Harmonium

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Harmonium (homonymie).
Harmonium
Image illustrative de l'article Harmonium
Harmonium de Alexandre-François Debain

Variantes modernes Reed-Organ
Variantes historiques Physharmonika, Poïkilorgue
Classification Instrument à vent,
Famille Clavier (musique), Instrument à anche libre
Œuvres principales César Franck : L'organiste, Georges Bizet : 3 esquisses musicales, Sigfrid Karg-Elert : Portraits, Impressions, Intarsien
Instrumentistes célèbres Joris Verdin, Anne Page
Principaux facteurs Alexandre-François Debain, Alexandre Père et Fils, Victor et Alphonse Mustel

L’harmonium est un instrument de musique à vent, à anches libres, à clavier et à soufflerie. Le musicien qui en joue est un harmoniumiste.

Les germes de l'harmonium se trouvent dans l'instrument à anches libres inventé en France par Grenié au début du XIXe siècle, des tuyaux d'orgue à anches libres sur une soufflerie régulée à pression variable. En effet, contrairement aux anches battantes de l'orgue à tuyaux, les anches libres, vibrant de part et d'autre de leur cadre, peuvent supporter une amplitude vibratoire variable et être expressives (du pianissimo au fortissimo) sans voir une modification significative de leur accord. De nombreux instruments perfectionnèrent ce principe. On peut citer la Physharmonika de Hæckel, l'harmoniflûte ou encore le Poïkilorgue de Cavaillé-Coll.

L’harmonium, dérivé de l'orgue-expressif de Grenié fut inventé en Europe par le Français Alexandre-François Debain (1809-1877) qui le fit breveter en 1842. Jakob Alexandre (1804-1876) et son fils Edouard (1824-1888) avec Auguste Victor Mustel (1842-1919) et Alphonse Mustel (1873-1937) mèneront l'instrument, qu'ils appellent orgue-mélodium, orgue celesta, kunstharmonium, harmonium-celesta à son point de perfection. Victor Mustel y ajoute un célesta au deuxième clavier.

Facture[modifier | modifier le code]

César Franck : 5e pièce de l'organiste sur un harmonium Debain de 1878

S'apparentant à l'orgue avec le principe des registres de différentes sonorités, dans sa forme la plus répandue il comprend un clavier et la réserve d'air est alimentée par une pompe à pied : l’air est insufflé (dans les modèles français), ou aspiré (dans les instruments de facture allemande, américaine et anglaise), et fait vibrer des anches libres (même principe que l'harmonica et l'accordéon). Lorsque le mode « expression » est activé, le réservoir est mis hors service, les anches sont alimentées directement par les pompes à pieds ; le musicien peut alors produire des nuances très plastiques en modulant son pompage d'air, la difficulté principale résidant dans l'alimentation régulière du sommier. C'est sur l'harmonium français que se permet les plus grandes nuances, puisque l'air insufflé dans les anches est envoyé vers l'extérieur de l'instrument, alors que dans le cas de l'harmonium à aspiration, l'air et le son sont aspirés dans les soufflets. Mais c'est aussi une des raisons de la mauvaise réputation de l'harmonium. En effet, l'utilisation de l'« expression » demande une maîtrise et coordination parfaite des pieds, sans quoi les nuances recherchées sont ponctuées de hoquets.

Principaux types d’harmonium[modifier | modifier le code]

  • instrument d'un clavier (souvent avec transpositeur pour les instruments d'église) disposant de plusieurs registres (ou demi registres) de 16, 8 et 4 pieds ; la soufflerie est actionnée par une paire de pédales que l'instrumentiste doit activer ; le clavier est coupé en basses et dessus entre mi 3 et fa 3 ;
  • plus rare, instrument à un ou deux claviers (quelques rares modèles à trois claviers) et pédalier d'orgue ; l'instrument possède alors un ventilateur pour alimenter le soufflet ;
  • instrument portatif qui dispose d'un soufflet actionné à la main appelé « Harmonium indien ».
  • l'harmoniflûte : instrument portatif se plaçant sur un pied en bois tourné qui permet d'actionner son soufflet avec les pieds (visuellement proche de l'accordéon). Rare et inusité de nos jours.

Contrairement à l'orgue, on ne trouve généralement ni mutation, ni mixture.

La disposition « classique » de l'harmonium français soufflant est à quatre jeux et demi.

