Herboristerie

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Circa 1920
Herboristerie à Paris
Herboristerie à Genève, Suisse
Pharmacie Herboristerie du Père Blaize à Marseille

L'herboristerie consiste dans la préparation et la commercialisation de plantes médicinales ou de préparations dérivées. Par métonymie, le terme désigne la boutique dans laquelle sont vendues les plantes médicinales, tenue par un herboriste.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le premier code médical régulant l'usage des simples dates de la Mésopotamie mais il est probable que des plantes étaient déjà utilisées pour se soigner durant la préhistoire[1].

En Europe, à partir du moyen-âge trois corporations se différencient et sont souvent en lutte : les herbiers (dénomination médiévale) qui deviendront les herboristes, qui récoltent et vendent des plantes indigènes séchées (médecine la moins chère et disponibles pour tous à l'époque) ; les apothicaires (qui deviennent pharmaciens au XIXème siècle, avec une école nationale et une centralisation de l'organisation du métier ; ce sont alors les pharmaciens qui forment les herboristes qui sont tolérés, mais souvent critiqués par les pharmaciens) qui fabriquent et vendent des remèdes plus complexes et préparés à base de plantes, de minéraux et de substances animales ; et médecins qui soignent souvent des personnes et des et ont obtenu des monopoles sur le suif des chandelle, ou les poids et mesure). La médecine des simples est en partie inspirée de la médecine des signatures qui lie la santé aux équilibre de l'univers et sou-tend une prédétermination divine.

Au XIXème siècle, la « médecine familiale »[2], l'herboristerie et la Pharmacopée populaire restent très présente dans les campagnes[3]. Les officines de pharmacie disposaient souvent d'une annexe faisant office de droguerie et herboristerie qui diffusaient aussi des produits vétérinaires[4], élevaient des sangsues[5]...

Au XXème siècle, dans les pays dits en développement, l'herboristerie tient encore une place importante, dont en Chine et en Afrique[6].

Les herboristes en France[modifier | modifier le code]

Herboristerie à Lyon (France).

Le métier d'herboriste a été reconnu pour la première fois en France en janvier 1312[7].

Durant l'empire Fourcroy (chimiste) veut rénover la profession d'apothicaire et ouvrir leur monopole, mais il n'y parvient pas. Au XIXème siècle, avec l'apparition des vaccins et d'un grand nombre de médicaments de synthèse, l'herboristerie recule, souvent présentée comme désuette et associés à une civilisation paysanne jugée dépassée, au profit de l'industrie pharmaceutique. Certains médecins continuent pourtant à défendre la médecine des simples et les savoirs traditionnels (comme François-Joseph Cazin par exemple dans le nord de la France ou Guitard en 1917[8].

Puis dans les années 1970 alors que les maladies infectieuses (que les pastoriens et autres hygiénistes pensaient pouvoir faire disparaitre au XXème siècle) persistent, l'herboristerie suscite un regain d'intérêt vers les plantes et les savoir-faire ethnobotaniques (repéré dans les années 1980 par une mission du ministère de la culture). Des enseignements non-diplômants renaissent, mais le métier n'est toujours pas officiellement reconnu et enseigné : Alors qu'il existait encore en France environ 4 à 5000 herboristes (souvent des femmes, non représentées et non défendues politiquement), aucun diplôme officiel d'herboriste n'a été délivré depuis la loi du en France qui organise l'industrialisation de la pharmacie, et transforme (sur le modèle allemand) le marché de manière à permettre à la finance d'entrer dans le capital du secteur de la pharmacie. C'est Philippe Pétain (régime de Vichy) qui supprime le diplôme, mais en répondant à une demande déjà ancienne de certains pharmaciens et de l'Industrie pharmaceutique. Le métier a de fait ensuite pratiquement disparu en France. De 4 500 herboristes en 1941, il ne reste qu'une dizaine d'herboristerie en France, la plus ancienne étant la pharmacie herboristerie du Père Blaize à Marseille fondée en 1815. Cette situation contraste fortement avec l' Allemagne ou l' Italie, on l'on compte encore plusieurs milliers d'herboristes.

