Attentat de l'Observatoire

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François Mitterrand en 1959.

L’attentat de l'Observatoire est un attentat simulé visant censément François Mitterrand dans la nuit du au à Paris, dans l'avenue de l'Observatoire.

Vers minuit trente cette nuit là, la Peugeot 403 du sénateur de la Nièvre, ancien ministre de l'Intérieur de Pierre Mendès France, est criblée de sept balles de pistolet mitrailleur. François Mitterrand échappe aux balles en prenant la fuite à travers le jardin de l'Observatoire.

Les soupçons des enquêteurs s'orientent d'abord vers les partisans de l'Algérie française.

L'ancien député poujadiste Robert Pesquet se présente six jours plus tard comme un des principaux instigateurs de ce qu'il présente comme un faux attentat. Il indique, dans une conférence de presse, avoir agi avec la complicité de François Mitterrand qui aurait lui-même commandité l'opération dans le but de regagner les faveurs de l'opinion publique. Il présente des preuves de ses rencontres préalables avec Mitterrand. Aux dires de Pesquet, Mitterrand aurait été enthousiasmé à l'idée de se faire de la publicité par ce moyen, et aurait planifié l'opération en détail[1]. S'ensuit une controverse politique et judiciaire, appelée l’affaire de l'Observatoire.

Cette affaire suscite de nombreuses moqueries dans l'opinion et l'abattement des milieux politiques de gauche. François Mitterrand perd le soutien de plusieurs personnalités politiques, dont celui d'Henri Frenay. En revanche Pierre Mendès France et François Mauriac lui apporteront leur appui. Il faudra plusieurs années à Mitterrand pour faire oublier le faux attentat.

Des années après, Pesquet déclare avoir été le cerveau à l'origine de la divulgation du faux attentat, et qu'il s'agissait donc dès le départ d'une manipulation destinée à discréditer Mitterrand. Pesquet a avancé plus tard encore des affirmations difficilement vérifiables, qui contribuent à entretenir un certain mystère autour de l'affaire : un attentat réel aurait d'abord été envisagé par l'extrême droite, ou il aurait approché Mitterrand à l'instigation d'autres personnes de droite.

Déroulement des faits[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Le général de Gaulle est arrivé au pouvoir en , à la faveur des événements d'Algérie. Le , il prononce une allocution dans laquelle il annonce l'autodétermination pour les Algériens. Ceux-ci pourront choisir entre la sécession, la francisation ou l'association avec la France. Dans les jours qui suivent, une rumeur prend naissance : un complot serait en préparation contre de Gaulle et son régime. On annonce des manifestations et des attentats en métropole, orchestrés par les Européens d'Algérie. L'armée sera appelée pour rétablir l'ordre et prendra le pouvoir, renvoyant le général à Colombey. Le débat parlementaire qui débute le est empreint d'une grande tension au sein de la majorité[2].

Le , le député UNR Lucien Neuwirth fait une déclaration alarmiste selon laquelle « des commandos de tueurs ont franchi la frontière espagnole. Les personnalités à abattre sont désignées. » Des perquisitions menées par la police dans les milieux d'extrême droite semblent confirmer cet avertissement. Les principaux responsables politiques sont placés sous protection policière.

Attentat[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du au , après avoir dîné à la brasserie Lipp avec Georges Dayan, François Mitterrand, ancien ministre de la IVe République et sénateur de la Nièvre, décide de rentrer chez lui, rue Guynemer, vers minuit trente. François Mitterrand, selon sa version, suspecte une petite automobile grise, feux éteints, de le suivre. Voulant vérifier son soupçon, il modifie son parcours et accélère mais il est pris en chasse par ses poursuivants. Afin de mettre fin à cette course poursuite, il arrête brusquement sa 403 bleue au niveau de l'avenue de l'Observatoire pour se garer et sortir. Il n'a que le temps d'ouvrir sa portière et sauter une grille du jardin de l'Observatoire, haute d'un mètre, pour se cacher derrière une haie de troènes puis retraverser le jardin en courant pour se dissimuler sous une porte cochère au 5 de l'avenue de l'Observatoire[3] : de la fenêtre arrière gauche de la voiture grise, sort un pistolet-mitrailleur qui tire une rafale dont sept balles de 9 mm criblent la portière avant droite de la Peugeot[4]. À l’exception de deux statues néogrecques sur des socles de pierre au centre du parc, les jardins n’offraient aucun abri[5].

