Années 1660

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Événements[modifier | modifier le code]


Personnalités significatives[modifier | modifier le code]

Inventions, découvertes, introductions[modifier | modifier le code]

Religion et philosophie[modifier | modifier le code]

  • Le prédicateur cabaliste Shabbetaï Zevi se proclame Messie à Gaza le 31 mai 1665[1]. Il se heurte à l’opposition des rabbins qui le chassent de Jérusalem. Son prophète Nathan de Gaza envoie des lettres au différentes communautés juives pour annoncer sa venue, en Allemagne, en Hollande, en Italie et Pologne (septembre). Shabbetaï Zevi voyage de Gaza à Alep en passant par Safed et reçoit le soutien de certains sages talmudistes. Il soulève l’enthousiasme des foules d’Izmir (décembre), de Jérusalem, du Caire et de Salonique. Il annonce son voyage sur l’autre rive du Sambation, le fleuve mythique qui longe l’Éden, pour le 1er janvier 1666. À cette date qui est celle de l’accomplissement des temps, il partagera le monde entre ses frères et fidèles. Le 30 décembre, il s’embarque d’Izmir à Istanbul, où le sultan le fait arrêter, inquiet devant les mouvements populaires qu’il déchaîne. Dans sa prison de Gallipoli, Zevi reçoit autant de visites de fidèles que durant sa prédication. Alors le sultan lui donne le choix entre la mort ou l’islam (15 décembre 1666). Zevi choisit l’islam, devient Mehemet Effendi, s’habille de vert et vit encore dix ans en bon croyant (il meurt le 17 septembre 1676). Ses fidèles, un moment ahuris devant cette apostasie, décident d’agir comme leur Messie. Des centaines de Juifs se convertissent à l’islam (300 familles, soit 1500 personnes à Salonique le 2 décembre 1686)[2]. Ce sont surtout des membres de l’aristocratie de Salonique, d’Istanbul ou d’Izmir. On les appelle alors les deunmés, ou Donmeh. Ils continuent cependant à pratiquer un judaïsme nourri de Zohar et de réflexions cabalistes.

Art et culture[modifier | modifier le code]

Économie et société[modifier | modifier le code]

  • 1661 : première émission d'un billet de banque en Europe par la Banque de Stockholm en Suède.
  • 1662 :
    • Cadastre au Danemark.
    • En Irlande, les catholiques peuvent accéder aux corporations et entrer dans l’armée (5000 en 1688 sur un total de 16 500 hommes).
  • 1664 :
    • Espagne : dévaluation des vellon (billon), pièces composées d’un alliage d’argent et de cuivre[4].
    • Bohême : établissement d’une manufacture de drap à Brno.
  • 1665 :
    • Apogée de l’industrie textile de Leyde. La production atteint 10 millions de florins après une croissance de trente années.
    • Établissement d’une poste publique en Russie par le Hollandais Johann van Sveden.
  • 1665-1666 : grande peste de Londres.
  • 1666 :
    • Crise monétaire en Pologne due à la production de monnaie de cuivre. Le grosz, l’unité de compte, a chuté de 50 % depuis 1659.
    • Premières assurances incendie suite à l’incendie de Londres[5].
  • 1666-1669 : épidémie de peste en Alsace du Nord[6].
  • 1667 : début d'une guerre des tarifs douaniers entre la France et les Provinces-Unies.
  • 1668 :
  • 1669 :
    • Selon Alonso Nuñez dans son Solo Madrid es Corte, le total annuel des revenus de la couronne de Castille s’élèverait à 15 750 000 ducats mais ils seraient engagés de telle façon qu’un tiers seulement serait versé au trésor.
    • L’économie vénitienne sort épuisée de la guerre contre les Turcs à laquelle s’ajoute un contexte économique défavorable.


