Programme commun

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Robert Fabre, Georges Marchais et François Mitterrand sur la tombe de l'Union de la gauche, caricature de Maurice Tournade en 1980.

Le Programme commun était un programme de réforme, signé le 27 juin 1972[1] par le Parti socialiste, le Parti communiste et le Mouvement radical de gauche, qui prévoyait un grand bouleversement dans les domaines économique, politique et militaire en France. Inflexion majeure dans la stratégie de conquête de pouvoir du Parti socialiste jusqu'ici tourné vers le centre, l'alliance PS-PCF ouvrait une recomposition politique à gauche pour les trente années à venir, contribuant notamment à l'élection de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1981, qui met en pratique une partie de ce programme. À partir de 1983, une partie des réformes déjà réalisées seront annulées après le « tournant de la rigueur ».

Projets[modifier | modifier le code]

  • « Vivre mieux, changer la vie » : réduction du temps de travail (retour à une durée du travail effective de 40 heures), augmentation des salaires, généralisation de la sécurité sociale, aide au logement ;
  • Nationalisation (avec indemnisation) de grands groupes industriels de secteurs-clés, de 36 banques et deux compagnies financières (Paribas et Suez), régulation des marchés, « démocratie » dans l'entreprise ;
  • Décentralisation, « démocratisation » des institutions, garanties dans le domaine des libertés individuelles (fin des gardes à vue) ;
  • Lutte contre le chômage ;
  • « Politique de paix » avec l'abandon de la force de frappe nucléaire, la réduction du service militaire à 6 mois, et la dissolution de l'OTAN et du pacte de Varsovie, sources de tensions internationales ;
  • Remaniement de l'Éducation nationale.

Alors que ces projets (augmentation des salaires, réduction du temps de travail, etc.) nécessiteraient un besoin de financement majeur, les méthodes de financement n'ont pas été très explicites.

Renégociation[modifier | modifier le code]

Signée par le PS, le PC et le Mouvement des Radicaux de gauche en 1972, cette union marque le retour de la gauche dans le paysage français de l'après 1958 et le début de l'hégémonie du PS. Elle permit notamment à François Mitterrand d'être le candidat unique de la gauche en 1974 (exception faite toutefois d'Arlette Laguiller et d'Alain Krivine) et à l'union de gagner une majorité de municipalités aux élections de mars 1977.

Cependant, les résultats décevants du PCF aux législatives partielles amènent celui-ci à conditionner le maintien de sa participation à une radicalisation du programme. Les négociations s'engagent après les municipales. Le Parti communiste demande plus de nationalisations et une augmentation du pouvoir des syndicats dans les entreprises nationalisées. Le PS refuse, car le nouveau programme serait allé bien au-delà de ce que la majorité de ses tendances pouvait accepter. Les communistes refusant d'en rester à l'ancienne version, la rupture des négociations dans la nuit du 22 au 23 septembre 1977 entraine celle du programme commun, qui explique la constitution de listes séparées au premier tour des élections législatives de 1978. Malgré un rabibochage des trois partis entre les deux tours des législatives de 1978, les Français font le « bon choix » (expression dans le discours du président Giscard d'Estaing de Verdun-sur-le-Doubs) et la droite garde la majorité à l'Assemblée nationale. Pour la première fois le Parti socialiste obtient un score supérieur à celui du Parti communiste, ce qui a pu être interprété comme une validation à moyen terme de la stratégie de François Mitterrand.

La mise en place[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tournant de la rigueur.

La mise en place d'une partie du Programme commun à partir de l'élection de François Mitterrand en mai 1981 se fait sous la forme des 110 propositions. Ces réformes sociales politiques et économiques sont une importante évolution du droit social ou du périmètre de l'action publique, mais l'arrivée de la gauche "du programme commun" est dénoncée comme un risque de "communisme" par une partie des élites économiques et elle s'accompagne d'une fuite importante de capitaux.).

Face aux dégradations des chiffres (hausse du chômage, de l'inflation, des déficits du budget et de la balance des paiements), le président revient sur une partie des points inscrits dans le programme commun. Pierre Bérégovoy, ministre de l'Économie, des Finances et du Budget du gouvernement Laurent Fabius, privatise certains secteurs. Les marchés financiers sont partiellement déréglementés. Le blocage des prix et des salaires marque ce tournant de la rigueur vers une economie sociale de marche. Au retour de la droite, la plupart des entreprises nationalisées entre 1981 et 1984 sont privatisées sous le gouvernement Jacques Chirac entre 1986 et 1988.

Conséquences politiques[modifier | modifier le code]

Le PS, pour la première fois depuis 1945, dépasse le PCF en 1978 (22 % contre 20 %), pour le remplacer finalement comme pôle principal de la gauche en France.

Le PCF qui avait déja en 1965 accepté une candidature commune de la gauche à la présidentielle, voit d'abord dans l'Union de la gauche autour du programme commun une façon de solidifier ses positions. Mais après les bons résultats du PS aux élections locales de 1975 et aux municipales de 1977, il craint que ce ne soit le PS qui profite electoralement de cette stratégie. C'est sans doute ce qui justifie l'échec de la renégociation. Le PS est devant le PCF en 78, et en signant le Programme commun, le PS sort du blocage politique que le parti communiste constituait, en bloquant 20 % des suffrages, les communistes garantissaient, d'une certaine manière, le maintien de la droite, gaulliste ou Troisième Force, au pouvoir ; sous la Cinquième République, jusqu'en 1972, le PCF monopolisait l'opposition, et en politique étrangère avait l'occasion de donner son satisfecit à certaines décisions qui, quand bien même issues de la droite, étaient compatibles avec ses idées: indépendance de l'Algérie (1962), retrait du commandement intégré de l'OTAN (1966), discours de Phnom Penh (1966), politique pro-arabe (1967).

Si le PCF a crut qu'un accord avec le PS le conduirait de façon définitive au pouvoir, en appliquant le vieux principe plumer la volaille socialiste (Albert Treint), c'est-à-dire qu'une partie de l'électorat socialiste ouvrier basculerait sa faveur, c'est précisément l'inverse qui lui est arrivé : en effet, la composition de la société française, où les classes moyennes étaient importantes, n'a pas permis un tel rapport de forces autour d'un monde ouvrier dont l'importance d'un allait diminuant avec la crise économique le déclin de la grande industrie (disparition des charbonnages et fortes réduction de la sidérurgie) et la croissance des entreprises de services.

La rupture de 1977 n'a pas permis de retrouver les voix passées au PS qui a, lui, profité d'un fait basculement de voix de centre gauche devenant ainsi le grand beneficiaire politique du "programme commun" aux dépens d'un PCF qui perd avec la chute du mur de Berlin le soutien international dont il bénéficiait et se marginalise.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Programme commun de gouvernement du Parti communiste français et du Parti socialiste (27 juin 1972), Éditions sociales, , 192 p. (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]