Judo en France

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Le judo en France est la quatrième discipline sportive en nombre de licenciés.

Organisation[modifier | modifier le code]

Moshe Feldenkrais rencontre Jigorō Kanō à l'occasion de conférences données par le fondateur du judo en 1933 et il contribue à l'introduire en France.

La Fédération française de Judo et Disciplines Associées gère le judo en France. La « FF judo-jiu-jitsu » fut fondée en 1942 en tant que section de la Fédération française de lutte. Elle devient autonome en 1946 et compte environ 559 457 licenciés en 2011[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le ju-jitsu est pour la première fois mentionné dans un article de la Revue des deux Mondes publié 1895. Il s'agit d'une traduction du Glimpses of unfamiliar Japan de Lafcadio Hearn par Crosnier de Varigny[2]. La première introduction au grand public est l'œuvre de Yves Le Prieur. Alors conseiller militaire à Tokyo, il suit des cours au dojo de Jigorō Kanō. De son expérience il publie en 1911 le livre Judo, Manuel de jujutsu de l'école Kano à Tokyo[3].


En 1933, Jigoro Kano tient sa première conférence sur le judo en France. Moshe Feldenkrais rencontre Jigorō Kanō à l'occasion de conférences données par le fondateur du judo lors de deux séjours en France en 1933 et 1934. Il se met à pratiquer ce sport, qu'il contribue à introduire en France, et devient la première ceinture noire de judo en France[2].

À son invitation, Mikinosuke Kawaishi quitte Londres pour venir enseigner le judo en France. Passionné par ce sport, Feldenkrais fonde le 25 octobre 1937,le Jiu-Jitsu Club de France, dont Jigorō Kanō est le président d'honneur. Il écrit deux livres sur le judo. Maître Mikinosuke Kawaishi, qui avait déjà officié en Angleterre commence son enseignement en France et rebaptisé le « Jiu-Jitsu-Club de France » le « Judo-Club de France » à la fin des années 1940. Alors qu'au Japon seulement deux ceintures de couleurs sont en usage (blanche et marron), Maître Kawaishi importe et adapte l'innovation britannique des ceintures de couleurs que nous connaissons aujourd'hui. Kawaishi propose un enseignement particulier du judo que l'on nomme méthode Kawaishi. Les premiers championnats de France se tiennent en 1943.

La Fédération française de judo est fondée le 5 décembre 1946. Le nombre de pratiquants passe d'une cinquantaine en 1936 à plus de 20 000 en 1956. En 1950, Mikinosuke Kawaishi est assisté par Shozo Awazu qui devient l'entraîneur des champions de l’équipe de France de l'époque (de Herdt, Levannier, Martel, Belaud, Verrier, Roussel, Cauquil, Pelletier, Laglaine, Zin).

Quasi exclusivement parisien avant la Seconde Guerre mondiale, le judo s'implante en province après la guerre. En 1948, près des trois quarts des licenciés de judo sont originaires d'Île-de-France, et Paris rassemble à elle seule plus de la moitié des licenciés. Quatre clubs de province comptent plus de 150 membres : Judo Club de Provence (Marseille), le Jiu-Jitsu Club de Bordeaux, l'AS Police de Toulouse et l'École militaire d'escrime et des sports de combats d'Antibes.

Les années 1950 sont marquées par deux crises. La première est liée à la méthode. Les deux principaux rivaux sont la méthode Kodokan et la méthode Kawaishi. La fédération pratique essentiellement la méthode Kawaishi. Un club de Toulouse propose à l'extrême fin des années 1940 de passer à la méthode Kodokan et se détache de la fédération. Les Toulousains font appel aux maîtres japonais et l'un d'eux se déplace en France dès novembre 1951. Des clubs parisiens décident alors de couper leurs liens avec la fédération et forment le 8 octobre 1954 l'Union fédérale des amateurs de judo kodokan. En avril 1956, l'Union est intégrée à la fédération ; La méthode kodokan représente alors 12 % des licenciés pour 18 % des clubs.

La seconde crise des années 1950 est liée à la séparation du collège national des ceintures noires (créé en 1948) de la fédération. La situation perdure pendant 15 ans (1957-1971). La fédération avait tenté d'intervenir dans les règles d'obtention de la ceinture noire en la limitant à une simple épreuve de compétition. Un arrêté ministériel met fin au conflit.

