Judo

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Judo
柔道
Exécution d'un Ō-uchi-gari.
Exécution d'un Ō-uchi-gari.

Domaine Art martial
Pays d’origine Drapeau du Japon Japon
Fondateur Jigorō Kanō
Dérive de ju-jutsu
A donné ju-jitsu, jiu-jitsu brésilien, kosen judo, sambo
Pratiquants renommés Grands champions :
France : Angelo Parisi(1970-1990),David Douillet (1990-2000), Teddy Riner (2000-….)
Japon : Shiro Saigo (1880), Sakujiro Yokoyama (1890), Yoshiaki Yamashita (1880), Kyuzo Mifuné (1900), Masahiko Kimura (1930-1940), Toshiro Daigo (1950), Koji Soné (1950-1960), Akio Kaminaga (1960)
Pays-Bas : Anton Geesink (1960)
Sport olympique Olympic pictogram Judo.png 1972 (démonstration 1964)
Pratiquants 15 millions dans le monde
Fédération mondiale
International judo federation (IJF)
World independant budo kai (WIBK)

Le judo (柔道, jūdō, litt. « voie de la souplesse » ou « voie de l'adaptation ») est un art martial issu des jujutsu, créé au Japon en 1882 par Jigorō Kanō en tant que pédagogie physique, intellectuel et morale. Le judo est une discipline de la famille des luttes où l'objectif est de se projeter et/ou de contraindre à l'abandon son partenaire/adversaire. C'est une discipline sportive et olympique mais elle aussi perçus comme éducative. Le judo se pratique en judogi avec une ceinture correspondant au grade.

Les spécificités du judo dans un combat sont les projections (techniques de projections), puis le contrôle au sol (techniques de maîtrise), les clés articulaires et les étranglements. Les atemi ainsi que les armes traditionnelles font aussi partie du judo, mais seulement sous sa forme théorique de démonstration (kata) ; elles ne sont pas autorisées en compétition, ni même en pratique libre (randori).

Les pratiquants, nommés judokas[1], portent une tenue en coton renforcé appelée judogi, communément appelée kimono[2] en France (à tort, le terme kimono désignant en japonais un autre type de vêtement). Le judogi est blanc, mais afin de faciliter la distinction entre les combattants dans les compétitions nationales et internationales, un des deux judokas porte un judogi bleu.

Le lieu où l'on pratique le judo s'appelle le dojo (道場, dōjō?, litt. "lieu d'étude de la voie"). Les judokas pratiquent sur des tapis appelés tatami. Ceux-ci sont faits d'une mousse expansée à forte densité, et sont utiles pour amortir les chutes[3]. On utilisait à l'origine une dalle dense et épaisse de paille de riz tressée.

Définition[modifier | modifier le code]

Calligraphie japonaise du mot « judo ».

Le terme jūdō est composé de deux kanjis, prononcés selon la lecture dite "on". Le premier, en neuf traits, signifie "souplesse, adaptation" (, ?), et le second, en douze traits, signifie "voie, principe" (, ?). Jūdō peut ainsi être traduit par l'expression "voie de la souplesse", "esprit de l'adaptation" ou encore "principe de l'adaptation". Le mot fait partie du vocabulaire du JLPT-4.

Voici un résumé de la signification de ces termes :

Ju 柔[modifier | modifier le code]

Étymologie du caractère jū 柔 :

Caractère composé de parties faisant sens. « Lance + bois », bois ayant la souplesse permettant d’en faire un manche de lance. Qui a le sens d’une flexibilité qui ne rompt pas même pliée.[4]

On comprend bien pourquoi le bois d’une lance ne peut être trop dur sous peine de casser au premier choc. Il ne peut être trop souple sinon il serait impossible à manier, à diriger. Il ne peut pas non plus, après avoir été plié, garder cette position, il lui faut retrouver sa position d’origine. Ce qui peut être qualifié de jū (柔), a donc pour caractéristique une sorte de fermeté souple : bien droit sans intervention extérieure, qui s’adapte à celle-ci si elle se fait sentir, avant de revenir à sa position initiale lorsqu’elle disparaît. Ainsi, la particularité commune aux jūjutsu serait d’enseigner à ne pas opposer la force à la force, mais à lui céder souplement. En 1915, Kanō Jigorō écrit qu’il suppose que le jū 柔 de jūjutsu trouve son origine dans l’expression jū no ri 柔の理, où ri 理 désigne le principe (notion confucéenne évoquant à la fois principe particulier et l’aspiration vers un principe ultime – en l’occurrence, celui de jū 柔, « souplesse », « adaptation », « faiblesse »).

Je ne sais pas exactement d’où vient ce caractère jū que l’on utilise pour les jūjutsu anciens ou le jūdō mais que cela renvoie au sens de jū dans jū no ri ne laisse guère place au doute.[5]

Tomiki Kenji en propose cette définition :

Sans s’opposer à la force de l’attaque de l’adversaire, la rendre inefficace en l’accompagnant tranquillement. C'est-à-dire prévoir la direction et la vitesse de la force adverse et, tout en l’accompagnant, effacer son propre corps, et dans cet instant précis, saisir l’occasion de l’emporter.[6]

Kanō Jigorō est toutefois souvent un peu plus précis, bien que toujours plein de précaution. Au-delà de jū no ri, il remonte à ce qui lui semble être l’expression première, le concept de référence : jū yoku gō o sei su (柔能制剛, « ce qui s’adapte peut l’emporter sur ce qui est rigide »).[7]

Do 道[modifier | modifier le code]

Dō ( 道 ) désigne étymologiquement, une route qui part d’un point donné et s’ouvre au fur et à mesure qu’on y progresse (qu’on y bouge les pieds)

On retrouve également le sens contenu dans la graphie : des routes qui s’étendent à partir d’un point (la capitale), que l’on découvre au fur et à mesure (d’étape en étape) et qui mènent vers une destination lointaine grossièrement définie, une terre ou une frontière.

L’emploi de 道 dans le sens de « domaine de compétence », de « spécialité », s’affirme par la suite.

Quand on s’intéresse aux lectures de ce caractère, on constate que la lecture dō ne s’implante vraiment qu’avec l’essor du bouddhisme. Dō est ainsi chargé du sens « d’état ultime », de « domaine », mais aussi de « but » voire « d’idéal ».

Deux autres lectures encore enrichissent le sens, lorsque 道 est utilisé en mot verbal : iu « dire », « expliquer » et michibiku (lecture aujourd’hui réservée à la graphie 導) « indiquer le chemin ». Il est à noter que le mot dōjō s’écrivait 導場 lorsque Kanō Jigorō étudiait le jūjutsu.

Donc 道 n’évoque pas simplement le fait d’avancer, de parcourir, de découvrir, de progresser, mais également le fait de décrire, d’expliquer et de montrer le chemin.

Domaine, principe, enseignement, route, direction, aire, voie, moyen, progression, cheminement, explication, guide, idéal, façon de se comporter, éveil, but ultime, lieu où aboutit la voie, etc. : tous ces termes forment le champ sémantique de 道. Au-delà de ce champ sémantique, il est possible de construire un sens, une signification : 道 évoque l’idée d’un départ vers un but lointain (ou à la découverte d’un vaste domaine) dont on s’approche (ou que l’on arpente) d’étapes en étapes, sur un chemin que l’on découvre au fur et à mesure.[7]

Judo 柔道[modifier | modifier le code]

Quel sens doit-on donner au dō du mot jūdō en mai 1882 ? Au moment de la création du jūdō, le principe « d’adaptation » 柔 jū (c’est-à-dire ses racines, son fondement, ses applications, ses limites, etc.) est au centre des préoccupations de Kanō Jigorō. Cette préoccupation quotidienne – et sans doute également, comme on l’a également vu, le besoin de marquer une forme de continuité dans cette étude avec les jūjutsu, le pousse ainsi à choisir 柔 jū comme premier caractère du nom de son école.

Ce jū qu’il reprend, dans la lignée traditionnelle des jūjutsu, est le jū de jū no ri 柔の理, « principe de ce qui s’adapte », dont Kanō Jigorō fait remonter l’origine à la formule plus ancienne jū yoku gō o sei su 柔能制剛, « ce qui s’adapte peut l’emporter sur ce qui est rigide », dont la forme plus complète est 柔能制剛, 弱能制強 « ce qui s’adapte peut l’emporter sur ce qui est rigide, le faible peut l’emporter sur le fort ».

La formule complète évoque ainsi la possible supériorité de ce qui s’adapte par rapport à ce qui est rigide, de ce qui est faible par rapport à ce qui est fort. C’est ce principe jū que Kanō Jigorō décide de mettre au centre de son étude. C’est 道 dō que Kanō Jigorō choisit comme second caractère. Ce dō est d’abord à prendre dans le sens de « principe » et de « domaine ». En effet, le jūdō est, en 1882, tout entier (et malgré les dénégations ultérieures de Kanō Jigorō) consacré au « principe », au « domaine » de l’adaptation. D’ailleurs, Kanō Jigorō confie, lors de sa conférence du 11 mai 1889, qu’il a, un temps, envisagé d’appeler le jūdō : jūrigaku 柔理学, « science du principe jū » ou jūriron 柔理論, « théorie du principe jū ».

