Danielle Mitterrand

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Danielle Mitterrand
Image illustrative de l'article Danielle Mitterrand
Fonctions
Épouse du président de la République française

(13 ans 11 mois et 26 jours)
Président François Mitterrand
Prédécesseur Anne-Aymone Giscard d'Estaing
Successeur Bernadette Chirac
Présidente de la Fondation France Libertés

(25 ans 6 mois et 18 jours)
Prédécesseur Création du poste
Successeur Gilbert Mitterrand
Biographie
Nom de naissance Danielle Émilienne Isabelle Gouze
Date de naissance
Lieu de naissance Verdun (France)
Date de décès (à 87 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Nationalité Française
Parti politique Parti socialiste
Conjoint François Mitterrand
Enfants Pascal Mitterrand
Jean-Christophe Mitterrand
Gilbert Mitterrand

Danielle Mitterrand, née Gouze le à Verdun (Meuse)[1] et morte le à Paris, est l'épouse de François Mitterrand, président de la République française de 1981 à 1995. Ancienne résistante et personnalité engagée dans le monde associatif, elle a créé la fondation France Libertés - Fondation Danielle-Mitterrand en 1986, qu'elle a présidée jusqu'à sa mort.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Renée Flachot, la mère de Danielle Émilienne Isabelle Gouze, est institutrice et son père, Antoine Gouze, est principal de collège. Ils sont laïcs et républicains et sont tous deux militants de la SFIO. En 1940, Antoine Gouze refuse de recenser, comme on le lui demandait, les élèves et professeurs juifs de son collège et est révoqué par le gouvernement de Vichy. Il s'installe alors à Cluny où il donne des cours particuliers. Durant la période 1940-1942, sa famille héberge régulièrement dans la clandestinité les membres du réseau de Résistance Combat dont notamment son dirigeant Henri Frenay.

Au moment de sa naissance, son père est le directeur du lycée public de garçons de Verdun, le lycée Buvignier. Ses parents sont militants de la laïcité scolaire et sont donc opposés au principe de l'école privée. Ils déménagent pour travailler dans une école du Jura. Danielle, d'abord interne dans un collège lyonnais, est ensuite scolarisée dans le collège Broussais à Dinan, collège pour filles, puis la seule fille élève du lycée de garçons que dirige son père (le lycée Roger-Vercel à Dinan).

Danielle Gouze passe son baccalauréat en 1941 à Annecy, échoue, le repasse et le réussit l'année suivante.

Engagement dans la Résistance[modifier | modifier le code]

Danielle Gouze s'engage à dix-sept ans, dans la Résistance en tant qu'agent de liaison[2], tandis que ses parents hébergent des maquisards. Sa sœur aînée Christine Gouze est, elle aussi, dans la Résistance en tant que « boîte aux lettres » pour le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés. Elle se lie d'amitié avec la résistante Berty Albrecht avant que cette dernière ne soit arrêtée.

Mariage et famille[modifier | modifier le code]

Sa sœur aînée Christine Gouze lui présente au sein de leur réseau de Résistance, au début de l'année 1944 « François Morland » (nom de code de François Mitterrand). Alors qu'il anime un réseau de résistance parisien, il doit fuir vers la Bourgogne. C'est Danielle Gouze qui l'aide, notamment à bord du train où elle accepte de jouer l'amoureuse transie, pour tromper la vigilance de la Gestapo[3]. Mais arrivés à destination, la réalité prend le pas sur l'artifice et ils se fiancent. Elle l'épouse après la Libération, le à la mairie, puis à l'église Saint-Séverin à Paris.

Famille[modifier | modifier le code]

François et Danielle Mitterrand ont trois enfants :

Son frère Roger Gouze, né en 1912 et mort en 2005 est écrivain.

Sa sœur aînée, Madeleine Gouze, dite Christine Gouze-Rénal, née en 1914 et morte en 2002, productrice de cinéma, est mariée, de 1959 à sa mort avec l'acteur Roger Hanin.

De la Nièvre à la rue de Bièvre[modifier | modifier le code]

Danielle Mitterrand vit dans la Nièvre, lorsque François son mari, devient député en 1946 (elle fait campagne aux côtés de son mari), puis conseiller général. Ils s'installent a Paris, où son mari occupe le poste de ministre des Anciens Combattants ; elle, s'occupe de la Commission pour la répartition des subventions aux orphelins.

