Thomisme

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Le thomisme est un courant philosophique ouvert sur une théologie faisant référence à Thomas d'Aquin consistant principalement en un réalisme philosophique. Le thomisme a pris de nombreuses formes selon les périodes et les circonstances, s'éloignant plus ou moins des véritables thèses du docteur de l'Église selon les types de formes, certaines consistant en une interprétation extrêmement libre, d'autres se contentant d'une conservation rigide à la lettre de la Somme théologique. La plupart des philosophes de l'époque moderne, tels que Descartes, Locke, Leibniz et après comme Kant, dialoguent directement ou indirectement avec les formes de thomisme de leur temps.

Une certaine forme de néothomisme s'est développée depuis le début du XXe siècle. De nos jours, les penseurs qui se rattachent à la pensée de Thomas d'Aquin forment un thomisme qui est un courant philosophique et théologique encore vital. Les interprétations actuelles de Thomas d'Aquin consistent notamment en une mise en perspective contemporaine.

Histoire du thomisme[modifier | modifier le code]

Thomas d'Aquin,
docteur de l'église catholique,
(1225-1274)

L'histoire du thomisme pose de difficiles problèmes de définition. Certains nient en effet l'unité de cette histoire, car il n'y aurait pas de critères certains pour distinguer ce qu'est un thomiste au sens strict : toutes les thèses fondamentales de Thomas d'Aquin furent à un moment soutenues ou rejetées par les thomistes. En outre, il est incontestable que de nombreux thomistes furent influencés par des courants philosophiques apparemment fort peu thomistes dans leurs fondements (par exemple par le criticisme). Le thomisme prend de nombreuses formes philosophiques et méthodologiques selon les périodes. Il reste toutefois le critère de base qui prend les bases et les axiomes de la philosophie de saint Thomas, car sa philosophie est considérée comme un réalisme extrêmement ouvert sur les avancées scientifiques et philosophiques qui ont pu survenir. Le dominicain Romanus Cessario propose les critères suivants (voir bibliographie) qui, s'ils sont contestables ou non exhaustifs, auront au moins le mérite de nous éclairer un peu sur le sujet :

Thèses philosophiques défendues par les thomistes[modifier | modifier le code]

Dieu :

  • Dieu est acte pur ;
  • l'homme peut saisir l'existence de Dieu à partir des choses visibles ;
  • cependant il est impossible pour un homme de saisir ce qu'est Dieu en lui-même ;

En philosophie de matière et de forme :

  • une seule forme substantielle actualise chaque corps physique ;
  • l'individualisation d'un corps est réalisée par une matière déterminée ;
  • les substances séparées sont dépourvues de tout principe d'individuation ;
  • chaque créature est divisée en existence et essence ;

Conception de l'homme :

  • distinction dans les substances créées entre nature essentielle et activités de l'étant ;
  • l'âme rationnelle est l'unique forme substantielle de l'être humain individuel.

Ces thèses forment un réalisme métaphysique qui s'oppose nettement à l'idéalisme, au positivisme et au matérialisme. Les penseurs se déclarant thomistes ne dévièrent pas ou très peu de ces thèses fondamentales.

Périodes du thomisme[modifier | modifier le code]

Attaque et défense du thomisme (XIIIe ‑ XVe siècles)[modifier | modifier le code]

Certaines thèses de la doctrine de Thomas sont condamnées trois ans après sa mort, en 1277 sous le soupçon d'Averroïsme, condamnations confirmées en 1284. Le franciscain Guillaume de La Mare rédige un Correctoire de Frère Thomas (1279), pour rectifier les thèses de Thomas en désaccord avec les thèses franciscaines. À partir de 1282, il sera permis de lire les œuvres de Thomas accompagnées de ces corrections. La pensée thomiste est prise à partie par les penseurs qui se rattachent au nominalisme médiéval ou aux penseurs qui se rattachent à Duns Scot. Cependant, certains tentent d'étudier la pensée thomiste, notamment Godefroid de Fontaine ou Pierre d'Auvergne.

Le procès de canonisation a lieu entre 1319 et 1321 (sous le Maître général Hervé Nédellec) ; canonisation en 1323 ; en 1325, révocation des condamnations. Les écrits de Thomas devront être dorénavant défendus contre une certaine forme radicale d'augustinisme.

