Tramway Sud de Seine-et-Marne

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Ligne
Tramway Sud de Seine-et-Marne (TSM)
Ligne de Melun à Barbizon et Milly-la-Forêt
Image illustrative de l’article Tramway Sud de Seine-et-Marne
La gare de Perthes vers 1917. Au premier plan, le train pour Chailly ; au second plan, celui pour Cély.
Pays Drapeau de la France France
Villes desservies Melun, Dammarie-les-Lys, Chailly-en-Bière, Barbizon, Perthes, Cély, Fleury-en-Bière, Arbonne-la-Forêt, Noisy-sur-École, Milly-la-Forêt
Historique
Mise en service 1899
Fermeture 1938
Caractéristiques techniques
Longueur 34 km
Écartement Voie métrique (1,000 m)
Nombre de voies Voie unique

Le Tramway Sud de Seine-et-Marne (abrégé TSM), surnommé le « Tacot de Barbizon », est un chemin de fer secondaire sur route reliant Melun à Barbizon, via Chailly-en-Bière, et Milly-la-Forêt à Chailly-en-Bière. Il a été mis en service en 1899 et supprimé en 1938[1]. La longueur totale de la ligne est de 34 km, dont 12 pour la portion de Melun à Barbizon et 22 pour la portion de Milly à Chailly[2]. La ligne est presque entièrement située dans le département de Seine-et-Marne, seul le dernier kilomètre, avant Milly-la-Forêt, est situé dans l'ancien département de Seine-et-Oise[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

La ligne du Tramway Sud de Seine-et-Marne est conçue dans le contexte du Plan Freycinet de 1878 qui a permis la construction de plusieurs milliers de kilomètres de lignes de chemins de fer secondaires en France. Dans ce cadre, les élus et les habitants des communes du sud-ouest du département de Seine-et-Marne souhaitent eux aussi disposer d'un chemin de fer d'intérêt local pour pouvoir se déplacer dans les localités voisines de Melun. Le député et maire de Melun, Marc-François Balandreau, défend ardemment le projet et écrit de nombreux articles dans les journaux pour démontrer tous les intérêts de la ligne. Balandreau met en avant la présence d'une population dense dans la région concernée, dont de nombreux agriculteurs producteurs de fruits et de légumes qui vendent leurs productions sur les marchés de Melun ou de Milly, ainsi que l’aspect touristique et économique du train qui permettra un accès aisé à Barbizon qui est déjà un lieu de promenade pour les Melunais et les Parisiens. Les industriels et les commerçants de la région soutiennent aussi ce projet car le train transportera des marchandises comme le bois, le charbon, les matériaux de construction et la farine produite par les nombreux moulins présents le long des rivières.

Plusieurs demandes de concessions d'exploitation de lignes de chemins de fer locaux reliant Milly à Melun sont déposées au cours des décennies 1880 et 1890. Elles sont pour la plupart rejetées par le ministère de la Guerre qui craint qu'en cas de guerre trop de voies ferrées ne servent aux ennemis pour envahir Paris[4]. La demande présentée en 1894 par M. Nabias, propriétaire à Paris, est finalement acceptée car celle-ci consiste en la réalisation d'un tramway à voie métrique. C'est le changement de qualification, tramway au lieu de chemin de fer, qui permet l’acceptation de ce projet.

Le tramway à Barbizon entre 1900 et 1910.

Le décret du , publié au Journal officiel du , déclare d'utilité publique et concède au département de Seine-et-Marne la construction d'une ligne de tramway, à traction mécanique, destinée au transport de voyageurs et de marchandises entre Melun à Barbizon. Le traité de rétrocession est passé entre le département et M. Nabias[5].

Les travaux de construction de cette première partie de la ligne débutent en juillet 1898 ; ils durent moins d’une année. Le décret du transfert l'exploitation de la ligne à la Société anonyme des Tramways sud de Seine-et-Marne en remplacement de M. Nabias[6].

La ligne de Melun à Barbizon est inaugurée le dimanche . Elle est mise en service commercial trois jours plus tard, le [7],[8].

La deuxième partie de la ligne, de Milly à Chailly, est déclarée d'utilité publique par le décret du . Les travaux durent sept années et la ligne est mise en service le . Son inauguration officielle, initialement prévue le n'a eu lieu qu'en septembre 1910.

Au cours de la Première Guerre mondiale, le service de la ligne est fortement réduit par décision militaire. Faute de personnel, les locomotives, les voitures et les voies ne sont plus entretenues et se dégradent. À l'Armistice, seules deux locomotives sur cinq sont en bon état[9]. En 1921, le déficit du TSM s'élève à 140 000 francs et la ligne ne fait aucun bénéfice. La compagnie est alors reprise par la société Baert et Verney qui devient, en 1927, la Société centrale des chemins de fer et d'entreprises (SCFE).

