Christian Delorme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Delorme.

Christian Delorme
Le curé des Minguettes
Image illustrative de l’article Christian Delorme
Biographie
Naissance (68 ans)
Lyon
Autres fonctions
Fonction religieuse

Christian Delorme, né à Lyon le 30 juillet 1950, surnommé « le curé des Minguettes », est un prêtre français de l'archidiocèse de Lyon, très impliqué dans le dialogue inter-religieux, particulièrement avec les musulmans. Il est aussi un des disciples chrétiens de Gandhi[1], aide la communauté tibétaine en France et a pris position sur la situation des droits de l'homme au Tibet[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Dès l'enfance, il est durablement marqué par les actions de Louis Lecoin, des non-violents Gandhi, Lanza del Vasto et Martin Luther King et par les prêtres du Prado solidaires des Algériens de son quartier lyonnais[3].

Manifestation du GARM
Alain Labat et Christian Delorme enchaînés devant l'église Saint-Bonaventure, à Lyon, le 28 octobre 1971, au cours d'une manifestation du Groupe d'action et de résistance à la militarisation, contre les livraisons d'armes de la France au Pakistan en guerre contre l'Inde

Dans les années 1970, à Lyon, il est un militant actif du Groupe d'action et de résistance à la militarisation (GARM)[4]. Sa première action militante est une grève de la faim en solidarité pour sensibiliser l'opinion publique à la situation au Bangladesh[5]. Peu après, il est un des manifestants du GARM enchaînés protestant contre des ventes d’armes au Pakistan en guerre contre l'Inde, le 28 octobre 1971, en plein centre de Lyon, barrant symboliquement la route à Michel Debré, alors ministre de la Défense, en visite officielle le lendemain. Certains sont enchaînés à un cheval de frise dérobé au Fort du Mont Verdun. Des pancartes, « empruntées » elles aussi, y sont accrochées. Modifiées, au lieu de l’interdiction aux civils, elles affichent « Accès rigoureusement interdit à Michel Debré, Danger »[6],[7].

Avec comme slogan « Lyon, ni Pentagone, ni Hiroshima ! », il s'introduit clandestinement puis se laisse volontairement arrêter avec quelques militants du GARM au cœur du poste de commandement de la force de frappe nucléaire en construction dans le base militaire de Mont Verdun, près de Lyon[8].

Le 6 avril 1972, avec onze autres membres du GARM, il brûle publiquement son livret militaire en soutien à François Janin et Jean-Michel Fayard, objecteurs de conscience dont le statut a été refusé et qui sont emprisonnés pour insoumission [9],[10].

Le 13 mai 1972, avec une vingtaine de militants du GARM et du groupe de Romans Objection et résistance, il bloque un train espagnol en gare de Valence (Drôme) pour réclamer un statut pour les objecteurs de conscience espagnols[11]. Le même jour, d’autres groupes bloquent plusieurs fois le train sur son parcours.

En 1973, la revue Alternatives non violentes est créée. Christian Delorme est membre du Comité de direction.

En 1975, il fut l'« avocat » du mouvement des prostituées qui occupèrent l'église Saint-Nizier de Lyon. 1978, il est ordonné prêtre[1]. En 1981, il fait une grève de la faim durant 29 jours contre d'importantes expulsions de jeunes Algériens[1].

Il a été l’un des initiateurs de la Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme (Marche des beurs) en 1983[12]. En 1986, il fait une nouvelle grève de la faim contre la loi Pasqua[1].

Chroniqueur dans l’hebdomadaire Le Pèlerin, il est l'un des prédicateurs de la messe télévisée du « Jour du Seigneur » sur France 2. Il a écrit de nombreux ouvrages sur le dialogue inter-religieux, dont, en 1998, un livre d'échanges avec Rachid Benzine, consacré au dialogue entre musulmans et chrétiens[13].

Il est prêtre du Prado[14] (les prêtres du Prado sont appelés par leur vocation à aller en particulier vers les pauvres et les non croyants). De 1996 à 2002, il est membre du Haut Conseil à l'intégration[15].