  • Russie : l’émission massive de monnaie de cuivre ayant même cours que la monnaie d’argent provoque une forte inflation et un renchérissement du coût de la vie.
  • Aliénation des biens de la Couronne danoise, pour 6,3 millions de rixdalers de 1661 à 1673.
  • Amsterdam possède 60 raffineries de sucre, qui travaillent pour l’exportation en France et en Angleterre.
  • Les Anglais profitent du retour à l’indépendance des royaumes pour frapper les produits écossais de lourds droits de douane.
  • Chute de la production du nombre de pièces de draps à Venise, face à la concurrence des lainages français, anglais et hollandais exportés vers le Levant : -42 % dans la décennie 1661-1670 par rapport à la décennie 1551-1560.
  • La part de l’armée correspond en 1660 aux ¾ des dépenses du budget de l’empire ottoman.
  • De 1660 à 1670, la balance commerciale du Brésil devient déficitaire au point que les exportations ne couvrent plus que deux tiers des importations. La concurrence du sucre et du tabac des Antilles, produits par les Français et les Hollandais qui cassent les prix, en est la cause. De 1650 à 1688, la baisse est de 40 % pour le sucre, 73 % pour le tabac, 72 % pour le gingembre.


  • La flotte des Provinces-Unies est estimée à 2 millions de tonneaux, répartie en 10 000 vaisseaux et montée par 160 000 marins.
  • La flotte marchande anglaise est de 162 000 tonnes (environ 200 000 tonneaux). La marine anglaise comprend 4 000 vaisseaux en 1668.
  • La flotte marchande française est estimée à 150 000 tonneaux. La flotte royale compte 9 vaisseaux de ligne. L’armée compte moins de 100 000 hommes.
  • La flotte marchande espagnole est estimée à 100 000 tonneaux.

Espagne[modifier | modifier le code]

  • Déclin de l’industrie : Séville ne garde que le dixième de ses métiers à tisser du début du siècle.
  • La noblesse espagnole représente près d’un dixième de la population. Une centaine de grands, très riches, occupent les hautes fonctions dans les conseils. Ils sont issus des titulados (nobles titrés), dont le nombre augmente car l’octroi de titre renfloue les finances de l’État. À la base, les hidalgos, souvent peu fortunés, et les caballeros, mieux nantis, sont en quête de fonctions administratives ou d’un bénéfice clérical plutôt que d’une activité liée au négoce et à l’industrie.
  • Les classes moyennes de l’artisanat ou du commerce sont réduites. Les laboureurs (labradores) souffrent de l’inégale répartition des terres (Castille) et nombreux sont les paysans sans terre (métayers, salariés, bergers). La pression fiscale chasse les paysans vers les villes, qui deviennent domestique ou marginaux (peut-être 150 000 mendiants). Le nombre des pícaros ne cesse d’augmenter.

France[modifier | modifier le code]

  • Le revenu net de l’État se situe à 58 millions de livres par an entre 1661 et 1671. Les dépenses moyennes annuelles se stabilisent à 66 millions de livres, soit 58 % du niveau de la période de guerre 1635-1659. Le déficit est pratiquement jugulé (4,5 millions en moyenne).
  • Les tailles (impôt direct) représentent 55 % du budget. Colbert les fera baisser de 31 % à 41 %, selon les années, demandant la différence de revenus aux impôts indirects (gabelle, aides sur les boissons, traites sur la circulation des marchandises), qui frappent également les privilégiés.
  • Développement de l’industrie de la soie (Lyon, Vivarais, Nîmes). À Nîmes, le nombre de moulins à soie décuple entre 1661 et 1681. La fabrique de soierie triple à Lyon de 1661 à 1690.
  • Colbert met au point une statistique industrielle. Création d’un corps d’inspecteurs des manufactures.
  • Plafond du salaire des maçons à Paris entre 1664 et 1691 (grands chantiers, croissance démographique de la capitale).
  • À partir de 1659, les intendances de province, jusqu’alors destinées à financer la guerre (1635-1659), deviennent des instruments de centralisation dans une période de paix relative (1661-1672). Les intendants sont chargés de liquider les arriérés de dettes contractées par les villes depuis les années 1630 du fait des épidémies et des guerres, et d’imposer aux municipalités des budgets équilibrés. Ces règlements généralisés dans les années 1660 conduisent à figer et scléroser les gestions urbaines, à contrôler leurs impôts locaux. Privées de leurs moyens financiers, les oligarchies municipales dépérissent et perdent leurs prérogatives politiques, militaires et fiscales qui leur permettaient de consolider leurs remparts et d’entretenir des milices. Les murailles des villes seront bientôt abattues et leurs fossés transformés en boulevards.

