Typhon (Conrad)

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Typhon
Publication
Auteur Joseph Conrad
Titre d'origine Typhoon
Langue Anglais britannique
Parution Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Avril 1903
Recueil Typhon et autres récits
Traduction française
Traduction André Gide
Parution
française
1918
Éditions de la Nouvelle Revue française, Paris
Intrigue
Genre Nouvelle
Nouvelle précédente/suivante
Falk : un souvenir Suivant
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Typhon est une nouvelle de Joseph Conrad. Elle se déroule au XIXe siècle à bord d'un navire de commerce pendant un typhon.

La nouvelle a été traduite en français par André Gide en 1918 aux Éditions de la Nouvelle Revue française, ancien nom des Éditions Gallimard.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le vapeur Nan-Shan[1] a 3 ans ; la qualité de sa conception et de sa fabrication lui permettent de tenir exceptionnellement bien la mer. Un 25 décembre, venant du Siam, il parcourt du sud au nord le détroit de Taïwan, réputé pour ses nombreux typhons à cette saison. Il transporte en direction du port chinois de Fou-tcheou une cargaison de marchandises et des passagers. Les passagers sont 200 coolies chinois qui retournent au pays après avoir travaillé 7 ans au Siam. Chacun d'eux emporte avec lui un coffre en bois de camphrier contenant toutes ses possessions (vêtements de cérémonie, vaisselle de porcelaine, etc.) et toutes les économies qu'il a amassées, sous la forme de pièces de dollars d'argent.

L'équipage est anglais. Le capitaine, qui s'appelle MacWhirr, se caractérise par une intelligence médiocre, une apathie taciturne, une complète honnêteté et un manque total d'imagination. Malgré sa longue expérience de la mer - il navigue depuis l'âge de 15 ans et est capitaine depuis des années - il ne s'est jamais trouvé confronté à des tempêtes exceptionnelles. Son second, Jukes, à l'esprit vif, est souvent agacé ou même exaspéré par MacWhirr mais il le respecte et n'essaie pas de profiter de sa bêtise. Salomon Rout, le flegmatique chef mécanicien, apprécie MacWhirr et "préfère un âne bâté à un coquin pour capitaine". MacWhirr, Jukes et Rout s'entendent bien entre eux et font équipe depuis des années.

Le capitaine MacWhirr sait qu'une forte tempête est devant lui, mais il refuse de faire un détour coûteux en temps et en charbon pour l'éviter : "le sale temps court ainsi de par le monde et la seule chose à faire est de l'affronter" explique-t-il à Jukes. Le navire est atteint par le typhon qui se déchaîne avec une rare violence. Le capitaine et Jukes sont témoins de la puissance de la tempête qui attaque les superstructures. L'équipage s'est réfugié dans une coursive obscure et attend, impuissant. Dans la salle des machines, Rout et ses machinistes essaient de maintenir la vapeur. Le navire, balayé par des trombes d'eau et malmené par des lames gigantesques, est en danger de couler. Il faut que la machine fonctionne à toute vapeur pour que le navire réponde au gouvernail, que la timonerie ne soit pas emportée, que le timonier résiste à la fatigue et gouverne face aux vagues, et enfin que la coque du bateau supporte les chocs. Le capitaine MacWhirr reste impassible et veille à la manœuvre.

Pendant ce temps, un autre drame se joue dans l'entrepont. Les coffres en bois des coolies ont été disloqués par le roulis et les dollars qu'ils contenaient se sont éparpillés partout. Les coolies se battent entre eux pour les récupérer. C'est une scène apocalyptique : la tempête bouscule les 200 coolies déchaînés et projette en tous sens des débris dangereux : planches de coffre brisées, tessons de vaisselle en porcelaine.

Mis au courant, le capitaine décide qu'il ne peut pas tolérer cela à son bord et ordonne à Jukes de "ramasser les dollars". En pleine tempête, Jukes et l'équipage descendent dans l'entrepont. Jukes, pris à partie par les coolies en furie, manque d'être écharpé. Malgré les difficultés et les dangers, l'équipage parvient à contrôler les coolies, à dégager les objets dangereux et à collecter les dollars. Une accalmie arrive, mais le baromètre est formel : le pire est à venir. Dans l'état où il est, le navire a peu de chances de s'en sortir. Finalement il résistera au typhon.

Dès la fin de la tempête, un nouveau danger apparaît : les coolies, beaucoup plus nombreux que l'équipage et convaincus d'avoir été volés, peuvent attaquer. Un danger plus lointain se profile : lors du débarquement en Chine, les coolies pourront dénoncer l'équipage aux autorités. Le capitaine, ignorant l'épuisement de l'équipage et le risque de révolte des coolies, décide de libérer les coolies de l'entrepont et de les laisser sortir sur le pont. Curieusement, les coolies restent calmes et obéissent avec respect au capitaine. Celui-ci répartit également entre eux les dollars collectés. Cette solution satisfait tout le monde.

