Compassion

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Compassion personnifiée : une statue du centre Epcot en Floride

La compassion (du latin : cum patior, « je souffre avec » et du grec συμ πἀθεια , sym patheia, sympathie) est une vertu par laquelle un individu est porté à percevoir ou ressentir la souffrance d'autrui, et poussé à y remédier. D'où le besoin de ce mot, ainsi que de celui d'empathie. « Pitié » et « apitoiement » sont tous deux devenus péjoratifs, mais signifient originellement compassion, tout comme « miséricorde » et son synonyme « commisération ».

Psychologie[modifier | modifier le code]

La compassion est une prédisposition à la perception et la reconnaissance de la douleur d'autrui, entraînant une réaction de solidarité active, ou seulement émotionnelle. Il s'agit donc d'une variante d'empathie axée sur la douleur. On peut aussi se porter de la compassion, ce qui sous-entend que l'on est détaché de soi-même, sans quoi on peut aisément la confondre avec l'apitoiement, avec sa composante de complaisance. De même la compassion envers autrui peut être confondue avec la pitié, au sens moderne, avec sa connotation de condescendance.

Ces deux distorsions de la compassion sont donc stériles, parce qu'il y manque une aide, un soutien actifs et efficaces, dans la mesure du possible. En effet, si une personne se noie, cela n'arrange pas les choses de se noyer avec elle, et peut même empirer sa condition. De plus, pleurer sur le sort de quelqu'un ne l'aide généralement pas.

Culture humaniste[modifier | modifier le code]

En tant que valeur, d'après les études de Jacqueline Bouscquet (chercheur honoraire au CNRS, Docteur ès sciences, biologie, biophysique, conférencière et écrivain) en lien avec la Kabbale, seule la compassion peut racheter un karma. L'autre n'étant qu'un miroir, nous devons être capable de nous comporter envers lui comme envers nous même. Cette compassion doit s'appliquer à toutes les espèces vivantes sur cette terre. Nous devons donc changer nos comportements face à toute forme de vie car ce que nous considérons comme bon pour l'autre revient à admettre que c'est bon pour nous (Donc si nous admettons qu'il est bon de maltraiter des animaux ou les plantes, cela revient à admettre que c'est également bon pour nous). Dans son livre "Au Cœur du Vivant", elle écrit : " L'univers est un tout dont nous faisons partie, toute agression de quelque nature que ce soit contre l'un de ses composants se retourne inévitablement contre l'auteur. En biologie cela s'appelle le feed-back ou choc en retour."

Bien qu'associée à d'autres philosophies, la compassion est souvent synonyme de christianisme en premier (hôpital de la Pitié Salpétrière, Notre-Dame de pitié...), puis d'autres religions... Il est difficile de trouver une conception laïque de la compassion... La gauche laïque ne demande apparemment pas l'aumône ou la pitié, mais dit faire appel à l'égalité et à la dignité de chacun ainsi qu'à la solidarité de tous.

Friedrich Nietzsche qui s'insurgeait contre la pitié, faisait référence à la pitié au sens chrétien, voir : L'Antéchrist (Nietzsche). Mais Nietzsche n'est pas le seul philosophe à refuser la compassion[1]. C'est également le cas pour les Stoïciens, Kant, Montaigne.. Refus de la compassion (au nom d'une philosophie rationaliste ou vitaliste de la détermination du vouloir).

La loi sur la non-assistance à personne en danger, qui existe dans de nombreux pays, constitue une forme laïque de compassion.

Religions[modifier | modifier le code]

Bouddhisme et jaïnisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Karunā.