Il y a certainement des personnes qui se demandent pourquoi je n’ai pas employé jūrigaku [science du principe jū] ou jūriron [théorie du principe jū] et que j’ai opté pour jūdō […][8]

Cependant, choisir finalement le caractère 道 dō, montre que Kanō Jigorō, s’il souhaite faire jū le principe essentiel et central du jūdō, affirme dans le même temps sa discipline comme « méthode visant à parcourir et arpenter un domaine déterminé (ici, jū) » (et non comme la transmission telle qu’on lui aurait transmis d’un catalogue de techniques fondées sur jū).

Or, si moi jʹai créé le terme jūdō, ce nʹest pas simplement pour faire comme lʹikebana que lʹon appelle kadō mais pour exprimer que je pose 道 dō [la voie] pour fondamentale.[9]

On peut ainsi retenir comme première traduction-définition du mot jūdō les expressions « quête du principe de la faiblesse, de l’adaptation », « exploration du domaine de la faiblesse, de l’adaptation », en particulier en ce qui concerne les années immédiatement après 1882. Cependant, puisque la notion de « cheminement » est déjà là, il est aussi possible de traduire d’emblée jūdō par « voie de l’adaptation », « voie de la faiblesse ».

Simplement, la seule différence est que, si on dit jūjutsu, on désigne principalement la technique tandis que si on dit jūdō, on désigne 道 dō [la voie] ainsi que toutes ses applications pratiques.[10],[7]

Histoire[modifier | modifier le code]

La création du Kōdōkan jūdō[modifier | modifier le code]

Jigorō Kanō, fondateur du Kōdōkan jūdō

Le jūdō est fondé au mois de mai de l’an 15 de l’ère Meiji, soit en 1882. Différents facteurs peuvent expliquer cette invention : ainsi l’héritage des arts guerriers antérieurs (les jūjutsu) et l’arrière-plan socio-historique en sont, comme on le verra rapidement, des prémices non négligeables. Pourtant, l’un comme l’autre, probablement indispensables, n’auraient pu suffire sans la réflexion, la pensée, l’action, la vision et la volonté d’un homme, Kanō Jigorō 嘉納治五郎 (1860-1938).

Un contexte difficile[modifier | modifier le code]

Lorsqu’il baptise sa méthode jūdō 柔道 – ou plus exactement Kōdōkan jūdō 講道館柔道 –, Kanō Jigorō a 21 ans. Il est étudiant à l’Université de Tōkyō, (Tōkyō daigaku 東京大学) et, depuis janvier 1882, chargé de cours au Gakushūin.

Kanō Jigorō pratique alors les jūjutsu de l’école Tenjin shin.yō (Tenjin shin.yō-ryū 天神真楊流) et de l’école Kitō (Kitō-ryū 起倒流), mais depuis cinq années seulement pour la première et à peine quelques mois pour la seconde, ce qui ne lui confère aucune légitimité dans ces domaines. L’époque, elle, est plutôt au rejet de ces techniques guerrières héritées d’un passé certes encore récent, mais que chacun – et notamment les hommes du milieu de la bourgeoisie aisée auquel il appartient – s’efforce d’oublier. Autant dire que rien ni personne ne le pousse alors à fonder une école.

Au début, lorsque jʹai fondé le Kōdōkan, cʹétait une époque où les domaines des jūjutsu, des techniques du sabre etc., avaient pratiquement disparu de la surface de la terre et où ne restait personne pour sʹy intéresser […] Moi, j’étais persuadé que les jūjutsu ne sont pas de simples méthodes d’attaque et de défense mais possèdent de nombreuses autres significations subtiles ; toutefois, des gens pour y croire également, il n’y en avait presque pas. Ainsi, lorsque jʹouvris mon dōjō pour la première fois, nombreux furent ceux de mon entourage à tourner cela en ridicule et à penser quʹil sʹagissait, pour utiliser des termes modernes, dʹun anachronisme. Mais, moi, jʹy croyais et ne me décourageai pas dans mes efforts […][11]

S’entrainer pour s’imposer physiquement[modifier | modifier le code]

Lorsque Kanō Jigorō commence l’étude du jūjutsu de l’école Tenjin Shin’yō, c’est avant tout pour « se construire une grande force physique afin de ne pas être méprisé », c’est-à-dire dans le but de s’imposer physiquement :

[…] j’ai fait du jūjutsu simplement parce que, comme je détestais perdre, je, voulais juste me construire une grande force physique afin de ne pas être méprisé [12]

Sa conception de la discipline est alors très simple, très utilitaire : il s’agit pour lui de « s’exercer à l’attaque et à la défense ». Et de fait, le jeune Kanō Jigorō parvient à ses fins. L’apprentissage du jūjutsu, lui permet de cesser de se sentir méprisé, puisqu’au moment de la remise des diplômes universitaires (en juillet 1881), les humiliations qu’il a dû subir autrefois du fait de sa faiblesse physique ne sont plus que des souvenirs.

Il sʹensuivit quʹà lʹépoque de la remise des diplômes de l'université, jʹavais acquis une forte confiance en moi, jʹétais considéré par les autres également, et bien que je ne pesais qu’un peu plus de 49 kg, je n'étais méprisé par aucun des autres étudiants. [13]

Des conséquences inattendues[modifier | modifier le code]

Que l’entraînement ait rendu le jeune Kanō Jigorō fort n’est pas surprenant en soi. La surprise est ailleurs, dans une conséquence inattendue de la pratique de ces techniques de combat. En effet, esprit brillant prisonnier d’un corps malingre, Kanō Jigorō est un étudiant irascible, colérique. Il préfère la solitude, fuit la compagnie de ses camarades. Pourtant, au fur et à mesure de son entraînement, non seulement il devient plus fort, mais il prend également conscience que son caractère change :

[…] le jūjutsu d'autrefois se limitait à des techniques d'attaque et de défense et, c’était dans la seule intention de ne pas perdre face aux autres que je l'avais étudié ; mais le résultat fut que, moi, si faible, je devins plus fort que des personnes naturellement robustes, et alors que j'étais quelqu'un de nerveux et facilement violent, cela m'apprit à contrôler mes émotions, à ne plus céder si vite à la violence, à réfléchir aux choses calmement, et à ne plus régler mon comportement en fonction de mes sentiments mais en fonction de la raison.[14]

Au bout de quelque temps, Kanō Jigorō fait donc le constat que la pratique quotidienne des jūjutsu l’a transformé selon différents plans.

Physiquement, d’abord, ce qui n’a rien de mystérieux, puisque l’exercice du jūjutsu passe par le travail du corps : son corps s’est façonné, il s’est adapté à la discipline et aux efforts demandés.

Psychologiquement, ensuite, et selon deux axes.

  • Premièrement par rapport à lui-même : le jeune homme a travaillé sur son corps, au point de transformer celui- ci en un instrument de sa volonté ; il se l’est approprié, et se sent à l’aise avec lui. Dès lors, lui qui considérait son corps plutôt comme une matière étrangère à lui, s’est finalement « incarné ». Il se sent mieux avec lui-même, l’esprit et son enveloppe étant dorénavant en accord.
  • Deuxièmement, son rapport aux autres se transforme également. Désormais rompu à l’exercice du combat, il envisage l’éventualité d’un conflit physique avec plus de sérénité. En conséquence son attitude change peu à peu et, ceux qui le fréquentent, constatant à la fois ses transformations physiques (il est clairement devenu plus fort) et les modifications de son caractère (il fait preuve de plus d’assurance), se trouvent moins enclins à le railler ou le mépriser. Pas de mystère ici non plus. Socialement enfin, et cette transformation sociale est plus surprenante. En effet, les changements précédents auraient pu lui permettre de donner sa mesure sans plus se préoccuper des agressions extérieures. Mais il se découvre capable d’accueillir l’autre sans être a priori ni défensif ni agressif, capable d’apprécier la compagnie des autres, la discussion, et la collaboration.

C’est sans surprise que le jeune Kanō Jigorō constate les changements physiques et psychologiques que l’entraînement lui a fait vivre. Mais en ce qui concerne les modifications de son rapport social aux autres, il ne peut que les remarquer et s’en étonner. Comme une graine se décompose puis germe avant de sortir de terre, à l’abri de la lumière et de notre œil, Kanō Jigorō constate cette « œuvre au noir », sans pouvoir réellement expliquer comment s’est produit le changement qu’il remarque.

Reproduire l’expérience[modifier | modifier le code]

Si l’entraînement qu’il a suivi au sein des écoles de jūjutsu a pu transformer un asocial colérique comme Kanō Jigorō en un homme ouvert aux autres – et peu importe, dans un premier temps, comment – alors il faut « les faire pratiquer largement dans le monde ». C’est la principale conclusion que le jeune homme, qui refuse de « garder quelque chose d’aussi précieux » pour lui seul, tire de sa réflexion, et c’est ce qui le motive lorsqu’il décide de créer son école, persuadé qu’il est que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il doit tenter de faire vivre son expérience à d’autres que lui.

J’en vins à penser que je ne devais pas garder quelque chose d’aussi précieux pour moi seul et qu’il me fallait le transmettre le plus largement au plus grand nombre de personnes, qu’il fallait distribuer ces bénéfices au peuple. Je pris donc la résolution de me servir de ce que j’avais déjà étudié comme base, d’y adjoindre des idées et de le faire pratiquer largement dans le monde.[15]

C’est ainsi un homme d’emblée persuadé du bien que la reproduction de l’expérience qu’il a vécue peut apporter au plus grand nombre qui crée le Kōdōkan jūdō.