Basses 
  • F : Forte (ouvre un volet situé au-dessus des jeux no 3 et 4)
  • 4 : Basson 8'
  • 3 : Clairon 4'
  • 2 : Bourdon 16'
  • 1 : Cor anglais 8'

Expression Grand-jeu (genouillère ; appelle les no 1, 2, 3 et 4)

Dessus 
  • 1 : Flûte 8'
  • 2 : Clarinette 16'
  • 3 : Fifre 4'
  • 4 : Hautbois 8'
  • 5 : Musette 16'
  • VC : Voix céleste 16' (ajoute un rang ondulant au no 2)
  • T : Trémolo, système mécano-pneumatique qui fait trembler le dessus du no 2
  • F : Forte (ouvre un volet situé au-dessus des jeux no 3, 4 et 5)

On trouve encore d'autres registres de combinaisons selon les facteurs qui n'ont pas manqué d'imagination (Violoncelle dans la basse, Voix humaine dans le dessus, jeux de saxophone, baruphone, écho céleste, chœur angélique...) ainsi que de multiples inventions (parfois plus anecdotiques et commerciales que réellement musicales) destinées à multiplier encore les possibilités musicales (« mains doublées » d'Alexandre : accouplements d'octaves graves et aiguës ; « Médiophones » : colonne de résonance au-dessus des sommiers, « Harmoniphrase » : système d'accompagnement automatique du plain-chant chez Dumont-Lelièvre...).

L'harmonium d'art mis au point par Mustel présente de nombreux enrichissements :

Basses 
  • Prol : Prolongement (système qui garde les notes jouées sur la première octave)
  • Mét : Métaphone (ouvre un espace de résonance au-dessus des anches et modifie leur sonorité)
  • F : Forte fixe (ouvre un volet situé au-dessus des jeux no 3 et 4)
  • 0 : Forte expressif (forte pneumatique, qui s'ouvre et se ferme en fonction de la pression dans les pompes)
  • 6 : Contrebasse 16' (appelle le no 2 sur la première octave uniquement)
  • 5 : Harpe éolienne 2' (deux rangs ondulants)
  • 4 : Basson 8'
  • 3 : Clairon 4'
  • 2 : Bourdon 16'
  • 1P : Percussion et cor anglais 8' (de petits marteaux frappent les anches dès qu'on effleure les touches)
  • 1 : Cor anglais 8'

Prolongement (talonnière) Expression Double-expression (dispositif mécano-pneumatique qui fait varier la pression entre basse et dessus, commandé par genouillères) Grand-jeu (talonnière ; appelle les no 1, 2, 3 et 4)

Dessus 
  • 1 : Flûte 8'
  • 1P : Percussion et flûte 8'
  • 2 : Clarinette 16'
  • 3 : Fifre 4'
  • 4 : Hautbois 8'
  • 5 : Musette 16'
  • 6 ou VC : Voix céleste 16' (deux rangs ondulants)
  • 7 : Baryton 32'
  • 8 : Harpe éolienne 8'
  • 0 : Forte expressif
  • F : Forte fixe (ouvre un volet situé au-dessus des jeux no 3, 4 et 5)
  • Mét : métaphone

Certains « Orgues-Mustel » présentent un second clavier avec Célesta, accouplable au premier par un mécanisme de balanciers.

Facteurs célèbres[modifier | modifier le code]

Harmonium indien[modifier | modifier le code]

Homme jouant de l'harmonium en Inde

Dès le XIXe siècle il fut importé en Inde. Toutefois l'harmonium à pédales disparut rapidement car inadapté à la culture sociale (on s'assoit par terre en Inde) et musicale (pas d'accord harmonique dans la musique indienne). Très vite les pédales ont été remplacées par un soufflet (similaire à celui de l'accordéon) et l'instrument fut posé par terre, le musicien l'actionnant de la main gauche tandis qu'il joue la mélodie de la droite.

C'est un instrument encore très employé dans beaucoup de genres de musique hindoustanie, en particulier dans les chants qawwalîs et les bhajans, ainsi que dans beaucoup d'églises ou d'écoles ou d'ashrams.

Il faut noter la révolution que provoque cette arrivée. Certes d'un emploi facile, il a néanmoins le défaut d'être accordé selon le tempérament égal occidental, et malgré les tentatives d'accordage à l'indienne, il ne correspond pas du tout à la hauteur juste des notes variables rencontrées dans les divers râgas.