La compassion, Karunā en pâli et en sanskrit, est une valeur fondamentale du bouddhisme. La doctrine du Bouddha a pour axe central les Quatre Nobles Vérités dont le but est de trouver une solution définitive à la souffrance dans l'existence. La compassion est donc définie dans ce cadre comme l'aspiration d'éteindre toutes les souffrances ainsi que les causes de souffrance que peuvent connaître les êtres sensibles dans le monde entier. Elle compte ainsi parmi les facultés spirituelles d'amour appelées les quatre Incommensurables. La compassion est au cœur de la bodhicitta, elle-même au fondement de la pensée mahayaniste. Dans le cadre de la bodhicitta ou "esprit d'Éveil", ce terme est alors synonyme de mahākarunā, la grande compassion aspirant à ce que tous les êtres soient libérés des souffrances et de leurs causes, et amenés à l'Éveil suprême et incomparable, c'est-à-dire le Nirvâna, l'extinction complète des souffrances, l'au-delà de la souffrance. La grande compassion ou mahakaruna incite également le bodhisattva à renaître encore et encore pour sauver les êtres de toutes leurs souffrances, voire à prendre sur eux ces souffrances si cela peut leur être bénéfique. Elle est aussi dite 'grande' lorsque, par une pratique appropriée, cette aspiration devient complètement spontanée, rayonnant naturellement dans toutes les directions de l'univers en manifestant la même intensité affective qu'envers un parent ou un enfant, et en actualisant le même engagement de soin, d'attention et de prévenance.

Par contraste avec Maitreya, le futur Bouddha de l'amour bienveillant, Shakyamuni est un Bouddha de compassion, survenu en notre âge de souffrance.

Les principales déités méditationnelles (yidam) de compassion sont Tara et Avalokiteshvara (Guanyin[2] en chinois et Tchenrézi en tibétain), dont les Dalaï-lama et les Karmapa sont considérés comme des émanations.

Christianisme[modifier | modifier le code]

La compassion dans le christianisme, évoque un sentiment de fraternité humaine, qui nous incite à effectuer des actes de : charité (caritas, avec un sens proche du verbe anglais to care) et donc à secourir notre prochain. On agit par compassion, en accomplissant tout acte de partage. Les examens de conscience et exercices spirituels amènent à dissuader de détester qui que ce soit, sans quoi il serait impossible d'éprouver de la compassion pour ce dernier; lorsque le besoin s'en présentera, tous les moyens nécessaires seront utilisés dans le but : d'aider ou de délivrer la personne, y compris si elle n'est pas du clan (parabole dite du Bon Samaritain), du simple fait de sa proximité. L'Évangile insiste sur cette notion de proximité (d'où vient le mot prochain), qui permet il est vrai de voir si l'on agit de façon efficace ou non. Le choix d'un Samaritain montre qu'il s'agit bien de la proximité du moment et non de la plus habituelle proximité culturelle, où la compassion se manifeste plus facilement. Bernard de Clairvaux met à plusieurs reprises en garde contre la tentation de se replier sur soi pour ne pas rencontrer le prochain (ce que nous nommerions aujourd'hui cocooning), en insistant sur la gravité de cette faute.

Si un Chrétien ressent un sentiment de compassion, c'est qu'il serait aussi disposé à accomplir un acte de charité par respect de ses valeurs aussi bien que par considération; mais non, en principe, éprouver de l'indifférence. Et pas davantage pour en tirer fierté (voir : Vaine gloire).

Il peut être considéré que la Vierge Marie a eu une réelle compassion pour son fils Jésus, sur la croix. Elle a souffert avec lui. Le christianisme demande d'apprendre à compatir à la souffrance du Christ et de son prochain afin d'avoir l'élan nécessaire pour aider celui-ci. Il entend enseigner à souffrir en aimant, et à aimer même en souffrant, notion proche de celle de rédemption.

La Chartreuse de Parme de Stendhal évoque la pitié et la compassion au sens chrétien comme des sentiments humains très forts. Compassion de Fabrice pour les blessés à la bataille de Waterloo. Compassion, puis amour de Clélia pour Fabrice prisonnier. Après le vœu de Clélia à la Madone de ne plus voir Fabrice, celui-ci devenu prêtre et très malheureux fait appel dans ses sermons à la Madone de pitié et Notre-Dame de pitié afin de retrouver l'amour de Clélia.