Ils déménagent à Paris, d'abord à Auteuil puis rue Guynemer. Elle est à ses côtés lors des élections présidentielles de 1965. Pendant la campagne de l'élection présidentielle de 1981, elle pose pour Paris Match en se présentant comme une femme très simple, dans le but de se présenter en opposition radicale à l'épouse du président en exercice, Anne-Aymone Giscard d'Estaing, d'allure plus bourgeoise. Ses hobbies sont la reliure et le scrabble.

Épouse du président de la République (1981-1995)[modifier | modifier le code]

Danielle Mitterrand en 1991, durant le deuxième mandat de son époux.

Après l’élection à la présidence de la République de son mari, François Mitterrand, en 1981, la nouvelle « première dame » de France se plie au protocole en remplissant ses obligations d'hôtesse pour les invités de marque ; néanmoins, elle prévient qu'elle compte imposer son style : « Je ne suis pas une potiche »[3]. Celle qui préfère se faire nommer « l'épouse du président de la République » que « première dame de France » a son bureau personnel au palais présidentiel de l'Élysée, mais habite toujours au 22, rue de Bièvre (5e arrondissement de Paris). Le couple présidentiel passe ses vacances à Latche, où est même invité le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev[4].

L'épouse du président Mitterrand, à l'image de Michelle Auriol, fait redécorer le palais, notamment par Jean-Michel Wilmotte, Philippe Starck et Gérard Garouste (ce dernier déclare alors que Danielle Mitterrand se plaint de son travail : « La bonne vient de m'annoncer que ça ne plaît pas à madame Mitterrand. Même Jules II, quand Michel-Ange peignait la chapelle Sixtine, n'a pas dû envoyer son valet de chambre ») et fait informatiser son service de trois collaboratrices. Elle s'occupe personnellement des jardins.

Prises de positions en politique internationale[modifier | modifier le code]

Elle se crée un espace autonome d'engagement politique tiers-mondiste très marqué. Ses prises de positions politiques et humanitaires, très ancrées à gauche, à l’égard de Fidel Castro (déclarant notamment que « L’expropriation des compagnies américaines ne m’a pas déplu. Oui, j’ai applaudi l’échec de la tentative de déstabilisation menée par les cubains anticastristes de Miami pilotée par la CIA »), des guérilleros salvadoriens, des zapatistes mexicains ou du sous-commandant Marcos[5]. Malgré son soutien à la cause palestinienne, elle avait maintenu des liens avec le kibboutz Kfar-Hanassi, dans le nord d'Israël, où son fils Jean-Christophe avait passé quelques mois en 1970[6].

Ces positions ont quelquefois mis François Mitterrand dans une situation diplomatique délicate durant sa présidence, par exemple vis-à-vis de la Chine lorsqu’elle reçoit le dalaï-lama[7]. Mais son indépendance lui permet de négocier la libération de nombreux prisonniers politiques. Elle crée notamment en 1986 la Fondation France-Libertés, reconnue d'utilité publique, organisation non gouvernementale de type humanitaire.

Prises de positions en politique intérieure[modifier | modifier le code]

Elle est également la première épouse d'un président français à clairement prendre position sur la scène politique nationale : lors d'une interview au Journal du dimanche en , elle critique fortement le gouvernement de droite de Jacques Chirac qui, selon elle, « fait tout et n'importe quoi »[8].

En 1989, lors de l'affaire des foulards islamiques de Creil, Danielle Mitterrand déclare le 20 octobre :

« Si aujourd'hui deux cents ans après la Révolution, la laïcité ne pouvait accueillir toutes les religions, toutes les expressions en France, c'est qu'il y aurait un recul. Si le voile est l'expression d'une religion, nous devons accepter les traditions quelles qu'elles soient[9]. »

La journaliste Marie-Claire Mendès France l’accuse alors de faire le lit de la « charia musulmane »[7].

