Solitude

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Certains individus se sentent seuls dans un groupe ou une collectivité.

La solitude (du latin solus signifiant « seul ») est l'état, ponctuel ou durable, d'un individu seul qui n’est engagé dans aucun rapport avec autrui. La solitude n'a pas le même sens selon qu'elle est choisie ou subie. Ainsi, l'état d'isolement ou d'éloignement vis-à-vis d'autrui peut avoir des effets bénéfiques sur l'individu, mais aussi néfastes. La solitude a également été décrite comme une souffrance sociale — un mécanisme psychologique alertant un individu d'un isolement non désiré et le motivant à chercher une connexion sociale[1]. Cependant, un individu peut choisir intentionnellement la solitude dans le but de s'isoler de son entourage, notamment.

Aspect psycho-médical[modifier | modifier le code]

Causes[modifier | modifier le code]

Un individu peut faire l'expérience de la solitude pour plusieurs raisons et à cause de facteurs liés à celles-ci, comme un manque de relation sociale durant l'enfance et l'adolescence, ou l'absence physique d'autrui. La dépression chronique est également une cause. Un bon nombre d'individus font l'expérience de la solitude pour la première fois lorsqu'ils sont bébés. Il est également fréquent, mais souvent temporaire, que ces conséquences soient liées à une rupture amoureuse, un divorce, la perte d'un proche ou plus généralement une perte importante de relation humaine. Bien que la solitude soit un problème d'ordre social, économique, ou psychologique[1], un individu peut choisir intentionnellement la solitude dans le but de s'isoler de son entourage, notamment[2] ; ce type de choix agit positivement sur la personnalité de l'individu concerné.

La perte d'une personne importante dans la vie d'autrui engendre typiquement une réponse psychologique à un deuil ; dans cette situation, l'individu se sent seul même lorsqu'il est entouré. La solitude peut également survenir après la naissance d'un enfant (dépression post-partum), après le mariage ou autres événements perturbants, comme emménager d'une ville à une autre (mal du pays). La solitude peut survenir dans les ménages instables ou autres relations similaires, durant lesquelles des sentiments tels que la colère ou la rancune peuvent être ressentis, ou durant lesquelles l'amour ne peut être ni donné, ni reçu. La solitude peut par ailleurs résulter de difficultés d'ordre communicationnel et/ou relationnel ; il est aussi possible qu'elle survienne chez un individu habitant dans un endroit où la densité de population est faible (ou forte, mais où personne n'est enclin à la discussion) et dans lequel il ne peut réellement nouer de lien. La solitude est perçue comme un défaut affectant le lien social et peut s'étendre très rapidement[3]. L'origine de la solitude peut également être liée à des problèmes comportementaux ou au chômage. Elle aurait aussi une forte corrélation avec la conscience et la représentation générale de soi : la faible estime de soi, la timidité, l'introversion et le manque d'assurance[4],[5].

Effets[modifier | modifier le code]

La solitude augmente modestement le risque de mortalité à cause du stress et de l'inflammation[6]. Une solitude importante et sévère peut être une expérience douloureuse et peut engendrer des dommages psychologiques réversibles.

Dans des cas plus extrêmes, la solitude est une condition menaçante pour la vie d'autrui. Une étude montre que la solitude est liée à un haut risque de cancer, spécialement pour ceux qui cachent leur solitude au monde extérieur[7],[8], et est également facteur de risque d'accident vasculaire cérébral et de maladie cardio-vasculaire[9].

La solitude est liée à la dépression, et est ainsi un facteur de risque pour le suicide[10]. Les individus désocialisés peuvent avoir une qualité de sommeil médiocre voire faible[7]. La solitude est également liée à un trouble schizoïde dans lequel un individu fait l'expérience d'une aliénation[11]. La solitude peut jouer un rôle important dans l'alcoolisme et la toxicomanie. Chez les enfants, un manque de connexions sociales est directement lié à de nombreux comportements antisociaux et autodestructeurs et peut notamment conduire à l'hostilité et à la délinquance. Chez les enfants et adultes, la solitude a souvent un impact dans la compréhension et la mémoire. Dans des cas d'isolement long et total - navigateurs solitaires, etc. -, des phénomènes hallucinatoires ont été rapportés.

Société moderne[modifier | modifier le code]

La solitude semblerait s'être intensifiée au fil de la modernisation. Dans les sociétés développées, la solitude s'est largement répandue parmi deux catégories d'individus : les seniors[12] et les individus vivants dans une commune à faible densité de population[13]. Les seniors vivants dans des zones suburbaines sont particulièrement vulnérables ; ils perdent généralement la capacité de conduire, ainsi ils maintiennent difficilement des relations sociales[14]. La solitude est principalement présente chez les jeunes individus âgés entre 18 et 35 ans[15]. Les causes peuvent entre autres impliquer l'arrêt brutal de la scolarité[16] ; d'autres facteurs peuvent provoquer une variété de troubles psychologiques qui peuvent inclure des changements comportementaux et psychologiques.