Son caractère exceptionnel, ses aspirations sans commune mesure, sa formation tant intellectuelle que physique sont donc les facteurs principaux qui le poussent à créer sa méthode, puis à se battre pour qu’elle s’affirme et se diffuse.[7]

Le passage de la seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La venue du militarisme japonais couplé aux budō de la Dai Nihon Butokukai étouffent les idées de Kano et utilisent les arts martiaux pour fabriquer des guerriers. En 1945 les alliées vont interdire la pratique des budō au Japon, notamment dans l'école, puisque c'est vue comme une usine à fanatique.

Dans l'après guerre, le terme de budō va disparaître, et c'est l'argument de la pratique sportive qui va participer à la réouverture des dojo.[16]

La seconde guerre mondial va donc créé un arrêt dans la pratique au Japon mais aussi une coupure où les idées et les objectifs de Kano vont être mis de côté, premièrement pour les intérêts de guerre, puis ensuite pour une pratique très sportive. Cette coupure n'a pas eu lieu dans tout les pays, dont certains ont profités de professeurs japonais, et le discourt de Kano reviendra un peu plus tard au Japon qui les prendra pour modèle sur cet aspect.

Les temps modernes et le développement international[modifier | modifier le code]

Le judo est le premier art martial japonais à avoir obtenu une reconnaissance internationale.

En est reconstituée la Fédération européenne de judo (EJU) comme instance européenne de son organisation[17].

En , les premiers Championnats d'Europe de judo postérieurs à la seconde guerre mondiale sont organisés à Paris[17].Cette même année, la Fédération internationale de judo (FIJ) est créée comme instance mondiale de son organisation[17].

En , les premiers Championnats du monde de judo sont organisés à Tokyo.

Émission d'un timbre à l'occasion des jeux olympiques de Tokyo

Le judo est testé dans le programme olympique pour les Jeux de Tokyo en 1964. Très populaire au Japon, son introduction dans l'événement olympique est poussé par le pays organisateur pouvant choisir d'ajouter un nouveau sport à la liste des sports olympiques[18]. Quatre épreuves sont alors organisées dans quatre catégories de poids différentes. Ces épreuves sont alors exclusivement masculines, le judo féminin n'étant encore que peu développé. Durant la compétition, les judokas japonais décrochent trois des quatre médailles d'or. La dernière revient au Néerlandais Anton Geesink s'imposant dans la catégorie tous poids confondus. Cette victoire contredit les critiques supposant le judo comme étant une « chasse gardée » japonaise. Le judo est définitivement admis aux Jeux de Munich en 1972.

En ont lieu les premiers championnats d'Europe féminins et, en , les premiers championnats du monde féminins. Le judo féminin apparaît en tant que sport de démonstration aux Jeux de Séoul en 1988, mais n’est officiellement admis au programme qu’à partir des Jeux de Barcelone en 1992.

Dans le monde, en , le judo est le troisième art martial le plus pratiqué derrière le karaté et le taekwondo avec 8 millions de pratiquants[19].

Code moral du judo[modifier | modifier le code]

Lorsqu'il a créé le judo, Jigorō Kanō voulait extraire du jiu-jitsu un moyen d'éducation du corps et de l'esprit « adapté à l'éducation de toute une nation ». Depuis sa création, l'enseignement du judo est accompagné de l'inculcation au judoka de fortes valeurs morales. Certaines valeurs du judo sont donc directement extraites du bushidô.

En France, Shozo Awazu fait partie de ceux qui sont à l'origine du Code moral du Judo créé, en 1985, par Bernard Midan[20], sur la base du code d'honneur et de morale du collège national des ceintures noires proposé par Jean-Lucien Jazarin[21] sur la base du texte de Nitobe[22].

  • La politesse, c'est le respect d’autrui.
  • Le courage, c'est faire ce qui est juste.
  • La sincérité, c'est s'exprimer sans déguiser sa pensée.
  • L'honneur, c'est être fidèle à la parole donnée.
  • La modestie, c'est parler de soi-même sans orgueil.
  • Le respect, car sans respect aucune confiance ne peut naître.
  • Le contrôle de soi, c'est savoir se taire lorsque monte sa colère.
  • L'amitié, c'est le plus pur et le plus fort des sentiments humains.

Le respect et la confiance que l'on accorde à son adversaire lors d'un combat de judo sont primordiaux. En effet, lorsqu'un judoka fait chuter son adversaire, il doit garder le contrôle de sa prise, et la plupart des prises nécessitent de retenir son adversaire pour qu'il chute « correctement ». À défaut, l'adversaire pourrait être gravement blessé. Les clés de bras pourraient facilement disloquer ou déboîter les articulations de son adversaire. Les étranglements, s'ils étaient mal exécutés ou mal maîtrisés, pourraient eux aussi être très dangereux. Mais le respect et la confiance du judoka envers un autre judoka lors d'un combat sont absolus. Au judo, les valeurs morales sont plus importantes que la technique elle-même.

Les nombreux saluts exécutés durant la pratique sont également la marque la plus visible du respect qui régit le judo.

Enfants pratiquant le judo à Tokyo.

Techniques[modifier | modifier le code]

Classification[modifier | modifier le code]

Projection dite d’épaule (Ippon-Seoi-Nage)

Le judo sportif différencie explicitement :

  • Techniques de projection ou nage waza visant à déséquilibrer l'adversaire pour le faire tomber au sol, vers l'arrière, l'avant ou le côté. On retrouve différents groupes de techniques :
    • Groupe des techniques debout : tachi waza
      • techniques de jambes : ashi waza
      • techniques de bras (épaule) : te waza
      • techniques de hanches : koshi waza
    • Groupe des techniques de jeté de corps (souvent traduit par sacrifice) : sutemi waza
      • techniques de sacrifice dans l'axe : ma sutemi waza parmi lesquelles on retrouve la fameuse « planchette japonaise » (tomoe nage)
      • techniques de sacrifice sur le côté : yoko sutemi waza (dont les techniques d'enroulement : makikomi waza)
  • Techniques pratiquées au sol ou ne waza :
    • techniques de contrôle et d’abandon visant à dominer l'adversaire par neutralisation. C’est le katame waza dans lequel on retrouve :
      • techniques d'immobilisation : osae komi waza, qui s'effectuent lorsque l'adversaire est couché sur le dos, les deux épaules au sol (au contraire du système « jujutsu-fighting » où une immobilisation sur le ventre est comptabilisée).
      • techniques d'étranglement : shime-waza, qui peuvent porter sur le système respiratoire obligeant l'adversaire à abandonner rapidement (hadaka-jime par exemple), ou sur le système sanguin du cou (comme sankaku-jime), plus rapide à agir mais aussi plus dangereux.
      • techniques de luxation : kansetsu waza, portées uniquement sur le coude (comme ude-gatame et waki-gatame).

N.B. : Les techniques de luxation et d'étranglement sont également autorisées en position debout (en tachi waza), bien que très rarement vues et utilisées en compétition. En effet, le règlement interdit l'amenée au sol par ces techniques, ce qui les rend plus difficiles à placer.

  • Les katas[23] : ou formes traditionnelles du judo exécutées dans des scénarios prédéterminés. Elles nécessitent de pratiquer également les techniques de frappe (atemi waza). Aucun coup n'y est porté réellement. On y retrouve
  • les coups de pied (geri),
  • les coups de poing (tsuki)
  • les coups du tranchant de la main (shuto).

Certains katas supérieurs nécessitent la pratique face à des attaques avec des armes traditionnelles japonaises, notamment la dague (tanto) et le sabre (katana).

Liste des techniques[modifier | modifier le code]

La Liste des techniques est répertoriée par catégorie : 1/ techniques de frappe (atemi : coups de pied, de genou, de poing, du tranchant de la main, de coude), 2/ formes de contrôle au sol (katame-waza : clé, immobilisation et étranglement), 3/ formes de projections (nage-waza : techniques de jambe, de hanche, de sacrifice, de main et d’épaule) et 4/ types de brise-chute (ukemi).

Projection en judo[modifier | modifier le code]

L’apprentissage d’une projection en judo se déroule la plupart du temps en quatre phases.