Une information contre X est ouverte par le juge André Braunschweig pour tentative d'assassinat. Mitterrand se constitue partie civile. La police enquête, sur la base de sa plainte et de son témoignage : François Mitterrand raconte les faits, décrit la voiture suiveuse et mentionne deux ou trois agresseurs. On pense trouver les coupables parmi les partisans de l'Algérie française.

Le lendemain de l'affaire, les journaux relatent l'histoire en faisant l'éloge de Mitterrand, qui n'aurait dû son salut qu'à sa rapidité de réaction. Alors qu'il était en perte de vitesse et marginalisé même au sein de son parti, il redevient le chef de la lutte contre l’extrême droite[6].

Révélations de Robert Pesquet[modifier | modifier le code]

Une semaine plus tard, le , le journal Rivarol publie un témoignage de Robert Pesquet, ancien résistant, ancien député poujadiste, proche de l'extrême droite, qui déclare qu'il est l'auteur de ce qui serait un faux attentat, manigancé par François Mitterrand lui-même, dans le but de regagner les faveurs de l'opinion publique au détriment de Mendès France et de provoquer des perquisitions dans les milieux d'extrême droite. Le lendemain, lors d'une conférence de presse, Pesquet précise qu'il a écrit avant « l'attentat » une lettre recommandée adressée à lui-même, dans laquelle il décrit le déroulement de celui-ci et affirme que François Mitterrand lui-même était convenu avec lui de cette mise en scène. La lettre est ouverte par un huissier de justice[7]. Elle mentionne des détails qui ne peuvent qu’avoir été décidés à l’avance, notamment la façon dont la victime réagirait[5].

« Ce soir-là » écrit Jean Lacouture, « ce n'est dans l'opinion, à peu d'exceptions près, qu'un énorme ricanement - et, dans la plupart des secteurs de la gauche, l'abattement. Pendant des mois et bien davantage, Mitterrand-de-l'Observatoire pourra aisément faire le compte de ses amis et aura du mal à s'exprimer en public sans qu'un « Pesquet ! Pesquet ! » ne couvre sa voix »[8]. Avec François Mauriac, Pierre Mendès France sera l'un des rares à défendre son ancien ministre de l'Intérieur, victime d'« imputations invraisemblables et monstrueuses »[9].

Version des faits de François Mitterrand[modifier | modifier le code]

François Mitterrand dépose plainte contre Pesquet pour diffamation. Les avocats de Pesquet (parmi lesquels figure Jean-Louis Tixier-Vignancour) déposent à leur tour une plainte pour dénonciation calomnieuse, visant sa constitution de partie civile initiale. Devant ses proches, Mitterrand se dit « piégé » par Robert Pesquet. Il affirme n'avoir absolument rien organisé dans cette affaire. Il aurait été abordé le , au palais de justice, par Pesquet, qu'il ne connaît guère. Celui-ci lui aurait dit être au courant d'un complot dirigé contre plusieurs personnalités et l'aurait informé que lui-même était menacé d'assassinat. Pesquet aurait tenté de le contacter à plusieurs reprises. Mitterrand aurait accepté de le rencontrer à nouveau le et le . Pesquet lui aurait indiqué que les menaces à son encontre se précisaient et l'aurait supplié de ne pas le dénoncer.

Ne sachant s'il avait affaire à un mythomane, Mitterrand avait décidé de prendre des précautions. Pesquet l'aurait questionné sur ses habitudes, sur le chemin qu'il prenait généralement pour regagner son domicile. Il lui aurait conseillé, au cas où il se rendrait compte qu'il était suivi en voiture, de modifier son itinéraire coutumier, pour aller se réfugier vers les jardins de l'Observatoire. Enfin, il lui aurait demandé s'il irait le soir à la brasserie Lipp, lui expliquant qu'il le rejoindrait peut-être.