En 1955, un diplôme d'État de professeur de judo est créé.

Premières ceintures noires de France[modifier | modifier le code]

Fac-similé des cartes originales de judoka et du Collège des ceintures noires de Maurice Cottreau.

Le tableau qui suit liste[4] les premières ceintures noires décernées par Maitre Kawaishi avant 1943 en France.

# Judoka Date Ordre retenu par le
Collège des Ceintures Noires
Grade actuel
1 Moshe Feldenkrais - ?
2 Maurice Cottreau 1 ?
3 Jean de Herdt 1 bis 6e dan
4 Henri Birnbaum 51 ?
5 Paul Bonet-Maury 2 6e dan
6 Robert Sauvenière 49 ?
7 Charles Malaisé 3 ?
8 Jean Andrivet 4 ?
9 Roger Piquemal 5 ?
10 Jacques Laglaine 6 8e dan
11 Guy Pelletier 7 9e dan
12 Jean Beaujean 8 ?

Moshe Feldenkrais n'a jamais figuré sur la liste établie par le Collège des Ceintures Noires car il était de nationalité britannique, il s'est toujours considéré comme ceinture noire française car il a pratiqué en France et a été nommé Ceinture Noire par Maitre Kawaishi à Paris.

Lors de l'établissement de la première liste par le Collège des Ceintures Noires, Jean de Herdt y fut inscrit en tant que "numéro 1". Le Collège s’aperçut alors que Maurice Cottreau avait été oublié. Après correction, il prit le numéro 1 et Jean de Herdt, le "numéro 1 bis".

Certains judokas ont été nommés Ceinture Noire avant la rédaction des cartes Collège des Ceintures Noires, ainsi Henri Birnbaum et Robert Sauvenière ont un numéro qui ne correspond pas à leur ordre chronologique.

Jean de Herdt est aussi le premier français à obtenir le 2e dan ainsi que le 3e dan.

Les plus hauts gradés[modifier | modifier le code]

Le grade ceinture blanche et rouge 6e dan est le premier pallier des hauts gradés de judo jujitsu. Pour cette raison l’accès à ce grade et aux grades suivants est différente de l’accession aux grades de ceinture noire.

Le grade 7e dan et les grades suivant ne sont pas attribués sur la base de présentation de candidature ou d’examen. C’est une sorte de promotion s’effectuera après traitement direct par la commission spécialisée des dan et grades équivalents de la F.F.J.D.A des dossiers des gradés 6e dan qui sont en ce grade depuis au moins dix ans.

Au-delà du 8e dan judo le cercle des hauts gradés de la discipline judo jujitsu se resserre considérablement au point de pouvoir parler de champions de judo d’une façon nominative. Les grades, comme c’est le cas pour tous les hauts gradés du judo, ne sont pas décernés sur la base d’examen ou de compétitions mais d’une façon purement honorifique par la fédération française de judo ou par les instances internationales du judo[5].

En France, seuls sept judokas, auxquels on peut ajouter deux judokas japonais exerçant en France, ont atteint le grade 9e dan et un seul le 10e dan, auquel on doit ajouter Mikinosuke Kawaishi, pionnier du judo en France. Ils portent la ceinture rouge[6]. Il s’agit de :

# Judoka Date de naissance Date de décès Grade
1 Mikinosuke Kawaishi 1899 10e en 1975
2 Henri Courtine (87 ans) 10e en 2007[7]


# Judoka Date de naissance Date de décès Grade
1 Haku Michigami 2002 9e en 1975
2 Shozo Awazu (à 92 ans) 9e en 1989
3 Bernard Pariset (à 74 ans) 9e en 1994
4 Maurice Gruel 9e en 2007
5 Guy Pelletier (à 90 ans) 9e en 2007
6 André Bourreau (83 ans) 9e en 2007
7 Jacques Le Berre (80 ans) 9e en 2007
8 Lionel Grossain (80 ans) 9e en 2007
9 Jean-Luc Rougé (68 ans) 9e en 2013

Palmarès olympique[modifier | modifier le code]

En 1956, Henri Courtine et Bernard Pariset, entraînés par Shozo Awazu, sont les deux premiers français à participer aux premiers championnats du monde de judo.

