Conquête musulmane de la péninsule Ibérique

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La conquête musulmane de la péninsule Ibérique se déroule dans les années 711-732 après celle de l'Afrique du Nord. Avant leur arrivée, la péninsule Ibérique est dominée par les Wisigoths. Elle donne naissance à l'espace appelé Al-Andalus.

Contexte[modifier | modifier le code]

Vers 680, le comte Flavius Ervigius (Ervige) profite de la faiblesse du souverain wisigoth Wamba pour usurper le trône pendant sept années. La fin de ce règne marque le début du chaos : peste et famine, mais aussi menaces franques au nord. Le pouvoir se maintient tant bien que mal en privilégiant une extrême centralisation et en tentant de prolonger les cadres de l'autorité wisigothique.

Cependant, en 710, meurt le roi Wittiza laissant un fils Akhila (Agila ou Achille) qui est renversé par le gouverneur de Bétique, Rodéric (ou Rodrigue). Akhila, réfugié à Septem (Ceuta), conserve tout de même des partisans dans la péninsule qui entretiennent une guerre civile.

Conquête de l'Espagne[modifier | modifier le code]

L'Alhambra, vue partielle depuis le Mirador de San Nicolás, fut construite par les Nasrides au XIIe siècle.

Selon les sources, en 711, Julien, partisan d'Akhila, entre en conflit avec le roi Rodéric qui aurait violé sa fille. Cette fille reste dans l'imaginaire collectif comme la florinda, terme désignant une dame aux mœurs légères. L'identité de Julien est très obscure : s'il est fort probable qu'il fut un exarque byzantin, certaines sources privilégient l'hypothèse d'un duc vassal des rois de Tolède ou bien encore d'un seigneur berbère indépendant qui a échappé à la conquête arabo-musulmane.
Julien (ou Ollian pour la chronique mozarabe de 754) prend contact avec le gouverneur musulman de l'Ifriqya Musa ibn Nusair. Et, en avril 711, un contingent d'environ 12 000 soldats, dont une large majorité de Berbères[1], commandés par l'un d'eux, le gouverneur de Tanger Tariq ibn Ziyad, prend pied en Hispanie. Rapidement renforcé, il défait une première armée wisigothe commandée par un cousin du roi, Sancho. Le roi Rodéric, alors confronté aux Francs et aux Basques au nord, dut rassembler une armée pour affronter ce nouveau péril. Cependant, au cours de la bataille de Guadalete le 19 juillet 711, les partisans d'Akhila préférèrent le trahir. C'est la chute brutale de l’Hispania wisigothe.

Rapidement, les musulmans prennent Séville, Ecija et enfin Cordoue, la capitale. Les Juifs, maltraités lors des règnes précédents notamment avec leur conversion forcée en 617, offrirent un accueil favorable aux musulmans (ce qu'on leur reprochera en 1492). En 714, la ville de Saragosse est atteinte. En 716, sur une pièce de monnaie, apparaît pour la première fois le terme d'« al-Andalus » désignant l'Espagne musulmane, par opposition à l’Hispania des chrétiens.

Le choc contre la cavalerie franque, revêtue d'armures d'écailles, à la bataille de Poitiers en 732, brise l'élan des cavaliers légers et rapides qui jusqu'ici l'ont emporté sur toutes les terres traversées et les troupes refluent peu à peu sur le sud de la France.

Ceci met un terme à la conquête fulgurante qui s'est déroulée jusque lors et les conquérants préfèrent maintenant pérenniser la conquête notamment en Septimanie conquise en 719 dont Narbonne devient sous le nom d'Arbûna le siège d'un wâli pendant quarante ans, la capitale d'une des cinq provinces d'al-Andalus, aux côtés de Cordoue, Tolède, Mérida et Saragosse. Les musulmans laissent aux anciens habitants, chrétiens et juifs, la liberté de professer leur religion moyennant tribut[2]. La Septimanie est considérée comme incluse dans les limites d'al-Andalus[3] ceci longtemps encore après sa reprise par Pépin le Bref en 759[4].

Les musulmans chassés de Gaule se replient dans la péninsule Ibérique, dans le nouveau pays d'al-Andalus, dont la formation dépend de douze walis (gouverneurs de provinces) nommés par les califes omeyyades de 716 à 754.

