Papous

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Les Papous appartiennent aux populations autochtones de la Nouvelle-Guinée, une île partagée entre la Nouvelle-Guinée occidentale sous souveraineté indonésienne et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

D'après le naturaliste Alfred Wallace, le mot est issu du malais puwah-puwah ou papuwah qui signifie « crépu » [1]. L'ethnologue français Christian Pelras, spécialiste du sud de l'île de Sulawesi, écrit que des cartes établies au XVIIIe siècle par les Bugis mentionnent le nom de "Papua" pour désigner la Nouvelle-Guinée[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les éléments connus à ce jour montrent que les Papous descendent des premiers habitants de la Nouvelle-Guinée, arrivés à une époque (aux alentours de la dernière glaciation, soit il y a environ 21 000 ans) où l'île était reliée au continent australien, formant la masse continentale appelée Sahul.

Auparavant, l'Australie avait été peuplée par des migrations depuis l'actuel continent asiatique qui auraient eu lieu il y a au moins 40 000 ans, à la suite de la dispersion de l'humanité (homo sapiens) depuis l'Afrique il y a 100 000 ans. Ces migrations vers l'Australie étaient possibles car à l'époque, le niveau des mers était plus bas qu'actuellement. Des migrations ont pu également avoir eu lieu depuis l'Asie vers la Nouvelle-Guinée et les îles Salomon.

On estime que les Papous commencent à pratiquer l'agriculture vers 7 000 ans avant J.-C. Ils domestiquent la canne à sucre et des racines. Il se peut qu'ils domestiquent également le porc vers cette époque. Vers 3 000 ans avant J.-C., l'agriculture papoue maîtrise l'eau pour l'irrigation[3].

Il y a 5 000 à 6 000 ans, le niveau général des mers est remonté pour atteindre la situation actuelle, coupant ces populations du continent asiatique, en créant des bras de mer plus important.

Il y a 5 000 ans, des habitants du littoral de la Chine du Sud, cultivateurs de millet et de riz, commencent à traverser le détroit pour s'installer à Taiwan. Il y a 4 000 ans, des migrations ont lieu de Taiwan vers les Philippines. De nouvelles migrations commencent bientôt des Philippines vers l'archipel indonésien. Vers 1 500 av. notre ère, un autre mouvement mène des Philippines en Nouvelle-Guinée et au delà, les îles du Pacifique. Ces Austronésiens apportent aux habitants du littoral des techniques, notamment dans la navigation, leur langue, et créent la civilisation de Lapita.

Drapeau papou (non officiel), reprenant des symboles des deux moitiés de la Nouvelle-Guinée

Autrefois, chaque village papou était maître d'un territoire interdit aux tribus voisines, sauf en cas d'alliance ou d'échanges ritualisés. Une violation de frontière entraînait une guerre coutumière où le nombre de victimes dans chaque camp devait s'équilibrer (dans le cas contraire, il existait un système de compensation en biens). Interdits depuis 1962, ces combats rituels constituaient pour ces peuples des repères de leur identité. Aujourd'hui, à la chasse, les carabines ont remplacé les lances.

Posée dans l'océan Pacifique, au nord de l'Australie, la Nouvelle Guinée (771 900 km²) a été colonisée dans sa partie ouest par les Hollandais dès 1828, puis dans sa partie orientale par les Allemands et les Britanniques. En 1963, l'Indonésie annexait l'ouest (Nouvelle-Guinée occidentale), et en 1973, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, à l'est, accédait à l'autonomie.

Vincent Bourseau, à l'origine missionnaire, fut le premier chef blanc papou.

Article détaillé : Peuplement de l'Océanie.

Les Papous d'Indonésie[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1960-1970, l'armée indonésienne ainsi que des groupes paramilitaires sont responsables de tueries envers les Papous, lesquels revendiquent l'indépendance et la reconnaissance de leur identité culturelle. On estime au total à au moins 100 000 le nombre de morts papous durant ces massacres.

L'autonomie spéciale[modifier | modifier le code]

La loi no. 21 de 2001 portant "autonomie spéciale pour la province de Papouasie" établit que le nom de la province, anciennement « Irian Jaya », s'appelle désormais « Papua » (article 1, alinéa a).

L’« autonomie spéciale » est défini comme étant « une autorité spéciale reconnue et accordée à la province de Papua de régler et de gérer les intérêts de la population locale selon sa propre initiative sur la base des aspirations et des droits fondamentaux de la population de Papua » (article 1, alinéa b).

Le « Conseil du peuple papou » est défini comme étant « une représentation culturelle des autochtones de Papua, qui possède une certaine autorité dans le cadre de la protection des droits des autochtones de Papua » (article 1, alinéa g).

La loi reconnaît à la province le droit de posséder des emblèmes du territoire, « symbole culturel de l’identité des Papous, sous la forme d’un drapeau et d’un hymne qui ne sont pas instaurés comme des symboles de souveraineté » (article 1, alinéa h).

La subdivision d’un kabupaten (département) ou d’une kota (ville), auparavant appelée kecamatan, s'appelle désormais un « distrik ».

Un « kampung » (village) ou toute autre dénomination est une « unité légale de population ayant autorité pour régler et gérer les intérêts de la population locale sur la base de la coutume locale reconnue dans le système de gouvernement national » (article 1, alinéa l).

La coutume (adat) est définie comme étant « les pratiques reconnues, observées et institutionnalisées par la population locale de façon ancestrale » (article 1, alinéa o).

