Compassion

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Compassion personnifiée : une statue du centre Epcot en Floride

La compassion (du latin : cum patior, « je souffre avec » et du grec συμ πἀθεια , sym patheia, sympathie) est une vertu par laquelle un individu est porté à percevoir ou ressentir la souffrance d'autrui, et poussé à y remédier. D'où le besoin de ce mot, ainsi que de celui d'empathie. La compassion revient à ressentir la souffrance de l'autre, animé d'une intention d'amour. Il existe souvent une confusion entre pitié et compassion. En revanche la « miséricorde » peut s'apparenter à la compassion avec une sémantique plus religieuse. par opposition à la « commisération » qui aurait une signification plus laïque.

Psychologie[modifier | modifier le code]

La compassion est une prédisposition à la perception et la reconnaissance de la douleur d'autrui, animée par un profond sentiment d'amour de l'autre au sens de l'amour filia (platonique, agapè, filia), entraînant une réaction de solidarité active, voire engagée. Il s'agit donc d'une variante d'empathie axée sur la reconnaissance de la douleur et de la souffrance de l'autre.

La compassion peut se décliner en trois niveaux tel que le décrit le Dalaï Lama : le premier consiste en la capacité de voir l'autre comme un autre soi, le deuxième dans la capacité de s'échanger avec autrui pour mieux comprendre la réalité de ses souffrances, notamment par le processus de la visualisation. La troisième consiste à considérer l'autre comme plus important que soi, aboutissant à la Grande compassion qui consiste en toute situation à prendre la perte pour soi et à offrir le gain à autrui.

On peut aussi se porter de la compassion, ce qui sous-entend que l'on est détaché de soi-même, sans quoi on peut aisément la confondre avec l'apitoiement, avec sa composante de complaisance. De même la compassion envers autrui peut être confondue avec la pitié, au sens moderne, avec sa connotation de condescendance.

Initiée par le Dalaï Lama depuis une douzaine d'année en tant que premier sponsor avec l'université de Stanford (Californie), le laboratoire CCare anime des recherches sur le pouvoir de la compassion dans des disciplines comme les neurosciences, la psychologie, la neurochirurgie... L'étude scientifique des cerveaux des grands Lamas tibétains, notamment de Mathieu Ricard ont permis de démontrer un impact direct entre la pratique de la méditation et d'exercices de compassion sur la réponse des individus au stress. La réponse à l'hormone du stress, l'oxytocine comparée entre un groupe test, un groupe test ayant suivi un programme de méditation de la pleine conscience, et un groupe test ayant suivi un programme de méditation de la pleine conscience et en plus des exercices de compassion, démontre que la méditation a un effet direct sur le stress en réduisant cette réponse. Mais que les exercices de compassion ajoutés à la pratique de méditation dé-corèle dans une grande proportion la stimulation au stress des trois groupes. (Recherche effectuées notamment par Tania Singer, de l'Institut Max Plank de Leipzig).

De grands psychologues américains comme Paul Guilbert ou Daniel Singer étudient l'impact des neurones miroirs dans le champs de la compassion.

Culture humaniste[modifier | modifier le code]

En tant que valeur, d'après les études de Jacqueline Bouscquet (chercheur honoraire au CNRS, Docteur ès sciences, biologie, biophysique, conférencière et écrivain), seule la compassion peut racheter un karma, une idée issue de la philosophie Bouddhiste et qui signifie : la responsabilité des conséquences de ses actes. L'autre n'étant qu'un miroir, ou étant un autre moi, nous devons être capable de nous comporter envers lui comme envers nous même. La philosophie Bouddhiste évoque le poids de nos actes associés à leurs conséquences positives, négatives ou neutres. Ils maintiennent donc notre esprit en équilibre au sein de six mondes, dans lequel en fonction de la somme de nos actes positifs négatifs ou neutres, nous descendons dans les enfers du Samsara (le monde de la souffrance) ou nous nous élevons vers le Nirvana (le monde sans souffrance). La compassion devient donc un outil de développement permettant aux êtres humains, animés de la capacité de communiquer et de se voir, de choisir de s'élever ou non. Parmi les actes négatifs, le meurtre, le vol, le mensonge, l'inconduite sexuelle (viol, manipulation d'autrui) et la prise d'intoxiquants vont peser sur les conséquences de nos actions. De sorte que cette compassion doivent s'appliquer à toutes les espèces vivantes sur cette terre. Nous devons donc changer nos comportements face à toute forme de vie car ce que nous considérons comme bon pour l'autre revient à admettre que c'est bon pour nous. Dans son livre "Au Cœur du Vivant", elle écrit : " L'univers est un tout dont nous faisons partie, toute agression de quelque nature que ce soit contre l'un de ses composants se retourne inévitablement contre l'auteur. En biologie cela s'appelle le feed-back ou choc en retour."

