Rodrigues

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Rodrigues
Drapeau
Drapeau
Image illustrative de l'article Rodrigues
Administration
Pays Drapeau de Maurice Maurice
Statut politique Region outre-mer autonome (depuis le 12 octobre 2002)
Capitale Port-Mathurin
Gouvernement
- Chef Commissaire
Gouvernement régional
Louis Serge Clair
Démographie
Population 38 000 hab. (2012)
Densité 345 hab./km2
Langue(s) anglais (langue officielle),
créole rodriguais, français
Géographie
Coordonnées 19° 43′ 00″ S 63° 25′ 00″ E / -19.716667, 63.416667 ()19° 43′ 00″ Sud 63° 25′ 00″ Est / -19.716667, 63.416667 ()  
Superficie 110 km2
Divers
Monnaie Roupie mauricienne
Fuseau horaire UTC +4
Domaine internet .mu
Indicatif téléphonique 230

Rodrigues est la plus petite des trois îles de l’archipel des Mascareignes.

D'origine volcanique, l'île se situe à 560 km à l’est de Maurice, presque isolée au milieu de l’océan Indien. D’une superficie de 109 kilomètres carrés, elle mesure 18 kilomètres de long sur 8 de large et présente la particularité d’avoir un lagon d’une surface deux fois supérieure à celle des terres émergées.

Elle fait partie de la République de Maurice et jouit d'un statut d'autonomie depuis le 12 octobre 2002.

Ses habitants sont appelés les Rodriguais. Au nombre de 35 000 en 1996, leur langue principale est le créole rodriguais. Le français est utilisé par une assez grande proportion de la population. L’anglais, langue officielle de la république, est très peu utilisé, sauf dans les institutions scolaires comme langue d’enseignement. La majorité des habitants (95 %) est de foi chrétienne et d'ascendance à la fois africaine et française. Les principales industries de l’île sont la pêche, l’agriculture et le tourisme.

Géographie[modifier | modifier le code]

Vue depuis la Grande Montagne

Rodrigues se situe entre les longitudes 63˚ 20’ E et 63˚ 30’ E et les latitudes 19˚ 40’ S et 19˚ 46’ S. Des trois îles principales de l'archipel des Mascareignes c'est la plus septentrionale et la plus isolée.

Par son étendue terrestre, la taille de l'île, pour donner des éléments de comparaison, est intermédiaire entre celles de Belle-Île-en-Mer et de Jersey.

Bien que d'élévation modeste (le plus haut sommet, le Mont Limon, culmine à 398 mètres), l’île présente une topographie générale de type montagneux. Le relief s'organise autour d'une arête centrale de direction ouest sud-ouest, d'où rayonnent des ravins abrupts. Les fonds des vallées demeurent le plus souvent à sec et ne sont parcourus par des flots torrentiels que lors des fortes pluies de régime cyclonique.

La partie sud-ouest de l'île est cependant dominée sur environ 10 km² par une plaine karstique formée de grès d'origine corallienne. Le sous-sol y abrite de nombreuses cavernes, dont la fameuse Caverne Patate et les non moins intéressantes Caverne Tamarin et Grande Caverne.

L'immense lagon est en général peu profond. Il est parsemé de plusieurs îlots qui en émergent, notamment les îles aux Chat de Pierrot, Hermitage, Cocos, Crabes, Gombrani et autres.

Rodrigues locations named.svg
Rodrigues compte 14 zones statistiques :

Nr. Zone Population
Recensement
de 2000
1 Piments-Baie Topaze 1445
2 La Ferme 1112
3 Baie Malgache 1076
4 Baie-aux-Huîtres 2594
5 Port Mathurin 5929
6 Grand Baie-Montagne Goyaves 844
7 Roche Bon Dieu-Trèfles 2059
8 Lataniers-Mont Lubin 3806
9 Petit Gabriel 3658
10 Mangues-Quatre Vents 2870
11 Plaine Corail-La Fouche Corail 2832
12 Rivière Cocos 2893
13 Port Sud-Est 2717
14 Coromandel-Graviers 1944
  Rodrigues 35779

Géologie[modifier | modifier le code]

L'environnement bathymétrique de l'île
Près de la Pointe au Sel, l'empilement des coulées basaltiques est bien visible sur la falaise côtière
Ancienne carrière de calcarénite près de la Pointe Caverne

Comme les autres îles des Mascareignes, Rodrigues est d'origine volcanique. Les affleurements basaltiques sont nombreux ; les empilements de coulées ou les formations d'orgues sont visibles en de nombreux endroits. L'île serait, au moins pour sa partie émergée, la plus récente des trois îles avec 1,8 million d'années d'existence, mais il subsiste encore beaucoup d'éléments inconnus sur la compréhension de sa formation.

