoup ont un double passeport et la possibilité de voter dans les deux pays.

En Belgique et en Suisse, la communauté italienne reste la plus importante représentation étrangère bien que beaucoup soient rentrés en Italie à la retraite et souvent les enfants et petits-enfants sont restés dans le pays de naissance où ils ont désormais leurs racines.

Les migrations internes[modifier | modifier le code]

Les migrations internes sont nombreuses au cours des années 1950 et 1960, elles sont essentiellement de deux types :

  1. Le déplacement des jeunes des campagnes vers les villes pour des raisons estudiantines.
  2. Le déplacement vers les villes industrielles du Nord-ouest par des jeunes hommes ayant un faible niveau d'étude. Les femmes migrent dans un second temps suivant le principe du regroupement familial.

Depuis 1995, le SVIMEZ (Institut pour le Développement du Mezzogiorno, Sud du pays) commence à observer une reprise des migrations internes. L'origine des flux est toujours le Mezzogiorno mais la destination est maintenant le Nord-est et une partie du Centre du pays. Les régions les plus ciblées sont la Lombardie orientale, la Vénétie, L'Émilie-Romagne, la Toscane et l'Ombrie.

Populations ayant des ascendants d'origine italienne[modifier | modifier le code]

Anti-italianisme lié à l'immigration[modifier | modifier le code]

Le phénomène d'italophobie est surtout présent dans les pays Amérique du Nord et d'Europe septentrionale caractérisés par une importante immigration italienne destinée à couvrir les secteurs économiques considérés comme pénibles, comme celui des mineurs que les habitants des pays concernés refusent pour des raisons sanitaires et de convenances sociales.

Quelques exemples dans l'histoire[modifier | modifier le code]

  • En 1890 à La Nouvelle-Orléans onze Italiens sont lynchés, tous Siciliens, accusés d'avoir tué le chef de la police urbaine David Hennessy (en)[18].
  • En août 1893 Aigues-Mortes est le théâtre d'un conflit entre ouvriers français et italiens employés dans les marais de Peccais (marais salant), qui se termine par huit morts et une cinquantaine de blessés parmi les travailleurs italiens. La tension qui s'ensuivit conduisit presque les deux pays à la guerre, en tout cas à l'incident diplomatique[19].
  • Le "New York Times" publie le 1er janvier 1894 « Nous avons dans notre ville à peu près 30 000 Italiens provenant presque tous de la province de Naples où jusqu'à peu, le brigandage était l'industrie régionale. Il n'y a rien d'étrange à ce que ces bandits continuent leur activité d'origine » la violence est présentée comme un produit d'importation associé à la culture et à la tradition des immigrants italiens[20].
  • Pendant le procès des anarchistes italiens Sacco et Vanzetti, à Boston en 1927, les sentiments à l'encontre des immigrants italiens apparaissent avec évidence et contribuent, sans être l'élément décisif, à leur condamnation à mort.

Termes utilisés pour nommer les Italiens[21][modifier | modifier le code]