La compassion en Europe est souvent associée à la Pitié, synonyme de la compassion du Christ, notamment lorsque crucifié il dit "laisse les, ils ne savent pas ce qu'ils font". On comprend plus aisément cette confusion de langage entre Pitié et Compassion dans le choix de noms d'hôpitaux qui ont d'abord été créés et soutenus par l'Eglise (hôpital de la Pitié Salpétrière, Notre-Dame de pitié...).

La compassion ne peut pas être totalement reliée à la religion qui ne peut pas posséder l'exclusivité du ressenti de la souffrance et de la douleur de l'autre animé par un sentiment d'amour. De sorte qu'on ne peut pas dire que la compassion soit plus religieuse que laïque. Elle fait partie intégrante de la nature humaine qui sans distinction de race, de sexe, de statut social ou d'âge fait naître au moins auprès d'enfants, de proches parents et même d'animaux se sentiment profondément humain.

Le flou de la sémantique de la compassion dans la langue française amène une sorte de pudeur ignorante que la gauche laïque, qui ne demande pas l'aumône ou la pitié, évoque en faisant appel à l'égalité et à la dignité de chacun ainsi qu'à la solidarité de tous.

Friedrich Nietzsche qui s'insurgeait contre la pitié, faisait référence à la pitié au sens chrétien, voir : L'Antéchrist (Nietzsche). Mais Nietzsche n'est pas le seul philosophe à refuser la compassion[1]. C'est également le cas pour les Stoïciens, Kant, Montaigne.. Refus de la compassion (au nom d'une philosophie rationaliste ou vitaliste de la détermination du vouloir).

La loi sur la non-assistance à personne en danger, qui existe dans de nombreux pays, constitue une forme légale de compassion.

Religions[modifier | modifier le code]

Bouddhisme et jaïnisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Karunā.

La compassion, Karunā en pâli et en sanskrit, est une valeur fondamentale du bouddhisme. On parle souvent de trois formes de compassion de manière très concrète et expérientielle : la première étape étant de considérer l'autre comme un autre soi. La deuxième étape étant de s'échanger avec autrui pour aller plus loin dans la compréhension de sa souffrance, la troisième étant de considérer la souffrance d'autrui comme plus importante que la sienne. La doctrine du Bouddha a pour axe central les Quatre Nobles Vérités dont le but est de trouver une solution définitive à la souffrance dans l'existence. La compassion est donc définie dans ce cadre comme l'aspiration d'éteindre toutes les souffrances ainsi que les causes de souffrance que peuvent connaître les êtres sensibles dans le monde entier. Elle compte ainsi parmi les facultés spirituelles d'amour appelées les quatre Incommensurables. Le Dalaï Lama est considéré dans les traditions Bouddhistes comme le Bouddha de la compassion, Avalomiteshvara. Cette précision permet de comprendre le sens de son engagement spirituel comme des initiatives qui l'animent depuis le début de sa vie contemporaine.

La compassion est au cœur de la bodhicitta, elle-même au fondement de la pensée mahayaniste (le grand véhicule) et aussi de la tradition Vajrayana (le véhicule de diamant). Dans le cadre de la bodhicitta ou "esprit d'Éveil" qui associe à la fois la dimension de la grande compassion et Shuniyata, ou la vue juste de la nature de l'esprit , ce terme est alors synonyme de mahākarunā, la grande compassion aspirant à ce que tous les êtres soient libérés des souffrances et de leurs causes, et amenés à l'Éveil suprême et incomparable, c'est-à-dire le Nirvâna, l'extinction complète des souffrances, l'au-delà de la souffrance. La grande compassion ou mahakaruna incite également le bodhisattva à renaître encore et encore pour sauver les êtres de toutes leurs souffrances, voire à prendre sur eux ces souffrances si cela peut leur être bénéfique. Elle est aussi dite 'grande' lorsque, par une pratique appropriée, cette aspiration devient complètement spontanée, rayonnant naturellement dans toutes les directions de l'univers en manifestant la même intensité affective qu'envers un parent ou un enfant, et en actualisant le même engagement de soin, d'attention et de prévenance.

Par contraste avec Maitreya, le futur Bouddha de l'amour bienveillant, Shakyamuni est un Bouddha de compassion, survenu en notre âge de souffrance.

Les principales déités méditationnelles (yidam) de compassion sont Tara et Avalokiteshvara (Guanyin[2] en chinois et Tchenrézi en tibétain), dont les Dalaï-lama et les Karmapa sont considérés comme des émanations.

Christianisme[modifier | modifier le code]

La compassion dans le christianisme, évoque un sentiment de fraternité humaine, qui nous incite à effectuer des actes de : charité (caritas, avec un sens proche du verbe anglais to care) et donc à secourir notre prochain[3], [4][5]. On agit par compassion, en accomplissant tout acte de partage. Les examens de conscience et exercices spirituels amènent à dissuader de détester qui que ce soit, sans quoi il serait impossible d'éprouver de la compassion pour ce dernier; lorsque le besoin s'en présentera, tous les moyens nécessaires seront utilisés dans le but : d'aider ou de délivrer la personne, y compris si elle n'est pas du clan (parabole dite du Bon Samaritain), du simple fait de sa proximité. L'Évangile insiste sur cette notion de proximité (d'où vient le mot prochain), qui permet il est vrai de voir si l'on agit de façon efficace ou non. Le choix d'un Samaritain montre qu'il s'agit bien de la proximité du moment et non de la plus habituelle proximité culturelle, où la compassion se manifeste plus facilement. Bernard de Clairvaux met à plusieurs reprises en garde contre la tentation de se replier sur soi pour ne pas rencontrer le prochain (ce que nous nommerions aujourd'hui cocooning), en insistant sur la gravité de cette faute.

