Gerard Manley Hopkins

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Gerard Manley Hopkins

Gerard Manley Hopkins, né le 28 juillet 1844 à Stratford, Essex (Royaume-Uni) et décédé le 8 juin 1889 à Dublin (Irlande), était un prêtre jésuite et poète anglais de grand renom.

Fils d'un agent d'assurance, il étudie les humanités au Balliol College de l'Université d'Oxford, où il est proche du Mouvement d'Oxford de "l’Église haute" anglicane. Comme d'autres avant lui (tels John Henry Newman), cette réflexion théologique l'amène à demander à être reçu dans l'Église catholique (1866). Deux ans plus tard, le 7 septembre 1868, il entre dans la Compagnie de Jésus. Hopkins est ordonné prêtre en 1877.

Sommaire

Bibliographie[modifier]

Son enfance[modifier]

Gerard Manley Hopkins naquit à Stratford, (Essex), le premier d'une fratrie de 9 enfants, de Manley et Catherine (Smith) Hopkins.

Son père était le fondateur d'une compagnie d'assurance maritime ; il eut le privilège d'être quelque temps Consul Général du Royaume-Uni en Hawaii. Il fut également sacristain en la paroisse Anglicane St John-at-Hampstead. Il publia un roman, et divers ouvrages poétiques, notamment pour le TIMES, Pietas Metrica (1849), Spicelegium Poeticum, ainsi qu'un recueil posthume 'A Gathering of Verses by Manley Hopkins' (1892).

Catherine Hopkins, née Smith, sa mère, était la fille d'un médecin Londonien. Passionnée de musique et de littérature, elle cultivait une prédilection pour les romans de Dickens et la philosophie d'outre-Rhin.

Tous deux étaient membres de l’Église d'Angleterre.

Grâce à sa tante, Maria Smith Giberne, guidé par son grand' oncle, Richard James Lane, il apprit à peindre et à dessiner, et cultiva un véritable talent pour cet art toute sa vie durant. Il trouvait principalement l'inspiration dans les œuvres de John Ruskin et des Préraphaélites. Il envisagea quelque temps d'embrasser une carrière de peintre. Il n'en demeura pas moins dessinateur de talent, ce dont il aura su tirer profit, plus tard, dans ses compositions poétiques.

Hopkins n'était pas le seul de sa fratrie à avoir un don artistique ou religieux. C'est ainsi que Milicent (1849–1946) devint religieuse anglicane en 1878, que Kate (1856–1933) aida son frère à publier la première édition de ses poésies, que Grace (1857–1945), la plus jeune de ses sœurs, a mis en musique plusieurs de ses poèmes, et que Lionel (1854–1952) devint un expert de chinois ancien, mondialement reconnu ; Arthur (1847–1930) et Everard (1860–1928) étaient tous deux des artistes acclamés par la critique de l'époque. Seul Cyril (1846–1932) se distingua et intégra le cabinet d'assurance de son père, Manley Hopkins, qui contribua pourtant à sa manière à l'épanouissement artistique de la famille en l'installant à Hampstead, en 1852, tout à côté du lieu où vécut John Keats, trente ans plus tôt.

A dix ans, Gerard Manley Hopkins, fut envoyé en pension à Highgate School (1854–1863). C'est là qu'il s'initia à l'ascétisme et la mortification, qu'il poussa si loin qu'il se persuada un jour que la plupart des hommes buvaient plus de liquides que de nécessité, et paria qu'il pût se priver de boisson pendant une semaine. Il s'obstina dans cette démarche jusqu'à ce que sa langue devînt noire et qu'il perdît connaissance.

Le premier poème qu'il ait écrit date également de cette époque (1860) ; il s'inspire de Keats, et s'intitule "The Escorial".


Oxford et la prêtrise[modifier]

Au Balliol College d'Oxford, qu'il fréquenta de 1863 à 1867, il étudia les auteurs classiques. Hopkins était un étudiant et un poète d'une sensibilité peu commune, comme en témoignent ses premières évaluations scolaires et ses premiers poèmes épiques.

C'est à Oxford qu'il se lia d'amitié à Robert Bridges (Poet Laureate of the United Kingdom), qui eut une grande influence sur sa maturation littéraire et sa célébrité posthume.