Plusieurs monuments portent les noms de pitié ou compassion :Hôpital de la Salpêtrière (Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à l'origine), Notre-Dame de Pitié, Église Notre-Dame-de-Compassion (Paris) (Voir : Communion des saints).

Islam[modifier | modifier le code]

La notion de compassion est essentielle dans l'Islam.

D'abord à travers les obligations liées à deux des cinq piliers de l'islam, à savoir le concept de Zakât qui veut que tout bon musulman se doit de faire preuve de charité et d'attention envers les pauvres. Ce concept est complémentaire au processus du Ramadan durant lequel le jeûne symbolise en partie la solidarité envers les êtres qui souffrent, que cela soit de faim ou d'autre chose.

On trouvera dans la charia islamique de vastes sujets relatifs aux droits du voyageur, de l'orphelin, du pauvre ou encore à la Sadaqah, où le concept de compassion occupe une place centrale. <ref>Athamr dani</ref>

Enfin l'Islam est l'une des religions abrahamiques qui abroge la loi du Talion "oeil pour oeil, dent pour dent", puisque le but de la vie est la satisfaction de Dieu à travers le meilleur comportement. C'est ce qui permet la réussite éternelle de l'âme. Ainsi on trouvera dans le Coran « Repousse le mal par la plus belle bonté » (23, 96) ou encore « l’action bonne n’est pas semblable à la mauvaise. Repousse celle-ci par ce qui est le plus beau en bonté : tu verras alors celui qu’une inimitié séparait de toi devenir pour toi un ami chaleureux. C’est là une chose à laquelle n’atteignent que ceux qui exercent la patience, ceux qui ont reçu une faveur insigne » (41, 34-35).<ref> « Les enseignements du Coran sur la Compassion, la Paix et l’Amour » de Reza Shah Kazemi</ref>

Le concept de "rahma" qui se traduit en français par la clémence, la miséricorde et la compassion est régulièrement évoqué dans la tradition prophétique. On retiendra cette parole du prophète de l'islam : "Soyez Clément envers ceux qui sont sur Terre , et Celui qui est dans les Cieux sera Clément envers vous. Le Clément recevra la clémence du Miséricordieux."<ref>Sunan at-tirmidhi</ref>

Judaïsme[modifier | modifier le code]

C'est une question importante pour le judaïsme, qui souhaite voir s'établir une société fondée sur la justice.

On trouve cette notion dans le personnage de Ruth (Bible):Ruth (en hébreu: רוּת, Routh, qui signifierait "compassion"). Compassion de Ruth pour Naomi, et compassion de Booz pour Ruth. Mais le mot Ruth en hébreu donne lieu à d'autres interprétations également[3].On fait le plus souvent dériver Ruth (Rouh, en hébreu) de la racine rita, compatir. Ruth signifierait ainsi l'indulgente, la compatissante. Mais l'étymologie de Ruth a donné lieu, depuis plus de vingt siècles, à d'étonnantes disputes talmudiques et bien d'autres hypothèses ont été avancées avec conviction et talent. Ruth pourrait ainsi vouloir dire la charmée, celle qui est désaltérée, la tourterelle, la louangeuse. Elle pourrait même être le féminin du mot torah, la loi.

En anglais le mot «ruthless»[4], impitoyable, semble faire allusion à Ruth (Bible). Ruth en anglais ancien signifie pitié, et est encore un peu utilisé aujourd'hui. En fait le mot a pour étymologie le verbe rue en anglais ancien (se repentir de, regretter amèrement) suivi du suffixe th.

La Tsedaka désigne l'aumône, la charité, dans le judaïsme, et trouve sa source dans la Bible.

Références[modifier | modifier le code]

  1. La compassion en philosophie
  2. Ou Kouan-Yin dans une autre transcription du chinois en lettres romanes. Guanyin relève du pinyin
  3. significations du mot Ruth en hébreu
  4. (en) étymologie du mot ruthless

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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