La portion du TSM de Milly-la-Fôret à Chailly est officiellement supprimée le . Celle de Melun à Barbizon le sera deux mois plus tard, le . Des autocars remplacent le tramway pendant quelques années ; ils disparaissent peu à peu au cours de la guerre de 39-45 faute de carburant.

Le décret du déclasse les lignes de Melun à Barbizon et de Chailly à Milly[10]. Les rails sont alors démontés, le matériel et les bâtiments des gares sont vendus séparément.

Tracé et gares de la ligne[modifier | modifier le code]

Le Tacot de Barbizon devant la gare de Melun.
Schéma du tracé du tramway Sud de Seine-et-Marne.
Voie du TSM reposée à Fleury-en-Bière.

La ligne du TSM a pour origine la gare de Melun. Son point de départ se situant sur la place de la gare. La ligne se dirige vers le sud en direction de Dammarie-les-Lys en empruntant le chemin de grande communication CGC 64 (actuelle route départementale RD64 du département de Seine-et-Marne) qu'elle ne quitte plus jusqu'à son terminus à Barbizon. La section de Melun à Barbizon dessert les villes de Melun, Dammarie-les-Lys, Chailly-en-Bière et Barbizon.

La section de Chailly à Milly se débranche de la section principale au sud de Chailly et se dirige vers l'ouest en direction de Perthes en empruntant un chemin vicinal. Après Perthes, la ligne prend une direction sud-ouest pour rejoindre Milly-la-Forêt en empruntant soit des chemins vicinaux, soit des chemins de grande communication, voire des routes nationales sur quelques centaines de mètres. La section de Chailly à Milly dessert les villes de Perthes, Cély, Fleury-en-Bière, Saint-Martin-en-Bière, Arbonne-la-Forêt, Noisy-sur-École et Milly-la-Forêt.

Gares et arrêts du tramway Sud de Seine-et-Marne
Gare ou arrêt Commune
        Gare de Melun Melun
        Arrêt conditionnel du Petit-Dammarie Dammarie-les-Lys
        Arrêt conditionnel du Cimetière Dammarie-les-Lys
        Gare de Dammarie-les-Lys Dammarie-les-Lys
        Arrêt conditionnel Place Morand Dammarie-les-Lys
        Arrêt fixe de la Glandée Dammarie-les-Lys
        Halte de Faÿ Chailly-en-Bière
        Arrêt conditionnel de Chailly-en-Bière - Ville Chailly-en-Bière
        Gare de Chailly-en-Bière Chailly-en-Bière
        Arrêt conditionnel Les-Rôches Barbizon
        Arrêt fixe Barbizon - Centre Barbizon
        Gare de Barbizon Barbizon
        Gare de Perthes Perthes
        Gare de Cély Cély
        Arrêt fixe de Fleury-en-Bière Fleury-en-Bière
        Gare de Fleury-en-Bière Fleury-en-Bière
        Gare de Saint-Martin-en-Bière Saint-Martin-en-Bière
        Arrêt conditionnel d'Arbonne-la-Forêt Arbonne-la-Forêt
        Gare d'Arbonne-la-Forêt Arbonne-la-Forêt
        Arrêt conditionnel des Grandes-Vallées Noisy-sur-École
        Arrêt conditionnel de la Croix-Saint-Jérome Noisy-sur-École
        Gare de Noisy-sur-École Noisy-sur-École
        Gare de Milly-la-Forêt Milly-la-Forêt

L'ensemble de la ligne du tramway est à voie unique. Les croisements s'effectuent dans les gares qui disposent d'une deuxième voie.

La ligne dispose de deux dépôts. L'un à Melun, à côté du siège de la compagnie, l'autre dans la gare de Chailly-en-Bière. Les ateliers de réparation du matériel sont aussi situés dans la gare de Chailly. Le terminus de Milly-la-Forêt dispose d'un hangar et d'une halle couverte pour les marchandises et d'une remise pour une locomotive avec une salle attenante pour héberger l'équipe du premier train.

Matériel[modifier | modifier le code]

La locomotive no 2, Barbizon, en gare de Chailly-en-Bière.

À l'ouverture de la ligne, en 1899, trois locomotives à vapeur Corpet-Louvet de type 030T assurent le service du tramway entre Melun et Barbizon. Deux locomotives supplémentaires sont ajoutées en 1908 en prévision de la mise en service de la ligne de Chailly à Milly. Elles sont toutes baptisées du nom d'une des villes de la ligne.