Réclamant la justice et la liberté pour le peuple tibétain[16], il fut l'un des fondateurs de l'association humanitaire Amitiés franco-tibétaines à Lyon, laquelle, avec le Comité de soutien au peuple tibétain, est à l'initiative de la rencontre du dalaï-lama avec Danielle Mitterrand en avril 1989[17]. En 1991, il fut président du Comité français pour l'Année Internationale du Tibet, et participa à ce titre à une conférence le 25 mai de cette année à l'Assemblée nationale[18]. En 2001, il participa a une manifestation commémorant le soulèvement tibétain de 1959[16],[19]. Il signa un appel demandant que le Comité des droits de l'enfant rende visite à Gedhun Choekyi Nyima, un enfant tibétain placé en résidence surveillée par les autorités chinoises après avoir été désigné par le 14e dalaï-lama comme réincarnation du panchen-lama[20].

En 2001, dans un article du journal Le Monde, Christian Delorme évoquait la surdélinquance des jeunes issus de l'immigration et le fait qu'en parler passait pour une stigmatisation[21]. Cette phrase fut utilisée par Éric Zemmour en 2010 lors d'une polémique sur ce type de délinquance en France[22].

En 2007, il est le président de l'association Gandhi 2008 International[1].

Le , il publie dans le journal Le Monde une tribune intitulée « Non, l’Algérie n'est pas antichrétienne », où il attribue les difficultés faites aux convertis au Christianisme évangélique en Algérie au souvenir « des atteintes à la culture et aux institutions musulmanes qu'ont perpétrées les conquérants. »[23]. Cette tribune attire un commentaire de Hippolyte Simon, l’archevêque de Clermont[24].

Dès le , il incarne à l'écran son rôle d'ancien leader de la Marche des beurs dans plusieurs épisodes (saison 10) du feuilleton télévisé Plus belle la vie, diffusé sur France 3.

Après avoir été curé des paroisses de Gerland dans le 7e arrondissement de Lyon, jusqu'en septembre 2007, puis d’Oullins et de Pierre-Bénite dans la proche banlieue ouest de Lyon, de septembre 2007 à septembre 2014, il est nommé curé des paroisses de Saint Romain, Saint Côme et Saint Damien, à Caluire-et-Cuire.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marseille-Paris. Je marche, moi non-plus, préface de Danielle Mitterrand, Éditions Sans Frontières, 1984
  • Par amour et par colère, Le Centurion, 1985
  • Quartiers sensibles, de Azouz Begag et Christian Delorme, Points-Virgule, 1988
  • Le Soufisme, cœur de l'Islam, de Cheikh Khaled Bentounès, Bruno Solt et Romana Solt, préface de Christian Delorme, La Table Ronde, 1996
  • Nous avons tant de choses à nous dire... Pour un vrai dialogue entre chrétiens et musulmans, de Rachid Benzine et Christian Delorme, Éditions Albin Michel, 1997
  • Les Banlieues de Dieu. Entretiens avec Luc Balbont et Rachid Benzine, Bayard Éditions, 1998
  • Chemins de croix, chemins de foi, Desclée de Brouwer, 2003
  • Prières au Christ, Desclée de Brouwer, 2004
  • Prier 15 jours avec Antoine Chevrier, fondateur du Prado, Éditions Nouvelle Cité, 2006
  • Gandhi aujourd'hui, de Christian Delorme et Kamla Chowdhry, Éditions Jouvence, 2007
  • Prier 15 jours avec Martin Luther King, Éditions Nouvelle Cité, 2008
  • Dieu aime-t-il les chauves ?, Bayard Pèlerin, 2010
  • L'islam que j'aime, l'islam qui m'inquiète. Entretien avec Antoine d'Abbundo, Bayard Culture, 2012
  • La Marche. La véritable histoire qui a inspiré le film, Bayard Culture, 2013
  • Chemin de croix, Salvator, 2016