La corrélation existant entre l'usage d'Internet et la solitude est un sujet controversé, car certaines recherches montrent que les internautes sont les plus touchés par la solitude et d'autres montrent que les individus seuls utilisant Internet pour rester en contact avec leurs proches (particulièrement les seniors) rapportant qu'ils se sentent moins seuls, mais ceux qui essayent de créer un lien d'amitié avec d'autres internautes se sentent seuls[17]. D'un autre côté, des études menées en 2002[18] et en 2010[19] montrent que « l'utilisation d'Internet diminuerait significativement les sentiments de solitude et de déprime [...] » et qu'Internet « avait un rôle important dans la vie des individus, qui leur permettent d'accéder à une liberté et un contrôle, qui ont un impact positif sur le bien-être et la joie ». Néanmoins, l'utilisation de réseaux sociaux peut être la cause de la solitude ; paradoxalement, certains individus préfèrent passer leur temps sur les réseaux sociaux plutôt que de nouer des liens sociaux[20].

Prévalence[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs estimations et facteurs de la solitude. Il est estimé qu'approximativement 60 millions d'individus aux États-Unis ou 20 % de la population active se sentent seuls. Une autre étude montre que 12 % des Américains n'ont personne avec qui passer leur temps libre ou pour discuter[21],[22]. D'autres recherches pensent que ces statistiques se sont accrues au fil du temps.

Une étude a suivi 45 000 individus âgés de 45 ans et plus souffrant de problèmes cardiovasculaires ou de hauts risques de développer ces problèmes. L'étude montre que ceux qui vivaient seuls avaient un haut risque d'être victimes d'une crise cardiaque, d'accident vasculaire cérébral et d'autres complications cardiovasculaires durant une période de quatre jours[23]. Dans cette étude, le risque est plus élevé chez 14 % des jeunes individus, ceux qui vivaient seuls. Vivre seul accroît le risque de problèmes cardiovasculaires et une mort prématurée chez 24 % des individus âgés de 45-65 ans, et 12 % des 66-80 ans[23].

Traitements[modifier | modifier le code]

Il existe différentes manières de traiter la solitude, l'isolement social ou la dépression clinique. La première étape que recommandent les docteurs est la thérapie. La thérapie est un moyen commun, parfois avec succès, de traiter la solitude. La thérapie à court terme, le moyen le plus commun pour traiter les patients atteints de solitude et de dépression, dure typiquement de 10 à 20 semaines. Durant la thérapie, l'emphase est de comprendre les causes de cette solitude; tenter de déceler les pensées négatives, l'état des émotions, et explorer les différents moyens d'aider le patient. Certains docteurs recommandent également une thérapie de groupe dans le but d'aider le patient à établir un contact avec d'autres patients souffrant de la même maladie psychologique[24]. Les docteurs prescrivent fréquemment des antidépresseurs aux patients en tant que traitement standard ou en conjonction avec la thérapie. Cela prend généralement du temps au patient avant de trouver l'antidépresseur adéquat. Certains patients peuvent développer une résistance à certains médicaments et ont besoin de prendre périodiquement une pause durant les prises de médicaments prescrits.

Des approches alternatives sont également suggérées pour traiter la dépression due à la solitude. Ces traitements peuvent inclure l'exercice, la diète, l'hypnose, la sismothérapie, l'acupuncture, l'herboristerie, et autres types alternatives. Un autre traitement utilisé pour traiter la solitude et la dépression est la thérapie animale, ou plus connu en tant que zoothérapie. Certaines études démontrent que la présence d'un animal de compagnie tel que les chiens, les chats, les lapins ou même les cochons d'Inde peuvent diminuer les sentiments de dépression et de solitude parmi certains malades. D'après les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, il existe un bon nombre d'effets bénéfiques à sentir la présence d'un animal.

En 2011, le gouvernement français choisit comme Grande Cause nationale la lutte contre la solitude, à la demande du collectif associatif « Pas de solitude dans une France fraternelle »[25]. La méditation a également été proposée pour prévenir ou lutter contre la solitude[26],[27].

Médias[modifier | modifier le code]

Certaines célébrités avouent également avoir souffert de solitude. Ainsi, George Clooney révèle, lors d'une entrevue, avoir souffert de solitude et de troubles du sommeil[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Cacioppo, John et Patrick, William, Loneliness: Human Nature and the Need for Social Connection, New York : W.W., Norton & Co.,‎ 2008 (ISBN 978-0-393-06170-3, lire en ligne).
  2. (en) Razwana Wahid, « Loneliness is a Choice: Proactively Choose to Connect with People » (consulté le 22 juillet 2013).
  3. (en) Park Alice, « Time.com », sur Time.com,‎ 1er décembre 2009 (consulté le 12 avril 2010)
  4. (en) Kendra Cherry, « Causes, Effects and Treatments for Loneliness », sur About.com (consulté le 22 juillet 2013).
  5. (en) Marshall, John R., Social Phobia, BasicBooks,‎ 1994, 59-60 p. (ISBN 978-0465078967)
  6. (en) Udell JA, Steg PG, Scirica BM et et al., « Living alone and cardiovascular risk in outpatients at risk of or with atherothrombosis », sur Arch Intern Med. 2012;172:1086-1095
  7. a et b (en) Hawkley, Louise C., Cacioppo et John T., « Institute for Mind and Biology » [PDF], Université de Chicago,‎ Jeudi 17 juillet 2002.
  8. (en) Smith, Eleanor, « Fighting cancerous feelings; warning: scientists haven't determined that repressed emotions are hazardous to your health - yet », sur 'Psychology Today,‎ Mai 1988 (consulté le 22 août 2012).
  9. (en) Loneliness and Isolation: Modern Health Risks, vol. IV,‎ 2000 (lire en ligne)
  10. (en) Marano, Hara Estroff, « The Dangers of Loneliness », sur Psychology Today,‎ Jeudi 21 août 2003 (consulté le 22 août 2012).
  11. (en) Masterson, James F., Klein, Ralph, Disorders of the Self: Secret Pure Schizoid Cluster Disorder, New York,‎ 1995, 25–27 p. :