  • 1re phase : Tsukuri ou la préparation - Il y a deux formes de tsukuri :
A - Aite no tsukuri : préparation de Uke, c’est-à-dire amener Uke dans une position favorable pour attaquer. Elle s'organise à partir de composantes comme l'action de kumi-kata, un déplacement, un changement de postures ou d'une attaque ; afin de créer une vulnérabilité provisoire. Elle compte plusieurs types de tactique offensive c’est-à-dire des manœuvres de l’opposant :
  1. l'attaque en confusion ou feinte (misekake) ou demandant le sens de la feinte (sorashi). Il s’agit ici d’une simulation d'attaque ayant pour but de créer une réaction chez l'adversaire et permettant d'exécuter une technique initialement prévue. C'est ce qu'on appelle souvent « action/réaction » (avant/avant, avant/arrière, arrière/arrière, arrière/avant, gauche/droite, droite/gauche, droite/droite, gauche/gauche). Cette tactique vous permet d'avoir un temps d'avance : toki (temps) tobashi (envolé).
  2. l'enchaînement ou combinaison d’attaque (renzoku-waza). Cette liaison d’action consiste à attaquer l'adversaire qui réagit et d'effectuer une attaque en fonction de cette réaction. Contrairement à la confusion, la réaction de l'adversaire n'est qu'une éventualité, elle n'est pas provoquée par l’attaquant comme dans la stratégie citée précédemment.
  3. l'attaque répétée est un type d'enchaînement (de liaison d’actions) qui consiste à attaquer plusieurs fois l'adversaire avec l'intention de faire tomber à chaque fois. Un redoublement d'attaque est une attaque répétée de la même technique.
B - Jibun no tsukuri : préparation de Tori c’est-à-dire le placement de Tori. C'est attaquer une fois l'adversaire avec l'intention de faire tomber (zanshin). Cette attaque s'effectuer soit : après la prise le kumi-kata, soit pendant la prise du kumi-kata c'est-à-dire à la volée
  • 2e phase : Kuzushi ou le déséquilibre.
  • 3e phase : Kake ou l'accrochage - mise en suspension (point engrenage de non-retour possible pour Uke).
  • 4e phase : Nage (ou nageru) ou la projection.

Rituel ou « étiquette »[modifier | modifier le code]

Les Japonais ne se serrent pas la main pour dire bonjour afin d'éviter le contact dans un souci d'hygiène principalement. Le salut à distance en inclinant le buste vers l’avant est donc monnaie courante dans la vie de tous les jours et revêt également un caractère plus cérémonial dans la pratique des arts martiaux originaires du Japon.

Le judo commence et se termine par le salut, appelé « Rei ». Ce salut signifie la dignité et la paix intérieure avant comme après le combat. Il annonce aussi le respect des règles ainsi que la droiture et la sincérité. Le judoka devrait saluer lentement, gravement et faire en sorte de montrer le respect à celui qu'il salue. Un salut oublié ou mal exécuté, est le signe d'un judo mal compris et superficiel.

Saluts divers au dojo[modifier | modifier le code]

Un rituel est propre à la pratique du Judo. On parle de l'étiquette. En matière de cérémonial nous trouvons :

  • salut du tatami : en rentrant sur le bord du tatami, le judoka exécute un salut debout afin de montrer le respect envers la surface de travail sur laquelle il va pratiquer. De même lorsqu'il quitte le tatami.
  • salut en ligne à genou et/ou debout par l’ensemble des pratiquants dirigé par l'enseignant et cela face au portrait de Jigorō Kanō (apposé sur le mur du dojo) :
- au début du cours afin d'honorer sa mémoire et remercier maître Kano pour la transmission de son enseignement ; et de remercier le professeur, au début du cours afin de montrer leur respect, de le remercier du temps qu'il va consacrer à l’enseignement.
- en fin du cours afin de remercier le professeur pour l'enseignement qu'il nous a dispensé.
  • salut individuel : le judoka salue avant et après le travail en binôme pour :
- montrer le respect à notre partenaire (ou adversaire en compétition),
- et le remercier pour le travail qu'il nous a permis de réaliser.

Dans un cours de judo, le judoka salue son partenaire, à genou ou debout suivant que le type de travail - s’il s'effectue au sol (ne-waza) le salut s’exécutera ainsi à genoux.

Formes des saluts[modifier | modifier le code]

On distingue deux formes de salut :

  • ritsurei : salut debout . On salue en pliant le haut du corps à 30°, les talons joints, le regard en avant, les mains sur la face externe des cuisses. On reste trois secondes avant de se redresser ;
  • zarei : salut à genoux . À partir de la position debout, le judoka se met à genoux en posant d'abord le genou gauche puis celui de droite. Il y a un écart entre le genou gauche et droit. Le judoka s'assied sur ses talons, salue et se relève d'abord avec le pied droit.

Entraînements traditionnels[modifier | modifier le code]

  • Tandoku-renshu : Couramment traduit par « judo contre l'ombre » « désigne l'entraînement en solitaire sans l'aide d'un partenaire »[24].
  • Uchi-komi : signifie « marteler ». Se pratique à deux pour travailler en répétition l'entrée d'une projection (déséquilibre « Kuzushi », placement du corps « Tsukuri ») sans faire chuter le partenaire.
  • Nage-komi : se pratique à deux, c'est la suite logique de l'uchi-komi puisqu'il s'agit de répéter plusieurs fois une technique entière, avec chute (« Tsukuri-Kuzushi-Kake-Nage ») lorsque l'on travaille le nage-waza. Il est possible de travailler en nage-komi en ne-waza (au sol).
  • Yaku-soku-geiko : traduit par entraînement conventionnel, dans le même esprit que le nage-komi, cet exercice s'effectue en déplacement permanent, lors duquel Tori profite d'opportunités pour lancer des attaques. Uke chute à chaque fois, n'esquive ni ne bloque les attaques (c'est une sorte de randori d'étude).
  • Kakari-geiko : est une sorte de randori dans lequel on impose un thème. On peut donner comme exemple : Tori (celui qui saisit) a un rôle offensif, il attaque constamment Uke (celui qui reçoit) qui doit se défendre sans toutefois bloquer complètement Tori afin de lui permettre de travailler. On peut appeler cela une opposition standardisée.
  • Randori : se traduit par « saisies libres ». Le randori est une forme de combat souple, dans lequel les deux judokas sont partenaires plus qu'adversaires puisqu'ils doivent permettre à l'autre de travailler. Il faut donc ne pas bloquer l'autre, tout en opposant une résistance modérée pour simuler les conditions d'un combat. C'est un exercice difficile à réaliser dans cette optique.
  • Shiai : « Combat martial de la compétition pure où aucune erreur n'est permise sous peine de perdre le combat ».

Katas[modifier | modifier le code]

Les katas du judo ou formes traditionnelles chorégraphiées représentent des exercices de style, de concentration particulièrement difficile et constituent la source même des principes du judo. La bonne exécution de ces katas nécessite de ce fait de longues années de pratique pour permettre au judoka d'en saisir le sens profond. Les plus connus des katas sont :

  1. formes du Kodokan :
    1. Nage-no-kata (forme des projections) composé de 5 groupes (te-waza, koshi-waza, ashi-waza, mae-sutemi-waza, yoko-sutemi-waza).
    2. Katame no kata (forme des contrôles) composé de 3 groupes (osae-komi-waza, shime-waza, kansetsu-waza).
    3. Kime-no-kata (forme de la décision).
    4. Kodokan Goshin-Jutsu (Techniques de défense personnelle du Kodokan).
    5. Ju-no-kata (forme de la souplesse).
    6. Itsutsu-no-kata (forme des cinq principes).
    7. Koshiki-no-kata (forme des techniques anciennes).
    8. Seiryoku-zen'yo-kokumin-taiiku (éducation physique nationale pour l'efficacité maximum) - ce kata contient le kime-shiki (forme de la décision, à destination des femmes) et le jù-shiki (forme de souplesse, à destination des femmes)
    9. Joshi goshin-ho
  2. autres formes :
    1. Go-no-sen (forme des contre-prises)
    2. Nanatsu-no-kata (forme des sept techniques)
    3. Nage-ura-no-Kata (autre forme de contre prises créée par maître Mifune)
    4. Go-no-kata (forme de dureté)
    5. Kodomo-no-kata (forme des enfants)

Concours de kata : depuis quelques années des compétitions de kata sont organisées à travers l'Europe et le monde, notamment en Belgique et en France où il existe un circuit national.

Entraînements des jeunes judokas[modifier | modifier le code]

Les plus jeunes judokas[modifier | modifier le code]

Deux jeunes débutants judoka (ceintures blanches).

Les plus jeunes judokas pratiquent leur sport de manière ludique grâce aux entraînements sous forme de jeux proposés par l'entraîneur qui les aide à prendre confiance en eux et à découvrir leur corps qui va évoluer. Une des étapes indispensable est l'apprentissage de la chute, les ukemis. Ils vont devenir plus sûrs d'eux, plus souples et plus forts afin de se préparer pour les prochaines compétitions et pour le prochain passage de grade.

Le passage se déroule en général à la fin de la saison avec son professeur (pour tous les grades jusqu'à la ceinture marron incluse), qui demande à l'élève d'effectuer certaines techniques qu'il a apprises au cours de la saison. Ces techniques sont à effectuer avec un partenaire : Tori, celui qui saisit, et Uke celui qui « reçoit » l'action de son partenaire.

Lors des randoris, combats d'entraînement, il y aura les « souples » qui consistent à se laisser tomber si son partenaire a bien fait sa technique, puis le randori « normal », c'est-à-dire, que le but est de ne pas tomber sur le dos (comme en compétition) mais sans se faire mal ou mal à son partenaire et sans commettre de faute. L'entraînement est fait pour apprendre et il faut tomber pour apprendre !

