Kurdistan turc

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Régions habitées par les kurdes.

Le Kurdistan turc est une région du sud-est de la Turquie principalement peuplée de Kurdes et de Turcs. Les autorités turques ne reconnaissent pas la dénomination de « Kurdistan » et préfèrent parler de « Région de l'Anatolie du sud-est » (Güneydoğu Anadolu Bölgesi).

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du peuple kurde.
Carte où apparaissent la Corduène et la Sophène vers 60 av. J.-C.

La région montagneuse au sud et au sud-est du lac de Van, entre Perse et Mésopotamie, était en possession des Kurdes avant l'époque de Xénophon, et était connue sous le nom de « pays des Carduchi » par les Grecs (en grec Καρδούχοι), Cardyène ou Cordyène[1].

Au maximum de leur avancée au Proche-Orient, les Romains dominèrent le Kurdistan turc et la partie Ouest du Kurdistan actuel. Le royaume de Corduène était par exemple vassal de l'Empire romain entre 66 av. J.-C. et 384.

Après les invasions turco-mongoles du XIIe siècle, le Kurdistan retrouve une partie de son autonomie, mais n'est cependant pas un territoire uni. Le territoire habité par les kurdes est morcelé en une série de petits états appelés émirats. Une histoire de ces états, de leurs relations entre eux et avec leurs voisins persans et turcs est donnée dans le Sharafnāma du prince Charaf ad-Din Bitlisi, qui est considéré comme un travail historique de référence sur les kurdes[2].

En 1920, le traité de Sèvres prévoyait la création d’un État kurde sur les restes de l’Empire ottoman détruit, comme pour les autres peuples de la région. Mais par le traité de Lausanne de 1923, le Moyen-Orient est divisé en plusieurs pays qui ne prennent pas en compte le droit des Kurdes à disposer de leurs terres. En effet, d’une grande importance géopolitique dans la région, le Kurdistan est également riche en pétrole et en eau.

À la création de la République turque en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk, les autorités interdisent la langue et les noms de famille kurdes, le mot « kurde » lui-même est interdit et les Kurdes sont désignés par l'expression « Turcs des montagnes » par des politiciens[3],[4]. Face à cette négation du fait kurde et de l'identité kurde, les Kurdes se sont soulevés à plusieurs reprises. Les soulèvements ont été violemment réprimés par l'armée turque[3],[4].

Pourcentage de vote du BDP (parti pro-kurde) aux élections législatives de 2011

Le dernier soulèvement en date contre la Turquie est le fait du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ce soulèvement qui prend la forme d'une guérilla débute en 1984 en faisant des dizaines de morts par semaine. Depuis l'arrestation en 1999 au Kenya, et la condamnation à la prison à perpétuité du chef du PKK, Abdullah Öcalan, surnommé Apo par les kurdes signifiant oncle, les affrontements ont diminué d'intensité, avec notamment le repli des troupes du PKK vers le Kurdistan de l'Est (ou Kurdistan iranien) et le Kurdistan du Sud (Kurdistan irakien). Au total, la guerre a fait plus de 37 000 morts dans la région[5].

La principale représentation politique kurde, le parti de la société démocratique (DTP) comptait vingt-et-un députés à l'Assemblée nationale turque en 2007. Le DTP est dissout le 11 décembre 2009 par la Cour constitutionnelle turque qui le soupçonne d'entretenir des liens proches avec le PKK[6], considéré comme terroriste par la Turquie et l'Union européenne. Le DTP est remplacé par le BDP qui compte vingt neuf députés (sur 550) au parlement turc depuis les élections législatives de 2011.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le Kurdistan turc occupe une grande partie du Sud-Est de la Turquie, représentant 210 000 km² et 41,7 % de la superficie totale du Kurdistan[7]. Principalement située sur le plateau anatolien et le haut-plateau arménien, la région est montagneuse, le sommet culminant, le mont Ararat étant à 5 165 m d'altitude.

La région connaît un climat continental avec des étés chauds et des hivers très froids.

Démographie[modifier | modifier le code]

D'après le dernier recensement turc de 2008, la zone prise en compte par les autorités (délimitée à l'ouest par Urfa, Adiyaman et Malatya, au nord par Tunceli, Bingöl, Muş et Agri) serait habitée par environ dix millions d'habitants, ce qui représenterait près de 14 % de la population nationale[réf. nécessaire].

Il existe de nombreuses disparités tant sur le plan ethnique que religieux :

  • une importante communauté arabe est présente le long de la frontière avec la Syrie ; les Turcs sont eux fortement concentrés dans les régions de Malatya et d'Elazig, mais également présent en tant que fonctionnaires dans toutes les villes du Kurdistan turc. Les Kurdes Zazas habitent les régions d'Elazig, Diyarbakir, Tunceli et à l'est de la région de Urfa. Il existe une petite communauté arménienne encore présente à Diyarbakir, et la région de Mardin abrite encore une petite communauté syriaque. D'après un sondage de l'institut de recherche turc Konda réalisé en 2008, 62 % de la population de la région se considèrent d'origine kurde[8] ;

Selon ce même institut de sondage, il y aurait environ douze millions de Kurdes (16 % de la population nationale) dans toute la Turquie. Présente à une conférence se déroulant à Diyarbakir concernant les droits de l'homme en Turquie, Leyla Zana, grande figure de la cause kurde, a parlé de quinze millions de Kurdes (20 % de la population nationale), dont au moins cinq millions seraient assimilés aux Turcs[9]. Selon d'autres sources, les Kurdes de Turquie constituent la moitié des Kurdes du Moyen-Orient, soit de 15 à 20 millions d'individus (28 % de la population nationale)[10],[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) George Rawlinson, The seven great monarchs of the ancient world, ch. 6 lire en ligne
  2. (en) Sharafnamah, Sharaf al-Din Bitlisi, a parallel english-persian text, Tr. Mehrdad R. Izady, 250 p. (ISBN 1-56859-074-1).
  3. a et b « Université Laval de Québec - L'État turc et le problème kurde » (consulté le 3 novembre 2008).
  4. a et b (fr) Thomas Bois, Connaissance des Kurdes, Khayats, Beyrouth, 1965 [lire en ligne (page consultée le 3 novembre 2008)].
  5. « Le Kurdistan turc secoué par de violentes émeutes », Le Monde, 31 mars 2006.
  6. Reuters, « Tayyip Erdogan critique l'interdiction d'un parti pro-kurde », L'Express,‎ 14 décembre 2009 (lire en ligne).
  7. (fr) Observatoire franco-kurde, « Étude économique du Kurdistan iraquien »,‎ 2001 (consulté le 22 octobre 2008).
  8. zaza ou kurmanci Institut de recherche turc KONDA
  9. (tr) Leyla Zana, Topragimi Terk Etmeyecegim
  10. « Université Laval de Québec : « L'État turc et le problème kurde » »,‎ 2008 (consulté le 23 octobre 2008)
  11. Bernard Dorin (préf. Gérard Chaliand), Les Kurdes. Destin héroïque, destin tragique, Lignes de repère, 2005 (ISBN 2-915752-02-8) [lire en ligne (page consultée le 23 octobre 2008)].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sabri Cigerli, Didier Le Saout, Öcalan et le PKK : les mutations de la question kurde en Turquie et au Moyen-Orient, Maisonneuve & Larose, 2005, 422 p. (ISBN 978-2-7068-1885-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]