Si un Chrétien ressent un sentiment de compassion, c'est qu'il serait aussi disposé à accomplir un acte de charité par respect de ses valeurs aussi bien que par considération; mais non, en principe, éprouver de l'indifférence. Et pas davantage pour en tirer fierté (voir : Vaine gloire).

Catholicisme[modifier | modifier le code]

La Chartreuse de Parme de Stendhal évoque la pitié et la compassion au sens chrétien comme des sentiments humains très forts. Compassion de Fabrice pour les blessés à la bataille de Waterloo. Compassion, puis amour de Clélia pour Fabrice prisonnier. Après le vœu de Clélia à la Madone de ne plus voir Fabrice, celui-ci devenu prêtre et très malheureux fait appel dans ses sermons à la Madone de pitié et Notre-Dame de pitié afin de retrouver l'amour de Clélia.

Plusieurs monuments portent les noms de pitié ou compassion :Hôpital de la Salpêtrière (Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à l'origine), Notre-Dame de Pitié, Église Notre-Dame-de-Compassion (Paris) (Voir : Communion des saints).

Islam[modifier | modifier le code]

La notion de compassion est essentielle dans l'Islam.

D'abord à travers les obligations liées à deux des cinq piliers de l'islam, à savoir le concept de Zakât qui veut que tout bon musulman se doit de faire preuve de charité et d'attention envers les pauvres. Ce concept est complémentaire au processus du Ramadan durant lequel le jeûne symbolise en partie la solidarité envers les êtres qui souffrent, que cela soit de faim ou d'autre chose.

On trouvera dans la charia islamique de vastes sujets relatifs aux droits du voyageur, de l'orphelin, du pauvre ou encore à la Sadaqah, où le concept de compassion occupe une place centrale. <ref>Athamr dani</ref>

Enfin l'Islam est l'une des religions abrahamiques qui abroge la loi du Talion "œil pour œil, dent pour dent", puisque le but de la vie est la satisfaction de Dieu à travers le meilleur comportement. C'est ce qui permet la réussite éternelle de l'âme. Ainsi on trouvera dans le Coran « Repousse le mal par la plus belle bonté » (23, 96) ou encore « l’action bonne n’est pas semblable à la mauvaise. Repousse celle-ci par ce qui est le plus beau en bonté : tu verras alors celui qu’une inimitié séparait de toi devenir pour toi un ami chaleureux. C’est là une chose à laquelle n’atteignent que ceux qui exercent la patience, ceux qui ont reçu une faveur insigne » (41, 34-35).<ref> « Les enseignements du Coran sur la Compassion, la Paix et l’Amour » de Reza Shah Kazemi</ref>

Le concept de "rahma" qui se traduit en français par la clémence, la miséricorde et la compassion est régulièrement évoqué dans la tradition prophétique. On retiendra cette parole du prophète de l'islam : "Soyez Clément envers ceux qui sont sur Terre, et Celui qui est dans les Cieux sera Clément envers vous. Le Clément recevra la clémence du Miséricordieux."<ref>Sunan at-tirmidhi</ref>

Judaïsme[modifier | modifier le code]

C'est une question importante pour le judaïsme, qui souhaite voir s'établir une société fondée sur la justice.

On trouve cette notion dans le personnage de Ruth (Bible):Ruth (en hébreu: רוּת, Routh, qui signifierait "compassion"). Compassion de Ruth pour Naomi, et compassion de Booz pour Ruth. Mais le mot Ruth en hébreu donne lieu à d'autres interprétations également[6].On fait le plus souvent dériver Ruth (Rouh, en hébreu) de la racine rita, compatir. Ruth signifierait ainsi l'indulgente, la compatissante. Mais l'étymologie de Ruth a donné lieu, depuis plus de vingt siècles, à d'étonnantes disputes talmudiques et bien d'autres hypothèses ont été avancées avec conviction et talent. Ruth pourrait ainsi vouloir dire la charmée, celle qui est désaltérée, la tourterelle, la louangeuse. Elle pourrait même être le féminin du mot torah, la loi.

En anglais le mot «ruthless»[7], impitoyable, semble faire allusion à Ruth (Bible). Ruth en anglais ancien signifie pitié, et est encore un peu utilisé aujourd'hui. En fait le mot a pour étymologie le verbe rue en anglais ancien (se repentir de, regretter amèrement) suivi du suffixe th.

La Tsedaka désigne l'aumône, la charité, dans le judaïsme, et trouve sa source dans la Bible.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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