Vision (religion)

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Apparition de Marie à Saint Hyacinthe selon Lodovico Carracci

Dans le vocabulaire religieux, une vision est une appréhension immédiate, ressentie comme indubitable, claire et directe de la présence de Dieu, du divin, ou d'un phénomène surnaturel.

Religions abrahamiques[modifier | modifier le code]

Judaïsme[modifier | modifier le code]

L'Ancien Testament mentionne des cas de visions, comme celle qu'eut Moïse. Cependant, on ne voit jamais Dieu (YHWH). Ces visions se produisent toujours afin de communiquer un message divin. L'apparition peut être celle d'un ange, ou encore d'une inscription, comme dans l'épisode du festin de Balthazar. Elle est véritablement d'ordre visuel, car, en hébreu, la Bible utilise le verbe « voir ». La formulation est souvent exprimée au passif : « L'ange du Seigneur fut vu... », et non pas : « L'ange du Seigneur apparut »

Christianisme[modifier | modifier le code]

François de Rimini (it), La vision de la bienheureuse Claire de Rimini, c. 1333.

La vision béatifique est une notion de la mystique chrétienne. Elle consiste en la vision et l'expérience jouissive totale de la présence de Dieu. Elle peut être 'inattendue' (pas de phénomène antécédent ou préparatoire) et 'gratuite' (pas de condition, ni phénomène conséquent). C'est une saisie de l'être humain (pas seulement son intelligence) qui fait qu'il se trouve en extase, c'est-à-dire hors de lui-même. L'Essence de Dieu est perçue sans aucun intermédiaire et se fait elle-même l'objet direct de l'intelligence, qu'elle rend bienheureuse.

Pour cela, l'âme humaine est surélevée par une grâce spéciale qu'on appelle la lumière de gloire et qui est la grâce sanctifiante. La vision béatifique constitue l'essence même du paradis car seul Dieu peut combler l'être humain pour l'éternité et dans une nouveauté de chaque instant.

La vie trinitaire de Dieu étant celle de l'amour désintéressé, Dieu ne peut être vu face à face que dans un acte d'amour désintéressé. C'est pourquoi deux qualités sont présupposées à l'homme pour le voir face à face : la charité, vertu théologale permettant un véritable amour d'amitié avec Dieu, et une mort à soi-même (kénose).

L'histoire de christianisme ne manque pas d'hommes ou de femmes qui eurent des visions, commençant avec celle de Corneille (pas encore baptisé), dans Ac.10:1-8, suivie immédiatement de celle de Pierre à Joppé (Ac.10:9-16). Chaque fois ces visions étaient accompagnées d'un message - souvent de conversion spirituelle - qui, en fait, était plus important que la vision même.

Visions dans le catholicisme[modifier | modifier le code]

La célèbre Transverbération de sainte Thérèse d'Avila représentant l'apparition d'un ange

Pour les catholiques, le phénomène étant de nature mystique, il peut transcender les catégories humaines de perception et conceptualisation. Cependant des théologiens catholiques ont tenté de développer, au fil des temps, un certain nombre de définitions afin de pouvoir mieux cerner les expériences mystiques ou spirituelles liées aux visions ou apparitions. Les récits de mystiques comme Thérèse d'Avila, François d'Assise, Marguerite-Marie Alacoque, Faustine Kowalska, Pio de Pietrelcina et d'autres (saints ou pas) permettent de définir, même si maladroitement et avec les mises en garde d'usage, différents types de « visions », ou d'apparitions.

En effet beaucoup de croyants souhaitent entrer en relation avec des êtres imaginés, pour lesquels ils éprouvent des sentiments souvent plus forts, sur une plus longue durée, qu'avec les personnes réelles. Lorsque, par une vision, cela semble se produire dans la réalité, l'émotion du croyant est extrêmement intense. Cette vision est l'accès direct aux êtres qu'ils voient dans les images pieuses et autres systèmes qu'ils utilisent habituellement pour leurs prières et contemplations[1].

Ces visions permettent de relancer la foi catholique, particulièrement en cas de crise sociale la mettant en danger[1].

Vision béatifique ou intuitive[modifier | modifier le code]

La vision béatifique est présentée par le catéchisme de l'Église catholique comme un mystère qui dépasse toute représentation sensible et compréhension rationnelle. L'expression de « vision béatifique » (béatifique signifie « qui rend heureux ») provient du Sermon sur la montagne, dans l'évangile selon Matthieu, dans lequel Jésus affirme « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu »[2]. La vision béatifique est donc la vision de Dieu.

Elle est présentée dans l'Évangile sous la forme d'images (festin de noces, vin du royaume, Jérusalem céleste...)[3], et est le résultat de l'Amour de Dieu pour les hommes qui peuvent le contempler: « Ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui L'aiment » (1 Co 2,9).