L’œuvre de Christina Rossetti le touchait profondément. Elle devint l'une de ses plus grandes influences contemporaines. Il eut l'occasion de la rencontrer en 1864. Il reçut également des cours du prestigieux écrivain et critique Walter Pater, en 1866, avec qui il se lia d'amitié.

Il commença, à cette époque, à fréquenter le monde tout en écrivant avec frénésie. Mais il s'alarma très vite des changements qui s'étaient opérés insensiblement en lui. Il se renferma dans une étude austère, consignant sans concession ses péchés dans son journal intime.

Durant ces années d'étude, les amitiés qu'il nouait n'avaient rien de concupiscentes ; elles étaient toutes spirituelles et platoniques. En particulier, il réprimait son homosexualité latente. Il n'a jamais laissé transparaître que le sentiment qu'il éprouvait pour Digby Mackworth Dolben dépassât celui de la simple amitié. Il n'a, d'ailleurs, jamais cédé à ses pulsions ; il a toujours observé une abstinence sans faille, même lorsqu'il fréquentait Henry Parry Liddon et Edward Pusey, dernier membre du "Mouvement d'Oxford".

C'est à cette époque de déchirements et de vacillation morale, qu'il prit la résolution d'entrer dans les ordres.

Le 18 janvier 1866, il composa le poème le plus ascétique de sa carrière "The Habit of Perfection". Et, le 23 janvier, dans la liste de toutes les choses qu'il s'était promis de proscrire à jamais, il inclut la poésie. Il brûla, en conséquence, tous ses poèmes, et renonça, pendant 7 ans environ, à toute écriture poétique. Cette extrémité l'éloigna pendant un temps de sa famille et de bon nombre de ses relations.

En juillet, il décida de se convertir au catholicisme. Dans cette perspective, il se rendit en septembre à Birmingham pour rencontrer le Père John Henry Newman, qui présidait les conversions qui s'opéraient dans la région d'Oxford. Il entra ainsi dans l’Église Catholique le 21 octobre 1866, par l'onction du Père Neuwman. Il prit ensuite la résolution de poursuivre son chemin et d'entrer en religion.

En 1867, il obtînt son diplôme de fin d'études, et la même année, bénéficia, grâce à Neuwman, d'un poste de professorat à l'Oratoire de Birmingham. Là, il y commença l'étude autodidacte du violon, et envisagea plus sérieusement de devenir Jésuite.

Hopkins débuta son noviciat dans la société de Jésus à Roehampton, au Manresa House, en septembre 1868. À compter de 1870, il entreprit des études philosophiques à Stonyhurst au St. Mary's Hall. Il y fit vœu de pauvreté, chasteté et d'obéissance le 8 septembre 1870.

L'écriture persistait à le préoccuper, tandis qu'il cultivait toujours le sentiment que la poésie l'empêchât de se livrer tout entier à la religion. Cependant, après avoir lu Duns Scot en 1872, il se rendit compte que ces deux activités ne se combattaient pas l'une l'autre. Il n'avait, au demeurant, jamais cessé de tenir son journal, mais incapable de réprimer son désir de peindre la nature, il avait substitué à l'écriture le dessin et la composition musicale ; il rédigeait néanmoins, lorsque l'occasion se présentait, des sermons et des pièces religieuses.

En 1874, il revint à Manresa House pour y enseigner la littérature classique. Tandis qu'il étudiait dans le Jesuit house of theological studies, à St Beuno's, près de St Asaph dans le Nord du Pays de Galles, ses supérieurs le sollicitèrent pour composer un poème à la mémoire d'un navire allemand qui avait sombré en mer. C'est ainsi qu'en 1875 il renoua avec la poésie pour composer une œuvre prolixe, intitulée "The Wreck of the Deutschland", inspirée par le naufrage du 'Deutschland', qui avait fait 157 disparus, parmi lesquels 5 nones Franciscaines, qui s'étaient exilées d'Allemagne, en raison de lois nouvelles, anti-catholiques (voir, à cet égard, Kulturkampf). La pièce touche tant aux choses de la religion qu'elle se distingue de ses premières œuvres, ou du moins de celles qui nous sont parvenues, par une métrique et une verve novatrices. Il ne se borna pas à décrire les événements dramatiques et les actions héroïques survenus à cette occasion, il a surtout tâché de réconcilier une telle tragédie avec Dieu, l'auteur de toutes choses. Le poème fut accepté par les Jésuites qui ne le publièrent pourtant pas ; ce manque de reconnaissance illustre l'ambivalence de toute son œuvre, qui fut essentiellement posthume.

