Taux de mortalité

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Taux de mortalité dans le monde par pays pour 1 000 habitants et par an

En démographie, le taux de mortalité (ou taux brut de mortalité), est le rapport entre le nombre annuel de décès et la population totale moyenne sur une période donnée dans un territoire donné.

Importance[modifier | modifier le code]

Le taux de mortalité sert à l'étude de la démographie, de pair avec la natalité et la fécondité. Il renseigne en particulier sur les conditions sanitaires générales d'un pays.

Il peut être étudié par classe d'âge avec, par exemple, le taux de mortalité infantile et le taux de mortalité juvénile. L'ensemble des taux de mortalité par classe d'âge pondéré par les effectifs de ces classes d'âge correspond à l'espérance de vie.

À ne pas confondre[modifier | modifier le code]

Il se distingue du taux de morbidité, qui est le nombre de malades annuels rapporté à la population, et du taux de létalité, qui est le nombre de décès rapporté au nombre de malades.

On parle aussi de « mortalité prématurée » et de « mortalité évitable ».

Causes[modifier | modifier le code]

Les causes de mortalité sont toutes les causes possibles pouvant engendrer la mort d'un individu. Si les possibilités sont infinies au niveau individuel, les données agrégées au niveau de la population offrent des régularités observables.

La typologie des causes possibles de mortalité proposée par l'OMS (CIM-10) peut-être simplifiée de la manière suivante[1]:

Statistiques[modifier | modifier le code]

Dans le monde[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mortalité dans le monde.

L’absence d’eau potable est à l’origine de nombreuses épidémies notamment dans les pays confrontés à une urgence humanitaire : Choléra, typhoïde, hépatite, mais aussi la diarrhée, pourtant facilement traitée dans les pays occidentaux, qui tue à elle seule 1,8 million d’enfants par an. 1,6 milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable et 2,6 milliards n’ont pas accès aux conditions élémentaires d’hygiène.

Les maladies infectieuses sont responsables de 17 millions de décès par an, ce qui représente un tiers de la mortalité. Elles représentent 43 % des décès dans les pays en voie de développement, non contre 1 % dans les pays industrialisés ; citons notamment le sida, le paludisme et la rougeole, cette dernière étant responsable de la mort d’environ un million d’enfants par an.

Selon Jean Ziegler (rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies de 2000 à mars 2008), la mortalité due à la sous-alimentation représentait 58 % de la mortalité totale en 2006 : « Dans le monde, environ 62 millions de personnes, toutes causes de décès confondues, meurent chaque année. En 2006, plus de 36 millions sont mortes de faim ou de maladies dues aux carences en micro-nutriments »[2].

Le nombre de morts violentes (homicide, suicide, accidents) varie beaucoup selon les pays et les époques (guerre, démantèlement de l’État ...) ; par exemple, en 2000, l’OMS enregistrait 221 morts violentes pour 100 000 habitants en Russie (soit 18 % des décès), 105 morts violentes pour 100 000 habitants en Colombie (24 % des décès), et seulement 33 morts violentes pour 100 000 habitants au Royaume-Uni (soit 3 % des décès)[3].

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a défini vingt facteurs de risques[4], qui représentent la majorité des causes de décès[réf. nécessaire]. Parmi ces facteurs les principaux sont :

  1. la sous-alimentation : plus de 3 millions de décès d'enfants dans les pays en voie de développement (1,8 million en Afrique et 1,2 million en Asie), soit 60 % des décès d'enfants, et 170 millions d'enfants ont un poids insuffisant
  2. les pratiques sexuelles dangereuses (c'est-à-dire sans préservatif) : 2,9 millions de morts ; 40 millions de personnes sont infectées par le VIH (sida), essentiellement en raison de pratiques sexuelles dangereuses (99 % des infections en Afrique, 94 % en Amérique centrale et 13 % en Asie orientale)
  3. l'hypertension artérielle : 7 millions de décès par an
  4. le tabagisme : 5 millions de décès par an
  5. l'alcoolisme : 1,8 million de décès par an
  6. l'utilisation d'eau non potable et le défaut d'assainissement et d'hygiène : 1,7 million de morts, essentiellement par des maladies diarrhétiques
  7. la carence en fer : 2 millions de personnes en souffrent, et cela cause 1 million de décès par an
  8. l'enfumage des habitations par des combustibles solides : ces fumées provoquent 36 % des infections des voies respiratoires inférieures, et 22 % des broncho-pneumopathies chroniques obstructives[5]
  9. l'hypercholestérolémie : 4 millions de décès par an
  10. l'obésité : un milliard d'adultes ont un surpoids, dont 300 millions d'obèses.

France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mortalité en France.

Il existe maintenant une base de données nationale des causes médicales de décès, gérée par le Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (Inserm-CépiDc, sur la base des certificats médicaux de décès établis par les médecins lors du constat de décès). Depuis 2000, les causes de décès sont codées selon la 10ème révision de la Classification internationale des maladies (CIM10) de l'OMS. Les données produites concernent les causes initiales de décès, sélectionnées selon les règles de l'OMS.

Depuis les années 1990, des rapports (ex : La santé en France du HCSP) intègrent la mortalité prématurée (grossièrement définie comme la somme des décès survenus avant 65 ans[6]) et la mortalité évitable (définie par 3 composantes : « causes de décès liées aux comportements à risque, causes de décès liées au système de soins et autres causes de décès »)[6].
« La France se caractérise par des taux de décès prématurés très élevés alors que les niveaux de mortalité sont très favorables après 65 ans. Concernant la mortalité évitable, les indicateurs liés aux comportements à risque sont défavorables en France, alors que les indicateurs liés au système de soins semblent très favorables »[6].