Locomotives Corpet-Louvet, type 030T, de la ligne du Tramway Sud de Seine-et-Marne
Numéro Nom Numéro constructeur date de livraison
1 Melun 715 26/11/1898
2 Barbizon 714 21/11/1898
3 Milly 713 12/11/1898
4 Chailly 1177 24/08/1908
5 Arbonne 1178 28/08/1908

Dans sa séance du 2 mai 1923, le conseil général de Seine-et-Marne décide l'acquisition de deux automotrices (dans le langage de l'époque) Baert et Verney selon le prototype déjà en service sur la ligne de Melun à Barbizon. Ce modèle unidirectionnel s'apparente à un autocar sur rails à deux essieux, avec le moteur logé sous une capote à l'avant. La commande est passée le 27 septembre contre l'avis de l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, qui rappelle les mauvaises expériences faites avec le prototype. Les deux exemplaires sont répartis entre le tramway de Meaux à Dammartin et le TSM, où l'automotrice « AM 2 » arrive en mars 1924, accompagnée d'une remorque à bagages « RB 1 » à un seul essieu[11].

Autorails unidirectionnels à deux essieux Société Centrale des Chemins de fer et d'Entreprises (groupe Baert et Verney)
Numéro Numéro d'usine Année Poids à vide Longueur totale Puissance Places ass. Date de mise en service Notes
AM 1 1922 4,85 t 7,25 m 20 ch. 20+8 1922 Prototype
AM 2 BV 21 1923 4,85 t 7,25 m 22 ch. 20+8 mars 1924 Type « Standard 1923 »

Le , une troisième automotrice, de marque Panhard BDM-1, est mise en service sur le TSM[12].

Exploitation[modifier | modifier le code]

Prix des billets à l'ouverture de la ligne.
Section 1re classe 2e classe
Melun - Dammarie 0,30 F 0,20 F
Melun - Chailly 0,90 F 0,55 F
Melun - Barbizon 1,25 F 0,75 F
Melun - Milly 3,20 F 1,90 F

Les trains du tramway sont composés d'une locomotive et de trois à cinq voitures de voyageurs. Les voitures sont équipées de deux banquettes longitudinales en bois et ont une capacité de 25 à 30 personnes. Une plateforme, située aux extrémités des voitures, permet aux voyageurs de voyager debout ou d'entreposer de la marchandise ou des bicyclettes.

Le personnel des trains du TSM se compose en temps normal d'un chef de dépôt, de deux mécaniciens, de six chauffeurs dont trois autorisés à conduire les trains et de quatre conducteurs (chef de train). Une équipe complète est formée d'un mécanicien, d'un chauffeur et d'un chef de train[13]. Le personnel des ateliers se compose de six ouvriers[14].

Les voyageurs qui empruntent le tramway aux gares de la ligne doivent être en possession d'un titre de transport avant de monter dans le train. Seuls les voyageurs qui montent aux arrêts conditionnels peuvent acheter un aller-simple auprès du chef de train.

Une correspondance est en place à Melun avec les trains de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) en direction ou en provenance de la gare de Lyon à Paris. Les horaires de la ligne du tramway sont établis pour permettre cette correspondance, un retard de quinze minutes est toléré pour attendre les trains en provenance de Paris.