Selon Joseph Pérez, « parmi les envahisseurs de 711, les Arabes proprement dits étaient une infime minorité (...) la majorité était formée de Berbères. (...) C'est pourquoi les Espagnols, pour évoquer la domination musulmane, préfèrent parler de Maures, c'est-à-dire de Maghrébins.»[5]

Amorce de la Reconquista[modifier | modifier le code]

À partir de l'an 718, apparaît dans les Asturies, un mouvement de résistance qui mène peu à peu à la Reconquista.

Ce sont les chroniques asturiennes, remaniées à la fin du IXe siècle en reprenant des petits récits épars mais élaborés dans les monastères des alentours d'Oviedo ou de la Rioja dès le VIIIe siècle, qui décrivent la première résistance miraculeuse des chrétiens de la péninsule Ibérique. Les troupes maures ont conquis la quasi-totalité de la péninsule, aidées par l'évêque Oppas de Séville, frère du roi Witiza et oncle du jeune Akhila opposé à Rodéric. Mais dans les montagnes des Asturies, un groupe de résistants, autour de Pelage (Pelayo), un chef de la région s'est réfugié dans une grotte surplombant un cours d'eau encaissé, au lieu-dit Cueva de Santa Maria ou Covadonga. Les chrétiens se fédèrent et forment le Royaume des Asturies.

Articles détaillés : Bataille de Covadonga et Royaume des Asturies.

Dans le De Rebus Hispanae, Rodrigo de Rada dit que Pelayo aurait alors formé le Vœu de Covadonga : « Hispania ne prendra plus de repos tant que les Maures tiendraient encore une parcelle du sol de la péninsule, fût-ce de la grosseur d'un noyau d'olive ».

Cependant, des conflits internes ne tardèrent pas à se former dans le camp musulman alors que des poches de résistance se forment dans cette Hispania : Pelage (Pelayo) dans les Asturies dans la vallée de Covadonga ou Eneko Arista en Navarre, ainsi que dans les vallées de Hecho et Canfranc dans les hautes Pyrénées, à la suite du soulèvement du comte Aznar Ier contre l'islam. De ces poches naissent les royaumes des Asturies, de la Galice, de Navarre, et d'Aragon.

Wali[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Wali d'al-Andalus.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guichard 2000, p. 22.
  2. Philippe Sénac, « Présence musulmane en Languedoc » in Islam et chrétiens du Midi, Cahier de Fanjeaux, no 18, 2000, p. 50-51
  3. François Clément, « La province arabe de Narbonne au VIIIe siècle in Histoire de l'islam et des musulmans en France, Albin Michel, 2006, p. 18
  4. "Narbonne continuera d'occuper une place importante chez les auteurs arabes du Moyen Âge qui y voient l'une des limites de la Péninsule ibérique : ainsi Ahmad al-Râzî écrit-il qu'al-Andalus a la forme d'un triangle et que le second de ses angles se trouve dans la partie orientale d'al-Andalus, entre la ville de Narbonne et celle de Barcelone", Philippe Sénac, Les Carolingiens et al-Andalus, Maisonneuve et Larose, 2002, p. 40
  5. Joseph Pérez, Histoire de l'Espagne, Paris, A. Fayard,‎ 1996, 921 p. (ISBN 978-2-213-03156-9, OCLC 301631483), p. 34

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jules Lacroix de Marlès, Histoire de la conquête de l'Espagne par les Arabes. Éditions A. Mame, coll. « Bibliothèque des écoles chrétiennes », Tours, 1847. In-12, III-308 p., pl. Réédition, sous le titre « la conquête de l'Espagne par les Arabes » et le nom d'auteur « Jules de Marlès » : Éditions du Trident, Paris, 2005. 188 p., 21 cm. (ISBN 2-84880-009-7).
  • Évariste Lévi-Provençal, Histoire de l'Espagne musulmane, Maisonneuve et Larose, coll. « Références », Paris, 1999, 3 volumes fac-sim. de l'éd. 1950-1953 chez le même éditeur
  • André Clot, L'Espagne musulmane : VIIIe-XVe siècle, Paris, Librairie académique Perrin,‎ 1999, 429 p. (ISBN 2-262-01425-6)
  • Pierre Guichard, Al-Andalus, 711-1492 : Une histoire de l'Espagne musulmane, Hachette Littératures, coll. « Pluriel »,‎ 2000, 269 p. (ISBN 978-2-012-79030-8, OCLC 468668215)