Sport-étude[modifier | modifier le code]

Le sport-études destiné aux jeunes judokas français (à partir de 12 ans) se divise en quatre catégories :

  • l'Institut national des sports et de l'éducation physique (INSEP) ;
  • les pôles France : INEF (Institut national des espoirs français), quatre pôles mixtes Bordeaux, Marseille, Orléans, Strasbourg ;
  • les pôles Espoir : vingt-cinq en France métropolitaine et une outre-mer (à peu près un pour chaque région) ;
  • les Centres Régionaux d’Entraînement Judo (CREJ) sont des structures qui s’appuient sur le Pôle Espoirs. Ils permettent soit d’intégrer plus tôt la filière (en minime 2) soit d’y rester plus longtemps (jusqu’au Baccalauréat). Le CREJ offre les mêmes possibilités d’entraînement et d’encadrement que le pôle mais les judokas ne sont pas listés au niveau du ministère chargé des sports. Ils ont quasiment les mêmes droits et devoirs que les judokas du Pôle Espoirs ;
  • les classes études ou classes départementales de judo (environ 35 en France). Elles sont aussi appelées section sportive départementale (SSD), section sportive régionale (SSR).

Grades ou ceintures[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Les grades sont attribués à un pratiquant et permettent d'évaluer son niveau technique, son efficacité en combat, son degré d'ancienneté et d’investissement dans la pratique ainsi que ses qualités morales, ce qui correspond au respect scrupuleux du code moral du judo. Sans un minimum de respect des règles exigées, aucun judoka ne peut prétendre à l'obtention d'un grade.

Les ceintures de couleurs ont été inventées en Angleterre au milieu des années 1920 puis introduites en France par l’expert Mikinosuke Kawaishi. On trouve dans l'ordre les ceintures blanche, jaune, orange, verte, bleu et marron. Suivent les ceintures dites supérieures, respectivement noire du 1er au 5e dan, rouge et blanc du 6e au 8e dan, et enfin rouge pour les 9e et 10e dan.

En France dans les années 1990, la ceinture violette (située entre les ceintures bleue et marron) a été retirée depuis la mise en place des ceintures bicolores dites à sections (blanc-jaune, jaune-orange, orange-vert) représentant des grades alternatifs pour évaluer et récompenser les plus jeunes ; les ceintures vert-bleu et bleu-marron ont quant à elles été abandonnées lors de l’obtention possible du grade à partir de l’âge de 15 ans au lieu de 16 ans auparavant pour l'obtention du 1er dan. On trouve aussi, dans la catégorie « éveil-judo » et « baby-judo » (3 à 5 ans), les ceintures blanches à 1 ou 2 « lisérés » horizontaux. Il se peut aussi d'avoir également des barrettes transversales à la place d'une ceinture blanc-jaune. Ce qui donne une ceinture blanche avec une barrette jaune à coudre, ainsi de suite jusque parfois trois barrettes dans certains pays (notamment en Belgique).

Symboliquement, dans les années 1950, il fut accordé à Jigorō Kanō, fondateur du judo, une ceinture particulière à titre posthume, la ceinture blanche large, de la couleur d’un débutant pour signifier que l'on n'a jamais tout appris et qui correspond au 12e dan, sachant qu’à ce jour, en 2021, le grade de 11e dan n’a pas encore été remis à un grand expert afin que personne ne puisse dépasser le 10e dan, et par conséquent ne pas rejoindre le grand maître.

Échelle des grades de base (ou ceintures de couleur)[modifier | modifier le code]

Les ceintures de couleur (de la blanche à la marron) correspondent à des grades nommés kyus : du 9e kyu représenté par la ceinture blanche jusqu'au 1er kyu par la ceinture marron. En France, les grades inférieurs à la ceinture noire ne peuvent être délivrés que par un professeur de judo diplômé d'État, dont c'est la prérogative, le plus souvent à la suite d'un passage de grades organisé par le professeur au sein du club, selon des critères techniques, des résultats ou participations aux diverses compétitions, du comportement de l'élève (lié au code moral du judo) qui porte sur la présence durant la saison, vis-à-vis de ses camarades, etc.

Illustration des grades de base (kyu) pour les moins de 15 ans[modifier | modifier le code]

Ci-dessous un accès âge par âge dans l’échelle des kyus pour les « jeunes », pour un pratiquant qui débuterait à partir de l’âge de trois ans, et au meilleur de sa progression.

Grade en France (kyu) 11e kyu 10e kyu 9e kyu 8e kyu 7e kyu 6e kyu 5e kyu 4e kyu 3e kyu 2e kyu 1er kyu
Nom japonais 九級
Ku-kyū
九級
Ku-kyū
九級
Ku-kyū
八級
Hachi-kyū
七級
Nana-Kyu ou Shichi-kyū
六級
Roku-kyū
五級
Go-kyū
四級Yon-kyù ou Shi-kyū 三級
San-kyū
二級
Ni-kyū
一級
Ichi-kyū
Couleur en France Blanche Blanche à un liseré Blanche à deux liserés Blanc-jaune Jaune Jaune-orange Orange Orange-vert Verte Bleue Marron
Représentation en France Ceinture blanche.png Ceinture blanche 1 liseré.png Ceinture blanche 2 liserés.png Ceinture blanc jaune.png Ceinture jaune.png Ceinture jaune orange.png Ceinture orange.png Ceinture orange verte.png Ceinture verte.png Ceinture bleue.png Ceinture marron.png
Au meilleur de la progression 3 ans 4 ans 5 ans 6 ans 7 ans 8 ans 9 ans 10 ans 11 ans 12 ans 14 ans

En France, il est quelquefois d'usage depuis les années 1980 d'utiliser dans les clubs la « ceinture vert-bleu » voire également la « ceinture bleu-marron », ce qui ajoute des étapes intermédiaires (kyus) dans la progression d’un jeune pratiquant.

Anciennement, il existait la « ceinture violette » à la place de la « ceinture bleu-marron », qui se situe également entre la ceinture bleue et la ceinture marron. Depuis les années 1990, cette dernière n'est attribuée que très rarement. Elle peut marquer une étape lorsqu'un pratiquant trop jeune et possédant la ceinture bleue est pour valider le grade du haut de l’échelle, c’est-à-dire celui de la « ceinture marron ».

Illustration des grades de base (kyu) pour un adolescent ou un adulte[modifier | modifier le code]

En France, le système de grades de couleur utilise celui de la plupart des arts martiaux français. Ainsi, on trouve une progression en six étapes. Ci-dessous un accès âge par âge dans l’échelle des kyus, pour un pratiquant qui débuterait à partir de l’âge de 14 ans, et au meilleur de sa progression.

Grade en France 6e kyu 5e kyu 4e kyu 3e kyu 2e kyu 1er kyu
Nom en japonais 六級
Roku-kyū
五級
Go-kyū
四級
Yon-kyū
三級
San-kyū
二級
Ni-kyū
一級
Ichi-kyū
Couleur en France blanche jaune orange verte bleue marron
Représentation en France Ceinture blanche.png Ceinture jaune.png Ceinture orange.png Ceinture verte.png Ceinture bleue.png Ceinture marron.png
Au meilleur de la progression 14 ans 14 et ½ 15 15 et ½ 16 17

Échelle des grades supérieurs[modifier | modifier le code]

La ceinture noire : unité de prestige de la discipline.

Au-dessus des kyus, les grades supérieurs sont nommés dans : du 1er dan au 5e dan, la ceinture est noire ; les 6e, 7e et 8e dan sont représentés par une ceinture à sections bandes rouges et blanches alternées (6e dan blanc-rouge 20 cm, 7e dan blanc-rouge 15 cm, 8e dan blanc-rouge 10 cm), les 9e et 10e dan par une ceinture rouge. (Rappel : Après la ceinture rouge, il y a une ceinture obtenue uniquement par le fondateur du judo, Jigorō Kanō, la ceinture blanche large (11e et 12e dan que maître Kano n'a obtenu qu'à titre posthume).)[réf. nécessaire]

Le grade supérieur, quel que soit son degré dans l’échelle, symbolise les valeurs de l’esprit et du corps (attitude générale, forme et style, qualités mentales et morales, technique, efficacité). Ainsi, pour certaines spécialités martiales, si la partie technique et sportive est indispensable dans la progression des grades notamment du début de l’échelle, elle ne se suffit pas à elle-même car d’autres valeurs essentielles doivent toujours entrer en ligne de compte.

Le respect de ce que l’on fait et de ce que l’on est, sont les conditions premières et la garantie de la valeur de nos actes. Ainsi le port d’un grade supérieur nécessite bien plus que des qualités techniques mais l’entière adhésion aux valeurs morales et sociales que doit véhiculer la pratique du sport, notamment les vertus cardinales ci-dessous :

- Valeurs individuelles et de développement personnel : Maîtrise de soi, Combativité, Courage, Détermination, Motivation, Volonté, Persévérance, Confiance en soi, Humilité, Mesuré/Nuancé, Tolérance, Patience, Optimisme, Positivité, Sérénité, Dignité, Responsable, Honneur…
- Valeurs psycho-sociales : Respect, Loyauté, Sincérité, Compassion, Courtoisie, Bonté, Générosité, Amitié, Rassurant…
- Valeurs propres à l’esprit de corps d’une confrérie de pratiquants d’une discipline martiale et sportive : Entraide, Camaraderie, Empathie, Emphase, Reconnaissance…

Par ailleurs, un âge minimum pour accéder à chacun des degrés et des délais de présentation entre chaque degré technique sont imposés, afin d’aborder les apprentissages nécessaires, de les renforcer et ainsi se donner le temps d’acquérir des connaissances et compétences suffisantes. Les candidats – et leurs enseignants – doivent se rappeler que ces délais correspondent non pas à du temps mort, inemployé, mais au temps minimum de maturation indispensable qui doit être effectivement consacré à l’entraînement et permettre ainsi de progresser dans l’étude des arts martiaux ; un an de pratique c’est au moins une centaine de séances intenses ; pour cette raison, un âge et un temps minimums sont fixés pour l’accession aux différents grades.