Hopkins se livra tout entier à l'austérité et la restriction de la vie monacale. Son humeur s'en ressentit, et son caractère se teignit pour jamais de mélancolie. Le novice brillant, dont le talent recueillait tous les suffrages et les applaudissements durant les premières années, échoua pourtant son examen final de théologie. Il fut néanmoins ordonné en 1877, mais ne monta pas les échelons hiérarchiques dans l'ordre des Jésuites.

En 1877, il rassembla un recueil de sonnets: "God’s Grandeur", parmi lesquels "The Starlight Night", et acheva "The Windhover" seulement quelques mois avant son ordination. Bien que très rigoureuse, isolée et mélancolique, sa vie connut néanmoins quelques périodes d'accalmie ; les œuvres qu'il composa ensuite, incertaines et inégales, affectèrent davantage sa sensibilité.

En octobre 1877, peu de temps après qu'il acheva "The Sea and the Skylark", et seulement un mois après qu'il fut ordonné prêtre, Hopkins pris la charge et le sous-ministère de professeur à Chesterfield , au Mount St. Mary’s College,.

En juillet 1878, il devint Curé de l'église Jésuitique de Londres, le Mount Street.

En décembre, il devint Curé de St. Aloysius’s Church, à Oxford, avant de rejoindre Manchester, Liverpool et Glasgow. Tandis qu'il exerçait son ministère à Oxford, il devint membre fondateur de l'University Newman Society, une société établie en 1878 pour les membres catholiques de l'Université d'Oxford.

Il enseigna le grec et le latin à Sheffield, au Mount St Mary's College, et au Stonyhurst College, dans le Lancashire.

En 1884, il devint professeur de Grec et de latin à Dublin, à l'University College. Ses racines anglaises, et ses divergences de vue à l'égard de la politique irlandaise de l'époque, sa nature peu engageante, son caractère quelque peu original, aussi bien que sa petite stature ne faisaient pas de lui un professeur très efficient. Son isolement en Irlande renforça sa mélancolie et la tonalité de ses poèmes. La pièce intitulée "I Wake and Feel the Fell of Dark" en est une illustration. Vinrent alors les "Sonnets terribles" ("terrible sonnets"), pas tant pour leur qualité, mais parce qu'ils atteignirent ce que son ami, Canon Dixon, qualifia de "terrible crystal", c'est-à-dire qu'ils cristallisaient le découragement mélancolique qui tourmenta la dernière partie de la vie d'Hopkins.


Derniers jours[modifier]

Durant les cinq dernières années de sa vie, de nombreuses circonstances concoururent à l'abattement d'Hopkins et au tarissement de son inspiration poétique.

Sa charge de travail étaient lourde. Il n'aimait pas la vie à Dublin, loin d'Angleterre et de ses amis. Sa santé générale s'altérait également à mesure que sa vue baissait. Il se sentait confiné et découragé. Jésuite dévot, il se trouvait tiraillé dans un dilemme artistique et spirituel. Afin de réprimer tout égotisme qui aurait contrevînt l'humilité que requérait sa position religieuse, il décida de ne jamais publier ses poèmes. Il réalisait pourtant que toute création poétique ne saurait s'épanouir sans une audience fertile en critique et en encouragements. De ce conflit intérieur, il eut le profond sentiment d'échouer dans ces deux domaines.

Après avoir souffert d'une mauvaise santé pendant plusieurs années, Hopkins mourut de la fièvre typhoïde en 1889. Après des funérailles célébrés en l’Église Saint François Xavier de Dublin, il fut enterré au cimetière de Glasnevin.

Nous pensons qu'il a dû souffrir d'une maladie que les psychologues diagnostiqueraient aujourd'hui comme un état maniaco-dépressif. Mais il a combattu toute sa vie une profonde angoisse mélancolique.

Sur son lit de mort, son dernier mot fut, cependant, "I am so happy, I am so happy. I loved my life." / "Je suis si heureux, si heureux. J'ai aimé ma vie."


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