À minuit et demi, François Mitterrand, chez Lipp, n'avait pas vu arriver Pesquet. Il était sorti, était monté dans sa voiture et s'était aperçu qu'une auto le suivait. Inquiet, il s'était dirigé vers les jardins de l'Observatoire, dont Pesquet lui avait parlé. Sur les lieux, il avait stoppé et s'était réfugié dans le square, avant qu'une rafale de pistolet-mitrailleur ne transperce sa voiture. Le seulement il avait compris qu'il était tombé dans un guet-apens[10]. Dans L'Express du , Mitterrand accuse plusieurs personnalités d'extrême-droite (Jean-Louis Tixier-Vignancour, Jean Dides, Jean-Baptiste Biaggi, Pascal Arrighi, Jean-Marie Le Pen) d'avoir « sorti les poignards de la guerre civile » et reconnaît « être tombé dans un guet-apens (...). Parce qu'un homme vient à moi, me prend à témoin de son hésitation à tuer, me demande de l'aider à se sauver lui-même, cinq ans de prudence, d'analyse, de patience cèdent soudain et me laissent devant la solitude et l'angoisse... » Il fait le lien entre ce « chef-d'œuvre d'intoxication et de téléguidage » et deux autres affaire qu'il a eu à connaître alors qu'il était ministre de l'Intérieur (affaire des fuites du comité de la Défense nationale) et garde des Sceaux (affaire du bazooka d'Alger). Selon lui, les décisions qu'il a prises dans ces deux affaires lui ont valu la haine des protagonistes qu'il a cités[11].

Suites judiciaires[modifier | modifier le code]

Le , le parquet décide d'engager des poursuites pour outrage à magistrat et détention d'armes contre Robert Pesquet et son comparse Abel Dahuron, auteur des coups de feu. Contre l'avis du parquet émis sur réquisition du garde des Sceaux, le juge André Braunschweig laisse les deux hommes en liberté. Le parquet demande simultanément, la levée de l'immunité parlementaire de François Mitterrand, préalable à son inculpation[12]. Celle-ci repose en particulier sur la déclaration qu'il a signée devant le commissaire Clot, chef de la brigade criminelle, relatant les circonstances de l'attentat. Dans ce document l'ancien ministre déclare ignorer l'identité des auteurs de l'agression et n'avoir aucun soupçon à formuler à ce sujet, sans mentionner ses conversations avec Robert Pesquet.

Le , la commission spéciale chargée au Sénat d'examiner la demande de levée de l'immunité parlementaire formulée contre Mitterrand décide par 21 voix contre 8 d'appuyer cette demande lorsqu'elle sera examinée en séance publique. Le l'ancien président du Conseil Maurice Bourgès-Maunoury révèle au juge qu'il a fait l'objet d'une manœuvre identique de la part de Pesquet deux mois auparavant[13] et qu'il a aussitôt signalé cette démarche au directeur de la Sûreté nationale, en lui demandant de garder secret le renseignement. Selon Philip Short, le gouvernement était au courant depuis des semaines mais n'en avait rien dit afin de causer le maximum de tort politique à Mitterrand[5]. Ce n'est pas l'avis de la commission du Sénat qui, dans un rapport supplémentaire, confirme le les conclusions de son premier rapport et autorise la levée de l'immunité parlementaire de François Mitterrand. La commission récuse, par 16 voix contre 8 et 5 abstentions, l'affirmation de Mitterrand selon laquelle le gouvernement, dans une intention hostile envers lui, avait voulu étouffer le rôle de Pesquet à l'égard de Bourgès-Maunoury[14].

Le , le Sénat lève l'immunité parlementaire de François Mitterrand par 175 voix (dont 20 socialistes sur 51) contre 27. À cette occasion, il est donné lecture d'une lettre de Michel Debré démentant une information communiquée par le sénateur de la Nièvre concernant l'affaire du bazooka. François Mitterrand avait en effet relaté avoir reçu en 1957, alors qu'il était ministre de la Justice, la visite de M. Debré venu le prier, à la chancellerie, de ne pas laisser mêler son nom à l'affaire du bazooka. Debré réfute cette information et fait état d'une conversation de couloirs, au Luxembourg, au cours de laquelle Mitterrand l'aurait obligeamment informé de l'état du dossier. Le sénateur de la Nièvre admet que la rencontre n'a pas eu lieu lieu à la demande de Michel Debré, comme il l'avait précédemment déclaré, mais il confirme l'objet de la rencontre et maintient qu'elle a eu lieu à la chancellerie.

