Too fat to fight

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Inspection médicale de recrues britanniques (1939).

Too fat to fight (« trop gros pour combattre ») désigne le problème que constitue la surcharge pondérale (surpoids ou obésité) quand elle compromet le recrutement militaire, l'accomplissement des missions dévolues aux soldats, leur entraînement, et de façon générale leur condition physique. Le phénomène, qui concerne notamment les puissances militaires occidentales, est considéré comme une préoccupation inquiétant d'une façon ou d'une autre la sécurité militaire dans les pays les plus touchés.

Définitions[modifier | modifier le code]

L'indice de masse corporelle ou IMC est un indicateur basé sur un rapport entre la taille et la masse.

Interprétation de l’IMC
IMC (kg·m−2) Interprétation Masse d'un homme
mesurant 1,74 m
moins de 16,5 dénutrition ou famine < 51 kg
16,5 à 18,5 maigreur 51 kg - 57 kg
18,5 à 25 corpulence normale 57 kg - 78 kg
25 à 30 surpoids 78 kg - 93 kg
30 à 35 obésité modérée 93 kg - 108 kg
35 à 40 obésité sévère 108 kg à 120 kg
plus de 40 obésité morbide ou massive > 120 kg

Situation par pays[modifier | modifier le code]

Allemagne[modifier | modifier le code]

Articles principaux : Obésité en Allemagne et Bundeswehr.

Un rapport de Reinhold Robbe, commissaire parlementaire aux forces armées, remis au Bundestag en mars 2008 relève que 40 % des 3 600 soldats engagés en Afghanistan sont en surpoids[1] (pour 35 % dans une population civile comparable)[1], que 8,5 % sont obèses (contre 7,1 % dans une population civile)[1] et qu'un cinquième ne fait jamais de sport[1]. Il observe que « clairement, les soldats sont trop gros, s'entraînent trop peu et ne font pas assez attention à ce qu'ils mangent »[2] et que cette situation est un « problème de sécurité ». Le budget annuel de « seulement environ 26 millions d'euros » affecté aux activités sportives n'apporte « aucun résultat » sur la condition physique des soldats allemands[3].

Arabie saoudite[modifier | modifier le code]

Une étude réalisée en 2005 montre que 82 % des soldats (hors officiers) sont en surpoids ou obèses[4]. Huit ans plus tard, en 2013, une autre étude montre que sur l'ensemble de la population militaire saoudienne (officiers compris), 40,9 % sont en surpoids, 21,5 % sont obèses et 7,5 % en état d'obésité morbide[5] soit 69,9% de l'ensemble des militaires. Les officiers ont un IMC inférieur à la moyenne[5].

Chine[modifier | modifier le code]

En 2011 l'Armée populaire de libération relève le seuil de tolérance au surpoids de 20 % à 25 % par rapport au « poids normal » (calculé en fonction de la taille) pour les engagés afin d'attirer du personnel plus qualifié[6].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Pesée d'une recrue américaine (1917).

En 2010, un groupe de chefs militaires à la retraite déclare que 27 % des jeunes adultes (17 à 24 ans) n'ont pas les conditions physiques requises pour leur recrutement, et que 12 000 jeunes par an sont exclus pour cette raison, créant une menace potentielle pour la sécurité nationale[7].

En 2015, le major général Batschelet déclare que l'« obésité est en train de devenir un problème de sécurité nationale[8]. » Selon lui, sur les 195 000 personnes qui se sont présentées au recrutement, 10 % ont été exclus pour leur surpoids, et peuvent représenter 50 % des exclus en 2020 (70 % des adolescents et des jeunes adultes américains sont obèses)[8]. Au-delà du manque d'activité physique et d'une alimentation déséquilibrée, l'acceptation des gros est devenue un facteur important[8]. D'après les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, 81 % des garçons et 71 % des filles en surcharge pondérale croient avoir un poids normal[8].

France[modifier | modifier le code]

L'aptitude physique et intellectuelle des soldats est évaluée (lors de leur première visite médicale et tout au long de leur carrière) par une grille d'évaluation, le SIGYCOP. Les scores obtenus conditionnent les missions et les affectations des militaires[9]. Une surcharge pondérale modérée entraîne un score de 2 ; une obésité (selon la présentation clinique et les complications) un score de 3 à 5 ; une obésité morbide, un score de 5, pour le profil G (état général)[9]. Les fonctions de pilote et servant d'engin lourd, moyen et léger de combat sont contre-indiquées en cas de constatation d'obésité[10]. Un score maximum de 2 pour le G est exigé pour les officiers et sous-officiers sous les armes, un score maximum de 3 pour les officiers spécialistes, les volontaires, les engagés volontaires et les spécialistes de la réserve opérationnelle[10]. Pour les troupes de montagne et les spécialités subaquatiques (certificat d'aptitude technique 2), un G de 1 et un IMC de moins de 25 sont demandés[10].

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Croquis d'un soldat britannique en surpoids, 1941.