Mais c'est en 1964, lors des Jeux olympiques de Tokyo, que le judo devient un sport olympique. Seuls les hommes disputaient alors les épreuves dans 4 catégories différentes. Dès les Jeux olympiques de 1972 à Munich, la France obtient ses trois premières médailles, en bronze pour Jean-Jacques Mounier, Jean-Paul Coche et Jean-Claude Brondani. Huit ans plus tard à Moscou, Angelo Parisi devient le premier champion olympique français de l'histoire suivi quelques jours plus tard par Thierry Rey dans les poids légers. Il faut attendre les Jeux olympiques de 1992 à Barcelone pour que le judo féminin n'apparaisse au programme de la compétition. Les Françaises Catherine Fleury et Cécile Nowak y décrochent la médaille d'or dans leurs catégories respectives. En 2000 à Sydney, David Douillet est le premier judoka français double champion olympique. Quatre ans plus tard à Athènes, aucun tricolore ne remporte une médaille d'or, une première depuis 1984 et les Jeux olympiques de Los Angeles. C'est en 2012 à l'occasion des Jeux olympiques de Londres que Lucie Décosse offre un onzième titre olympique à la France. En effet, la française y remporte l'or dans la catégorie des moins de soixante-dix kilos.

La France est la seconde nation au palmarès olympique avec 51 médailles derrière les Japonais.

# Sexe Médaille d'or Médaille d'argent Médaille de bronze Total
1 Mixte 14 11 26 51
DETAILS
1 Femmes 6 5 8 19
2 Hommes 8 5 17 30

Voici les quatorze médailles d'or françaises décrochées par douze judokas (deux médailles d'or pour David Douillet et Teddy Riner). Les Jeux olympiques de 1996 à Atlanta furent les plus prolifiques avec 3 médailles d'or. Les judokas marqués d'un * ont également été champions du monde.

Liste des champions olympiques de judo français
# Judoka(te) Sexe Catégorie Jeux olympiques Lieu
1 Angelo Parisi H - 95 kg Jeux olympiques de 1980 Moscou, Union soviétique
2 Thierry Rey* H - 60 kg Jeux olympiques de 1980 Moscou, Union soviétique
3 Marc Alexandre H - 71 kg Jeux olympiques de 1988 Séoul, Corée du Sud
4 Catherine Fleury* F - 61 kg Jeux olympiques de 1992 Barcelone, Espagne
5 Cécile Nowak* F - 48 kg Jeux olympiques de 1992 Barcelone, Espagne
6 Djamel Bouras H - 78 kg Jeux olympiques de 1996 Atlanta, États-Unis
7 Marie-Claire Restoux* F - 52 kg Jeux olympiques de 1996 Atlanta, États-Unis
8 David Douillet* H + 95 kg Jeux olympiques de 1996 Atlanta, États-Unis
David Douillet* (2) H + 100 kg Jeux olympiques de 2000 Sydney, Australie
9 Séverine Vandenhende* F - 63 kg Jeux olympiques de 2000 Sydney, Australie
10 Lucie Décosse* F - 70 kg Jeux olympiques de 2012 Londres, Royaume-Uni
11 Teddy Riner* H + 100 kg Jeux olympiques de 2012 Londres, Royaume-Uni
Teddy Riner* (2) H + 100 kg Jeux olympiques de 2016 Rio de Janeiro, Brésil
12 Émilie Andéol F + 78 kg Jeux olympiques de 2016 Rio de Janeiro, Brésil

Champions du monde[modifier | modifier le code]

Voici les 25 judokas champions du monde. Les judokas marqués d'un * ont également été champions olympiques.