Le , le juge Jean Perez inculpe François Mitterrand pour outrage à magistrat[15]. Cette instruction ne donne lieu à aucun acte de procédure pendant les années qui suivent. En , le juge Simon clôt l'instruction par un non-lieu[16] - l'affaire ayant bénéficié de l'amnistie générale votée deux mois auparavant.

Une reconstitution des faits a lieu en au bois de Vincennes. Le , le juge d'instruction Sablayrolles rend une ordonnance de non-lieu dans le dossier ouvert contre X pour tentative d'homicide volontaire. Il renvoie Robert Pesquet et ses complices Abel Dahuron et Robert Péquignot en correctionnelle pour détention d'armes. Mitterrand, partie civile dans le dossier, fait aussitôt appel de l'ordonnance de non-lieu : accepter cette ordonnance serait en effet reconnaître qu'il s'agit d'un faux attentat. Le , la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris confirme l'ordonnance de non-lieu[17]. La justice ne considère plus l' « attentat » de l'Observatoire comme une tentative de meurtre. François Mitterrand se pourvoit en cassation ; il se désistera discrètement de son pourvoi quelques mois plus tard[16].

Les incriminations contre Pesquet, Dahuron et Péquignot pour détention d'armes et contre François Mitterrand pour outrage à magistrat sont abandonnées à la suite de la loi d'amnistie générale qui est votée en [18].

En la Cour de sûreté de l'État condamne Robert Pesquet par défaut à vingt ans de réclusion pour avoir commandé, au début de 1962, un groupe d'activistes du Calvados qui se réclamaient de l'OAS. Le , venu de Suisse, il se constitue prisonnier à Paris. Deux jours plus tard, la chambre de contrôle de la Cour de sûreté de l'État fait droit à sa demande de mise en liberté provisoire[19]. Il est à nouveau condamné, le vendredi , à vingt mois de prison et 2 000 francs d'amende, par la treizième chambre correctionnelle du tribunal de Paris, pour infraction à la législation sur les chèques, falsification de documents administratifs et usurpation d'état civil[20].

Intervention de Roland Dumas[modifier | modifier le code]

L'inertie de la justice entre 1960 et 1966 est remarquée par la presse[18]. Roland Dumas, qui est l'avocat et l'ami de Mitterrand, se dit responsable de cette absence d'actes de procédure. Maître Jacques Isorni, nouvel avocat de Pesquet, a informé Dumas que son client, impécunieux, souhaite monnayer une photo compromettante pour le juge Braunschweig. Dumas rencontre Pesquet à Lausanne et fait l'acquisition de ladite photo pour une somme « rondelette » : le cliché date de 1939 et on y voit « quatre copains de régiment en tenue militaire (...) en y regardant de plus près on reconnaît au centre Pesquet et son ami Braunschweig. Le député et le magistrat avaient fait leurs classes ensemble à l'école des sous-officiers de Rambouillet ». Cette relation aurait dû entrainer le dessaisissement du juge.

Roland Dumas, qui cherche à « embarrasser le magistrat » lui demande rendez-vous et lui montre la photo : « Il est devenu blanc et m'a demandé d'attendre un moment dans son cabinet pour aller en référer au procureur général (...) J'ai su par la suite que le procureur général lui avait demandé “de ne pas bouger”. Mais la panique était générale. De pourvoi en renvoi l'affaire ne fut jamais jugée (...)[21]. »

Différentes versions de Pesquet[modifier | modifier le code]

Robert Pesquet a donné trois versions différentes des faits. En 1965, dans une lettre au journal Le Monde, il explique que le promoteur de l'attentat était Maître Tixier-Vignancour, aidé de Jean-Marie Le Pen, et qu'il n'a été dans cette affaire qu'un « exécuteur discipliné ». Il ajoute que François Mitterrand a été « un participant actif et conscient » du faux attentat et qu'il s'est « prêté à cette comédie dans le but de désamorcer un vrai complot contre sa personne, auquel il croyait fermement[22] ». Tixier-Vignancour et Le Pen démentent cette information et s'étonnent que, depuis six ans, « ni le pouvoir ni ses adversaires n'ont voulu faire vraiment la lumière sur cette affaire ».