Souvent, en parlant de « ceinture jaune » ou de « ceinture noire », on désigne par métonymie non pas la ceinture en elle-même, mais le détenteur du grade associé. Il est donc possible de dire : « ce judoka est une ceinture noire ».

Certificat de Menkyo[modifier | modifier le code]

Au Japon, dans la plupart des arts martiaux japonais, en plus des grades techniques (dan) sont délivrés des titres d’experts[25] pour le Bugei[26] et le Budo à partir du 5e dan[27] (notamment pour les arts de combat ancestraux : Bu-jutsu, ju-jitsu, Ko-budo, Nin-jutsu[28]), les Menkyos sont formalisés en 1895 par la structure, le Butokukaï[29] :

  • Le 1re dan (Sho-dan) correspond au nom japonais de deshi (en approfondissement) ;
  • Les 2e dan (Ni-dan) et 3e dan (San-dan) correspondent au nom japonais de ushi-deshi (en formation supérieure) ;
  • Le 4e dan (Yon-dan) correspond au titre de renshi-ho à partir de l’âge de 25 ans au moins (statut d’assistant-formateur), étape entre le pratiquant et l’expert ;
  • Le 5e dan (Go-dan) correspond au titre de renshi à partir de l’âge de 30 ans au moins (personne « forgée » : maîtrise extérieure) ;
  • Les 6e dan (Roku-dan) à partir de l’âge de 35 ans au moins et 7e dan (Shichi-dan) à partir de l’âge de 42 ans au moins, correspondent au titre de kyoshi (cadre formateur, maîtrise extérieure supérieure - le plus haut niveau dans l’autorisation d’enseigner la technique et l’esprit d’un art martial classique) ;
  • Les 8e dan (Hachi-dan) et 9e dan (Hachi-dan) à partir de l’âge de 50 ans au moins, correspondent au titre de hanshi (personne « modèle », maîtrises intérieure et extérieure unifiées) ;
  • Le 10e dan (Ju-dan) au-delà de l’âge de 70 ans, correspond au titre de meijin [le plus souvent, le(s) doyen(s) des hauts gradés en activité] parfois mal traduit par « trésor vivant ».
Grade 1er dan 2e dan 3e dan 4e dan 5e dan 6e dan 7e dan 8e dan 9e dan 10e dan 12e dan
Appellation au Japon 初段
Sho-dan
二段
Ni-dan
三段
San-dan
四段
Yon-dan
五段
Go-dan
六段
Roku-dan
七段
Shichi-dan
ou
Nana-dan
八段
Hachi-dan
九段
Kyū-dan
十段
Jū-dan
師範
Shihan
Niveau de Menkyo
免許
Attribution d’un
Makimono
ou
document écrit
Menkyo-shoden : transmission initiale Menkyo-chuden : transmission intermédiaire Menkyo-okuden : transmission profonde Menkyo-kaiden :
expert
Stade de la maîtrise Personne modèle Personne accomplie Fondateur
Désignation
au Japon
Pratiquant en perfectionnement Formation complémentaire Personne forgée :
instructeur
Maîtrise extérieure :
formateur
Maîtrise extérieure supérieure Maîtrises intérieure et extérieure unifiées
(Shihan à partir du 8e dan)
Doyen Créateur de la discipline
Qualification
japonaise
créée en 1902
par la
Daï Jappan
Butoku Kai

大日本武徳会
Deshi Ushi-Deshi Renshi-ho [4e dan]
錬士 Renshi [5e dan]
Kyoshi-ho [6e dan]
教士 Kyoshi [7e dan]
Hanshi-ho [8e dan]
範士 Hanshi [9e dan]
名人
Meiji [10e dan]
嘉納
治五郎

Jigorō Kanō
Au meilleur
de la progression
- - - 24 ans 29 ans 35 ans 42 ans 50 ans - - -

Modes d’obtention des grades supérieurs (dan)[modifier | modifier le code]

Suivant la fédération concernée plusieurs modes d’obtention de grades supérieurs (dans) coexistent. Nous trouvons les formules suivantes pour les grades du bas de l’échelle (1er au 3e dan) :

Formules de validation par un examen technique fédéral[modifier | modifier le code]

Examen technique classique (deux voies : « dominante technique » et » dominante compétition ») [ETC].

Il existe dans certaines fédérations, des adaptations pour certains profils de candidats :
Examen technique aménagé pour un vétéran de 35 ans et plus (notamment une dispense du module 3 : points de compétition) [ETA]
Examen technique spécial pour un cadre fédéral, athlète émérite et entraîneur de club émérite [ETS]
Examen technique en sport adapté (handisport) [ETH].

Formules par la validation des acquis de l’expérience (V.A.E.)[modifier | modifier le code]

Les voies d’accès à la ceinture noire en France.

Examen des grades supérieurs (dan)[modifier | modifier le code]

Suivant la fédération, pour l'obtention d’un grade, Il faut valider différents modules (ou UV : unités de valeur) définis pour chacun des degrés de l’échelle. Les épreuves techniques se déroulent devant un jury fédéral (régional ou national suivant le degré du grade). Citons ci-dessous, pour exemple, les modules du grade de 1er degré de la ceinture noire ou 1er dan. L’obtention de ce grade peut s’effectuer de deux manières principales :

Voie de la « dominante technique »[modifier | modifier le code]

Il faut valider quatre modules :

  • M1 : Investissement du candidat[30]
  • M2 : une épreuve de kata.
  • M3 : exercices d'application de judo – opposition (randori)
  • M4 : une épreuve de techniques de judo (debout et sol).

Voie de la « dominante compétition »[modifier | modifier le code]

Il faut valider quatre modules :

  • M1 : Investissement du candidat.
  • M2 : une épreuve de kata.
  • M3 : comptabiliser des points lors de combats officiels (44 en un tournoi ou en un shiai ou 100 sur plusieurs tournois entre ceintures noires et marron pour l'obtention du 1er dan).
  • M4 : une épreuve de techniques de judo (debout et sol).

N.B. : Pour l’obtention des grades à partir du 2e dan, les épreuves techniques sont différentes.

Validation de grades par les acquis de l’expérience[modifier | modifier le code]

Pour certains grades, il existe d’autres voir d’accès, notamment :

  • Reconnaissance des expériences techniques [RET] ;
  • Accession par les résultats de compétitions [ARC] ;
  • Accession par les titres sportifs de haut niveau [ARS] ;
  • Accession à titre exceptionnel [ATE] ;
  • Équivalence de diplôme issu d’une autre fédération ou de l’étranger [EDF]
  • et Mise à jour de diplôme fédéral [MDF].

Réduction du temps de pratique et de l’âge requis[modifier | modifier le code]

Ces bonifications consistent en une diminution du temps requis pour accéder au grade supérieur. Elles sont obtenues sur présentation d’un dossier conforme au dossier type élaboré par le bureau de la Commission Spécialisée des Dans et Grades Équivalents (CSDGE). Ce dossier comporte les attestations des titres et fonctions dont se prévaut le candidat. Pour une carrière, les bonifications ne peuvent être accordées que pour deux degrés au maximum :

  • Pour les grades du haut de l’échelle (Exemple pour une échelle de dix degrés : à partir du 5e degré), la demande de bonification en temps de pratique doit être envoyée au plus tard 90 jours avant le passage d’examen au responsable national des grades et équivalences (RNGE). Le directeur technique national (DTN) ou à défaut le responsable national des grades et équivalences (RNGE), au vu de ces pièces, délivre une attestation ouvrant droit aux bonifications.
  • Pour les grades du bas de l’échelle (Exemple pour une échelle de dix degrés : à partir du 1er jusqu’au 4e degré), la demande de bonification en temps de pratique doit être envoyée au plus tard 90 jours avant le passage d’examen au responsable régional des grades et équivalences (RRGE) de la Ligue régionale de rattachement. Le directeur technique régional (DTR) de la ligue régionale ou à défaut le responsable régional des grades et équivalences (RNGE), au vu de ces pièces, délivre une attestation ouvrant droit aux bonifications.