Le ressac taille dans les calcarénites près de la Pointe Coton des formes tourmentées

L'existence d'un grand lagon est ancienne, peut être même antérieure à l'émergence de l'île au-dessus du niveau de l'océan. Le sable calcaire provenant de l'érosion marine du récif corallien est à l'origine de formations rocheuses très originales pour une petite île volcanique : les calcarénites qui constituent la partie sud-ouest de Rodrigues et frangent çà et là la côte est. Lors d'épisodes de baisse générale du niveau de l'océan, le vent a poussé et accumulé le sable du lagon à l'intérieur des terres et créé des massifs dunaires. L'infiltration des eaux de pluie chargées notamment des acides de la litière végétale a provoqué des dissolutions partielles du calcaire suivies de recristallisations qui ont cimenté l'intérieur des dunes sous forme de grès à gros grains : les arénites. Avec la remontée du niveau de la mer, le vent a dégagé ces bancs d'arénites calcaires (ou calcarénites). Tendre et facilement soluble, ce matériau géologique s'est creusé de cavités internes importantes, de véritables cavernes caractéristiques des plateaux calcaires. Quant aux bordures exposées aux vagues, elles ont aussi subi de rudes attaques qui ont façonné une côte rocheuse tourmentée, échancrée de nombreuses criques.

C'est dans ces bancs de calcarénites, que des carrières artisanales (improprement appelées localement “carrières de corail” et actuellement abandonnées) ont permis l'extraction de blocs destinés à la construction d'habitations. C'est aussi sur l'étendue karstique de Plaine Corail que l'aéroport de Rodrigues a été implanté, en raison du relief naturellement plat.

Faune et flore[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Endémisme à Rodrigues.
Un corail à Rodrigues, peut-être endémique.

L'île abritait de nombreuses espèces d'oiseau aujourd'hui disparues (voir la liste sur Liste des espèces d'oiseaux disparues). Une espèce endémique de chauve-souris (roussette de Rodrigues) est très menacée actuellement.

Histoire[modifier | modifier le code]

L’île fut connue des Portugais dès 1528, quand un certain Diogo Rodrigues la plaça pour la première fois sur une carte et lui donna son nom. Les Hollandais y firent une rapide escale en 1601[1] - sous le commandement de l'amiral Wolfert Harmensz - lors de leurs voyages vers leurs colonies d'Indonésie. Ces derniers se seraient ravitaillés en eau potable ainsi qu’en tortues géantes.

Ces aventuriers n’étaient que de passage et ce ne fut qu’en l’an 1691, suite à la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV et sur ordre du marquis Henri du Quesne, la frégate l'Hirondelle apareille d'Amsterdam le 10 juillet 1690 sous le commandement du capitaine Antoine Valleau dans l'objectif de créer une communauté protestante à l'Ile de La Réunion ou une colonie indépendante à Rodrigues. Finalement, après quelques pérégrinations, François Leguat et sept compagnons huguenots débarquèrent sur cette dernière et s'y établirent pendant 2 ans et 22 jours. Lassés; et en l'absence de femmes sur l'île, ce qui empêchait évidemment qu'une colonie perdure; ils décidèrent de rallier l’île Maurice à bord d'une embarcation de fortune, ce qu'ils réussirent en 9 jours[2],[3] mais furent fait prisonniers à leur arrivée. François Leguat découvrit un nombre si impressionnant de tortues géantes à Rodrigues qu'il affirma qu'il était possible de faire 100 pas sur leurs dos sans toucher une seule fois le sol[4].

Le siècle suivant l’installation des premiers occupants fut marqué par la colonisation de l’île Maurice (Île-de-France) et l’île de la Réunion (île Bourbon) par la Compagnie française des Indes orientales. Suite à la prise de possession de Rodrigues par les Français en 1725, un détachement de soldats y fut stationné. Son commandant s'installa à Port-Mathurin. L’île Rodrigues fut ensuite exclusivement administrée depuis l’Île-de-France. Une poignée de colons français, d’Indiens ainsi que d’esclaves africains et malgaches s’y installèrent.

En 1809, lors des guerres napoléoniennes, la flotte britannique y débarqua ses soldats en vue de la prise d’assaut de l’île Maurice. La conquête de cette dernière par les Britanniques entraîna Rodrigues sous leur administration.

Lors du référendum sur l'indépendance, les Rodriguais ont refusé l'indépendance à plus de 97 %. Mais ils ont été mis en minorité par le vote de l'île Maurice et l'indépendance de la République de Maurice a été déclarée le 12 mars 1968 sans scission territoriale de l'archipel[5].

10e district depuis l’indépendance de Maurice en 1968, Rodrigues ne connut pas le même développement que l’île principale. En 2002, les Rodriguais votèrent afin d'élire leurs représentants à l’Assemblée régionale de Rodrigues, et l’île accéda à une certaine autonomie tout en faisant partie de la République.