Quelques herboristeries continuent à vendre des plantes médicinales au nom des derniers titulaires du diplôme d'herboriste et quelques coopératives ont pu s'en saisir[9]. Légalement, seuls les pharmaciens ont le droit de vendre les plantes présentées selon leurs propriétés médicinales. Une tolérance existe cependant pour les personnes travaillant avec les herboristes diplômés, même si en réalité les herboristes n'exercent plus depuis longtemps...

L'une des dernières représentations officielles des herboristes en France a consisté à représenter l'herboristerie à l'office interprofessionnel des plantes à parfum, aromatiques et médicinales, lors de sa création en 1984. Le travail des plante est de plus en plus encadré par des lois et directives européennes, difficiles à appliquer au niveau artisanal avec des plantes qui ne sont des organismes vivants non standardisés.

Les plantes n'étant pas brevetables, il y a eu peu d'études concernant les avantages et risques de leur utilisation, et l'empirisme a encore de l'importance. La menthe et certaines lavandes sont encore très utilisées, mais souvent comme source d'arômes ou d'huiles essentielles[10]. Thierry Thévenin (producteur-cueilleur de plantes médicinales, porte-parole du syndicat « Simples » (syndicat des producteurs-cueilleurs de plantes médicinales, aromatiques, alimentaires, cosmétiques et tinctoriales) fait remarquer que la réglementation rend paradoxalement plus facile la vente et labellisation "bio" d'huiles essentielles dans le domaine alimentaire (ou l'aromathérapie[11]) plutôt que pharmaceutique. Il note aussi qu'un règlement européen sur les additifs pour l'appétence de la nourriture animale a interdit des extraits de plantes qui n'existent pas, et des produits tels que le cynorhodon (fruit le plus riche en vitamine C, spontanément consommé par les animaux dans la nature).

Un diplôme universitaire de phytothérapie (DUMENAT) réservé aux médecins, pharmaciens et vétérinaires existe à la faculté de médecine Paris XIII mais semble menacé de disparaitre[12]. Une formation validée par un diplôme universitaire en "Plantes Médicinales, Phytothérapie et Aromathérapie (D.E.S.I.U.) a été crée en 2013 à l'Université d'Aix-Marseille en partenariat avec l'Université de Montpellier, ce dernier est dirigé par le Professeur Evelyne Ollivier [13].

En France, cent quarante-cinq plantes médicinales peuvent toutefois être vendues par des personnes autres que les pharmaciens depuis un décret en 2008[14].

Les herboristes au Canada[modifier | modifier le code]

Au Québec, la Guilde des herboristes, qui est le regroupement des professionnels et amateurs de plantes médicinales, a été fondée en 1995 et compte actuellement plus de 300 membres[15]. Elle travaille pour faire reconnaître le droit à l'utilisation des plantes médicinales.

Plusieurs écoles privées enseignent à nouveau l'herboristerie, telles que l'Académie Herboliste[16], l'Herbothèque[17] et Flora Medicina[18]. Ces écoles, en plus de transmettre le savoir ancestral de l'herboristerie, sont aussi adaptées à notre société contemporaine, avec des cours d'anatomie, de pathologie et d'interactions avec les médicaments.


Préparation des plantes médicinales[modifier | modifier le code]

Les plantes médicinales sont préparées par infusion, par décoction ou par macération.