Certains pratiquants, par leur rayonnement et leurs actions rendent d'éminents services à leur propre discipline martiale ou/et sportive et la fédération, à leur image nationale, internationale et mondiale. Il a été décidé d'accorder des bonifications de temps à ces pratiquants dont la valeur technique et sportive est connue et reconnue. Ces bonifications sont obtenues sur présentation d’un dossier comportant les attestations des titres et fonctions correspondantes. Les ayants droit à ces bonifications sont classés en différentes catégories. Les durées d’activité seront certifiées par le président de la ligue, de la zone interdépartementale ou du comité départemental, ou le responsable national de l’arbitrage. Classification des ayants droit :

  • Catégorie A : Les médaillés des championnats individuels (du monde, du monde para, d'Europe, d'Europe para, olympique, olympique para, jeux mondiaux, jeux mondiaux para), le directeur technique national en activité, les conseillers techniques nationaux en activité, les entraîneurs nationaux des équipes nationales d’athlètes en activité, les formateurs nationaux de cadres en activité (d’enseignant bénévole de club et des diplômes d’État d’éducateur, de préparation aux examens de grades du haut de l’échelle, d‘officiels nationaux), les arbitres internationaux et nationaux en activité, les membres de la direction technique nationale en activité (Responsable de département et de division sportive, etc.), les brevetés d'État du 3e degré et 2e degré, DEJEPS, DESJEPS - Temps réduit d’1 an et 6 mois.
  • Catégorie B : Les médaillés des championnats nationaux de la série élite et para (excepté, Universitaire, Armée, Corporatif et Police), les entraîneurs régionaux des équipes régionales d’athlètes en activité, les formateurs régionaux en activité (d’enseignant bénévole de club, de préparation aux examens de grades du bas de l’échelle, d‘officiels régionaux), les conseillers techniques régionaux en activité, les membres de l’équipe technique régionale en activité (Responsable de département et de division sportive, etc.), les arbitres régionaux en activité, les brevetés d'État 1er degré, CQP, DPF (BF3°) - Temps réduit d’1 an.
  • Catégorie C : Les champions nationaux non fédéraux (universitaire, interarmées, police, corporatifs, seniors), les champions de ligue régionale et sélectionnés aux championnats de France de la série élite, les arbitres départementaux en activité, les superviseurs de compétition, les diplômés instructeurs fédéraux (BF2°) et notamment les entraîneurs de club émérites - Temps réduit de 6 mois.

Les bonifications ne sont pas cumulables, c’est-à-dire conjointement pour une diminution de l’âge d’accès et une réduction de temps entre deux grades, et ne peuvent être accordées que trois fois dans une carrière aussi bien pour la filière "examen technique" [ET] ou pour la filière "validation des acquis" [VAE] notamment :

  • Reconnaissance des expériences techniques pour un vétéran de 35 ans et plus [RET]
  • Accession par les résultats de compétition pour l’accès des degrés du bas et milieu de l’échelle des grades (addition des points de combat : nombre de rencontres, victoires, titres et podiums) [ARC]
  • Accession par les titres sportifs en junior/senior de la série « élite » pour l’accès des degrés du bas et milieu de l’échelle des grades [ATS]
  • Accession à titre exceptionnel [ATE].

Autres pratiquants pouvant bénéficier de ces dispositions :

  • Un lauréat d’un grade du milieu de l’échelle ayant obtenu une mention « très bien » au grade précédent pourra bénéficier d’une réduction de temps d’1 an pour se présenter à l’examen du degré supérieur.
  • Un lauréat d’un grade du haut de l’échelle ayant obtenu une mention « très bien » au grade précédent pourra bénéficier d’une réduction de temps d’1 an et 6 mois pour se présenter à l’examen du degré supérieur.

N.B. : le cumul des bonifications n’est pas envisageable (soit une réduction de l’âge requis soit de temps entre deux degrés).

- Réduction de temps entre deux degrés
Échelle Bas de l‘échelle Milieu de l‘échelle Haut de l‘échelle
Degrés (dan) 1er dan 2e dan 3e dan 4e dan et 5e dan 6e dan et 7e dan 8e dan à 10e dan
Catégorie A 1 an 1 an 1 an et 6 mois 1 an et 6 mois 1 an et 6 mois -
Catégorie B 1 an 1 an 1 an 1an 1an -
Catégorie C 6 mois 6 mois 6 mois 6 mois 6 mois -

Illustration des grades supérieurs (dan)[modifier | modifier le code]

Pour la France, ci-dessous un accès âge par âge dans l’échelle des dan, pour un pratiquant qui obtiendrait le 1er dan à l’âge de 15 ans au meilleur de sa progression.
Le grade le plus élevé du judo international est la ceinture large et blanche (12e dan) appelée « ceinture maîtresse ».

Grade 1er dan 2e dan 3e dan 4e dan 5e dan 6e dan 7e dan 8e dan 9e dan 10e dan 12e dan
Appellation au Japon 初段
Sho-dan
二段
Ni-dan
三段
San-dan
四段
Yon-dan
五段
Go-dan
六段
Roku-dan
七段
Shichi-dan
ou
Nana-dan
八段
Hachi-dan
九段
Kyū-dan
十段
Jū-dan
師範
Shihan
Compétence
en France
Confirmation technique Expertise technique Expertise technique supérieure Référent Doyen Créateur de la discipline
Fonction
en France
Validation initiale Approfondissement technique Assistant régional Cadre régional Cadre national Cadre international -
Couleur
en France
Noire Noire Noire Noire Noire Blanc-rouge Blanc-rouge Blanc-rouge Rouge Rouge Large blanche
Représentation
en France
Ceinture noire.png Ceinture noire.png Ceinture noire.png Ceinture noire.png Ceinture noire.png Ceinture blanc rouge.png Ceinture blanc rouge.png Ceinture blanc rouge.png Ceinture rouge.png Ceinture rouge.png Ceinture blanche.png
Examen
technique classique
16 ans 17 ans 20 ans 24 ans 29 ans 35 ans 42 ans - - - Remis au fondateur à titre posthume
Examen réduit :
athlète émérite
et haut niveau
(catégorie
A, B ou C)
A et B= 15
C=15+6 m.
A et B= 16
C= 16 et 6 mois
A=18+6 m.
B= 19 ans
C=19+6 m.
A=22+6 m.
B= 23 ans
C=23+6 m.
A=27+6 m.
B= 28 ans
C=28+6 m.
A=33+6 m.
B= 34 ans
C=34+6 m.
A=40+6 m.
B= 41 ans
C=41+6 m.
- - - -
Examen spécial :
cadre fédéral
ou entraîneur émérite
- - - 22 ans 27 ans 33 ans 40 ans 50 ans
(décision de la CSDGE)
60 ans
(décision de la CSDGE)
- -
V.A.E.
(décision de la CSDGE)
30 ans 32 ans 34 ans 37 ans 40 ans 45 ans 55 ans - - - -

Règlement de compétition[modifier | modifier le code]

Grandes compétitions[modifier | modifier le code]

Compétitions internationales[modifier | modifier le code]

Grands tournois[modifier | modifier le code]

Arts dérivés[modifier | modifier le code]

  • En 1914, Mitsuyo Maeda introduit le judo au Brésil. Il devient ainsi le professeur de Carlos Gracie et d'autres membres de la famille. En utilisant les techniques enseignées par Maeda, puis en se focalisant plus sur les techniques de combat au sol, des membres de la famille Gracie développent leur art d'abord nommé Gracie jiu-jitsu, connu plus tard comme jiu-jitsu brésilien.
  • Dès les années 1940, le professeur autrichien Julius Fleck qui souhaite privilégier un aspect éducatif du judo tout en s'inspirant de l'aïkido, développe sa variante du style qu'il nomme judo-do. Il reprend notamment au judo la mobilité, l'esquive et la non-résistance, tant dans les formes de projection que dans les techniques de contrôle au sol (immobilisations, luxations et étranglements). Il est célèbre pour avoir développé à un haut niveau les techniques de retournement aériens dites « contre-projections acrobatiques ». En 1947, Julius Fleck envoie son travail au Kōdōkan et reçoit le plus grand honneur, la médaille Fuji-Yama.
    Le judo do est un terme qui diffère quelque peu du « judo » dans le sens où ce dernier peut signifier aussi bien « voie de la souplesse » que « souplesse de la voie »[31]. Le judo do en même temps que le judo masculin entre en sport de démonstration dans le programme des jeux olympiques d'été de 1964 de Tôkyô[32].
Fleck meurt en 1967 et son héritage intellectuel ira à Ringwood (Victoria), localité de l'État de Victoria (Australie) au professeur Wally Strauss d'origine autrichienne, qui le fera évoluer vers l'IDO. Celui-ci sera ensuite repris par le Shihan Hans Schöllauf[33].
  • Le Ju No Michi est un art martial européen d'influence japonaise dont la forme de pratique vise à conserver les principes d'origine du judo, notamment la mobilité, l'esquive et la non-résistance, tant dans les formes de projection que dans les techniques de contrôle au sol. Il a été développé et diffusé en France par Igor Correa Luna[34], dès les années 1970.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Brousse Michel, Le Judo, son histoire, ses succès, Éd. Minerva, no 401 (ISBN 2-8307-0659-5), 2002, préface de Jacques Rogg
  • Chaliand Gérard, Blin Arnaud, Dictionnaire de stratégie militaire, Éd. Perrin, Paris, 1998
  • Delmas Alain, 1. Glossaire des sports de combat, Université P. Sabatier - Toulouse, 1973 – 2. Les comportements d’opposition, Mémoire de BEES 2°, Évry, 1978 – 3. L’acte d’opposition, Ligue de Picardie, Amiens, 1981 – 4. Cahiers de formation du moniteur, Ligue de Picardie, Amiens – 5. Lexique de combatique, le verbe contre la barbarie, document de formation, UFR-EPS, Université P. Sabatier - Toulouse, 1975-1980 — 6. Manuel de formation des enseignants en sports de combat, Université des Savoies, 2014
  • Habersetzer Gabrielle & Roland, Encyclopédie des arts martiaux de l'Extrême-Orient, Éd. Amphora, Paris, 2000
  • Jazarin Jean-Lucien, L'Esprit du judo, Éd. Budostore, no 401 (ISBN 2-908580-52-7), 1997
  • Jazarin Jean-Lucien, Le Judo, école de vie, Éd. Budostore, no 402 (ISBN 2-908580-53-5), 1995
  • Lombardo Patrick, Encyclopédie mondiale des arts martiaux, Éd. E.M., Paris, 1997