Dans un article du Monde d'avril 2016, Élisabeth Badinter revient sur ses prises de position :

« Au début des années 1980, j’ai vivement critiqué la défense du droit à l’excision et à la polygamie sur le sol français par Danielle Mitterrand. Pour l’épouse du président, cette permission était le signe d’une tolérance supplémentaire, voire d’un progrès de la démocratie  : nous sommes capables de respecter croyances et traditions des autres cultures. »[10]

En 1993, elle critique publiquement la politique d'immigration du ministre de l'Intérieur Charles Pasqua. Le président s'agace mais ce sont les députés de la majorité, dont Pierre Mazeaud, qui répondent, dans une tribune intitulée « Qui veut faire taire Danielle ? ». Elle n'en a cure et, en mai 1995, indigne la classe politique en embrassant Fidel Castro[3].

Après l'Élysée[modifier | modifier le code]

Danielle Mitterrand en 2005.
Danielle Mitterrand et le gouverneur brésilien du Minas Gerais Antônio Anastasia en 2010.

Elle reste active entre la fin du mandat de son époux, en 1995 et sa mort en 1996.

Lors du référendum sur le projet de texte constitutionnel européen, en 2005, elle s'oppose à une partie de sa famille en prenant officiellement position pour le « non », mettant ainsi l'aura de son ancien mari dans la balance. Elle refuse cependant de dire pour qui elle a voté lors de l’élection présidentielle de 2007[11].

Danielle Mitterrand publie, en novembre 2007, une autobiographie intitulée Le Livre de ma mémoire[12].

En 2011, elle soutient officiellement le chef Raoni dans sa lutte contre le projet de barrage de Belo Monte.

La fin d'une vie[modifier | modifier le code]

Durant les dernières années de sa vie, elle est à plusieurs reprises hospitalisée : en octobre 2010 après une chute à Madrid[13], puis en septembre 2011 pour insuffisance respiratoire. Le , elle est à nouveau hospitalisée pour une anémie jugée sérieuse et est plongée dans un coma artificiel[14].

Danielle Mitterrand s'éteint quelques jours plus tard, le , à l'hôpital Georges-Pompidou, à l'âge de 87 ans. Le , elle est inhumée à Cluny dans le caveau familial.

France Libertés - Fondation Danielle-Mitterrand[modifier | modifier le code]

Création[modifier | modifier le code]

En 1986, elle crée la fondation France Libertés - Fondation Danielle-Mitterrand, par la fusion de trois associations fondées peu après 1981. Elle est destinée à répondre aux appels de détresse de femmes et d’hommes démunis et opprimés, en lançant des actions de sensibilisation et en finançant des actions de terrain portées par les habitants eux-mêmes[15].

Dès ses débuts l'association soutient le peuple tibétain et lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud. Elle est l'une des premières à prendre conscience du fléau que constitue le virus du Sida en Afrique et lutte pour une meilleure diffusion des antirétroviraux. Elle a pris position en faveur des indépendantistes Sahraouis, des Kurdes et des peuples indiens d'Amérique latine, de Leonard Peltier à travers sa préface de l'ouvrage : Écrits de Prison.

Rencontre avec le dalaï-lama[modifier | modifier le code]

Elle rencontra la première fois en 1988 le dalaï-lama, alors de passage en France, et qui se rendait au Parlement européen où il était invité pour y donner un discours. Elle lui proposa par l’intermédiaire de France-Libertés de faire étape au sein de l'association, et lors d'un dîner organisé en son honneur, et auquel assistèrent des défenseurs de la cause tibétaine et le président François Mitterrand qui s'entretint avec lui. Danielle Mitterrand et France-Libertés ont à leur actif des actions menées à Dharamsala, les écoles, les dispensaires pour les réfugiés à la frontière, la promotion de l'Institut tibétain des arts du spectacle et le prix de la Mémoire au dalaï-lama[16]. À l'initiative de l'association humanitaire Amitiés franco-tibétaines de Christian Delorme et du Comité de soutien au peuple tibétain, Danielle Mitterrand le rencontra à nouveau en avril 1989, et demanda à la Chine la possibilité d'envoyer une Mission au Tibet, demande refusée par Pékin[17].

Présidence du jury du prix de la Mémoire[modifier | modifier le code]

Depuis 1988, Danielle Mitterrand présidait le jury du prix de la Mémoire, une distinction qu'elle a remis à nombre de ses récipiendaires[18].