  • Macaroni (utilisé dans les années 1950 et 1960 en Belgique contre les mineurs italiens)
  • Spaghetti
  • Spagettifresser (mangespaghetti, dans les pays de langues allemandes. Fressen désigne l'animal qui dévore, c'est péjoratif)
  • Los Polpettoes
  • Pizzagang
  • Garlics
  • Calzone
  • Maiser (en Suisse, mangeur de polenta, polentone)
  • Mozzarellanigger
  • Greaseball (aux États-Unis, pour la propreté et la mode de la brillantine)
  • Dago (aux États-Unis, utilisé pour les Latins, de Diego ou de dagger, couteau)
  • Gino (au Québec. Féminin: Gina)
  • Guido (au Québec. Féminin: Guidette)
  • Goombah (dans la zone de New York, de l'italien compare, à travers le dialecte cumpà)
  • Wop (du napolitain guappo)
  • Wog (utilisé contre tous les hommes de peau sombre mais pas noire)
  • Itakas (en Allemagne, jeu de mots entre Italie et Itaca qui renvoie à vagabonds)
  • Rital
  • Carcamano (au Brésil, signifie malin, voleur, l'action de surcharger la balance avec la main)
  • Tano (en Argentine, signifie Napoletano)
  • Mangiabroccoli (en Argentine)
  • Gringo (en Argentine)
  • Tschinggali (en Suisse, fin XIXe siècle, de la transcription du mot cinq, utilisé dans un jeu très pratiqué par les Italiens)
  • Minghiaweisch (en Suisse pour les Italiens de seconde génération)
  • Tony (aux États-Unis avec l'intention de mettre en évidence ce prénom très commun et faire en même temps un jeu de mots, Antonio = Tony = TO NY traduction de À NY = celui qui va À New York)
  • Lucchesi, lucchesacci est la surnom donné aux italiens par les corses. De la ville de Lucques. L'augmentatif lucchesacci est fortement péjoratif.
  • Babi Terme de la région marseillaise issu de l'occitan, signifiant crapaud, pour évoquer les immigrés italiens et leur descendance, cette expression n'est pas forcément appréciée des enfants ou petits-enfants d'immigrés italiens, c'est un terme qui peut paraitre insultant… Victor Gelu évoque également les surnoms de Bachin et de Quècouou Cacou) pour désigner les italiens à Marseille, tous deux dérivés des formes génoises des prénoms Jean-Baptiste et François.
  • Minghiati (en Belgique, mélange de "minghia" en italien et de l'interjection "ti" en wallon qui, à l'origine, signifie "toi" mais qui est considérée comme vulgaire)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source : Manuel d'histoire de première, Nathan, « J. Marseille » 1997
  2. (en) Statistiques de la population italienne
  3. McDonald, J.S. (October, 1958). "Some Socio-Economic Emigration Differentials in Rural Italy, 1902-1913". Economic Development and Cultural Change 7 (1): 55-72. ISSN 00130079.
  4. Sori, Ercole (1999). Guida all'Italia Contemporanea, vol 4. Comportamenti Sociali e Cultura: "Demografia e Movimenti di Popolazione". Garzanti, 32-38. ISBN.
  5. Monticelli, Giuseppe Lucrezio (Summer, 1967). "Italian Emigration: Basic Characteristic and Trends with Special Reference to the Last Twenty Years.". International Migration Review 1 (3, Special issue, The Italian Experience in Emigration): 10-24. ISSN 01979183.
  6. Michèle MERGER, Un siècle d’histoire industrielle en Italie, Industrialisation et sociétés 1880-1970, Sedes, 1998
  7. a et b Cometti, Elizabeth (December, 1958). "Trends in Italian Emigration". The Western Political Quarterly 11 (4): 820-834. ISSN 00434078.
  8. Sori, 1989, 2001
  9. Altreitalie 26 L'emigrazione italiana in Francia, un fenomeno di lunga durata, Paola Corti, Università di Torino
  10. « Fils de deux patries » La Dauphiné libéré du 17 juin 2008.
  11. a et b Pierre Milza, Voyage en Ritalie, « Mobilité et réussite sociales », pp. 435-492
  12. Données des destinations transocéaniques, non fournies par l'auteur pour ces années-là. Source : Istituti di Statistica, Somario di statistiche italienne 1861-1955, Roma
  13. Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística (IBGE), pris à partir du site wikipédia
  14. Beaucoup d'Italiens du Nord de la péninsule ont préféré la Suisse à l'Allemagne en raison du souvenir laissé par l'occupation allemande dans cette région de l'Italie pendant la Seconde Guerre mondiale
  15. italplanet
  16. a, b et c http://www.migranti.torino.it/Documenti%20%20PDF/italianial%20ster05.pdf données de 1996
  17. (en) Detailed Tables - American FactFinder
  18. (it) Alberto Giovannetti. L'America degli Italiani. Modena, Edizioni Paoline, 1975.
  19. Alessandro Allemano. I fatti di Aigues Mortes (Agosto 1983) e le loro ripercussioni in Monferrato. URL consultato il 16/12/2007.
  20. (it) Site sur l'émigration.
  21. (it) Gian Antonio Stella. Quando gli albanesi eravamo noi.

Sources[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Jacques Barou, Europe, terre d’immigration, Flux migratoires et intégration, PUG, 2006
  • Christophe Z. Guilmoto et Frédéric SANDRON, Migration et développement, La Documentation française, 2003
  • Michèle Merger, Un siècle d’histoire industrielle en Italie, Industrialisation et sociétés 1880-1970, Sedes, 1998
  • Serge Weber, Nouvelle Europe, Nouvelles Migrations, ed. Le Félin, 2007

Articles - revues[modifier | modifier le code]

  • Salvatore Carruba, Les Roumains ne sont plus les bienvenus à Rome, Courrier International, no 888, 8 au 14 novembre 2007, p. 19
  • Olivier Doubre, L’Italie et l’immigration : le chemin inverse, Politis, le 8 février 2007
  • Richard Heuze, L’Italie plus ouverte à l’immigration, Le Figaro, 24 juillet 2006
  • Scalabriniani, Anno XIV N.5, septembre octobre 2007
  • Gérard Vindt, Italie, le « miracle » de l'après-guerre, Alternatives Économiques, no 171, juin 1999

Articles sur le web[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Itaker. Vietato agli italiani (2012) par Tony Trupia (l'émigration en Allemage )
  • Ho fatto il mio coraggio (J'ai fait mon propre courage, 2009 documentaire) par Giovanni Princigalli (l'émigration au Canada - Québec)
  • Golden door (nuovo mondo) 2007 par Emanuele Crialese (l'émigration aux É.U.)
  • La sarrasine (1992) par Paul Tana avec Tony Nardi et Enrica Maria Modugno (l'émigration au Canada - Québec)
  • Good morning Babilonia (1987) par Paolo and Vittorio Taviani (l'émigration aux É.U.)
  • Café Italia (1985, documentaire) par Paul Tana (l'émigration au Canada-Québec)
  • Pane e cioccolata (1973) par Franco Brusati avec Nino Manfredi (l'émigration en Suisse)
  • Bello, onesto, emigrato in Australia sposerebbe compaesana illibata (1971) par Luigi Zampa (l'émigration en Australie)
  • Sacco e Vanzetti (1971) par Giuliano Montaldo avec Gian Maria Volonté (l'émigration aux É.U.)
  • Il cammino della speranza (1950) par Pietro Germi avec Raf Vallone (l'émigration en France)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]