Leur mode d'utilisation est varié :

Références[modifier | modifier le code]

  1. Aubry I (1993) L'herboristerie: historique et devenir (Doctoral dissertation, Paris 5)
  2. Loux F (1990) http://www.erudit.org/revue/as/1990/v14/n1/015113ar.pdf La médecine familiale dans la France rurale.(Note de recherche) in Culture et clinique]. Anthropologie et sociétés, 14(1), 83-92.
  3. Trépardoux, F. (1999). Pharmacopée populaire des comtés de l'est de l'Angleterre: Gabrielle Hatfield, Hatfield Gabrielle, Country Remedies, traditional East Anglian plant remedies in the 19th century. Revue d'histoire de la pharmacie, 87(322), 283-284
  4. Carole B (2008) La Phytothérapie pour les animaux. Éditions Le Manuscrit.
  5. Portenart M (1993) Une facture de pharmacie de 1869. Revue d'histoire de la pharmacie, 81(296), 57-58.
  6. Lo, M., Diallo, I., & De Lauture, H. (1995). Place des plantes médicinales dans le système de santé au Sénégal : Exemple d'un enseignement d'herboristerie et de phytotherapie pratique applicable aux agents du développement communautaire. Revue de Médecines et Pharmacopées Africaines, (9), 43-50 (http://indexmedicus.afro.who.int/cgi-bin/wxis.exe/iah/?IsisScript=iah/iah.xis&base=AIM&form=A&user=guest&lang=i&nextAction=search&indexSearch=%5ExID%20%5EyINVERTED%5EuID_%5EiID&exprSearch=002013 résumé])
  7. Biocontact, no 198, janvier 2010, Le métier d'herboriste, par Patrice de Bonneval, p. 32
  8. Guitard EH (1917) La busserole et la bruyère; Le drosera; Tisanes aromatiques: Dr H. Leclerc, in Revue générale de clinique et de thérapeutique, 1916 et Union pharmac., 1916. Bulletin de la Société d'histoire de la pharmacie, 5(16), 267-267)
  9. Chapeyroux C (1994) L'herboristerie à travers le service d'un répartiteur: la coopérative ouest france (COF) (Doctoral dissertation, Fiche SUDOC
  10. Bertjpmp G & Voirin B (1984) Développement sur le sol national de la culture de menthe à des fins industrielles(huiles essentielles, herboristerie) ; Rapport n°FRT - 84 G 0848 (|http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=7043271 Notice] Inist-CNRS)
  11. Voyé, L. Raphaële Garetta, Des simples à l’essentiel. De l’herboristerie à l’aromathérapie, pratiques et représentations des plantes médicinales. Toulouse, Presses universitaires du Mirail, coll.«Les Anthropologiques», 2006, 368 p. Archives de sciences sociales des religions, (148), 75-342.
  12. Dumenat à la faculté de Bobigny – UFR SMBH
  13. http://www.fmc-marseille.com/fr/formations/id-504-plantes-medicinales-phytotherapie-et-aromatherapie-d-e-s-i-u-
  14. Liste des 145 plantes médicinales libérées, c’est-à-dire en vente libre (décret datant de 2008)
  15. Site de la Guilde des Herboristes
  16. Site de l'Académie Herboliste
  17. Site de l'école l'Herbothèque
  18. Site de l'école Flora Medicina

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serge Bernard et Bruno Vaesken, Les recettes de l'herboriste, éd. Dargaud (1985)
  • Maria Treben, "Ces plantes qui guérissent", éd. du Rocher (1987)
  • Michel Pierre, Les plantes de l'herboriste, éd. Robert Jauze (2002)
  • Marie-Antoinette Mulot, Secrets d'une herboriste, éd. Dauphin (19e édition - 2007) ISBN 978-2716312752
  • Jos Triponez, Trésors au bord du chemin : Manuel d'herboristerie moderne éd. Cherix et Filanosa (1957)
  • Thierry Thévenin, "Plaidoyer pour l'herboristerie. Comprendre et défendre les plantes médicinales", Actes Sud (2013)
  • Darquenne, R. (1986). Cultures industrielles au pays des collines: plantes médicinales, chicorée, tabac (1890-1914). Revue belge de philologie et d'histoire, 64(2), 440-440.
  • Bureau L (2012) Le retour des infusions de plantes médicinales et tisanes. La phytothérapie européenne, (66), 26-29.
  • Benoist J (1990) http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/41334/BEH_1990_2_53.pdf?sequence=1 La plante-médicament, entre ses usages et ses témoins]. Écologie Humaine, 8(2), 53-61.

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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