Liste des champions du monde de judo français
# Judoka(te) Sexe Catégorie Championnats Lieu
1 Jean-Luc Rougé H - 100 kg 1975 Vienne, Autriche
2 Thierry Rey* H - 60 kg 1979 Paris, France
3 Jocelyne Triadou F - 78 kg 1980 New York, États-Unis
4 Bernard Tchoullouyan H - 90 kg 1981 Maastricht, Pays-Bas
5 Béatrice Rodriguez F - 57 kg 1982 Paris, France
6 Martine Rottier F - 63 kg 1982 Paris, France
7 Natalina Lupino F + 78 kg 1982 Paris, France
8 Brigitte Deydier F - 70 kg 1982 Paris, France
Brigitte Deydier (2) F - 70 kg 1984 Vienne, Autriche
Brigitte Deydier (3) F - 70 kg 1986 Maastricht, Pays-Bas
9 Dominique Brun F - 52 kg 1986 Maastricht, Pays-Bas
10 Fabien Canu H - 81 kg 1987 Essen, Allemagne
Fabien Canu (2) H - 81 kg 1989 Belgrade, Yougoslavie
11 Catherine Arnaud F - 57 kg 1987 Essen, Allemagne
Catherine Arnaud (2) F - 57 kg 1989 Belgrade, Yougoslavie
12 Catherine Fleury* F - 57 kg 1989 Belgrade, Yougoslavie
13 Stéphane Traineau H - 100 kg 1991 Barcelone, Espagne
14 Cécile Nowak* F - 48 kg 1991 Barcelone, Espagne
15 David Douillet* H + 95 kg 1993 Hamilton, Canada
David Douillet* (2) et (3) H + 100 kg et toutes catégories 1995 Chiba, Japon
David Douillet* (4) H + 100 kg 1997 Paris, France
16 Marie-Claire Restoux* F - 52 kg 1995 Chiba, Japon
Marie-Claire Restoux* (2) F - 52 kg 1997 Paris, France
17 Séverine Vandenhende* F - 63 kg 1997 Paris, France
18 Christine Cicot F + 78 kg 1997 Paris, France
19 Larbi Benboudaoud H - 65 kg 1999 Birmingham, Royaume-Uni
20 Frédéric Demontfaucon H - 81 kg 2001 Munich, Allemagne
21 Céline Lebrun F Toutes catégories 2001 Munich, Allemagne
22 Lucie Décosse* F - 63 kg 2005 Le Caire, Égypte
Lucie Décosse* (2) F - 70 kg 2010 Tokyo, Japon
Lucie Décosse* (3) F - 70 kg 2011 Paris, France
23 Gévrise Emane F - 70 kg 2007 Rio de Janeiro, Brésil
Gévrise Emane (2) F - 63 kg 2011 Paris, France
Gévrise Emane (3) F - 63 kg 2015 Astana, Kazakhstan
24 Teddy Riner* H + 100 kg 2007 Rio de Janeiro, Brésil
Teddy Riner* (2) H Toutes catégories 2008 Levallois-Perret, France
Teddy Riner* (3) H + 100 kg 2009 Rotterdam, Pays-Bas
Teddy Riner* (4) H + 100 kg 2010 Tokyo, Japon
Teddy Riner* (5) H + 100 kg 2011 Paris, France
Teddy Riner* (6) H + 100 kg 2013 Rio de Janeiro, Brésil
Teddy Riner* (7) H + 100 kg 2014 Tcheliabinsk, Russie
Teddy Riner* (8) H + 100 kg 2015 Astana, Kazakhstan
Teddy Riner* (9) H + 100 kg 2017 Budapest, Hongrie
Teddy Riner* (10) H Toutes catégories 2017 Marrakech, Marco
25 Morgane Ribout F - 57 kg 2009 Rotterdam, Pays-Bas
26 Audrey Tcheuméo F - 78 kg 2011 Paris, France
27 Loïc Piétri H - 81 kg 2013 Rio de Janeiro, Brésil
28 Clarisse Agbegnenou F - 63 kg 2014 Chelyabinsk, Russie
Clarisse Agbegnenou F - 63 kg 2017 Budapest, Hongrie

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Shozo Awazu, Méthode de judo au sol, éditions Publi-Judo, Paris, 1963.
  • Mikinosuke Kawaishi, Ma méthode de Judo, Éd. Cario, 1951
  • Claude Thibault, « Les Pionniers du Judo français », Budo Éditions, 2011
  • Michel Brousse et Jean-Luc Rougé, Les racines du judo français : Histoire d'une culture sportive, Presses Universitaires de Bordeaux, , 365 p. (ISBN 978-2867813689, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]