Tramway de Cherbourg

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Tramway de Cherbourg
image illustrative de l’article Tramway de Cherbourg

Situation Drapeau : France Cherbourg
(Manche, Basse-Normandie)
Type Tramway
Entrée en service 1896
Fin de service 1944
Longueur du réseau 16,5 km
Lignes 2
Écartement des rails 1 000 mm
Propriétaire Ville de Cherbourg
Exploitant Compagnie des tramways de Cherbourg

Le tramway de Cherbourg a fonctionné à Cherbourg de 1896 à 1944, afin de desservir cette sous-préfecture française de la Manche, comprenant une importante base navale, un port de pêche et, à l'époque, un port transatlantique situé à l'extrémité de la péninsule du Cotentin.

Histoire[modifier | modifier le code]

Une première déclaration d'utilité publique intervient le 28 mai 1887[1], pour la création d'un réseau de deux lignes à traction hippomobile et à voie normale, destiné au transport de voyageurs et de marchandises, de la Place de Tourlaville à Querqueville pour la première ligne, du carrefour des rues du Val-de-Saire et de Paris à la rue des Tribunaux, par le Pont-tournant, pour la seconde, ainsi qu'une ligne d'omnibus, au bénéfice de la société anglaise The Empire Syndicate limited, et moyennant une subvention communale de 5000 francs de l'époque. Cette société, qui n'avait pu mener les expropriations dans le délai de trois ans prévu par le décret, est déchue de ses droits par arrêté ministériel du 16 mars 1889[2]

Une seconde déclaration d'utilité publique du même réseau de deux lignes, mais à voie métrique et à traction vapeur, cette fois, est signée le 25 juillet 1891[3], au bénéfice de la Compagnie générale française des chemins de fer secondaires , sous le régime de la loi du 11 juin 1880 relative aux tramways et aux voies ferrées d'intérêt local.

Toutefois, la création de ce réseau semble bien difficile, puisque la déchéance de cette compagnie est prononcée en 1893, et ce n'est qu'après deux adjudications infructueuses que la ville parvient enfin à trouver un nouvel exploitant, en la personne de Monsieur Étienne Laval[4], « maire d'Éveux », ce qui est officialisé par un décret du [5].

L'article 6 de la convention passée entre la ville et M. Laval stipule que « L'exploitation aura lieu par le système Serpollet. Les voitures seront du genre de celles mises en circulation sur la ligne de la Madeleine à Gennevilliers. Pour le service des marchandises, le rétrocessionnaire pourra se servir de locomotives système Winterthur ou autre système sans odeur ni fumée. II en sera de même lorsque l'encombrement des voyageurs nécessitera la remorque ».

Action de la CTC

Conformément à la réglementation de l'époque, à M. Laval, se substitue la Compagnie de tramways de Cherbourg (CTC), créée le 11 mai 1896 pour exploiter ce réseau. Les statuts sont déposés chez maitre Lavirotte, notaire à Lyon[6]. Le siège est à Paris, 156, rue de l'Université.

La CTC fait partie du groupe des Exploitations électriques et Industrielles, regroupement à Lyon de diverses entreprises de tramway, et notamment ceux d'Alep, d'Angers, d'Angoulème, de Besançon, de Brest, de Caen, de Châlons-en-Champagne, de Dijon, de Lorient, du Mans de Montpellier, d'Oran, Perpignan, Rennes, Tours, Tours-Vouvray, et regroupe également des réseaux de distribution d'électricité (Alep, Briançonnais, Rouergue, Tarn, Syrie...). Cet ensemble est l'un des ancêtres de l'actuel transporteur Keolis[7].

Le , la Compagnie de tramways de Cherbourg (CTC) ouvre une ligne de tramway au public, exploitée en traction à vapeur entre Cherbourg et Tourlaville, vers l'est.

Le le tramway atteint Querqueville vers l'ouest depuis Cherbourg, soit un réseau de 11 km.

En 1910, la CTC met le premier tramway électrique en service sur le réseau sur la partie urbaine du réseau, soit 5,5 km, le reste du réseau restant exploité en traction vapeur[8].

Le , un prolongement est réalisé entre Querqueville et Urville, vers l'ouest portant la longueur du réseau à 16 km.

Pendant la Première Guerre mondiale, l'exploitation de la partie suburbaine du réseau est suspendue, et le réseau urbain est exploité par les motrices électriques[9].

Après la guerre, les lignes de banlieue sont électrifiées en 1919-1920[9].

En 1932, le contrat entre la ville et la compagnie CTC est résilié[10], car la concession n'était plus économiquement viable pour la compagnie, en raison de la hausse des prix de revient, qui a pour effet d'entraîner le bouleversement de l'économie du contrat. L'exploitation se poursuit donc en régie municipale[9].

Sans doute à cause des difficultés économiques de l'époque qui compromettent l'entretien des lignes et des tramways, ainsi que du développement des déplacements en automobile, le Conseil municipal de Tourlaville demande en 1936 que « l’autorité compétente veuille bien étudier les mesures à prendre pour supprimer les tramways sur le territoire de la commune, ces derniers étant une gêne considérable pour la circulation et une cause perpétuelle de détérioration de la route »[11].

La Seconde Guerre mondiale fut naturellement une époque difficile pour ce réseau situé dans une ville comprenant un important port militaire fréquemment attaqué par les alliés. L'exploitation était alors très aléatoire, avant de cesser le , à la suite d'un bombardement qui détruisit notamment le dépôt et le matériel[9], [11]. Les autobus prennent ensuite la relève. L'exploitation reste assurée aujourd'hui par autobus ou autocarts, par le réseau Zéphir Bus.