Les commentateurs (XVIe et XVIIe siècles)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : École de Salamanque.

Après la contre-réforme catholique du Concile de Trente, la scolastique connait un renouveau marqué par le retour aux grandes synthèses du XIIIe siècle, le thomisme en premier lieu. Ce retour au thomisme se marque par l'adoption définitive de la Somme théologique qui remplace le Livre des Sentences de Pierre Lombard comme manuel de théologie. La somme théologique devient l'ouvrage qui doit être lu, étudié et commenté. Ainsi, les commentaires de Thomas fleurissent, de même que les premiers manuels de philosophie thomiste naissent. Les centres de ce renouveau sont en Espagne ou au Portugal les universités de Salamanque, Alcala, Coïmbre.

Ainsi, c'est surtout pour lutter contre la réforme de Martin Luther que l'Église tente d'organiser sa pensée vers Thomas d'Aquin. Tous les efforts théologiques se réclament donc du thomisme.

Le renouveau thomiste s'affirme d'abord chez les dominicains.

Chez les Jésuites :

  • Ignace de Loyola choisit Thomas d'Aquin comme docteur officiel de son Ordre avec l'obligation de le suivre sur toutes les questions théologiques.
  • Luis de Molina
  • Pedro da Fonseca
  • Gabriel Vasquès, auteur d'un commentaire sur la Somme théologique de Thomas d'Aquin. Dans ses Disputationes metaphysicae, il abandonne la distinction réelle entre essence et existence.
  • Rodrigues Arriagi, auteur d'un volumineux Cours de théologie resté inachevé et d'un Cursus philosophicus où il se montre éclectique.
  • Francisco Suarez, qui a « systématisé » en manuel la philosophie de Saint Thomas.

Notons encore :

  • Sylvestre de Ferrare qui produit un commentaire de la Somme contre les gentils.
  • Cajétan, cardinal délégué par le Pape pour lutter contre Luther, produit un commentaire de la Somme de théologie.
  • Antonius Trombeta, qui tente de réfuter des thèses de Cajétan
  • Jean de Saint-Thomas qui produit des commentaires académiques.
  • Goudin

Le thomisme à partir du milieu du XIXe siècle : la naissance du néothomisme[modifier | modifier le code]

St Thomas d'Aquin (1225-1274)
Article détaillé : néothomisme.

On peut schématiquement distinguer deux aspects du néothomisme au XXe siècle : d'une part la recherche historique thomiste, qui vise à établir la pensée authentique de Thomas ; d'autre part, l'instrumentalisation de certaines thèses thomistes contre la philosophie moderne (positivisme et matérialisme). En France, le néothomisme fut surtout représenté par Jacques Maritain

L'enseignement catholique est alors fort peu thomiste et s'inspire de Descartes, de son doute et de ses preuves de l'existence de Dieu. Les manuels de philosophie sont des manuels de philosophie cartésienne. Le néothomisme est considéré comme une réponse à ce danger. À travers l'Europe s'effectue un retour au thomisme : retour à la scolastique en Allemagne, à la fin du XIXe siècle, en réaction contre les doctrines postkantiennes ; en philosophie, on voit un renouveau de l'histoire de la philosophie médiévale ; en Italie, retour à la philosophie aristotélicothomiste. Mais on date la renaissance du thomisme à partir de l'encyclique Æterni Patris (« Sur la restauration dans les écoles catholiques de la philosophie chrétienne selon l'esprit du docteur angélique ») de Léon XIII en 1879, car le pape conseilla de suivre Thomas pour lutter contre les dangers de certains systèmes philosophiques, en pensant que la raison pouvait atteindre une vérité philosophique qui ne mettrait pas en danger la foi (voir article crise moderniste). Le Léon XIII déclare saint Thomas le patron des études dans les écoles catholiques (Cum hoc sit). Le , dans son motu proprio, le pape Pie X demande aux professeurs de philosophie catholique d'enseigner les principes du thomisme dans les universités et les collèges. Et cette même année, la Congrégation romaine des Séminaires et Universités promulgua une liste de 24 thèses thomistes considérées comme normæ directivæ tutæ. Après la mort de Pie X, Benoît XV fit réviser le Code de droit canonique, recommandant la doctrine de Thomas et approuvant les 24 thèses (1917).