Une « communauté traditionnelle » (masyarakat adat) est « une population autochtone de Papua qui vit sur un territoire et est liée et obéit à une certaine coutume dans un sentiment de forte solidarité entre ses membres » (article 1, alinéa p).

Un « autochtone » (orang asli) de Papua est « une personne originaire de la race mélanésienne constituée par les groupes ethniques (suku) originaires de la province de Papua et/ou une personne acceptée et reconnue par une communauté traditionnelle de Papua » (article 1, alinéa t).

« La province de Papua, en tant que partie de l’État unitaire de la République d’Indonésie, utilise le Rouge et Blanc comme drapeau d’Etat et l’« Indonesia Raya » comme hymne national » (article 2, alinéa 1).

Culture[modifier | modifier le code]

La population actuelle de la Nouvelle-Guinée est d'environ 7 millions d'habitants. Elle est composée de près de 1 000 groupes différents parlant presque autant de langues distinctes qui se répartissent en deux familles, les langues papoues et les langues austronésiennes.

Cette distinction n'est pas uniquement linguistique. Les guerres entre groupes ont joué un rôle dans l'évolution de l'habitat, caractérisé par un habitat pour les hommes adultes séparé de ces maisons familiales réservées aux femmes et aux enfants, pour permettre de se protéger contre les autres groupes.

L'échange de cochons entre groupes et les fêtes reposant sur le cochon sont un thème que les Papous partagent avec d'autres populations d'Asie du Sud-Est et d'Océanie. La plupart des sociétés papoues pratiquent l'agriculture, complétée par de la chasse et de la cueillette.

On admet donc généralement une division anthropologique, fondée sur des éléments archéologiques, linguistiques et génétiques, entre les Papous et des populations arrivées ultérieurement, il y a environ 3 500 ans, les Austronésiens. La grande diversité des populations autochtones de la Nouvelle-Guinée résulte des contacts plus ou moins intenses entre ces deux groupes, selon que les Papous vivaient sur le littoral ou dans les hautes terres de l'intérieur.

La parure a une importance capitale[modifier | modifier le code]

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Sociétés fondées sur la compétition, pour rivaliser de beauté et de prestige, les tribus papoues des Hautes-Terres de Papouasie-Nouvelle-Guinée orientale attachent à la parure une importance capitale. Peintures faciales, coiffures somptueuses, bijoux en nacre composent le costume rituel des grandes cérémonies. Jadis, on perçait les cloisons nasales lors de rites d'initiation. Les peintures corporelles ne suffisent pas pour incarner le personnage du guerrier. Les guerriers cachent leur visage sous un masque de terreur pétri dans de l'argile. Les membres de la tribu des Lufa le noircissent au charbon de bois, l'auréolent de plumes de poule. Deux dents de porc sont fichées dans les narines. Certaines tribus chimbu portent un casque en terre glaise hérissé de défenses en bambou, comme leurs doigtiers. Les peintures faciales masquent les traits naturels du visage. On distingue les hommes par des motifs clairs sur fond noir. Au fond de teint rouge qui évoque la fertilité, on reconnait un visage féminin. Croissant de nacre autour du cou, grand coquillage sur la poitrine, plumes de cacatoès dans les cheveux, fourrure de marsupial fixée avec des os, la jeune fille est prête à danser avec le guerrier dont elle apprécie la beauté. En signe de deuil, une femme, qui a perdu son mari, enduit son corps d'argile grise, couleur symbolisant la mort. C'est le rituel de l'anti-parure. La durée du deuil est déterminée par le temps de putréfaction du corps du défunt.

Langues[modifier | modifier le code]

Les langues parlées par les populations de la Nouvelle-Guinée appartiennent à deux familles distinctes, les langues austronésiennes et les langues papoues.

On trouve encore des langues papoues sur les îles Salomon, et des langues papoues isolées au milieu de langues austronésienne dans quelques îles de l'archipel indonésien : Alor, Halmahera, Pantar, Ternate, Tidore et Timor, dont la moitié orientale forme la République du Timor oriental.

Liste des différents peuples papous[modifier | modifier le code]

Virelangue[modifier | modifier le code]

Il existe en français un virelangue aussi long que l'on veut mettant en scène les Papous (avec les papas et les poux) :

« Chez les Papous, il y a des Papous papas et des Papous pas papas. Il y a aussi des Papous à poux et des Papous pas à poux. Et aussi des poux papas et des poux pas papas. Et même des poux papous et des poux pas papous. Tous les Papous papas à poux papous pas papas sont des Papous à poux papous pas papas, mais les Papous papas pas à poux papous pas papas ne sont pas des Papous à poux papous pas papas, ce sont des Papous pas à poux papous pas papas… »

Il figure dans un album de Gaston Lagaffe, où l'on voit Gaston réciter le virelangue à un enfant afin de le faire rire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Dupeyrat, Vingt-et-un ans chez les Papous, éd. Arthème Fayard, 1952, réédité en 1953 par les éd. La Colombe, préface de Paul Claudel, prix Juteau-Duvigneaux
  • Corrado Ruggeri, À table avec les cannibales : aventures en pays papou, Payot, 2001 (ISBN 978-2228893695)
  • Lorenzo Brutti, Les Papous : Une diversité singulière, Gallimard Découvertes, 2007 (ISBN 978-2070346578)
  • Almut Schneider & Éric Lafforgue, Papous, Kubik Editions, 2007 (ISBN 978-2350830476)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Wallace, Alfred Russel, New Guinea and Its Inhabitants, 1879
  2. Pelras, Christian, The Bugis
  3. Encyclopedia Britannica, "Melanesian cultures"