Infrastructure[modifier | modifier le code]

Tramway, rue Gambetta
Tramway, rue de l'Abbaye

Le réseau, construit à voie métrique, s'étendait sur 16,5 km.

Il existait deux lignes :

  • Ligne A : Place de Tourlaville - Cherbourg - Querqueville - Urville, sur l'itinéraire Place de Tourlaville - Octroi (rue du Val de Saire) - Pont tournant - place du Château - rue Albert Mahieu, rue François la Vieille, rue Grande Vallée - Arsenal - Hôpital Maritime - le hameau de la mer à Équeurdreville-Hainneville - Querqueville et Urville[11].
  • Ligne B : Carrefour des rues de Val-de-Saire et de Paris - gare de Cherbourg - rue des Tribunaux. Cette ligne constitue en fait un itinéraire alternatif de la ligne A et dessert le centre ville de Cherbourg[12].

Le dépôt était situé dans le centre de Tourlaville.

Exploitation[modifier | modifier le code]

Ticket du tramway de Cherbourg

L'horaire d'été 1925 du tramway indique des fréquences de 8 tramways à l'heure dans le tronçon urbain et de 4 tramways à l'heure pour la partie suburbaine de Tourlaville et à Équeurdreville. Querqueville était servi toutes les trente minutes et Urville avait huit services par jour (porté à vingt-deux départs le dimanche)[13].

Le matériel roulant[modifier | modifier le code]

Locomotives à vapeur
  • Locomotives type 030 tramway construites par Winterthur numérotées A, B et C
  • Locomotives type 020 tramway construites par Winterthur numérotées D, E, F et G[14]

À la fin de 1901, le parc comprenait : deux locomotives Winterthur type 030, trois locomotives type 020, sept automotrices Serpollet, huit remorques à bogies de 54 places, trois petites remorques de 46 places et quatre remorques ouvertes de 44 places.

Véhicules de tramways

Après la fermeture du réseau de tramway de Caen en 1937, son matériel roulant est vendu à la ville de Cherbourg[15].

Installations et matériels préservés[modifier | modifier le code]

Aucun véhicule n'a été préservé.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Déchet du 28 mai 1877 qui déclare d'utilité publique l'établissement d'un réseau de Tramways destiné à desservir la ville de Cherbourg et sa banlieue, de Tourlaville à Quarqueville (ainsi que le cahier des charges et la convention de rétrocession). », Bulletin des lois de la République française, no 1104,‎ , p. 128-145 (lire en ligne)
  2. Ministère des travaux publics, Direction des chemins de fer, Répertoire de la législation des chemins de fer Français : réseaux secondaires et tramways : situation au 31 décembre 1893, Paris, Impr. nationale, , 306 p. (lire en ligne), p. 160-161
  3. « Décret du 25 juillet 1891, qui déclare d'utilité publique l'établissement, dans le départemenl de la Manche, d'un réseau de Tramways à traction mécanique destiné à desservir la ville de Cherbourg et sa banlieue, de Tourlaville à Querqueville. (ainsi que le cahier des charges et la convention de rétrocession). », Bulletin des lois de la République française, no 1439,‎ , p. 1393-1410 (lire en ligne)
  4. http://amis.arbresle.free.fr/h-a112123.htm
  5. « Décret du 10 octobre 1896 qui approuve le Traité passé entre la ville de Cherbourg et M. Etienne Laval, pour la rétrocession du réseau des Tramways de Cherbourg et sa banlieue (ainsi que la convention de rétrocession). », Bulletin des lois de la République française, no 1854,‎ , p. 844-846 (lire en ligne)
  6. http://www.scriponet.com/images/Descript/15/2948.JPG
  7. Jean Arrivetz, Les tramways français : Histoire et géographie des réseaux urbains sur rails et des chemins de fer secondaires en France, Lyon, Éditions Omni-Presse, , 109 (+ nombreux schémas de réseaux) p., p. 45
  8. a et b « Transports à Cherbourg », sur http://www.amtuir.org (consulté le 5 janvier 2012)
  9. a, b, c et d René Courant, op. cit. en bibliographie
  10. Arrêt du Conseil d'état du 9 décembre 1932 Compagnie de tramways de Cherbourg n° 8965
  11. a, b et c « Albert et Yvonne Trohel évoquent les tramways à Tourlaville (Reflets 121 de mai 2007) », Mairie de Tourlaville, (consulté le 5 janvier 2012)
  12. « Plan du réseau des tramways de Cherbourg », http://www.countrybus.co.uk, (consulté le 5 janvier 2011)
  13. (en) (fr) « Compagnie des transports de Cherbourg », sur http://www.countrybus.co.uk, (consulté le 5 janvier 2012)
  14. a et b Henri Domengie, op. cit. en bibliographie
  15. François Robinard, Caen avant 1940 : rétrospective de la vie caennaise de 1835 à 1940, Caen, Éditions du Lys, 1993, pp. 122–134 (ISBN 2-908561-05-0)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Courant, Le temps des tramways, Menton, Éditions du Cabri, coll. « Encyclopédie des chemins de fer », , 192 p. (ISBN 2-903310-22-X), p. 38-39
  • Henri Domengie, Les petits trains de jadis : Ouest de la France, vol. 3, Breil-sur-Roya, Éditions du Cabri, , 300 p. (ISBN 2-903310-87-4)