    « Klein was Clinical Director of the Masterson Institute and Assistant Professor of Psychiatry at the Columbia University College of Physicians and Surgeons »

  12. (en) « Seniors Are Lonely » (consulté le 19 août 2012).
  13. (en) « Isolation and Dissatisfaction in the Suburbs », sur Planetizen,‎ 11 mai 2011
  14. (en) « Stranded Seniors », sur Governing.com (consulté le 19 août 2012)
  15. « Près d'un jeune sur deux souffre de la solitude ! », sur Société Saint-Vincent-de-Paul (consulté le 19 août 2012)
  16. « La solitude, un mal qui progresse chez les jeunes », sur TF1 (consulté le 19 août 2012)
  17. (en) Sum S, Mathews RM, Hughes I, Campbell A., « Internet use and loneliness in older adults. »,‎ 11 avril 2008 (consulté le 19 août 2012)
  18. (en) « In Defense of the Internet: The Relationship between Internet Communication and Depression, Loneliness, Self-Esteem, and Perceived Social Support », sur Deepblue (consulté le 19 août 2012)
  19. (en) « Is the Internet the Secret to Happiness? », sur Time,‎ 14 mai 2010
  20. (en) « Is Facebook Making Us Lonely? », sur The Atlantic,‎ 2 avril 2012 (consulté le 22 juillet 2013)
  21. (en) Christakis, N.A. & Fowler, J.H, Connected: The surprising power of our social networks and how they shape our lives, New York, NY, Little, Brown and Company,‎ 2009.
  22. (en) Olds, J. & Schwartz, R.S, The lonely American: Drifting apart in the 21st century, Boston, MA, Beacon Press,‎ 2009.
  23. a et b (en) Amanda Gardner, « Lonely? Your health may suffer », sur CNN,‎ 18 juillet 2012 (consulté le 22 juillet 2013).
  24. (en) Psychothérapie. Depression.com. Consulté le 29 mars 2008.
  25. (fr) « La lutte contre la solitude, Grande Cause nationale 2011 »,‎ 31 décembre 2010
  26. (en) Amanda Enayati, « Fighting loneliness and disease with meditation », sur CNN,‎ 25 août 2012 (consulté le 22 juillet 2013).
  27. (en) Claire Blates, « Loneliness won't leave you alone? How mindful meditation can ease your woes », sur DailyMail,‎ 25 juillet 2012 (consulté le 22 juillet 2013).
  28. (en) David Gardner, « The confessions of George Clooney... I'm lonely, I can't sleep and I used cocaine (but I hated it) », sur DailyMail,‎ 16 février 2012 (consulté le 22 juillet 2013).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Audibert, L'incapacité d'être seul, essai sur l'amour, la solitude et les addictions, Paris, France, Payot,‎ 2008
  • Sébastien Dupont et Jocelyn Lachance (dir.), Errance et solitude chez les jeunes, Paris, France, Téraèdre,‎ 2007 (lire en ligne)
  • Françoise Dolto, Solitude, Gallimard - Folio essais
  • Jacqueline Kelen, L'esprit de solitude, Albin Michel,‎ 2001
  • Jean-Michel Quinodoz, La Solitude apprivoisée, Presses universitaires de France,‎ 1992 (ISBN 2-13-044472-5)
  • Melanie Klein, « Se sentir seul », Envie et gratitude, Gallimard-Tel,‎ 1978 (ISBN 2-07-029780-2)
  • Michel Hannoun, Nos solitudes, Enquête sur un sentiment, éd. du Seuil,‎ 1991
  • Sébastien Dupont, Seul parmi les autres. Le sentiment de solitude chez l'enfant et l'adolescent, Toulouse, France, Érès,‎ 2010 (ISBN 978-2-7492-1195-4, lire en ligne)
  • Maryse Vaillant, Mes petites machines à vivre. Oser la tristesse, la solitude et l’ennui, Jean-Claude Lattès, 2011.
    Prix Psychologies-Fnac 2012 du meilleur essai
  • Dr. Christophe Fauré, Ensemble mais seuls – Apprivoiser le sentiment de solitude dans le couple, Albin Michel, 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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