Du fait de son influence, la musique indienne s'occidentalise et les oreilles musicales des maîtres changent aussi, pour le pire : une « uniformisation occidentale ». D'un simple d'accompagnement, ayant remplacé le sarangi, une vielle difficile à jouer, mais juste et proche des inflexions de la voix, l'harmonium est en passe de devenir un instrument « majeur » puisque c'est lui qui donne le ton aux autres, dans les petits ensembles. De même les chanteurs se fondent sur lui, alors qu'auparavant il accordaient leur luth d'accompagnement, la tampura, en vertu de leur oreille et en vertu du râga à jouer. Du fait de ses sonorités nasillardes, le timbre de voix des chanteurs qui étudie avec son aide, change aussi alors que contradictoirement, il tend à disparaître de la culture occidentale.

Galerie de photos[modifier | modifier le code]

Compositions pour harmonium[modifier | modifier le code]

Différents compositeurs du XIXe et du XXe siècle. ont écrit pour l'harmonium :

Discographie illustrative[modifier | modifier le code]

  • Anne Page, French music for harmonium vol.1 (1988/2002), vol.2 (1990/2001) – Sigfrid Karl-Elert (sic), vol. 1 (1991-2002) – César Franck L’organiste (2008)
  • Arno Kerkhof, Divertissement (2010)
  • Collection L’Harmonium français, Les Voix Célestes, Musique de salon du Second Empire (2010)
  • Dieter & Anita Stalder, Harmonium-Klavier, duo 1 & duo 2 (1994), duo 3 (1995), duo 4 (2000)
  • Dirk Luijmes, (Awfully) Nice Family A century of harmonium (2001)
  • Dick Sanderman, Boléro de concert , (1997) - Harmonieus (2001)
  • Jean-Jacques Donze, Noëls populaires pour chœur et harmonium (1999)
  • Johannes Matthias Michel, Sigfrid Karg-Elert, Harmonium works vol.1 (1997), vol.2 (1998), vol.3 (1998), vol.4 (2000), vol.5 (2002) - Avec Ernst Breidenbach, Die duos für Harmonium und Klavier (1996) & (1997), Duos pour piano & harmonium (2001)
  • Joris Verdin, L'Harmonium Français, (1992) - Trois suites pour harmonicorde, (1995) - César Franck, Œuvres pour Harmonium - Nun klingen sie wieder 2 et Erich Höbarth, violon (2004)
  • Kurt Lueders, L'harmonium au salon, (1996) - Alexandre Guilmant, Noël au salon (2005)
  • Kurt Fuchs & Thomas Haubrich, Harmoniumdokumentation (2002)
  • Louis-Jean Guillou, Harmonium, bombarde & flûte - Cantiques bretons (2008)
  • Mark Richli, Sonaten für Harmonium Sigfrid Karg-Elert (2002)
  • Nico Declerck, Les cloches du soir (2002)
  • Scott brothers duo, Duos for harmonium & piano (2009)

Illustrations sonores[modifier | modifier le code]

"Aubade" d'Alfred Lebeau interprété par Jean-Luc Perrot sur un harmonium Médiophone Dumont-Lelièvre Écouter l'enregistrement.
Harmonium-médiophone Dumont-Lelièvre modèle G, "Petit vertical style renaissance". Le haut du meuble cache le système « médiophone ». Le médiophone est constitué de boîtes de résonance spéciales, placées au-dessus de certaines anches, et faisant office de « porte-voix ». Au sommet de cette caisse de résonance, séparés en basse et dessus, des volets commandés par 2 genouillères permettent d'ouvrir ou fermer ce médiophone, et donc de faire des nuances séparées entre graves et aigus.

Kyrie (Messe grégorienne IX) sur un harmonium Harmoniphrase Dumont-Lelièvre Écouter l'enregistrement.
Harmoniphrase (harmonium Dumont-Lelièvre) : c'est un système mécanique (débrayable) qui fonctionne en tirant vers soi légèrement le clavier. Lorsqu'on joue le thème à un seul doigt, l'instrument réalise mécanqiuement une harmonisation de ce thème. Cela permet d'écouter comment on réalisait une harmonisation du XIXe siècle du 1er mode. Dans ce système, le clavier devient assez dur, car une seule touche appelle alors plusieurs autres touches pour former les accords. Ces harmoniums étaient proposés en zones rurales, où les personnes qui touchaient l'instrument n'étaient pas nécessairement versées dans la science de l'accompagnement. Évidemment, dans le système Harmoniphrase, l'harmonisation est « note contre note ».

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]