Lavis

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Le poète Victor Hugo était un amateur averti de la technique du lavis, comme le montre cette illustration contemporaine des Travailleurs de la mer.

Le lavis est une technique picturale consistant à n'utiliser qu'une seule couleur (à l'aquarelle ou à l'encre de Chine) qui sera diluée pour obtenir différentes intensités de couleur. Les bâtons d'encre noire artisanaux offrent des nuances de couleurs. "Monochrome" à l'encre ne doit pas être entendu au sens d'un pur noir. Le blanc est obtenu par la blancheur du support ou parfois par réhaut de blanc (craie, gouache ou encre de chine blanche par exemple).

Par extension on utilise le mot « lavis » pour désigner les œuvres réalisées avec cette technique (par exemple « lavis de Victor Hugo »). Autre extension, « lavis » est utilisé pour désigner une façon de travailler une couleur très diluée par opposition à un travail plus dense, par exemple une aquarelle est constituée de lavis successifs rehaussés de détails.

Méthodes[modifier | modifier le code]

D'un point de vue pratique il y a plusieurs méthodes de lavis :

  • diluer la couleur avant de l'utiliser
  • détremper le papier puis poser une couleur qui va se diluer directement sur le papier
  • poser la couleur sur le papier puis la retravailler avec un pinceau gorgé d'eau

Les effets obtenus peuvent être très différents.

Lavis de Chang Feng, 1660

Origines[modifier | modifier le code]

Cette technique provient de Chine (VIe siècle), dont les paysages sous la dynastie Song sont très réputés. Puis elle a longtemps été utilisée en Corée et au Japon (Xe siècle). En japonais, le lavis s'appelle sumi-e (墨絵?, signifiant « dessin ou peinture à l'encre ») ou suiboku-ga (水墨画?, « image à l'eau et à l'encre »), art pictural dominant à l'époque de Muromachi. Elle est l'adaptation à la culture japonaise de la technique chinoise de peinture à l'encre noire et à l'eau appelée shui-mo hua (ch. trad. : 水墨畫 ; ch. simp. : 水墨画 ; ko. : 수묵화 ; viet. : tranh thuỷ mặc). Le terme "encre de Chine" est devenu un terme usuel en Occident, qui ne doit pas faire oublier que les bâtons d'encres artisanaux fabriquées en Chine et ceux fabriquées au Japon ne sont pas composées de manière identique, de même que le papier, les pinceaux et les pierres à encre [1].

En Extrême-Orient, le trait jeté est le signe du souffle de la vie, il est jeté avec vigueur sur la feuille suivant un flux naturel. Ce flux ne peut revenir en arrière, il laisse définitivement sa trace sur le papier, une notion de spontanéité est donc omniprésente et correspond aux caractéristiques du lavis. Ce raisonnement est certainement issu de la philosophie taoïste chinoise, imprégnant toutes les techniques et la culture d'Extrême-Orient. Au Japon, historiquement, il n'est pas possible de séparer la peinture classique monochrome de la spiritualité. C'est principalement le bouddhisme, et notamment le bouddhisme Zen prenant sa source directement en Chine à une époque où le bouddhisme est persécuté dans ce pays en proie aux invasions du nord, qui inspire cet art, avec des maîtres comme Shūbun, Sesshū ou Josetsu[2]. La peinture monochrome repose en Asie sur une profonde maîtrise de l'art du trait, acquise en calligraphie, tandis que les peintres occidentaux de lavis cherchent davantage des jeux d'ombre et de lumière qui créent la forme, là où en Extrème-Orient la forme est le trait[3]. En outre, dans le bouddhisme, "la forme est le vide et le vide est la forme" (Sutra du cœur), et la peinture monochrome classique ne peut pas être comprise en dehors de cet enseignement.

C'est seulement à la Renaissance que le lavis sera utilisé par les Européens.

Utilisation[modifier | modifier le code]

En Extrême-Orient, elle sert à décorer éventails, paravents, et toute sortes d'accessoires. Elle est utilisée pour accompagner les poèmes, pour la peinture ainsi que pour l'illustration d'histoires encadrées sous une forme de rouleau (makimono ou kakejiku). Les paysages de la Chine des Song et du Japon restent caractéristiques du lavis de l'Asie de l'Est.

Les lavis y sont généralement exécutés à l'aide d'un pinceau à lavis, mais parfois également au doigt et à l'ongle ou avec divers outils.

En Europe, l'utilisation du lavis chez les grands peintres classiques servira principalement d'outils pour étudier les clair-obscur. Le meilleur exemple est sûrement Rembrandt qui choisissait le lavis pour tous ses croquis ou encore Nicolas Poussin qui créait des petites maquettes avec personnages qui lui permettaient de choisir la lumière souhaitée puis immortaliser la scène à l'aide du lavis. Le lavis de bistre sera utilisé par Jean-Honoré Fragonard pour saisir sur le vif ce qu'il a sous les yeux : ici le lavis est un aboutissement technique, une évolution du graphisme vers plus de souplesse.

La difficulté principale du lavis, comme pour l'aquarelle, réside dans le fait qu'elle n'autorise pas de retour en arrière, une autre difficulté plus spécifique au lavis réside dans le fait que son utilisation doit être aussi minutieuse que grossière.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Yuuko Suzuki, Calligraphie japonaise, éd. Fleurus, 2003, pages 20-21
  2. Suiboku-ga, Encyclopedia Britannica
  3. J.Conder, Paintings and Studies by Kawanabe Kyôsai, 1911

Musée Virtuel Di Marco, 2012. Dédié à l'œuvre d'Angelo Di Marco, dessinateur de presse qui a beaucoup utilisé la technique du Lavis.

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