Aluku

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les Alukus — prononcer aloukou — ou Bonis (du nom de leur premier chef, Boni Bokilifu), sont des habitants du Suriname et de la Guyane française issus de descendants d’esclaves africains évadés, les Bushinengués — littéralement, les noirs des forêts, aussi appelés noirs marrons —, échappés des plantations hollandaises aux XVIIe et XVIIIe siècles[1]. Ils parlent l'aluku, un créole à base lexicale anglaise.

Histoire[modifier | modifier le code]

Avant eux s'étaient échappés d'autres esclaves : les premiers sont ceux qui forment le groupe Saramaca, les seconds le groupe Djuka. S'enfonçant, peu à peu, dans la forêt amazonienne, ils finirent par s'installer à la fin du XVIIIe siècle le long des berges de la rivière Lawa affluent du Maroni, qui est aujourd'hui la frontière entre la Guyane française et le Suriname.

Au fur et à mesure des brassages entre les différentes populations en fuite ils formèrent une nouvelle ethnie. Les combats menés pour leur liberté contre les troupes hollandaises, mais aussi contre les Djukas et les Saramacas, frères ennemis vivant plus au nord, créèrent un sentiment d'appartenance à un même peuple habitant indifféremment d'un côté ou de l'autre du fleuve, aujourd'hui frontière.

Aujourd'hui, la fraction la plus importante et la plus anciennement occupée du territoire traditionnel des Alukus est située dans la région de Maripasoula, se composant des communes et villages de Maripasoula, Papaïchton, Kormontibo, Assissi, Loka, Tabiki, et Agoodé en Guyane française, et Cottica, au Suriname. Une autre partie, très en aval se situe près de l'embouchure du fleuve avec les villages d'Apatou et de Maïman. Il existe aussi une très importante population Aluku à Saint-Laurent-du-Maroni, à Cayenne et à Kourou.

Langue[modifier | modifier le code]

Leur langue est un créole à base anglaise (environ à 90 %), similaire aux langues parlées par les Saramacas et les Djukas. Il y a autant de différence entre l'Aluku et le Djuka qu'entre le français de Marseille et celui de Brest.[réf. nécessaire]

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

Les Alukus vivaient de cueillette, de chasse, de pêche et de culture nomade situées loin de leurs habitations. Aujourd'hui, dans leur ensemble, ils semblent avoir passé le point de non-retour vers la société de consommation, l'économie marchande et la modernité. De nombreux Bonis sont embauchés comme «conducteurs d'embarcations fluviales» (piroguiers) par l'armée de terre, au sein du 9e RIMa. Selon Bernard Delpech, ils subissent une « déstabilisation de la base matérielle traditionnelle, transformation des mentalités, altération des règles de vie collective »[2].

Le chef des Alukus est appelé grand man. Il disposait autrefois d'un pouvoir politique. Le grand man Tolinga fut élu maire de Papaïchton, mais son successeur ne fut pas élu maire[3]. Un grand man a également été désigné à Maripasoula, créant une situation inédite avec deux grands mans. Des capitaines sont désignés à vie dans chaque village[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Suriname actuel correspond à l'ancienne colonie de la Guyane hollandaise.
  2. Bernard Delpech, «Les Aluku de Guyane à un tournant : de l'économie de subsistance a la société de consommation», Cahiers d'Outre-Mer, n°182 en ligne
  3. a et b Yan Giron, Guylaine Diallo-Bourguignon, et Pierre-Yves Le Bail, Étude de faisabilité d'une pisciculture vivrière à Papaïchton, Cofrepeche, août-novembre 1999

Liens externes[modifier | modifier le code]