Références[modifier | modifier le code]

  1. L’appellation Judokate se retrouve souvent au féminin, toutefois le dictionnaire Larousse donne judoka au féminin comme au masculin : « judoka » sur Larousse.fr
  2. En français, le kimono, est un nom usuel du judogi. D'après le dictionnaire Larousse
  3. La surface plane est constituée de tapis rectangulaires habituellement de 2 mètres sur un 1 mètre de côté. Sa périphérie est scindée à l'aide de tapis d’une seconde couleur afin de spécifier le risque de sortie de la surface. La dimension de combat est de 64 mètres carrés (8 x 8) au minimum et de 100 mètres carrés (10 x 10) au maximum
  4. Dictionnaire étymologique des éditions Gakken
  5. Kōdōkan jūdō gaisetsu (dai-nikai) 講道館柔道概説(第二回) (Explication générale du Kōdōkan jūdō (II)), publié dans Jūdō 柔道, mars 1915, in KJTK-3, p. 129.
  6. Tomiki Kenji 富木謙治, Budō no gendaika ni kōken shita Kōdōkan jūdō to sono gijutsuteki hatten 武道の現代化に貢献した講道館柔道とその技術的発展 (L’apport du Kōdōkan jūdō à la modernisation des budō et son développement technique), op.cit., p.120.
  7. a b c et d Yves Cadot, « Kanō Jigorō et l’élaboration du jūdō : le choix de la faiblesse et ses conséquences » [PDF]
  8. Jūdō ippan nami ni sono kyōiku jō no kachi 『柔道一班並ニ其教育上ノ價値』 (Le jūdō en général et sa valeur sur le plan éducatif), publié par la Dai nihon kyōiku-kai 大日本教育会, mai 1889, in KJTK-2, p. 103
  9. Jūdō-ka to shite no Kanō Jigorō (dai-sankai) 柔道家としての嘉納治五郎(第三回) (Kanō Jigorō, le jūdōka (III)), publié dans Sakkō 作興, mars 1927, in KJTK-10, p. 23.
  10. Kōdōkan jūdō to Kōdōkan no shimei oyobi jigyō ni tsuite 講道館柔道と講道館の使命及び事 業について (A propos de la mission et du travail du Kōdōkan jūdō ainsi que du Kōdōkan), publié dans Sakkō 作興, mars 1926, in KJTK-1, p. 150.
  11. Kanō Jigorō 嘉納治五郎, Kaiko rokujū nen 回顧六十年 (Soixante ans de souvenirs), publié dans Kyōiku 教育, mai 1921, in Kanō Jigorō taikei 嘉納治五郎大系 (Kanō Jigorō : compendium), vol. 10, p. 314-315.
  12. Kanō Jigorō 嘉納治五郎, Kaiko rokujū nen 回顧六十年 (Soixante ans de souvenirs), publié dans Kyōiku 教育, mai 1921, in Kanō Jigorō taikei 嘉納治五郎大系 (Kanō Jigorō : compendium), vol. 10, p. 305.
  13. Kaiko rokujū nen 回顧六十年 (Soixante ans de souvenirs), publié dans Kyōiku 教育, mai 1921, in KJTK-10, p. 306.
  14. Kaiko rokujū nen 回顧六十年 (Soixante ans de souvenirs), publié dans Kyōiku 教育, mai 1921, in KJTK-10, p. 307
  15. Jūdōka to shite no Kanō Jigorō (dai-sankai) 柔道家としての嘉納治五郎(第三回) (Kanō Jigorō, le jūdōka (III)), publié dans Sakkō 作興, mars 1927, in KJTK-10, p. 22.
  16. https://www.youtube.com/watch?v=0ggyF4lre5g Judo : dépasser le combat - une histoire de survie | Conférence par Yves Cadot; Musée du quai Branly - Jacques Chirac en 2021
  17. a b et c ffjudo L'histoire du judo
  18. Judo (Sport olympique depuis 1964), site des Jeux olympiques d'été de 2008, fr.beijing2008.cn
  19. Judo, an Olympic Sport, sur le site de la Fédération internationale de judo
  20. FFJDA (2008). Shin, Éthique et traditions dans l'enseignement du Judo. Noisy-sur-École, Budo Éditions.
  21. Jazarin, J-L. (1974). Le Judo, école de vie. Paris, Le Pavillon.
  22. Nitobe, I. (2000). Bushidô, l'Âme du Japon. Noisy-sur-École, Budo Éditions.
  23. Kata (Jap.) : représente une séquence de combat (imaginaire et simulée) contre un ou plusieurs adversaires attaquant sous différents angles. Ensemble d’actions d’attaque et défense. Cet enchaînement est réalisé avec un partenaire lorsque saisies, contrôles, projections, rentre dans la réponse donnée à l’attaque. Les katas constituent en quelque sorte les archives d’un art martial, le vivant testament, ou code gestuel, qu’il faut savoir pénétrer pour toucher à l’essence de l’art. On les appelait autrefois « trésors infinis » car on les considérait comme de véritables clés pour la connaissance.
  24. Jean-Bernard Gardebien, Présentation du programme pour l'obtention du 6e dan, Institut du Judo, Paris, 2005, p. 9.
  25. Kodansha : désigne les porteurs de grades (du 5e dan au 10e dan ou degré dans la « ceinture noire ») dans la progression technique et mentale d’un pratiquant d’arts martiaux (Budo) selon une classification posée par le Butokukai en 1895 et qui va du débutant (Mudansha) à la reconnaissance de la maîtrise (grade de Kyu-dan ou 9e dan)
  26. Bugei (Jap.) : « méthode pour le combat ». De "Bu"= martial eu "Gei"= art. Désigne l’ensemble des techniques utilisées par les guerriers (Bushi) dès le Haut Moyen Âge japonais, strictement étudiées et codifiées. ». « Le « Bugei » devient « Budo » à une époque où lorsque les préoccupations d’ordre éthique influencèrent de plus en plus les techniques », et notamment à la fin du XIXe siècle avec l’arrivée des sports modernes. »
  27. Les 5e dan et 6e dan correspondent par ailleurs au stade dit « kokoro » (cœur, conscience), qui marque une véritable prise de conscience, l’acquis d’une densité intérieure, d’un vécu, d’une expérience, qui le mettent au-delà des préoccupations qui sont celles des premiers degrés de la progression. Au-delà du 6e dan, les derniers échelons de grades (« Kyoshi » et « Hanshi ») sont du domaine dit « iko-kokoro », exprimant le niveau de la maturité en tant qu’individu et de la maîtrise en tant que technicien.
  28. Nin-jutsu (Jap.) : « (..) ensemble des arts martiaux japonais pratiqués, à l’origine, par les membres d’une caste particulière : celle des ninja. Le Nin-jutsu fut qualifié de techniques d’espionnage du Japon féodal. »
  29. Butokukaï (Jap.) : aussi « Budokukai ». L’association Dai Nippon Butokukai a été fondée en 1895 à Kyoto et fut chargée par les autorités d’organiser et de classifier les divers styles et écoles d’arts martiaux (Bu-jutsu) qui s’étaient multipliés pendant la longue période des Tokugawa (1603-1868), dans le cadre légal et officiel. Avec la mission, pour un comité d’experts spécialement constitué d’authentifier grades et titres de maîtrise (Shihan-menjo).
  30. Investissement du candidat : participer à un stage concernant l'organisation et l'arbitrage de compétitions. Pour le 1er dan, officier régulièrement en tant que bénévole pour aider le club ou le comité départemental ou la ligue régionale, ou encore la fédération à l’organisation de manifestations/animations sportives. Par exemple, ce prérequis peut consister à passer un après-midi sur une compétition officielle en tant qu'arbitre auxiliaire
  31. Encyclopédie des arts martiaux de l'Extrême-Orient : technique, historique, biographique et culturelle par Gabrielle Habersetzer, Roland Habersetzer Paru en novembre 2012 - Dictionnaire et encyclopédie (broché) (ISBN 978-2851808417)
  32. IDO Ruch dla Kultury 2001 Lire en ligne
  33. Pour Hans Schöllauf le but ultime de l'IDO est le développement de la force intérieure (de l'énergie vitale - Ki) et l'augmentation de la puissance mentale. Cela conduit à un homme mûr qui a surmonté son ego.
  34. « Maître Correa: La dernière interview », sur budo.blogg.org, Budo International,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Selon les Camy dans Sport & Cinéma, le judo est peu considéré par le cinéma, la préférence va nettement au kung-fu et arts martiaux. Les quelques films évoquant le judo restent dans l'ombre de celui de Kurosawa, dont les remakes sont souvent considérés comme médiocres.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]