Train du TSM prêt au départ à Melun avec la locomotive no 2 en tête.
Les rails du TSM dans la rue de la Garenne à Chailly-en-Bière.
Horaires du TSM Barbizon — Melun en 1935 et correspondances à Melun avec le PLM
Barbizon — Melun — Paris
Barbizon-terminus (départ) h 38 h 35 12 h 15 13 h 0 18 h 20
Chailly-en-Bière - Gare (arrivée) h 50 h 47 12 h 27 13 h 12 18 h 32
Chailly-en-Bière - Gare (départ) h 52 h 47 12 h 27 13 h 12 18 h 37
Dammarie - Gare h 10 h 5 12 h 45 13 h 30 18 h 55
Melun - Gare (arrivée) h 20 h 15 12 h 55 13 h 40 19 h 5
Melun - P.L.M. (départ) h 40 h 28 13 h 10 14 h 19 19 h 27
Paris (arrivée) h 22 10 h 5 13 h 58 14 h 58 20 h 8
Paris — Melun — Barbizon
Paris (départ) h 0 h 15 12 h 34 13 h 43 15 h 50 18 h 49
Melun - P.L.M. (arrivée) h 36 h 55 13 h 25 14 h 24 16 h 31 19 h 29
Melun - Gare (départ) h 45 10 h 0 13 h 45 14 h 30 16 h 50 19 h 35
Dammarie - Gare h 55 10 h 10 13 h 55 14 h 40 17 h 0 19 h 45
Chailly-en-Bière - Gare (départ) h 13 10 h 28 14 h 13 14 h 58 17 h 18 20 h 3
Chailly-en-Bière - Gare (arrivée) h 13 10 h 28 14 h 13 14 h 58 17 h 18 20 h 3
Barbizon-terminus (arrivée) h 25 10 h 40 14 h 25 15 h 10 17 h 30 20 h 15
La gare de Milly-la-Forêt au début du XXe siècle.
La gare de Cély au début du XXe siècle.
Horaires du TSM. Section Chailly-en-Bière — Milly-la-Forêt
Chailly-en-Bière — Milly-la-Forêt   Milly-la-Forêt — Chailly-en-Bière
Chailly-en-Bière h 13 14 h 58 20 h 3   Milly-la-Forêt h 5 11 h 42 17 h 47
Perthes h 20 15 h 5 20 h 10   Noisy-sur-École h 8 11 h 45 17 h 50
Cély h 26 15 h 11 20 h 16   Arbonne gare h 20 11 h 57 18 h 2
Fleury-en-Bière gare h 32 15 h 17 20 h 22   Saint-Martin-en-Bière h 27 12 h 4 18 h 9
Saint-Martin-en-Bière h 36 15 h 21 20 h 26   Fleury-en-Bière gare h 31 12 h 8 18 h 13
Arbonne gare h 43 15 h 28 20 h 33   Cély h 37 12 h 14 18 h 19
Noisy-sur-École h 55 15 h 40 20 h 45   Perthes h 43 12 h 20 18 h 25
Milly-la-Forêt h 58 15 h 43 20 h 48   Chailly-en-Bière h 50 12 h 27 18 h 31

Correspondances[modifier | modifier le code]

Outre la correspondance à Melun du TSM avec les trains du PLM à destination ou en provenance de Paris, les voyageurs du tramway ont la possibilité, à partir de 1912, d'emprunter à Milly-la-Forêt les trains de la ligne de Maisse à Corbeil de la Compagnie des chemins de fer de grande banlieue (CGB). Cependant, cette correspondance n'est pas aisée car les gares des deux lignes sont séparées par toute l'agglomération milliacoise. La gare du TSM est située prés de la Chapelle Saint-Blaise au sud-est de la ville, alors que la gare CGB est située à la sortie ouest de la ville.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. René Housson, Histoire du Tramway Sud de Seine-et-Marne : Melun - Barbizon - Milly, 1899 - 1938, Lys Éditions Amatteis, (1re éd. 1985), 111 p. (ISBN 2868490174)
  2. « Les Chemins de Fer Secondaires de France, département de Seine-et-Marne », sur le site internet de la Fédération des Amis des chemins de fer secondaires (FACS). Consulté le 22/11/2012.
  3. Roger Bailly, 150 ans de Chemin de Fer en Essonne, Lys Éditions Amatteis, , 256 p. (ISBN 2868491472), p. 222-226
  4. René-Charles Plancke, Histoire des chemins de fer de Seine-et-Marne : Tacots, tramways et tortillards, t. 2, Lys Éditions Amatteis, , 448 p. (notice BnF no FRBNF34335837), p. 119
  5. Ministère des travaux publics. Direction des chemins de fer, Répertoire de la législation des chemins de fer français. : Réseaux secondaires d'intérêt général. Chemins de fer d'intérêt local et tramway., Paris, Imprimerie nationale, (lire en ligne), p. 309
  6. J. B. Duvergier, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, réglements, et avis du Conseil d'Etat : Année 1898., t. 98, Paris, Éditeur : A. Guyot et Scribe, 1824-1949 (ISSN 1762-4096, lire en ligne), p. 471
  7. René-Charles Plancke, op. cit., p. 134.
  8. « Un petit Train de Seine-et-Marne » » [archive du ], sur le site internet de la ville de Perthes (consulté le 22 novembre 2012)
  9. René-Charles Plancke, op. cit., p. 147.
  10. Décret du 5 mars 1952, publié au journal officiel du 8 mars 1952, page 2818, sur le site http://legifrance.gouv.fr.
  11. Jean-Claude Riffaud, « Le tramway de Meaux à Dammartin », Magazine des tramways à vapeur et des secondaires (MTVS) : revue trimestrielle encyclopédique du rail départemental, Gan (64), Éditions MTVS, no 45 « Le tramway de Meaux à Dammartin »,‎ , p. 30, 33 et 34-35 (ISSN 0150-116X)
  12. René-Charles Plancke, op. cit., p. 148.
  13. René Housson, op. cit. p 21.
  14. René Housson, op. cit. p 84.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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