Jeu de paume

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Jeu de paume
Picto
Image illustrative de l'article Jeu de paume
Illustration d'un double au jeu de paume (1772)
Court de jeu de paume moderne en Angleterre (Bridport)

Le jeu de paume est pratiqué depuis près d'un millénaire. Initialement joué à main nue ou gantée de cuir, il est ensuite devenu un sport de raquettes. Il est l'ancêtre direct de la pelote basque, de la pelote valencienne, de la balle pelote, du jeu de balle au tambourin, du tennis et plus généralement de tous les sports de raquette.

Le jeu de paume est également associé au Serment du Jeu de paume, un des événements majeurs du début de la Révolution française, et à la Galerie nationale du Jeu de Paume, musée parisien.

L'Histoire[modifier | modifier le code]

Salle de jeu de paume (1564) au château de Suze-la-Rousse (Drôme)

Historique du jeu[modifier | modifier le code]

La paume consiste à se renvoyer une balle, appelée un éteuf, au-dessus d'un filet à la manière du tennis et se pratique en individuel (1 contre 1) ou en double (2 contre 2), mais aussi à 3 contre 3 ou 4 contre 4 pour les variantes dites de longue paume. Dans ce sport, qui nécessite aussi une balle, un filet et deux joueurs au minimum, les points étaient comptabilisés un par un. Mais à chaque unité inscrite, le joueur, d'abord situé à 60 pieds du filet, devait se rapprocher pour servir. Le premier point donnait ainsi le droit d'avancer de 15 pieds. Idem pour le deuxième, ce qui faisait 30 pieds au total. Et au troisième point, le joueur pouvait de nouveau se rapprocher, mais de 10 pieds seulement pour ne pas être trop proche du filet. Il avait donc gagné 40 pieds. C'est ce qui a inspiré la façon de compter les points (15, 30, 40 et jeu) utilisée au tennis[1].

Le port d’un gant de cuir afin de protéger la main qui frappe la balle se généralise à la fin du XIIIe siècle. La paume se pratique à l’origine en plein air, mais dès le XIVe siècle les terrains de jeu sont couverts d’un toit donnant naissance aux salles de jeu de paume, aussi appelés « tripots ».

Première mention d’une raquette pour jouer au jeu de paume en 1505 qui se jouait précédemment à main nue ou gantée de cuir. Le battoir, raquette pleine en bois, était apparu au siècle précédent. La raquette, à la différence du battoir, possède un cordage en chanvre ou en boyau. Le XVIe siècle qui s’ouvre sur cette innovation est l’âge d’or du jeu de paume en France. La pratique à main nue perdure, certains matches opposant même les tenants des deux écoles, des quatre même  :

  • main nue
  • main gantée
  • battoir
  • raquette

En 1610, les paumiers se constituent en corporation. Les abus du raz-de-marée de la paume en France se devaient d’être corrigés. Certains paumiers peu scrupuleux bourraient en effet leurs éteufs de pierres provoquant des accidents, parfois mortels ; le frère de Montaigne décède ainsi. De nombreuses salles sont fermées tandis qu’une réglementation stricte (c’est le principe même d’une corporation) encadre désormais la production des éteufs et des raquettes.

La folie française du jeu de paume[modifier | modifier le code]

Jeu de paume ancien à Paris

La folie pour le jeu de paume occasionne beaucoup d'embarras aux autorités qui peinent à canaliser ce mouvement qui touche tout le monde, du roi au simple enfant, sans oublier les femmes. Le 22 juin 1397, le prévôt de Paris interdit la pratique du jeu de paume tous les jours, sauf le dimanche « parce que plusieurs gens de métier et autres du petit peuple quittaient leur ouvrage et leur famille pendant les jours ouvrables, ce qui était fort préjudiciable pour le bon ordre public ». Encore une fois, les joueurs ne tiennent aucun compte de cet interdit et des parties ont lieu tous les jours, au grand désespoir des autorités.

Les femmes pratiquaient également le jeu de paume. Citons ici Margot la Hennuyère qui cause la sensation à Paris alors sous occupation anglaise en s'imposant face aux meilleurs spécialistes parisiens du jeu. Elle s’incline toutefois face aux joueurs les plus physiques.

Les lettres patentes du roi de France François Ier en date du 9 novembre 1527 officialisent le professionnalisme sportif, en jeu de paume notamment. Ce texte révolutionnaire met en effet sur le même plan les gains d’un joueur de paume et les fruits du travail. Depuis bien longtemps déjà, paris et enjeux ont transformé de fait cette activité sportive en métier pour beaucoup.

Le 23 mars 1594, au lendemain de son entrée royale dans Paris, Henri IV dispute une partie de jeu de paume. Cette partie disputée à La Sphère fut très appréciée par le peuple parisien et fit beaucoup pour la popularité du nouveau roi dans la capitale.

L’Italien Francesco d’Ierni en 1596 estime à 250 le nombre de salles de jeu de paume à Paris et à 7 000 le nombre de personnes qui vivent directement ou indirectement de cette activité. En Province, le jeu de paume est également très important. Orléans compte ainsi 40 salles.