La vision béatifique n'est vécue selon le catéchisme de l'Église catholique que par la volonté de Dieu : « À cause de sa transcendance, Dieu ne peut être vu tel qu'Il est que lorsqu'Il ouvre Lui-même son mystère à la contemplation immédiate de l'homme et qu'Il lui en donne la capacité. Cette contemplation de Dieu dans sa gloire est appelée par l'Église la « vision béatifique » »[4]. La vision béatifique est donnée aux personnes accédant au ciel : « elles ont vu et voient l'essence divine d'une vision intuitive et même face à face, sans médiation d'aucune créature »[5]

Théophanie[modifier | modifier le code]

Icône dite de la « Trinité » d'André l'Iconographe, représentant la théophanie d'Abraham
Article détaillé : Théophanie.

La Théophanie est le mot d'origine grec qui signifie apparition (phan) de Dieu (théo). La première expérience théophanique est celle d'Abraham, qui, près du Chêne de Mambré, eut une apparition du 'Seigneur', représenté sous la forme de trois anges, représentant la Trinité (Livre de la Genèse 18:1-15). Ce type d'apparition est extrêmement rare. Jérôme de Stridon et Marie-Madeleine de Pazzi en auraient également fait l'expérience.

Vision abstractive[modifier | modifier le code]

La vision abstractive consiste à parvenir à la connaissance de Dieu et de ses attributs par la considération des ouvrages qui sont sortis de ses mains, permettant de voir Dieu non en lui-même mais de façon indirecte, comme dans un miroir.

Vision intellectuelle[modifier | modifier le code]

La vision intellectuelle est considérée comme l'un des plus hauts degrés des visions mystiques, dans laquelle la personne reçoit des lumières permettant de comprendre et d'appréhender des mystères de la foi ou de Dieu, sans aucune image ou apparition sensible corporellement (comme pour la vision imaginaire ou corporelle). La vision intellectuelle touche uniquement les facultés de l'entendement et elle est souvent vécue pendant des extases.

Vision imaginaire[modifier | modifier le code]

La vision imaginaire est une vision sous forme d'« images » appréhendées par la faculté de représentation de l'imagination[6]. La personne a une vision imaginaire (vision spirituelle selon Saint Augustin) quand elle perçoit une image ou des figures empruntées par son imagination. Elle représente clairement un objet. Une lumière surnaturelle, interprétée comme une lumière venue de Dieu ou d'un ange, permet à la personne qui la reçoit de comprendre ce que l'image signifie. La personne qui la reçoit ne peut pas s'en détacher ni s'en détourner.

Vision corporelle (apparition)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Apparition mariale.

La vision est dite 'corporelle' - ou simplement appelée 'apparition' - lorsque sont perçus, par l'organe des yeux, des êtres ou personnages spirituels, appréhendés sous une forme corporelle (ange, Vierge Marie, Jésus...).

Les plus connues sont les apparitions mariales dont seules seize sont reconnues comme authentiques[7] par l'Église catholique. Elles ne sont pas d'ordre béatifique.

Les « apparitions » ne constituent pas un « article de foi ». Ainsi, le cardinal Roger Etchegaray a rappelé que la croyance en la réalité des apparitions mariales ne faisait pas partie des fondements ou dogmes de la foi catholique : « Nul chrétien n'est obligé en conscience de croire à une « apparition », même officiellement reconnue »[8].

Autres cas[modifier | modifier le code]

Ramakrishna[modifier | modifier le code]

Râmakrishna aurait eu, à 19 ans, une vision de Dieu qui changea sa vie.

Swedenborg et Kardec[modifier | modifier le code]

Le mystique Emanuel Swedenborg affirma percevoir l'au-delà et rédigea une littérature conséquente basée sur ses visions. Dans le spiritisme « kardéciste », la faculté de certains médiums à voir les esprits est soulignée par Allan Kardec, Le livre des médiums[9].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicole Edelman, Voyantes, guérisseuses et visionnaires en France, 1785-1914, Albin Michel, 1995

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b William A. Christian Jr, L'œil de l'esprit, Terrain [En ligne], 30 | mars 1998, mis en ligne le 14 mai 2007, consulté le 15 mars 2014. URL : http://terrain.revues.org/3274 ; DOI : 10.4000/terrain.3274
  2. http://jesusmarie.free.fr/DTC_intuitive_%28vision%29_debut.html
  3. numéro 1027, Catéchisme de l'Église Catholique, Poket,‎ 2010 (réimpr. 1992), 261 p. (ISBN 978-2-266-09563-1)
  4. numéro 1028, Catéchisme de l'Église Catholique, Poket,‎ 2010 (réimpr. 1992), 262 p. (ISBN 978-2-266-09563-1)
  5. Benoît XII, repris dans Lumen Gentium 49, numéro 1023, Catéchisme de l'Église Catholique, Poket,‎ 2010 (réimpr. 1992), 261 p. (ISBN 978-2-266-09563-1)
  6. Joachim Bouflet, Padre Pio Des foudres du Saint-Office à la splendeur de la Vérité, France, Petite Renaissance, coll. « Biographie »,‎ juin 2008, 450 p. (ISBN 978-2-7509-0426-5) Page 267, Note 91.
  7. Ce qui veut dire que l'Église reconnait l'authenticité de l'expérience mystique de la personne qui a vu Notre-Dame. Jamais l'Église ne reconnait une présence 'corporelle' de Notre-Dame lors de ces apparitions
  8. Extrait du site Canal Académie
  9. Seconde partie, chapitre VI