Philèbe

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Le Philèbe (ou Sur le Plaisir) est un dialogue de Platon du genre éthique, considéré comme l’avant-dernier nous étant parvenu, avant Les Lois. Ce dialogue utilise nombre déléments parmi les dialogues de vieillesse de Platon : la réflexion sur L'Un et le Multiple du Parménide ; une forme, plus simple et inversée, de division en éléments primordiaux - méthode utilisée dans Le Sophiste et Le Politique- un style explicatif et descriptif de l’homme similaire à celui du Timée concernant l’homme et l’univers, style et propos qui rappellent fortement Les Passions de l'âme de Descartes.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Socrate
  • Protarque : Fils de Callias.
  • Philèbe, qui n'apparaît qu'au début du dialogue.

Dialogue[modifier | modifier le code]

Le dialogue se présente à la manière d'un exercice de dialectique, classique dans l’Académie de Platon : chacun a une thèse à défendre touchant un problème philosophique. Le Philèbe porte sur la vie bonne ; Socrate défend que la vie bonne est avant-tout constituée par la réflexion et la science, tandis que Philèbe laisse le soin à Protarque d'opposer à Socrate sa thèse d’une vie faite de plaisir. L'art se rapporte à la fois au beau et à l’agréable ; il exprime l’un en excitant l'autre ; il a le bien pour dernier but et le plaisir pour condition immédiate. Il y a deux sortes de plaisirs que Platon a déjà distingués dans le Philèbe : celui des sens qui naît de leur seule satisfaction, et celui de l’âme qui est attaché par un lien merveilleux à la perception du vrai et à celle du bien. C’est ce plaisir exquis et délicat, attaché à la vérité et à la vertu, qui les fait belles, et c'est cette beauté que l’art exprime. Son essence est précisément dans sa dignité. Ce dialogue est l’occasion pour Platon de traiter du bonheur, sans négliger la partie corporelle de l'homme, pour constituer une hiérarchie entre les éléments qui le constituent :

  • La mesure : plaisirs de la musique et de l'art qui se mesurent tout seuls, en revanche les plaisirs du corps sont trompeurs.
  • La beauté :
  • La vérité :
  • La réflexion et la science : La science et les prétentions au plaisir suprême sont à mettre en parallèle.
  • Les plaisirs nécessaires : Platon soutient que la sagacité (qui est bien en soi sans être considérée comme meilleure) jointe au plaisir fait que ce dernier est bon. Seuls les plaisirs, mélangés de peine, c’est-à-dire corporels, relèvent de l’illimité ou de l’indéfini, et admettent la nuance. Le plaisir est un bien parce que son contraire, la peine, est à éviter comme le mal : argument platonicien tenu pour être d’influence speusipienne[1].

Thèse de Philèbe : le bien est dans le plaisir[2],[3][modifier | modifier le code]

La thèse de Philèbe veut que le bien, pour tous les êtres animés, consiste dans la joie, le plaisir, l’agrément et dans toutes les choses du même genre. Pour Platon, la sagesse sans plaisir serait un bien que personne ne désire, personne ne veut.

Thèse de Socrate : le bien est dans la réflexion[4],[5][modifier | modifier le code]

Selon Socrate, la sagesse, la pensée, la mémoire et ce qui leur est apparenté, comme l’opinion droite et les raisonnements vrais, sont meilleurs.

Pour trouver la meilleure manière d’être et la disposition de l’âme capable de procurer à tous les hommes une vie heureuse, Socrate propose d'opposer aux deux avis un troisième, qui sera une vérité supérieure aux deux avis précédents. Si les plaisirs ne sont pas semblables, leur nom diffèrent.

Aucun acte n'est un genre d'aboutissement[modifier | modifier le code]

Le Philèbe montre le plaisir comme un mouvement qui reconstitue un état naturel perturbé et que l'on perçoit comme agréable, parce qu'il restaure un organe déficient, qui doit son état déficient à un appétit. Pour Platon, c'est la sagacité, bien en soi, jointe au plaisir, qui le rend bon.

Les quatre genres[6][modifier | modifier le code]

Platon nomme le fini, l’infini, le mixte, genre auquel le plaisir est apparenté ; et la cause, à laquelle l’intellect est apparenté[7].

Critique des plaisirs impurs[modifier | modifier le code]

Les êtres irrationnels, incapables de bien, recherchent les plaisirs. Les plaisirs impurs, mêlés de peine par l’appétit, c'est-à-dire les plaisirs corporels - sont exclus de la vie heureuse : ce sont les plaisirs familiers, corporels que Platon exclue de la vie heureuse. Les plaisirs purs, eux, ne sont pas tous indépendants du corps et ne sont pas soumis à la contrainte de l’appétit, au contraire des plaisirs impurs, ceux de l'intempérant, qui est intempérant précisément parce qu'il cède aux appétits. Aristote contredit cette affirmation : le bien n’est pas le plaisir, parce que rien ne peut être ajouté au bien qui le rende plus appréciable[8].