En mars 2015 le Daily Express, citant la revue du ministère de la défense britannique Soldier Magazine, dresse une situation similaire[11]. La mauvaise qualité des rations servies en caserne pousse les soldats à se nourrir à l'extérieur avec des repas encore plus déséquilibrés (hamburgers, frites et kebabs)[12] et souvent plus chers[11]. La sous-traitance des cantines est remise en cause[11]. De 2012 à 2015 32 000 soldats (soit 11 % des effectifs)[13] ont échoué à leur test sportif de base (cinquante abdos, quarante-quatre pompes en deux minutes, courir 2,5 kilomètres en moins de dix minutes)[13] et 25 000 ont été déclarés obèses[11]. En 2015, 3 000 marins et 5 570 membres de la Royal Air Force sont obèses[11].

Russie[modifier | modifier le code]

En 2008, selon le ministère russe de la défense 30 % des officiers supérieurs sont en surpoids et un quart d'entre eux ont échoué à des tests de course, de natation (courir 1 kilomètre en 4 minutes, nager 100 mètres en 3 minutes 45) et de tir[14],[15]. Cette condition physique est qualifiée d'« insatisfaisante » par le ministère, qui reconnaît qu'elle compromet l'essayage des nouveaux uniformes réalisés par le styliste moscovite Valentin Ioudachkine[15].

Suisse[modifier | modifier le code]

Articles principaux : Obésité en Suisse et Armée suisse.

En Suisse, la conscription est obligatoire pour tous les jeunes adultes masculins. L'IMC moyen des conscrits entre la fin du XIXe siècle et le début du XXIe siècle a augmenté de près de 20 %. En 1933-1939, 3,8 % des conscrits sont en surpoids et 0,1 % sont obèses ; en 2005-2006, 19,2 % des conscrits sont en surpoids et 4,2 % sont obèses ; en 2010, 20,2 % des conscrits sont en surpoids et 6 % sont obèses[16].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d (de) Stephan Löwenstein, « Robbe: Deutsche Soldaten nicht fit genug », sur faz.net, (consulté le 8 janvier 2016).
  2. (en) David Wroe, « German soldiers too fat to fight the Taliban », sur telegraph.co.uk, (consulté le 8 janvier 2016).
  3. (de) Spiegel.de, « Unsportliche Bundeswehr: Minister Jung soll dicke Soldaten fit trimmen », sur spiegel.de, (consulté le 8 janvier 2016).
  4. (en) Al-Qatani DA, Imtiaz ML et Shareef MM, « Obesity and cardiovascular risk factors in Saudi adult soldiers », Saudi Medical Journal, no 29,‎ , p. 1260-1268
  5. a et b (en) Bin Horaib G, Al-Khashan HI, Mishriky AM, Alnowaiser N, Binsaeed AA, Alawad AD, Al-Asmari AK et Alquamaizi K, « Prevalence of obesity among military personnel in Saudi Arabia and associated risk factors. », Saudi Medical Journal,‎ , p. 401-407 (PMID 23552594, lire en ligne [PDF])
  6. AFP, « Replet ou tatoué, engagez-vous dans l'armée chinoise », sur lepoint.fr, (consulté le 10 janvier 2016).
  7. (en) Madison Park, « Ex-military leaders: Young adults 'too fat to fight' », sur cnn.com, (consulté le 8 janvier 2016).
  8. a, b, c et d (en) Carol Costello, « America: Too fat to fight », sur cnn.com, (consulté le 8 janvier 2016).
  9. a et b Direction centrale du service de santé des Armées, Sous-direction action scientifique, Bureau aptitude médicale et expertise, « Instruction N°2100/DEF/DCSSA/AST/AME relative à la détermination de l'aptitude médicale à servir », (consulté le 10 janvier 2016).
  10. a, b et c Bulletin officiel des armées, « Instruction N°812/DEF/RH-AT/PRH/LEG relative aux normes médicales d'aptitude applicables au personnel militaire de l'armée de terre », sur legifrance.gouv.fr, (consulté le 10 janvier 2016).
  11. a, b, c, d et e (en) Sean Rayment, « EXCLUSIVE: Kebabs make soldiers too fat to fight as poor Army food failing troops », sur express.co.uk, (consulté le 8 janvier 2016).
  12. Jean Zeid, « Des soldats trop gros et moins efficaces. La raison ? Les kebabs. Sauce blanche ? », sur franceinfo.fr, (consulté le 8 janvier 2016).
  13. a et b Victor Lepoutre, « Royaume-Uni : trop gros, 11% des soldats échouent aux tests physiques », sur rfi.fr, (consulté le 8 janvier 2016).
  14. L'Express, « Russie : armée en surpoids », sur lexpress.fr, (consulté le 10 janvier 2016).
  15. a et b La Dépêche du Midi, « Les officiers russes trop gros pour rentrer dans leurs nouveaux uniformes », sur ladepeche.fr, (consulté le 10 janvier 2016).
  16. Hanspeter Stamm, Markus Lamprecht et Doris Wiegand, Indicateurs pour le domaine «Poids corporel sain» : Actualisation 2014, Promotion Santé Suisse, , 56 p. (ISSN 2296-5696, lire en ligne), p. 24-25

Articles connexes[modifier | modifier le code]