En France, on comptait 750 décès pour 100 000 habitants en 2004[7], avec une espérance de vie de 77,2 ans pour les hommes et de 84,2 ans pour les femmes en 2006[8]. Un quart des décès ont lieu avant l'âge de 65 ans.

Évolution[modifier | modifier le code]

Le taux de mortalité en France est en légère diminution depuis 2000, et se stabilise aux alentours de 8,5 pour mille, le taux de mortalité infantile étant stabilisé à 3,8 pour mille[9].

Année 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Décès (milliers) 540,6 541,0 545,2 562,5 519,5 538,1 526,9 531,2 542,6 546,0
Taux de mortalité 8,9 8,8 8,9 9,1 8,3 8,5 8,3 8,3 8,5 8,5
Mortalité infantile 4,5 4,6 4,2 4,2 4,0 3,8 3,8 3,8 3,8 3,8

Causes[modifier | modifier le code]

Pour 543 139 décès en 2008, les cancers étaient encore la 1ère source de mortalité (29,6 %), devant les maladies de l'appareil circulatoire (27,5 %), les accidents (4,6 %), la maladie d'Alzheimer (3,2 %), le diabète (2,2 %), le suicide (1,9 %), les démences (1,8 %) et les maladies chroniques du foie (1,7 %), de plus de 70 % des décès survenus en France[10]. La hiérarchie des causes de décès diffère selon le sexe et l'âge. Elle a peu évolué entre 2000 et 2008 pour les hommes, et s'est transformée pour les femmes[10]. Environ 20 % des morts d'enfants de 1 à 14 ans sont dues à des tumeurs[10]. On observe une forte surmortalité chez les garçons de 15-24 ans, et (de 2000 à 2008), une forte progression du cancer du poumon chez les femmes de 45-64 ans[10]. La mortalité des 45-64 ans est d'abord due aux cancers : 54 % (14 812 décès) chez les femmes et 45 % chez les hommes (41 155 morts), taux stables de 2000 à 2008[10].

Inégalités régionales[modifier | modifier le code]

La Bretagne est la région la plus affectée par le cancer de la prostate, mais c'est aussi la région où le taux de progression des différents cancers est le plus faible[11]. De nombreux départements agricoles ont des taux de cancers supérieurs à la moyenne nationale, et on enregistre depuis 2008 le plus fort taux au monde de cancer de la prostate en Martinique.

Le diabète atteint ses plus forts taux de nouveaux cas en Normandie, en Franche-Comté et en Guyane[11], alors que les plus forts taux de nouveaux cas d'AVC sont atteints en Lorraine, Alsace, Alpes-Côte d'Azur et dans les DOM-TOM[11].

Pour André Cicolella, chercheur et lanceur d'alerte, ces inégalités montrent que les causes de maladies ne sont pas à chercher seulement au niveau individuel ou génétique, mais aussi sans doute au niveau environnemental.

Réduction[modifier | modifier le code]

Une modification du mode de vie permettrait de réduire la mortalité dans les pays développés. Une équipe de chercheurs de l'université de Cambridge (Royaume-Uni), en partenariat avec le Medical Research Council, a mené une enquête sur 20244 individus pendant 14 ans (1993-2007), dont 1987 sont décédés en cours d'enquête, afin de déterminer l'impact du mode de vie sur l'espérance de vie[12]. L'étude conclut que le « mode de vie idéal » majore l'espérance de vie de 14 ans par rapport au cumul de quatre facteurs de risque[13] :

  1. consommation de tabac ;
  2. consommation d'alcool supérieure à un demi-verre par jour ;
  3. consommation de moins de 5 fruits et légumes par jour ;
  4. moins d'une demi-heure par jour d'exercice physique .

Le cumul des quatre facteurs de risque multiplie le risque de décès par 4,4 ; trois facteurs, par 2,5 ; deux facteurs, par près de 2 : et un seul facteur, par 1,4. Selon le professeur Kay-Tee Khaw, premier signataire de l'étude, « c'est la première fois que l'on analyse l'effet cumulé des facteurs de risque sur la mortalité[13] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « OMS - CIM-10 Version:2008 »
  2. Jean Ziegler, L'Empire de la honte, Fayard, 2005 (ISBN 2-2136-2399-6) réedition poche (ISBN 978-2-2531-2115-2) p. 130
  3. Documentation de l'INED
  4. Rapport de l'OMS 2002, Chapitre 4 [PDF]
  5. mais les fumées peuvent aussi protéger des moustiques et donc de la propagation de maladies comme le paludisme ; dans certaines régions, un proverbe dit : « lorsque l'on voit la lune à travers le toit, les enfants meurent »[réf. nécessaire].
  6. a, b et c Haut Conseil de la santé publique (2013), Indicateurs de mortalité « prématurée » et « évitable »
  7. « invs.sante.fr - Taux standardisé de mortalité » (consulté le 28 février 2010)
  8. « Espérance de vie - site INED » (consulté le 28 février 2010)
  9. « www.insee.fr - Décès et taux de mortalité » (consulté le 28 février 2010)
  10. a, b, c, d et e INVS 07/06/11 BEH N °22, portant notamment sur les données sur la mortalité en France de 2000 à 2008
  11. a, b et c Le Nouvel Observateur, 3 octobre 2013, Interview d'André Cicolella, p. 92
  12. Public Library of Medecine, 9 janvier 2008, cité dans Le Figaro, 9 janvier 2008, page 12
  13. a et b Une vie saine peut accroître la longévité de 14 ans, Le Figaro, 9 janvier 2008, p. 12 [1]


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]


Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]