En 1995, tout en maintenant cette version, il ajoute dans son livre Mon vrai-faux attentat contre Mitterrand - L'Observatoire : enfin la vérité la manipulation gaulliste de l'idée de l'attentat, dont il ne serait plus l'inventeur : c'est à la demande de Michel Debré qu'il aurait approché Mitterrand, a priori pour discréditer celui qui venait d'abandonner l'idée de l'Algérie française, mais a posteriori pour donner à Debré un moyen de pression similaire à celui que Mitterrand aurait eu sur le ministre dans l'affaire du bazooka.

Enfin, dans un entretien diffusé dans un documentaire télévisé de Joël Calmettes diffusé le sur France 3, Pesquet se présente à nouveau comme l'« inventeur » de la machination, toujours destinée à discréditer Mitterrand pour l'abandon de la cause algérienne, mais affirmant que l'attentat avait été réellement envisagé par l'extrême droite.

Il décrit l'enthousiasme de Mitterrand pour une manipulation, qui, croit-il, va lui faire regagner les faveurs du public. Il explique avoir dans un premier temps rencontré François Mitterrand à deux reprises pour lui faire part des intentions d'un groupe d'extrême droite (ce qui sera confirmé par Roland Dumas[23]), dont Pesquet se disait proche, de commettre un attentat sur sa personne. Ce faisant, Robert Pesquet met en garde François Mitterrand contre la révélation à la police de ce complot, affirmant craindre alors pour sa vie. Indiquant à François Mitterrand une date à laquelle l'attentat pourrait avoir lieu, il aurait recueilli alors des informations sur son itinéraire. Il décrit dans son livre la participation de Mitterrand à l'organisation du faux attentat :

« Nous en vînmes à notre projet : Mitterrand m’expliqua en détail la manière dont il le concevait.
— Jeudi soir, je dînerai chez Lipp avec Dayan. Vous vous présenterez à la porte un peu après minuit. Je sortirai aussitôt, monterai seul dans ma voiture, une 403 bleu nuit, immatriculée 9 ET 75. Vous me suivrez. Vous aurez quelqu’un avec vous ?
— Mon jardinier. C’est lui qui fera le carton.
— Qu’est-ce que vous avez, comme arme ?
— Une Sten.
— Méfiez-vous. On dit que ces engins ne sont pas fiables du tout.
— Je sais. Mais j’ai amplement eu, pendant la guerre, l'occasion de me familiariser avec leur fonctionnement… »

Cette narration est accréditée comme plausible par plusieurs proches de François Mitterrand[24].

Les différentes versions de Pesquet ne se rejoignent que par un point : Mitterrand aurait été pleinement au courant de la préparation de l'attentat, et il aurait encouragé son déroulement afin de se faire de la publicité. Toutefois, les nombreuses affirmations de Pesquet, qui varieraient trop au fil des années, ont poussé certains spécialistes à le décrire comme un « mythomane affabulateur »[25].

Analyses[modifier | modifier le code]

Jean Lacouture écrit que, dans cette affaire, « la vilenie de ses adversaires ne suffit pas pour mettre François Mitterrand hors de cause » et rappelle que Maurice Bourgès-Maunoury, objet de la même sollicitation de Pesquet, a eu le « réflexe sain » d'informer la police. Le biographe trouve certaines circonstances atténuantes chez Mitterrand, qui vivait alors dans la « hantise de l'attentat » contre lui et sa famille. Il s'étonne cependant que l'intéressé ait pu - avant les révélations de Pesquet - accepter d'être acclamé comme « le héros malgré lui » de la gauche[26].