Histoire de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Conrad rédigea Typhon entre septembre 1900 et janvier 1901. Aussitôt après, il rédigea 3 autres nouvelles : Falk, Amy Foster et Pour demain. Comme à son habitude il publia d'abord ces nouvelles dans des journaux ; Typhon fut ainsi publié dans le magazine Pall Mall en 1902. En 1903, les 4 nouvelles parurent en recueil, dans l'ordre où elles avaient été écrites, sous le titre Typhoon and other stories (Typhon et autres récits), chez l'éditeur Heinemann. Il s'agissait du troisième recueil de nouvelles de Conrad[2].

André Gide, qui avait rencontré Conrad en 1911 et noué amitié avec lui, traduisit plusieurs de ses œuvres en français, dont Typhon. La traduction française de Typhon fut publiée par Gallimard en 1923. François Maspero donna une nouvelle traduction de Typhon en 2005. Longtemps, Typhon demeura, dans la traduction de Gide, le texte le plus connu de Conrad en France.

Il fut réédité à de nombreuses reprises au sein de la Bibliothèque verte ce qui modifia faussement et durablement de ce côté de la Manche la perception de l' œuvre de l'auteur de Lord Jim et d'Au cœur des ténèbres, le cataloguant d'une part comme écrivain de la mer (ce qui n'est pas totalement inexact même si cela est limitatif) et d'autre part comme auteur pour la jeunesse (ce qui est pour le coup tout à fait erroné).

Roman ou nouvelle ?[modifier | modifier le code]

Bien que Typhon soit souvent qualifié de roman, plusieurs raisons militent pour le qualifier plutôt de nouvelle :

  • l'œuvre compte moins de 30 000 mots (le texte original anglais compte exactement 29 888 mots), soit environ 75 pages : c'est trop court pour un roman, même si c'est long pour une nouvelle
  • l'œuvre n'est pas publiée seule, mais dans un recueil avec 3 autres textes, sous le nom Typhon et autres récits
  • elle est centrée sur un seul événement (le typhon), les personnages sont peu nombreux (quelques membres de l'équipage) et sont moins développés que dans un roman, ce qui correspond à la définition de la nouvelle
  • même si elle ne comporte pas d'élément de surprise et ne constitue pas une "chute", la dernière phrase joue un rôle primordial en synthétisant l'œuvre : "pour un homme si court, je trouve qu'il ne s'en est pas mal tiré"

Remarques de l'auteur[modifier | modifier le code]

Contrairement à ce que laisse penser le titre, et contrairement à l'impression donnée par une lecture superficielle, Typhon n'est pas un classique récit d'aventures maritime et son centre d'intérêt n'est pas la tempête.

Conrad lui-même, dans les notes de l'auteur présentées en tête du recueil Typhon et autres récits, s'est exprimé sur son œuvre et a clarifié son objet.

"De même que dans la plupart de mes ouvrages, ce ne sont pas les évènements eux-mêmes sur lesquels j'insiste ; mais l'effet qu'ils font sur les personnages"[2].

La nouvelle est basée sur un fait réel dont Conrad avait entendu parler : "les circonstances du voyage d'un vapeur qui ramenait des coolies de Singapour vers la Chine du nord me revinrent à la mémoire"[2].

"Cette affaire, dont l'intérêt ne résidait pas, cela va sans dire, dans le mauvais temps, mais dans l'extraordinaire complication que créait, dans la vie du navire, à un moment d'exceptionnel gros temps, l'élément humain qui se trouvait au-dessous du pont"[2].

"La difficulté financière de l'affaire, qui présentait aussi un élément humain, avait été résolue par un esprit beaucoup trop simple pour que pût le troubler quoi que ce fût au monde"[2].

Le centre d'intérêt principal de Typhon est la façon dont le capitaine MacWhirr réagit face aux évènements et dont il résout les problèmes qui se posent à lui.

Le capitaine MacWhirr est lui-même inspiré du réel : "MacWhirr… avec son esprit littéral et son indomptable tempérament… est le produit de vingt années d'existence. Ma propre existence. L'invention consciente a eu fort peu de part à sa création. S'il est vrai que le capitaine Macwhirr n'a jamais marché ni respiré sur terre… je puis assurer à mes lecteurs qu'il est parfaitement authentique."[2].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Conrad ne donne pas de précisions quant au nom de ce bateau, mais il devrait être un nom chinois. Ces syllabes peuvent renvoyer à différents sinogrammes, et donc plusieurs significations. Parmi celles-ci, « Montagne du Sud » (, Nán Shān) apparaît l'une des plus vraisemblables.
  2. a, b, c, d, e et f Conrad, nouvelles complètes, Gallimard,‎ 2003 (ISBN 2070768406)

2. Typhon est une des premières illustrations d'un navire sous pavillon de complaisance. En effet le Nan-Shan bat pavillon du Siam alors qu'il est armé par un équipage britannique et appartient à une compagnie britannique. Juke s'en insurge auprès de son capitaine (McWhirr) sans éveiller l'apathie de ce dernier à ce sujet.

Le texte en ligne sur WikiSource[modifier | modifier le code]

Texte de la nouvelle (en français)

Livres audio en français[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Texte de la nouvelle précédé des notes de l'auteur pour le recueil (en anglais)