Démographie[modifier | modifier le code]

  • La Pologne est dans un état lamentable : toutes les villes ont été incendiées et pillées. La population a diminué d’un tiers face aux épidémies (peste bubonique) et aux disettes, passant de dix à six ou sept millions d’habitants. Les exportations de seigle et de froment par Dantzig ont chuté de moitié depuis 1600. La production agricole a chuté de 25 % à 75 % selon les régions, surtout en Ukraine, razziée par les Tartares, et en Mazovie, ravagée par les Suédois. 20 % des réserves du domaine royal n’ont plus de cheptel.
  • Hongrie : la population de Transylvanie, décimée par les guerres du début du siècle, rattrape son niveau de la fin du XVIe siècle, soit 955 000 habitants au maximum. Elle est composée de six nationalités : une majorité magyare et sicule (500 000), la nation saxonne (90 000), les Roumains appelés Valaches (280 000), les Serbes appelés Rács, les Ukrainiens et d’autre groupes divers (85 000). On y parle cinq langues et y pratique six religions, sans compter les Juifs et les sectes comme celles des sabbataires ou abrahamites.
  • La Chine compte 104 700 000 habitants en 1661[8]. Cet accroissement de la population est dû aux mesures en faveur de la petite propriété au détriment du système latifundiaire.
  • L’empire espagnol d’Amérique compte 10 380 000 habitants dont 80 % d’Indiens, 6 à 7 % de Blancs, le reste est composé de Noirs et de Métis.
  • Moins de 2000 habitants d'origine européenne en Nouvelle-France en 1660. Ils sont 2500 en 1663. Jean Talon vient en Nouvelle-France en 1665 et établit de nouvelles mesures natalistes afin de favoriser la colonisation intégrale. Le premier recensement de 1666 compte 3 215 habitants d'ascendance européenne, soit 2 034 hommes et 1 181 femmes[9]. La colonie compte 6 282 personnes en 1668, 7 833 en 1675[10].
  • La Nouvelle-Angleterre compte 80 000 habitants d'origine européenne en 1663.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Blamont, Le lion et le moucheron : histoire des marranes de Toulouse, Odile Jacob,‎ 2000 (ISBN 9782738107770, lire en ligne)
  2. François Michée Nzenza Mpangu, Kimbanguisme et messianisme juif, Éditions Publibook,‎ 2010 (ISBN 9782748354591, présentation en ligne)
  3. Jean Delisle, Judith Woodsworth, Les traducteurs dans l'histoire, University of Ottawa Press,‎ 1995 (ISBN 9782760304123, présentation en ligne)
  4. Alfredo Alvar Ezquerra, La Economía en la España Moderna, Ediciones AKAL,‎ 2006 (ISBN 9788470904721, présentation en ligne)
  5. Jean-Baptiste Ferrari, Économie de la prévention et de l'assurance: Des risques bénins aux risques majeurs Emploi, industrie et territoire, Éditions L'Harmattan,‎ 2011 (ISBN 9782296543713, présentation en ligne)
  6. Météo Wimmenau
  7. Alexandre Saint-Léger, Revue du Nord, vol. 46, Université de Lille,‎ 1964 (présentation en ligne)
  8. Guerres et paix, Numéros 7 à 10, Institut français de polémologie,‎ 1968 (présentation en ligne)
  9. Thomas Chapais, Jean Talon : intendant de la Nouvelle-France (1665-1672), S.-A. Demers,‎ 1904 (présentation en ligne)
  10. Esdras Minville, Visions d'histoire du Canada et du Canada français, Les Éditions Fides,‎ 1992 (ISBN 9782762115864, présentation en ligne)