L’année 2002 restera mémorable pour les habitants car elle vit la création du Vicariat apostolique de Rodrigues, avec comme premier évêque monseigneur Alain Harel consacré le 8 décembre 2002. Auparavant, l’unique piste d’atterrissage de l'aéroport de Plaine Corail fut allongée pour accueillir un avion de plus grande capacité pouvant desservir les îles Maurice et Réunion. Ce développement a permis à l’industrie touristique de prendre son essor. Toujours en 2002, le Mauritius Trochetia jeta l’ancre pour la première fois à la rade de Port Mathurin. Ce navire vint suppléer l’autre navire ravitaillant Rodrigues, le Mauritius Pride.

Économie[modifier | modifier le code]

La pêche traditionnelle en pirogue et à la senne est une ressource vitale pour les Rodriguais. Elle est saisonnière de mars à septembre. Le lagon est peu profond et le récif corallien, trop piétiné, doit être protégé. Les pêcheurs reçoivent une allocation en cas d'intempérie et doivent faire estampiller leur carte professionnelle.

L’autonomie de l’île[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Autonomie de l'ile Rodrigues.
L'aéroport Sir Gaëtan Duval à Plaine Corail

La population rodriguaise a toujours revendiqué sa spécificité au sein de la République. Trois décennies après l’indépendance de Maurice, le gouvernement central amenda la constitution pour accorder un minimum d'autonomie à l’île Rodrigues. Un ancien juge de la Cour Suprême de Maurice, Robert Ahnee C.S.K, entreprit de consulter les différents partis concernés, dont les chefs des deux principales organisations politiques de l’île.

L’autonomie de Rodrigues est calquée sur le modèle en vigueur à Trinité-et-Tobago. Le Rodrigues Regional Assembly Bill fut adopté à l’unanimité à l’Assemblée nationale le 21 novembre 2001. Le premier scrutin afin d’élire les députés eut lieu le 29 septembre 2002. L’innovation vint du fait que pour la première fois, une dose de proportionnalité fut introduite dans le système électoral.

L’Assemblée régionale est composée de 18 membres. Les partis majoritaires forment le gouvernement avec un Chef Commissaire agissant comme chef de gouvernement. En sus du Chef Commissaire et sur sa recommandation, 6 autres commissaires sont nommés par le président de la République. L’opposition est, quant à elle, dirigée par le chef de la minorité. Finalement, l’Assemblée régionale est présidée par le Président de l’Assemblée. Le titulaire peut être un élu ou une personne de la société civile. Le premier Chef Commissaire fut Jean Daniel Spéville. Il céda son fauteuil à Serge Clair, le chef du parti élu à la faveur d'une élection partielle, en février 2003. Johnson Roussety était le chef de la Minorité de novembre 2002 à juillet 2006. Il est nommé Chef Commissaire le 4 août 2006. Il démissionne pour être remplacé par Gaëtan Jhabeemissur le 7 janvier 2011. Au élections de 2012, c'est l'OPR qui a remporté les élections et c'est Serge Clair qui est l'actuel chef commissaire de l'ile depuis février.

L'ancien magistrat Joseph Lamvohee est le président de l'Assemblée régionale.

Des élections régionales se sont tenues dans l'île en décembre 2006 suite a une crise politique majeure au sein de l'Assemblée régionale qui a entraîné sa dissolution. Ce scrutin a été remporté par le Mouvement rodriguais (MR) qui a recueilli 53,4 % des voix contre 45,6 % pour l’Organisation du peuple de Rodrigues (OPR)[6]. Cette tendance s’est confirmée lors des élections générales mauriciennes de 2010 lors desquelles le MR a remporté un scrutin aux dépens de l’OPR qui dominait la vie politique de l’île depuis 1982[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://books.google.fr/books?hl=fr&id=ModyAAAAMAAJ&focus=searchwithinvolume&q=Admiral+Wolfert+rodrigues
  2. http://books.google.fr/books?id=_4dsouzqMW4C&pg=PA456&dq=francois+leguat+huit+huguenots+rodrigues&hl=fr&sa=X&ei=wTViU9XnI4GRO6XlgdgD&ved=0CDwQ6AEwAQ#v=onepage&q=francois%20leguat%20huit%20huguenots%20rodrigues&f=false
  3. http://books.google.fr/books?id=Iqe9OgAACAAJ&dq=vindication+of+francois+leguat&hl=fr&sa=X&ei=bTdiU8TpIqaw0QWL9YEY&ved=0CDIQ6AEwAA
  4. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040572g/f7.image.r=Francois%20Leguat.langFR Texte
  5. « Mayotte est le nouveau DOM français », SaphirNews.com,‎ 31 mars 2009 (consulté le 7 avril 2009)
  6. « Rodrigues choisit le MR », sur http://www.mauritiustoday.com/, Mauritius Today,‎ décembre 2006 (consulté le 17 juillet 2010)
  7. « Circonscription No 21 : MR prend le bastion OPR », sur http://www.lematinal.com/, Le Matinal,‎ mai 2010 (consulté le 17 juillet 2010)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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