Les thèses de 1914[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Les thèses de 1914.

Les thèses de 1914 sont une liste de 24 thèses promulguées par la Congrégation romaine des séminaires et des université sous le pontificat de Pie X considérées comme norme directive.

Thèses ontologiques :

  • 1. La puissance et l'acte divisent l'être de telle sorte que tout ce qui est est ou bien acte pur, ou bien composé nécessairement de puissance et d'acte comme principes premiers et intrinsèques.
  • 2. L'acte, parce qu'il est perfection, n'est limité que par la puissance, qui est une capacité de perfection. Par conséquent, dans l'ordre où l'acte est pur, il ne peut être qu'illimité et unique ; là où il est fini et multiple, il entre en véritable composition avec la puissance.
  • 3. C'est pourquoi dans la raison absolue de l'être même, Dieu seul subsiste, seul entièrement simple ; toutes les autres choses qui participent à l'être ont une nature qui restreint l'être, et sont constituées d'essence et d'existence, comme principes réellement distincts.
  • 4. L'être se dit de Dieu et des créatures, non pas d'une manière univoque ni d'une manière purement équivoque, mais d'une manière analogue, d'une analogie à la fois d'attribution et de proportionnalité.
  • 5. Il y a, en outre, dans toute créature, composition réelle du sujet subsistant avec les formes qui lui sont ajoutées secondairement, i.e. les accidents ; et cette composition ne se comprendrait pas si l'être n'était point reçu réellement dans une essence distincte de lui.
  • 6. Outre les accidents absolus, il y a aussi le relatif, qui est un rapport vers quelque chose. Bien que ce rapport vers un autre ne signifie pas selon sa raison propre quelque chose d'inhérent à un sujet, il a souvent sa cause dans les choses et par suite une entité réelle distincte du sujet.
  • 7. La créature spirituelle est tout à fait simple dans son essence.

Le néo-thomisme du XXe siècle[modifier | modifier le code]

Article connexe : néo-thomisme.

Au début du XXe siècle, le thomisme prend un tournant nouveau, notamment dans l'Université de Louvain avec le cardinal Mercier et en France avec des penseurs proches de Bergson dans son combat contre le positivisme. Jacques Maritain s'engage dans ce renouveau thomiste, entraînant à sa suite des penseurs comme Aimé Forest.

Les études sur saint Thomas prennent également une nouvelle tournure, notamment en exposant des nouvelles interprétations très discutées, comme Étienne Gilson, ou en proposant de nouvelles méthodes de lecture historique, comme Marie-Dominique Chenu.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • R.P. Joseph Gredt, OSB, Elementa Philosophiae Aristotelico-Thomisticae ; 2 vol.: I. Logica, Philosophia naturalis (528 p.) & II. Metaphysica, Ethica (484 p.); Rome, 1899 & 1901.
  • R.P. Joseph Gredt, OSB, Die aristotelisch-thomistische Philosophie ; 2 vol.: I. Logik und Naturphilosophie (446 p.) & II. Metaphysik und Ethik (382 p.); Fribourg-en-Brisgau (Herder), 1935.- Cf., à ce propos: H. Widard, in: Revue néo-scholastique de philosophie; année 1935, vol. 38, n° 48, pp. 542-543 ⇒ [1]
  • Étienne Gilson, Le Thomisme. Introduction à la philosophie de Saint Thomas d'Aquin, Coll. Études de philosophie médiévale, 1, paris, Librairie J. Vrin, 1948.
  • Lucien Lelièvre, L'enseignement du thomisme, Fides, Ottawa, 1965
  • Jean-François Courtine, Suarez et le système de la métaphysique, PUF, collection « épiméthée », 1990
  • Géry Prouvost, Thomas d'Aquin et les thomismes, Cerf, Cogitatio fidei, Paris, 1996
  • Henri Collin, Manuel de philosophie thomiste, 1927, Paris, Téqui. (3 tomes)
  • Jacques Maritain, Éléments de philosophie thomiste, Paris, éditions Téqui (2 tomes)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]