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Anne Guion, L'héritage de Gandhi reste toujours révolutionnaire, 11 octobre 2007 - La Vie n°3241.
  2. « La franchise, ce n'est pas forcément toujours dire la vérité », Upstream magazine : « On lui doit [...] une prise de position sur la situation des droits de l'homme au Tibet. ».
  3. Philippe Bernard, « Christian Delorme, apôtre de la banlieue », Le Monde,‎
  4. Maurice Balmet, Patrice Bouveret, Guy Dechesne, Jean-Michel Lacroûte, François Ménétrier et Mimmo Pucciarelli, Résister à la militarisation : Le Groupe d'action et de résistance à la militarisation, Lyon 1967-1984, Lyon, Atelier de création libertaire, , 324 p. (ISBN 9782351041215)
  5. Johanna Siméant, La Cause des sans-papiers, Les Presses de Sciences Po, 1998, (ISBN 2724607422) p. 302 : « Si cette grève de la faim fut une des plus connues de Christian Delorme, ce dernier n'en était d'ailleurs pas à sa première expérience, ayant mené une grève de la faim en octobre 1971 pour alerter l'opinion publique sur la situation au Bangladesh. »
  6. « Des manifestants tentent de barrer la place des Cordeliers, à Lyon », Dernière Heure lyonnaise,‎
  7. Jean-Pierre Lanvin, À Dieu vat, Lyon, CDRPC, (ISBN 978-2913374072), p. 365
  8. Jean-Pierre Lanvin, A dieu vat, Lyon, CDRPC, , 392 p. (ISBN 2913374077), p. 102 à 109
  9. « Douze livrets militaires brûlés, hier devant l'église Saint-Bonaventure », Dernière Heure lyonnaise,‎
  10. « Douze livrets militaires brûlés », Lettre des objecteurs,‎ , Supplément
  11. « Les enchaînés du Trans Europe Express », Le Monde,‎
  12. « 100 dates de la non-violence », sur centredepaix.org.
  13. Rachid Benzine et Christian Delorme, Nous avons tant de choses à nous dire, Éditions Albin Michel, 1998.
  14. P. Christian Delorme : «Le Prado est ma famille spirituelle», La Croix, .
  15. François Devinat, Législatives 97. Ils commentent la campagne. Aujourd'hui, Christian Delorme, le «curé des Minguettes» : « L'Eglise catholique n'est pas assez engagée »., Libération, 10 mai 1997.
  16. a et b Le 10 mars à Paris et dans le monde, CSPT, 2001 « Les manifestants ont réclamé la justice et la liberté pour le peuple tibétain. Parmi eux, le Père Christian Delorme et le chanteur Michel Jonasz. ».
  17. Jean-Paul Ribes, Postface de : Michael Harris Goodman, Le dernier Dalaï-Lama ? Biographie et témoignages, Éditeur Claire Lumière, 1993, (ISBN 2905998261), p. 308.
  18. Jean-Paul Ribes, Pierre-Antoine Donnet et Guy Privat, Tibet: des journalistes témoignent, 1992, L'Harmattan, p. 126.
  19. France-Tibet, Tibet : Communiqué, 10 mars 2001, « Près de 1500 personnes ont répondu à l'appel de la Communauté Tibétaine et des associations... Parmi ceux ayant pris part à la marche, on a pu reconnaître Michel Jonasz, l'écrivain Claude Levenson, le père Christian Delorme, et le dissident chinois Cai Chongguo. ».
  20. Appel pour plus jeune prisonnier politique du monde, France-Tibet.
  21. www.senat.fr Délinquance des mineurs : la République en quête de respect (rapport de la commission d'enquête sur la délinquance des mineurs), sur le site du Sénat : « En France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses, parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration, qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas comment en parler ». ».
  22. « www.marianne2.fr » (consulté le 13 mai 2017).
  23. Christian Delorme, Non, l'Algérie n'est pas antichrétienne, sur lemonde.fr, 4 juin 2008.
  24. Hippolyte Simon,Respecter l'islam et l'Etat de droit, sur lemonde.fr, 16 juin 2008.

Liens externes[modifier | modifier le code]