Priorités[modifier | modifier le code]

Elle a mis le droit d'accès à l'eau au premier rang des droits humains, décidant d'en faire une de ses priorités au côté de l'éducation, de la démocratie participative et de l'économie responsable. Elle propose également de redéfinir la notion de richesse, grâce à la mise en place de nouveaux indicateurs de richesse basés sur d’autres critères que la richesse-argent, comme les richesses naturelles, l'éducation ou encore la transmission des savoirs.

Citation de Danielle Mitterrand[19] :

« Aujourd’hui, France Libertés, forte de ses actions dans le monde, qu’elles soient construction d’école au Mali, lutte contre la peine de mort ou pour l’instauration du droit d’accès à l’eau pour tous, veut résister à l’oppression économique et politique internationale et aider à construire un monde solidaire et pacifique. Vous aussi, vous avez votre place à nos côtés. Conjuguons ensemble ces deux verbes au futur. »

Récompenses et hommages[modifier | modifier le code]

En 1996, le prix Nord-Sud « a été remis à Danielle Mitterrand, présidente de la fondation France Libertés, pour ses prises de position en faveur de la protection des droits de la personne et, de manière symbolique, aux femmes algériennes, pour leur lutte quotidienne pour la liberté »[20].

En 1999, le dalaï-lama lui a remis le prix Lumière de la vérité[21].

Le – date de la Journée internationale des femmes –, le jardin de la rue de Bièvre, où elle résida de nombreuses années, prend le nom de square Danielle-Mitterrand[22],[23].

Décorations[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Danielle Mitterrand, les combats d'une militante », Le Monde, 22 novembre 2011
  2. Biographie sur le site du nouvelobs
  3. a, b et c « Premières dames : à chacune son style - Danielle Mitterrand », Linternaute.com, 2007.
  4. « Latche : Mitterrand/ Gorbatchev », sur ina.fr.
  5. Elle est notamment présente lors de la conférence au Chiapas, pendant l'été 1996, dans le cadre de la révolte du Chiapas.
  6. « Danielle Mitterrand est venue dans mon kibboutz, Paris Match, 12 janvier 2012 »
  7. a et b Alix Bouilhaguet et Christophe Jakubyszyn, La Frondeuse, éditions du Moment, 2012, page 135.
  8. D. Frémy, Quid des présidents de la République française ... et des candidats, Robert Laffont, , 552 p.
  9. Article de Libération du 23 octobre 1989. Voir aussi Voile islamique dans les écoles en France
  10. (fr) « Elisabeth Badinter appelle au boycott des marques qui se lancent dans la mode islamique », sur Le Monde.fr (consulté le 2 avril 2016)
  11. "Danielle Mitterrand chez Ruquier" sur le site dailymotion
  12. Le Livre de ma mémoire Sur le site evene.fr
  13. "Danielle Mitterrand hospitalisée à Paris" sur 20minutes.fr
  14. "Danielle Mitterrand placée dans un coma artificiel" sur lejdd.fr
  15. le site officiel de France-liberté
  16. Catherine Barry, 2009 : Paroles du Dalaï Lama aux femmes, éditions du Rocher, (ISBN 2268067769) p. 201-202
  17. Jean-Paul Ribes, postface de Michael Harris Goodman, Le dernier Dalaï-Lama ? Biographie et témoignages, éditeur Claire Lumière, 1993, (ISBN 2905998261), p. 308
  18. L'express international: Numéros 1995 à 2007, 1989, p. 5 « le 4 décembre, au dalaï-lama du « prix de la mémoire », dont le jury était présidé par Danielle Mitterrand »
  19. « Associations à la Une - France Libertés »
  20. d'apres le site du conseil de l'Europe
  21. Du Sahara au Tibet, les combats de Danielle Mitterrand, Le Nouvel Observateur du 22 novembre 2011
  22. Inauguration du square Danielle Mitterrand à Paris sur le site de l'association France Libertés le 8 mars 2013.
  23. Des femmes d'exception à l'assaut des rues de la capitale par Mélina Gazsi dans Le Monde du 8 mars 2013.
  24. Volks krant, Visite d'État des Pays-Bas en France (Mitterrand), 1991, Photo de groupe
  25. Photo de la visite d'État en Suède, Danielle Mitterrand : Étoile polaire

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]