Franz-Olivier Giesbert, considère que la principale erreur de François Mitterrand est de ne pas avoir cru vraiment Robert Pesquet, sauf au dernier moment ; Franz-Olivier Giesbert note que le sénateur de la Nièvre n'a pas prévenu la police, ce qui lui aurait certainement évité tout ennui[27]. D'autres pensent que l'attentat n'aurait jamais eu ce retentissement si Mitterrand avait porté plainte auprès de la police, mais qu'il n'avait pas assez confiance en celle-ci[25]. Constantin Melnik, conseiller de Michel Debré chargé des services secrets entre 1959 et 1962, affirme que Mitterrand n'avait plus aucune confiance dans les services de police français et que cette méfiance n'était pas, selon lui, dénuée de fondement[28]. Cependant Edwy Plenel, en 1995, s'étonne que Mitterrand ait « mystérieusement voulu manœuvrer au plus fin, laissant jouer la comédie de l'attentat sans alerter qui que ce soit avant sa mise en scène, sans même en donner les dessous aux policiers et au juge d'instruction chargés de l'enquête lors de ses premières auditions[29] ».

En 2015, un documentaire télévisé réalisé par François Pomès, et faisant notamment intervenir Georgette Elgey, Roland Dumas, Claude Estier, et Louis Mermaz, accrédite la thèse d'une manipulation orchestrée par Jean-Louis Tixier-Vignancour, avocat d'extrême droite, et Constantin Melnik, dont la participation reste floue. Robert Pesquet n'aurait été que le moyen pour réaliser ce complot.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pesquet 1995.
  2. Pierre Viansson-Ponté, Histoire de la république gaullienne : La fin d'une époque, Paris, Fayard, , 576 p. (ISBN 978-2-213-00132-6).
  3. Pesquet 1995, p. 102.
  4. Claude Manceron, Cent mille voix par jour Mitterrand, Robert Laffont, , p. 172.
  5. a b et c Short 2015, p. 18.
  6. Guilleminault 1980.
  7. Short 2015, p. 16.
  8. Lacouture 1998, p. 225.
  9. Sarda 2005, p. 39.
  10. « M. Mitterrand », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  11. « " Il faut que MM. Biaggi, Arrighi, le Pen et Tixier-Vignancour répondent de leurs actes devant les tribunaux ", affirme M. Mitterrand en annonçant des révélations sur l'affaire du " bazooka " », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  12. « Plusieurs inculpations sont décidées dans l'affaire Mitterrand-Pesquet », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  13. Short 2015, p. 17.
  14. « Le nouveau rapport Delalande : il n'est pas établi que le gouvernement se soit livré à une machination contre M. Mitterrand », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  15. « M. Mitterrand inculpé d'outrages à magistrat », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  16. a et b « L'affaire de l'Observatoire », Le Crapouillot,‎ , p. 44.
  17. « L'affaire de l'Observatoire », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  18. a et b Éléa Pommiers, « François Mitterrand mis en examen, les raccourcis de Gérard Longuet », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  19. « M. Robert Pesquet s'est constitué prisonnier », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  20. « Robert Pesquet condamné pour escroquerie », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  21. Dumas 2011, p. 363-267/1813.
  22. « Le député de la Nièvre évoque la “machination” », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  23. Lacouture et Rotman 2000.
  24. « Mitterrand et l’affaire de l’observatoire », Europe 1, .
  25. a et b Mitterrand contre De Gaulle, France 3, 21 novembre 2012, de Joël Calmettes et Jacques Dubuisson. Réalisé par Joël Calmettes. Chiloé Productions, avec la participation de France 3.
  26. Lacouture 1998, p. 231.
  27. Giesbert 1977, chap. 6, p. 186–198.
  28. Constantin Melnik, Mille jours à Matignon : Raisons d'État sous de Gaulle, guerre d'Algérie 1959-1962, Paris, B. Grasset, , 310 p. (ISBN 978-2-246-39891-2).
  29. Edwy Plenel, « L'amoralisme des « affaires » », Le Monde,‎ (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Joël Calmettes, Mitterrand et l'affaire de l'Observatoire, France, 2002.
  • François Pomès, La Vérité sur l'affaire de l'Observatoire, France, 2014 / Toute l'Histoire, RMC Découverte.