La perception des plaisirs corporels[modifier | modifier le code]

L'argument contre les plaisirs corporels distingue le devenir et l'être comme les genres respectifs du plaisir et du bien ; le bien en soi est de l'ordre de l'être, non de ce qui vient à l'être.

Vision théophrastéenne et aristotélicienne[modifier | modifier le code]

Selon Théophraste, la théorie des vrais et des faux plaisirs de Platon n’est pas possible : le faux plaisir n’existe pas, sinon il existerait un plaisir qui n’en n’est pas, ce qui est impossible. La fausseté peut être envisagée sous trois rapports : ou comme une habitude morale, ou comme discours, ou comme une chose qui existe d’une certaine manière. Le plaisir n’existe sous aucun de ces trois plans. Théophraste contredit Platon en affirmant qu’il n’existe pas de plaisir vrai ou faux, mais qu’ils sont tous vrais ; selon lui, s’il existe un plaisir faux, ce sera un plaisir qui ne sera pas un plaisir. Assurément, rien de tel ne s’ensuivra ; en effet, l’opinion fausse n’en est pas moins une opinion. Mais même s’il s’ensuit cela, Théophraste se demande ce qu’il y aurait d’absurde à ce que le plus bas plaisir, semblant un plaisir, n’en soit pas un. C’est qu’il existe aussi un être entendu autrement, qui n’est pas l’être entendu simplement ; ainsi, ce qui est engendré n’est pas l’être en tant que tel.

En effet, même Aristote pense qu’il existe certains plaisirs relatifs et non en tant que tels, comme ceux des malades qui goûtent l’amer comme le doux. D’après ce que dit Théophraste, le faux se présente sous trois formes : Soit comme un caractère feint, soit comme un discours, soit comme une chose qui est.

Théophraste se demande relativement à quoi le plaisir est-il donc faux, car selon lui le plaisir n’est ni un caractère, ni un discours, ni un être qui n’est pas, car telle est la chose fausse, caractérisée par le fait qu’elle n’est pas. Il faut rétorquer que le plaisir faux est relatif à ces trois définitions ; car le plaisir est feint s’il vient du caractère feint, irrationnel, quand l’opinion s’égare et se dirige vers le faux au lieu du vrai et y trouve son plaisir, et n’existant pas quand il est imaginé en l’absence de la douleur, et cela sans que rien d’agréable ne soit présent. Platon appelle ses Idées « Monades »[9], dans la mesure où chaque Idée (le Juste, le Beau, l'Abeille en soi...) est une Forme sans multiplicité ni changement, un Modèle unique, un principe d'existence et de connaissance[10]

La subjectivité et l’opinion sur le plaisir[11][modifier | modifier le code]

Le plaisir est l'effet du passage, du mouvement de la beauté à l’amour par le mouvement qui résulte de la disposition des choses qui nous attire vers le bien qui sont en elles ; l’effet est subjectif, et distinct du résultat de ce mouvement, qui est objectif. La notion de subjectivité de celui qui ressent le plaisir est immédiate, et dépend de celui qui éprouve, que son plaisir soit éprouvé droitement ou non - celui qui a une opinion, droite ou pas, en fait une réalité qu'il vit et ressent.

Le concept d’Euexia[12],[13][modifier | modifier le code]

Il y a la santé de l’âme existe comme la santé du corps, avec la notion de hiérarchie et de domination de certaines parties ou fonctions qui ont à se conformer à cette hiérarchie. Santé morale et santé intellectuelle parachèvent la santé des corps. Le plaisir devient un attribut de la santé. La santé est un mélange, le fruit de deux principes antithétiques : la « limite » et « l’illimité ». La santé est une combinaison de tensions contradictoires en « mélange mesuré ». La santé du corps est la limite dominant les tensions illimitées, ceci vaut autant pour la santé du corps, celle de l’âme, celle de la cité.

Citations[modifier | modifier le code]

  • Orphée est cité : « À la sixième génération, mettez fin à votre chant rythmé »[14].
  • D’après l’Iliade d’Homère : « entraîne quelquefois le sage même à se courroucer, plus douce que le miel qui coule du rayon »[15]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Philèbe, édition commentée par Luc Brisson (Gallimard, 2009)
  • Éthiques Grecques, Canto-Sperber (Gallimard, 2002)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Speusippe soutient que la peine n’a pas seulement un contraire, mais deux : le plaisir et l’absence de peine, comme le grand s’oppose au petit, mais aussi à l’égal
  2. ἡδονῆς en grec ancien
  3. 11a-c
  4. φρόνησις en grec ancien
  5. 12a
  6. 30b
  7. 30d
  8. Éthique à Nicomaque (X, 2)
  9. appelées également unités
  10. 15ab
  11. 32-37
  12. 45e
  13. en grec ancien εὐεξία, traduit par « bonne constitution » ou « condition physique »
  14. ORPHIC. Fragment, v. 473, éd. d’Hermann (66c)
  15. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] (XVIII, 107 et passim)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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