Publication en 1604 en Angleterre de The View of France de Sir Robert Dallington (1561-1637). Suite à un séjour en France en 1598, ce maître d’école anglais livre un tableau très critique. Le goût pour le sport des Français étonne ainsi beaucoup, « Les Français naissent une raquette à la main », et l’auteur n’est pas avare de critiques car le sport est avant tout perçu par les Anglais d’alors, dans la plus pure tradition de Pline le Jeune, comme une perte de temps. Paris compte, il est vrai, pas moins de 1 800 salles et terrains en plein air de jeu de paume. Passion française par excellence, la paume se mue alors en authentique raz-de-marée. Dallington nous précise que la France est « un pays semé de jeux de paume, plus nombreux que les églises et des joueurs plus nombreux que les buveurs de bière en Angleterre. »

En 1657, 114 salles de jeu de paume sont recensées à Paris. La paume reste encore le sport roi du moment, mais il est déjà en net recul sous les coups portés par Louis XIII. Louis XIV lui donne le coup de grâce en délaissant totalement cette pratique. Par convention, plus que par passion, il fait toutefois construire une salle de jeu de Paume au château de Versailles qui sera bien utile aux Révolutionnaires quelques décennies plus tard.

L'ancêtre direct du tennis[modifier | modifier le code]

Raquettes et balles de paume

En 1415, conséquence de la bataille d'Azincourt, le duc d’Orléans est emprisonné pendant deux décennies en Angleterre. À l’occasion de cette captivité à Wingfield dans le Norfolk, le duc introduit en Angleterre le jeu de paume qu’il pratique quasi quotidiennement. Quatre siècles plus tard, le descendant du châtelain de Wingfield, Walter Clopton Wingfield, invente le tennis en adaptant le jeu de paume sur herbe. Le tennis prend d'ailleurs au Royaume-Uni le nom Lawn Tennis (tennis sur gazon) tandis que le jeu de paume est désigné sous le nom Real Tennis.

23 février 1874. Le Britannique Walter Clapton Wingfield dépose un brevet pour l’invention d’un nouveau sport : le sphairistike. De fait, Wingfield s’appuie sur le jeu de paume et l’invention du caoutchouc qui permet de réaliser des balles pouvant rebondir sur l’herbe. Le sphairistike est le chaînon manquant entre le jeu de paume et le tennis dont le nom vient d'ailleurs d'une mauvaise prononciation et écriture du mot « tenez » en vieux français par les Anglais.

Le jeu de paume aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Court à Newcastle (Angleterre)

Quand la France délaisse le jeu de paume au XVIIIe siècle, il trouve refuge au Royaume-Uni et aux États-Unis. Ces deux nations figurent aujourd'hui parmi les plus fortes tout comme l'Australie alors que la France tente un timide retour dans les « tripots ».

Le jeu de paume fut le premier sport à attribuer un titre de « Champion du Monde » dès 1740 et sans interruption jusqu’à aujourd'hui. Clergé fut le premier joueur sacré champion du monde.

Le premier dimanche de septembre la coupe de Paris en longue paume est organisé au jardin du Luxembourg. Il existe en France trois salles où l'on joue encore à la paume : une au château de Fontainebleau, une à Paris (rue Lauriston) et une dernière à Pau. Il existe également un jeu de paume désaffecté à Chinon[2]. Celui de Mérignac dans la banlieue de Bordeaux a fermé en 2013[3].

Il existe depuis 1924 une Fédération Française du Jeu de Paume (agréée en 1926) et un Comité Français de Courte Paume (pratiquée en salle, la longue paume étant pratiquée à l'extérieur) affilié dès ses origines à la Fédération française de tennis.

En compétition, le Français Pierre Etchebaster est considéré comme le meilleur joueur de paume moderne. Il conserve le titre de champion du monde de 1928 à 1954 soit huit titres consécutifs et se retire à 62 ans. En 2008 son record est battu par l'Australien Robert Fahey (en) qui remporte son neuvième titre consécutif.

Au début du XXIe siècle, 35 nations pratiquent la paume.

Les expressions du jeu de paume[modifier | modifier le code]

Le jeu de paume a laissé nombre d'expressions dans la langue française[4] :

  • « Épater la galerie » qui se disait alors lorsqu'un joueur réussissait un beau coup qui épatait les spectateurs regroupés dans la galerie couverte en surplomb entourant en partie la salle de jeu.
  • « Qui va à la chasse... perd sa place » vient de la notion de chasse (forme de gagne-terrain) pratiquée en courte paume aussi bien qu'en longue paume. À la fin de cette phase de jeu, les joueurs changent de côtés de terrain et le serveur perd sa place favorable (la source la plus probable de cette expression vient du chapitre 27 de la Genèse (Bible) où Jacob prend la place d'Esaü parti à la chasse pour recevoir la bénédiction de son père).
  • « Les enfants de la balle » On nommait ainsi les paumiers (fabricants des balles).
  • « Jeu de main, jeu de vilain » vient du fait qu'à l'époque, les pauvres ne pouvaient avoir de raquette, donc ils jouaient avec les mains, d'où l'expression.
  • « Prendre la balle au bond »
  • « Tomber à pic »
  • « Rester sur le carreau »
  • « Un bon lapin est un lapin mort »
  • « Chassé-croisé » deux chasses posées, traversez ! crie le marqueur ou le commissaire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mehl Jean-Michel, Les jeux au royaume de France du XIIIe au XVIe siècles, version abrégée d'une thèse d'État d'Histoire soutenue en octobre 1988, Paris, Fayard, 1990
  • Paris Historique, no 67 du 2e semestre 1993, numéro consacré au « Jeu de paume parisiens », ISSN 0764-454.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]